COMPLÉMENTS ALIMENTAIRES

Utiles à la santé ?               15.11.2007

 

 


QUESTIONS / RÉPONSES


Epidémiologie-Marketing

  1. L'expérience du Bus Santé à Genève a-t-elle permis de révéler des carences alimentaires chez les Genevois ?
  2. Des études épidémiologiques ont-elles montré l'influence des compléments alimentaires sur la santé ?
  3. Qu'est-ce que l'étude SU.VI. MAX ?
  4. L'augmentation de la consommation de sucre est-elle un problème ?
  5. Que pensez-vous de la littérature et du marketing de la médecine anti-aging (anti-âge) qui prône la consommation de compléments alimentaires ?
  6. Les compléments alimentaires représentent-ils un véritable marché ?
  7. Les compléments alimentaires ne concernent-ils pas aussi le marché de la beauté, pour le peau, les cheveux, les ongles ou pour maigrir ?
  8. Est-ce qu'un jour l'industrie du fast-food complètera ses propres produits avec des oligo-éléments ou des vitamines ?


Question : 1 - L’expérience du Bus Santé à Genève a-t-elle permis de révéler des carences alimentaires chez les Genevois ?
AM : Avec le Bus Santé qui a commencé en 1992 et qui continue, l’idée était de voir comment évoluait l’alimentation des Genevois, si elle changeait beaucoup au cours du temps. On a développé un questionnaire alimentaire avec l’aide de diététiciennes et les gens qui venaient sur le Bus remplissaient le questionnaire. Ça nous permettait de décrire leur alimentation. On avait fait ça vraiment avec beaucoup d’attention, en utilisant les règles de l’art pour développer ce questionnaire et avec les années c’était extrêmement déprimant parce que l’alimentation des Genevois ne bougeait pas. On regardait les protéines, les lipides, les sucres, rien ne bougeait. C’était extrêmement constant jusqu’en 1996. Et en 1996, je ne sais pas si vous vous souvenez de ce qui c’est passé en 1996 : la crise de la vache folle. Elle a bouleversé l’alimentation des Genevois et finalement, nous, au Bus Santé on était aux premières loges, on était vraiment content. On a vu après mars 1996 changer l’alimentation. Les gens ont arrêté de manger de la viande, ils ont arrêté de manger des saucissons, etc. Et les femmes ont commencé tout de suite. En avril déjà, elles ne mangeaient plus de viande pratiquement, enfin façon de parler, mais il y avait une forte diminution, et une augmentation du poulet. Un an après, les hommes ont fait la même chose. Et là, on s’est aperçu qu’il y avait quelque chose de très intéressant, c’est que la consommation de vitamine A a commencé à chuter et ne s’est pas relevée. Mais qu’est-ce qui s’est passé ? C’est quelque chose qui montre comment l’équilibre alimentaire et nutritionnel fait partie de la cuisine et des habitudes dans une population. Le foie est fréquemment consommé à Genève sous forme de steak de foie, il y a 40% de la population qui mange régulièrement, une fois par mois, un steak de foie. Et le foie est l’aliment le plus riche en vitamine A, en rétinol. Ce qui s’est passé c’est que, comme la moitié des gens qui mangeaient du foie ont compris que c’était un aliment qui était peut-être dangereux parce que c’était un organe qui pouvait concentrer des prions, ils ont arrêté de manger du foie et la consommation de rétinol a chuté. Et cela a été vraiment important, au point que certaines parties de la population qui ne mangeaient déjà pas trop de fruits, les fumeurs, certaines personnes âgées, se sont retrouvées au-dessous des besoins nutritionnels quotidiens. Cela a duré plusieurs années et progressivement on a vu le béta carotène remonter parce que les gens ont commencé à manger des carottes, des tomates, etc., et la courbe est très nette. Donc, il y a une tendance spontanée dans une population à adapter son alimentation et son régime de façon à équilibrer ses besoins. Comment ça se passe ? Je crois que personne ne peut le dire mais c’est clair que rien que par l’alimentation et sans supplément, on doit pouvoir obtenir ce dont on a besoin. Et le problème c’est que les vitamines sont très mal nommées vitales amines, ce sont des amines vitales, mais ce n’est pas vrai. On devrait les appeler les ubiquitines, les substances qu’on trouve partout, parce qu’il y en a énormément autour de nous, parce qu’on n’a pas besoin de les synthétiser nous-mêmes. Ça fait 50 millions d’années qu’on a arrêté de faire notre propre synthèse de vitamine C.

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Question : 2 - Des études épidémiologiques ont-elles montré l’influence des compléments alimentaires sur la santé ?
AM : Aujourd’hui les études épidémiologiques suggèrent qu’il faudrait plutôt se soucier de l’excès de consommation de vitamines et de suppléments nutritionnels plutôt que le contraire. Parce qu’il semble que les gens qui en consomment plus, qui sont des gens qui, à priori, sont d’un plus haut niveau socio-économique, qui ont un plus haut revenu, qui sont plus souvent des femmes que des hommes, etc. Donc, à priori ce sont des populations à bas risque de cancers et de maladies cardio-vasculaires. Mais ces populations quand elles prennent des méga-vitamines ont tendance à mourir plus jeunes et à développer plus de cancers. Donc, aujourd’hui ça devient un sujet de préoccupation. Mais je suis assez optimiste de ce point de vue-là parce qu’aux Etats-Unis encore une fois, les traditions alimentaires ne sont pas des traditions ancestrales et les gens, étant donné qu’ils n’ont pas de philosophie alimentaire, ils sont capables de répondre assez rapidement à des changements d’orientation, à des changements de message, et c’est possible qu’aujourd’hui, où on commence à voir que des suppléments peuvent être dangereux à haute dose, il y ait un retournement de la situation sur le marché. Je pense que c’est tout à fait possible que ça se produise.
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Question : 3 - Qu’est-ce que l’étude SU.VI.MAX?
AM : L’étude SU.VI.MAX est une étude française faite par le Pr. Hercberg à Paris. C’est aussi un essai clinique randomisé, c’est-à-dire qu’ils avaient une population et puis au hasard ils ont décidé qu’une partie d’entre elle allait recevoir des pastilles tous les jours avec des vitamines A, E, du sélénium et du zinc. Et l’autre groupe recevait un placebo, donc une pastille sans vitamine et sans oligo-élément. La particularité de cet essai clinique est que les doses de vitamines et d’oligo-éléments étaient à des doses nutritionnelles, c’est-à-dire qu’elles garantissaient juste les apports recommandés. Ce n’était pas des grandes doses. Le but de la pastille était de compenser un éventuel déficit nutritionnel disons faible. Il y avait à peu près 15’000 personnes, 7’000 dans chaque groupe qui ont été suivies pendant 7 à 8 ans, et les résultats montrent que chez les femmes il n’y a pas eu d’effet de la prise de suppléments vitaminiques et d’oligo-éléments. Il n’y a eu aucun effet, ni sur la survenue du cancer, ni sur la survenue de maladies cardio-vasculaire. En revanche, chez les hommes il y a eu un petit effet protecteur en ce qui concerne l’ensemble des cancers. Ils n’ont pas pu montrer de différence pour les cancers spécifiques mais pour l’ensemble des cancers les hommes qui prenaient ces pastilles avaient moins tendance à développer des cancers que ceux qui avaient le placebo. La conclusion de l’étude est qu’il est important d’avoir une alimentation équilibrée. Probablement que les femmes ont déjà une alimentation spontanément mieux équilibrée que celle des hommes. Elles mangent mieux et elles n’ont pas besoin de suppléments du tout. Peut-être que les hommes ont une alimentation qui est un peu moins équilibrée. Mais pour obtenir un bon équilibre, on peut y arriver avec une alimentation équilibrée, c’est ça le message de cette étude. C’est-à-dire qu’en corrigeant son alimentation sans supplément on peut obtenir un équilibre nutritionnel qui est compatible avec une bonne santé. SU.VI.MAX ne prône pas du tout le complément sous forme de pastille. Je suis sûr que c’est bien le message. J’ai eu Hercberg l’autre jour au téléphone qui me l’a confirmé.

Intervention d’une dame dans le public
Je suis à la tête d’une association de santé qui s’occupe de gens qui ont des problèmes de maladies chroniques genre fibromyalgie. Je suis moi-même biochimiste. Nous avons fait faire systématiquement des prises de sang sur toutes les personnes qui désirent se soigner. Elles sont toutes sans exception en carence des éléments minéraux essentiels comme le magnésium et le zinc. Toutes, donc, ça fait quand même beaucoup de gens en 20 ans. Toutes ces personnes ont pris des compléments alimentaires, des nutriments et des minéraux couplés avec les vitamines B. Et je pense que la plupart des gens qui ont suivi ces traitements s’en sont senti mieux. Deuxième chose, l’enquête SU.VI.MAX, si je me souviens bien, a révélé que 80% des femmes françaises manquaient de magnésium, entre autre.

AM : On n’a pas dit que la population a une couverture suffisante en vitamines et en oligo-éléments. On a dit que les déficits par rapport aux apports nutritionnels conseillés peuvent être compensés par une alimentation équilibrée. Vous pensez que c’est en prenant des suppléments qu’on va les corriger et nous pensons que c’est peut-être dangereux, et qu’au contraire il faut essayer de stimuler dans la population une conscience de ce qu’est une alimentation équilibrée : manger un peu de tout et diversifier de façon à équilibrer, non pas par des pilules, mais par son alimentation.

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Question : 4 - L’augmentation de la consommation de sucre est-elle un problème?
AM : Le sucre c’est un problème très important parce que, comme vous le savez, la consommation de sucre a beaucoup augmenté à partir des années 80 quand on a découvert la façon d’extraire le fructose du maïs. Et vers 1982, je crois, on a remplacé, dans l’ensemble des boissons sucrées, le sucre de canne ou d’autres sources par du fructose de maïs et la consommation a énormément augmenté. C’est un des facteurs qui semble le plus lié à l’accroissement du surpoids et de l’obésité dans les populations occidentales. Quand on voit l’augmentation de la consommation de sucre d’origine du maïs parce qu’il a été rajouté au sucre traditionnel, la courbe suit pratiquement, à quelques années près, l’augmentation du surpoids et de l’obésité. Donc, c’est un des facteurs importants à incriminer qui explique l’épidémie actuelle de surpoids et d’obésité.
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Question : 5 - Que pensez-vous de la littérature et du marketing de la médecine anti- aging (anti-âge) qui prône la consommation de compléments alimentaires ?
AM : Je dirais qu’il faut leur demander : "comment est-ce que vous savez que la prise de ces compléments ralentit le vieillissement ?". La question c’est de savoir d’où vient cette connaissance. Et en fait, on a un accès qui est relativement limité à une connaissance vraie de l’efficacité de ces compléments. Le seul moyen de savoir c’est de regarder au niveau des populations. Il faut pouvoir prescrire le supplément nutritionnel au hasard à un groupe de gens et le comparer à un autre groupe de gens qui a été aussi déterminé au hasard et qui ne reçoit pas de suppléments. Sans ce genre d’études on n’a pas de possibilité de tester l’efficacité. Ces gens basent leur théorie sur des hypothèses. Comme la vitamine A est un antioxydant et que le vieillissement est un processus d’oxydation rapide des cellules, etc, on dit que la vitamine A va freiner le vieillissement. Mais ce sont des hypothèses, c’est parfaitement spéculatif. Ils n’ont aucune base véritablement sérieuse pour affirmer ce qu’ils font. Mais ils le font et il y a beaucoup de gens qui suivent le raisonnement et qui le trouve logique. Mais il faut se poser la question : "est-ce qu’il y a vraiment des évidences qui ont permis de tester l’efficacité de ces apports ?". De même que par rapport à un petit déficit en vitamine A ou en vitamine C, on n’a pas la preuve que ça a des implications sur la santé. Les déficits en vitamine C, A, B, etc., ont été découverts dans des conditions de monotonie alimentaire extrême. On a découvert le scorbut chez des marins au long court qui étaient pendant des semaines dans des bateaux, ils ne mangeaient pratiquement plus du tout de fruits et de légumes. Ils mangeaient uniquement des biscuits de farine rassie et au bout d’un certain temps ils développaient un scorbut. Et quand on leur donnait quelques oranges et citrons, ils récupéraient tout de suite. La pellagre qui est un déficit en niacine, en vitamine PP, on l’observait chez des ouvriers agricoles du sud des Etats-Unis qui étaient tellement pauvres qu’ils ne mangeaient que du maïs pendant tout l’été. Et à ce moment-là, ils commençaient à développer des maladies de la peau. Ils avaient des problèmes psychiatriques, ils étaient mis en asile psychiatrique où on trouvait beaucoup de pellagre. Et on a remarqué que si on diversifiait leur alimentation, un peu de viande, etc., et bien il n’y avait plus de pellagre. Le béribéri aussi est lié à la situation extrême des prisonniers des prisons de Java tenues par des Hollandais qui nourrissaient les prisonniers seulement avec du riz blanc. Un épidémiologiste a eu l’idée de comparer deux prisons, une où il y avait beaucoup de béribéri, l’autre où il n’y en avait pas beaucoup. Ceux qui n’avaient pas de béribéri avaient du riz complet, les autres avaient du riz blanc. L’association était faite. Mais ce sont des situations extrêmes de monotonie alimentaire qui provoquent des situations où la santé est mise en question, mais que des petits déficits causent des problèmes à long terme, on n’en a absolument pas la preuve.

JD : L’auteur d’un livre veut bien vendre son livre. Il n’est pas fondamentalement préoccupé par la vérité de ce qu’il y met. C’est une loi assez générale. C’est vrai qu’on est complètement inondé, il n’y a pas de filtre, il n’y a pas d’explication tout ça parce que la volonté unique et simple est de vendre, et c’est tout. Pour le reste, vous avez vu aussi qu’il y a un gros débat autour du livre de M. David Servan-Schreiber, ces temps. Il a une attitude assez soft, je trouve, en disant : "Gardez votre traitement anticancéreux médical mais moi, je suis convaincu que tout ça, et puis il aligne 200 pages, tout ça c’est bon aussi, parce que moi je l’ai expérimenté." C’est un peu ça. Ça fait partie du credo, je crois que c’est bon. Il n’y a aucune démonstration. Il y a une myriade d’articles différents qui ne démontrent pas l’efficacité dont il parle. Mais il en parle de façon intelligente et relativement ouverte, sans être doctrinaire et sectaire. Je trouve ce livre assez séduisant de ce point de vue-là, mais c’est un avis parmi d’autres.

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Question : 6 - Les compléments alimentaires représentent-ils un véritable marché ?
JD : Ah oui, complètement. Et je crois même que c’est peut-être la seule caractéristique sur laquelle on puisse tous tomber d’accord, c’est que c’est un marché. Aux Etats-Unis, il y a quelques années, il était estimé entre 15 et 20 milliards de dollars. Les Américains sont des gros consommateurs de suppléments. C’est considérable. Tout de même, entre parenthèse, le chiffre d’affaires des médicaments par année aux Etats-Unis est de l’ordre de grandeur de 250 milliards de dollars. Donc, on est encore au-dessous avec les suppléments alimentaires mais on est dans une autre catégorie quand même. Donc, c’est un marché, incontestablement. Il suffit d’aller sur Internet où c’est la foire totale. N’importe quoi est affirmé et n’importe comment. Alors c’est vrai qu’il y a des règles d’encadrement, des ordonnances qui décrivent bien dans des listes positives pour la législation suisse par exemple, et européenne aussi. Tout est interdit comme complément, sauf, et puis il y a la liste des choses qui sont autorisées : les vitamines, les oligo-éléments, etc. tout ça est très bien décrit. Mais en revanche, à part ça, il y a tout ce qui est incontrôlable et qui est complètement démesuré. Une autre chose finalement que je voulais dire aussi c’est que l’Union Européenne vient d’adopter une directive sur les allégations, tout récemment. Elle a fait appel aux fabricants de suppléments de soumettre des dossiers. Il y avait à peu près 500 suppléments qui ont été annoncés il y a deux ans. Actuellement, il y en a 200 qui ont complété leur dossier et il y en a 300 qui manquent toujours. L’autorité de surveillance européenne des aliments à Parme a donné jusqu’à la fin de l’année 2007 aux fabricants pour fournir un dossier. Sinon, ces substances ne seront pas acceptées, et n’auront pas d’autorisation d’allégations. C’est vraiment la foire.

MB : Je pense qu’on ne peut pas empêcher de vendre des gélules en pharmacie mais on a quand même la chance d’habiter un pays où le choix est partout et si on est sensibilisé à une alimentation équilibrée, ou si on veut s’informer, on peut manger absolument équilibré en mangeant de tout, en prenant garde à éviter certains produits répétitifs, par exemple les produits sucrés ou les produits gras ou les choses inutiles. Je ne pense pas que ce soit une question de coût, parce qu’il y a des gens qui disent que de manger équilibré ça coûte cher. Je ne suis pas complètement convaincue. Il y a eu une ou deux études en France qui ont montré qu’on peut s’alimenter correctement à peu près avec le même budget que pour s’alimenter incorrectement. Quand vous regardez ce que peut coûter un paquet de biscuits ou une bouteille de Coca, vous vous dites que finalement c’est très cher pour ce que c’est. Même si les fruits et les légumes restent relativement chers, on peut trouver des compromis. On est dans un pays qu’on peut considérer comme riche avec des moyens de s’alimenter qui sont vraiment à portée de tout le monde et malgré tout ça, une certaine partie de la population a encore besoin de gélules de toutes les couleurs. Peut-être parce que ça les rassure, comme ça ils se disent qu’ils sont sûrs d’avoir absolument tout ce qu’il faut. Peut-être qu’on court après une certaine immortalité, je ne sais pas.

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Question : 7 - Les compléments alimentaires ne concernent-ils pas aussi le marché de la beauté, pour la peau, les cheveux, les ongles ou pour maigrir ?
MB : Quand on fait des régimes restrictifs pour maigrir, il est évident qu’on se prive de certains types d’aliments donc de certains types de vitamines et d’oligo-éléments. Donc les gens font leur petite cuisine comme ils veulent. Parce qu’ils font un régime, ils vont chercher le complément qu’ils veulent à la pharmacie. Alors que théoriquement, si on voulait être logique, on ferait une prise de sang, on regarderait ce qui manque et on complèterait ce qui manque. On ne va pas à l’aveugle compléter comme ça.

JD : Il y a un ciblage maintenant très clair des fabricants de suppléments-compléments en direction de la population qui fait du sport, des amateurs pensant être de bon niveau amateur. Et là, il y a aussi toutes sortes d’affirmations complètement extravagantes mais qui font partie de cette idée que ces choses-là vont nous apporter plus de tonus, par exemple. Cela marche très bien parce qu’on ne fait pas passer ça au filtre de la raison, comme on dit.

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Question : 8 - Est-ce qu’un jour l’industrie du fast-food complètera ses propres produits avec des oligo-éléments ou des vitamines ?
AM : Ça me paraîtrait tout à fait possible. Je pense que ça va ensemble, les méga-vitamines et le fast-food, c’est deux aspects complémentaires de l’alimentation, c’est pour ça que c’est tellement important aux Etats-Unis, et ça ne serait pas étonnant. Par exemple les céréales pleines de sucre etc., elles sont bourrées de vitamines, enfin, d’additifs. Et donc, je pense que ça va ensemble. Alors peut-être qu’un McDo riche en vitamine A ça va peut-être se produire, oui.

JD : Sur ce point-là, je ne partage pas complètement cet avis. Ça fait partie un peu du même système de références culturelles. Mais, à propos des substances qui sont ajoutées dans l’alimentation, ou des suppléments qui sont mis directement dans l’alimentation, il y a un encadrement aussi légal pour ça. Mais parfois il y a des choses assez surprenantes. Par exemple, il y a une assez bonne démonstration que l’ajout d’acide folique à l’alimentation des mères en toute première partie de grossesse réduit un certain nombre de malformations, notamment du tube neural. Je crois que ça été raisonnablement bien démontré. Un des problèmes qui s’est posé précisément à la Commission Fédérale de l’Alimentation c’est de savoir s’il ne faudrait pas recommander d’enrichir certains éléments de l’alimentation en acide folique pour cette raison-là. Il y a à peu près, si je me souviens bien, 60 à 80 naissances en Suisse chaque année qui ont une de ces anomalies du système nerveux central chez les nouveau-nés. Mais c’est devenu extrêmement compliqué de changer, il faut changer la loi, et le service juridique et l’Office Fédéral de la Santé Publique n’étaient pas prêts de modifier la loi pour permettre maintenant d’introduire l’acide folique dans cette liste. Alors que là, il y aurait un certain argument de santé publique en faveur d’un renforcement de certains aliments, la farine par exemple, avec de l’acide folique. Ça ce fait dans d’autres pays, je crois aux Etats-Unis entre autre, et au Canada probablement aussi. Et on l’a fait aussi chez nous pour d’autres choses puisqu’on a enrichi le sel en iode et en fluor. Mais il faut chaque fois le décider au niveau national.

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