COMPLÉMENTS ALIMENTAIRESUtiles à la santé ? 15.11.2007 |
TéMOIGNAGES et Interview diffusées pendant le débat
Premier témoignage
Françoise, 56 ans, masseuse-thérapeute, professeur de gymnastique, Genève.
Je pense que c’est vraiment important de faire attention à son alimentation. C’est la base de la santé. Notre corps n’est pas une poubelle et on doit le respecter. J’essaye de me nourrir le mieux possible. Bien sûr, je ne veux pas non plus m’exclure au niveau des restaurants ou au niveau de l’amitié. Il faut quand même qu’il y ait un côté convivial dans la vie mais j’essaie le plus possible de garder une certaine philosophie par rapport à mon alimentation. Je me nourris avec des aliments bio d’abord, des aliments sains. J’essaie d’éviter tout produit chimique. Personnellement, je ne mange pas de viande rouge depuis presque 30 ans maintenant, mais je mange quand même du poisson. Cela m’arrive tout d’un coup d’avoir envie d’un morceau de poulet et bien sûr, je vais choisir un poulet bio et je vais manger mon morceau de poulet. J’essaie de respecter mon corps et de l’écouter en fait. Quand il a une envie de quelque chose, je me dis que c’est qu’il en a besoin. Et au contraire, même si j’adore le chocolat et si tout d’un coup je n’ai pas envie de chocolat, je ne mange pas de chocolat. Mais si j’en ai envie, je me prendrai un petit carré de chocolat, noir de préférence et bien sûr bio.
En plus je prends pas mal de compléments alimentaires depuis très longtemps. Depuis l’âge de 20 ans je fais beaucoup de sport. J’ai toujours fait énormément de gymnastique. J’ai commencé à l’âge de 5 ans grâce à ma mère qui était prof de gym, et puis j’ai toujours fait de la gym, ça fait partie de ma vie, c’est comme de me laver les dents tous les jours, je ne peux pas vivre sans. J’ai fait beaucoup de course à pied quand j’étais plus jeune. J’ai toujours donné des cours. J’étais une folle d’aérobic. Après, j’ai passé par des méthodes un peu plus douces, bien sûr en vieillissant, on sait qu’on a fait des dégâts. Mais, j’ai toujours adoré ça et je pense que quand on fait du sport à plus ou moins haute dose, c’est important d’avoir une alimentation saine, une alimentation équilibrée surtout. Donc, bien sûr, j’ai dû prendre des compléments alimentaires par rapport à des aliments peut-être trop raffinés. Aussi parce qu’on a pas toujours le temps de faire à manger convenablement. J’ai toujours pris des antioxydants, c’est-à-dire de la vitamine C, de la vitamine A et de la vitamine E, ça j’ai essayé d’en prendre le plus possible. Si, je vais au soleil, j’essaie aussi auparavant de faire des cures avec des produits à base de bourrache et de vitamine A, mais je n’en abuse pas non plus. Il faut toujours, comme dans tout, garder le juste le milieu des choses, parce qu’il y a des gens qui mangent n’importe quoi et pour se donner bonne conscience qui se promènent avec plein de petites pilules dans la poche. Ça, je ne pense pas que c’est bien.
A certaines périodes, j’ai pris aussi du pollen, à d’autres périodes de la lécithine de soja, parce qu’elle fluidifie le sang dans les artères ce qui est très bon pour les problèmes de cholestérol, et d’autres problèmes de ce type-là. Je prends aussi des oligo-éléments. Par exemple avant l’hiver, je ferai une cure de cuivre, d’or et d’argent, qui sont des anti-infectieux, et qui donc préparent à passer l’hiver. Personnellement, je préfère ça à un vaccin contre la grippe, mais ça n’engage que moi. Comme j’ai un âge plus avancé, je prends aussi des mélanges d’oligo-éléments tels que du iode, du magnésium, du manganèse et du yam, quelque chose qui aide pour tout ce qui est bouffées de chaleur et les problèmes féminins dus à un certain âge.
Je suis absolument convaincue que cela m’aide, ça n’engage que moi. Mais, moi je suis convaincue que c’est important. On a une alimentation maintenant qui est quand même très raffinée, même si on fait attention. Et je crois que c’est important d’avoir des compléments alimentaires. Par exemple, je suis toujours à la limite de l’anémie puisque je ne mange pas de viande donc je manque de vitamine B12. Cela m’arrive de faire des cures de spiruline relativement à haute dose. Parce que la spiruline est une algue d’eau douce qui est très riche justement en vitamine B12 et en fer. Donc, ça me permet par des moyens naturels de maintenir à peu près mes taux à quelque chose d’acceptable.
Interview
Mme Aline Clerc, responsable des dossiers agriculture et alimentation à la Fédération Romande des Consommateurs (FRC), Lausanne.
J’ai remarqué dans un récent entretien que Peter Brabeck, le directeur de Nestlé, ne parle plus d’alimentation mais parle de nutrition. C’est un glissement sémantique qui, je pense, est assez révélateur. Certaines entreprises agro-alimentaires ne veulent plus faire dans l’alimentation qui est quelque chose de base, assez standard, mais dans la nutrition, c’est-à-dire quelque chose qui implique plus de recherches, plus de science, et donc aussi une plus-value plus grande pour ces entreprises. Et tous les compléments alimentaires, toutes les sortes qui existent sur le marché, ça s’inscrit là-dedans. Ça s’inscrit dans le trend qui veut qu’une alimentation équilibrée ne suffise pas. Ce qui est tout a fait faux, de notre avis.
SR : Que pensez-vous des allégations concernant ces compléments, vitamines, oligo-éléments ou alicaments ?
Alors, c’est clair qu’elles sont faites de manière très habile, pour quand même s’inscrire dans le cadre légal, qui interdit de vendre comme des médicaments des choses qui ne sont que de l’alimentation. Mais, en fait elles jouent sur les mots pour que les consommateurs extrapolent un petit peu l’allégation et lui donnent plus de valeur que ce qu’elle a vraiment. Par exemple quand on dit d’une margarine qu’elle influence favorablement le taux de cholestérol et qu’on ajoute encore deux petites flèches visuelles vers le bas, on n’a pas dit mot à mot que ça faisait baisser le taux de cholestérol mais c’est ce que le consommateur va comprendre.
SR : Est-ce qu’il y a vraiment une loi qui encadre tout ça ?
Oui, il y a une loi qui encadre tout ça et qui dit qu’on ne peut pas prêter aux aliments des propriétés qu’ils n’ont pas et qu’il doit y avoir des études scientifiques qui prouvent les effets qui sont vantés.
La loi est assez stricte mais après c’est clair que la manière dont elle est appliquée peut permettre justement ces petits arrangements. Les allégations mot à mot sont vérifiées mais on ne va pas forcément vérifier les illustrations qui les accompagnent, ou la campagne marketing, ou la manière dont la campagne publicitaire est orchestrée. Peut-être plus que l’allégation, c’est toute la campagne publicitaire qui est autour d’un produit qui va faire croire au consommateur que le produit a plus de qualités que les qualités qu’il a. Et le marketing est relativement agressif parce que ces innovations qui arrivent sur le marché, il faut les vendre et les faire connaître. On va cibler des groupes, peut-être des gens qui ont plus de 50 ans mais qui sont encore actifs et on fait des publicités. Ça peut être accompagné d’incitation à aller faire mesurer sa tension, plein de choses comme ça qui disent aux gens : "Mais attention, il faudrait peut-être prendre en charge votre alimentation, et on est là pour vous aider et faire en sorte que vous soyez encore en forme assez longtemps."
SR : Est-ce que cette publicité risque de détourner les consommateurs des fruits et des légumes, par exemple ?
Ça peut détourner certains consommateurs qui se disent : "Voilà, j’ai ma dose de vitamines et d’oligo-éléments, donc je n’ai pas besoin de prendre des fruits et légumes. " Ou bien d’autres qui sont d’une nature plus anxieuse, qui vont prendre les fruits et les légumes plus les compléments pour être sûrs d’en avoir assez.
SR : Que peut faire une organisation comme la vôtre ?
Nous pouvons agir sur deux axes. Le premier axe c’est toute l’action politique de lobbying pour que la loi et les réglementations encadrent bien toutes ces affirmations, ces allégations santé et qu’on ne fasse pas croire aux consommateurs qu’en fait ils achètent des médicaments ou bien qu’on ne fasse pas croire à tous les consommateurs qu’ils sont des malades potentiels et qu’ils doivent acheter ces produits. C’est plutôt un travail au niveau politique, justement pour avoir de bonnes réglementations et les faire appliquer. Et puis, il y a tout le travail à destination des consommateurs, via notre journal FRC Magazine, pour les informer quand il y a des produits qui arrivent sur le marché qui sont accompagnés d’une grande campagne marketing, pour les aider à décrypter ça, et puis leur dire n’achetez pas n’importe quoi, exercez votre sens critique. Et, si vous êtes vraiment malade, si vous avez vraiment un problème de santé, parlez-en plutôt à votre médecin qui lui aura certainement des conseils pondérés à vous donner.

