RHUMATISMES

Quels traitements ?            13.09.2007

 


QUESTIONS / RÉPONSES

 

Généralités


  1. Qu’est-ce que le rhumatisme ?
  2. Qu'est-ce que la capsulite ou capsulose ?
  3. Qu’est-ce que la chondrocalcinose ?
  4. La constance dans le rhumatisme n’est-ce pas la douleur ?
  5. La douleur chronique a-t-elle des conséquences psychologiques ?
  6. Quel est le coût psychique des rhumatismes ?
  7. Qu’elle est l’influence du stress ?
  8. Qu’elle est l’influence de la météo ?
  9. L’éducation du patient est-elle importante ?
  10. Les anti-dépresseurs ont-ils un effet anti-douleurs ?
  11. Peut-on prendre des anti-inflammatoires continuellement ?
  12. Quels sont les effets secondaires des médicaments à long terme ?
  13. Quand faut-il opérer ?
  14. Que penser des prothèses de cheville ?
  15. Comment la physiothérapeute peut-elle intervenir par rapport à l’opération ?
  16. Le yoga est-il bon pour les rhumatismes ?
  17. Que penser des cures thermales ?
  18. Peut-on agir sur l’alimentation pour prévenir ou freiner le développement d’un rhumatisme ?

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Question : 1 - Qu’est-ce que le rhumatisme ?
ER : Le terme de rhumatisme existe depuis longtemps. Dans l’antiquité on parlait de rhumein, les articulations qui coulaient. Aujourd’hui, quand on parle de rhumatisme, ça englobe plusieurs entités différentes. Si on veut essayer de se retrouver un petit peu parmi le nombre de rhumatismes qui existent, il faut se rappeler qu’il y a à peu près trois grandes catégories de rhumatismes. Il y a une catégorie qui est celle de l’arthrose qui est caractérisée par une usure du cartilage. Elle progresse généralement tranquillement et touche en général une, voire deux articulations. Le deuxième grand groupe ce sont les maladies inflammatoires rhumatismales, comme l’arthrite. Ce sont des maladies qui sont souvent chroniques, qui se développent insidieusement, et dont le diagnostic n’est pas toujours aisé. Elles peuvent entraîner des handicapes fonctionnels importants et des douleurs. Et, le troisième grand groupe est un groupe qu’on retrouve de façon commune, c’est le rhumatisme abarticulaire, autour des articulations. Ce sont toutes les tendinites des gens qui font beaucoup de tennis ou qui scient du bois le week-end. Ces trois groupes ont des causes différentes et ont des traitements différents. Le rhumatisme le plus fréquent est l’arthrose. Mais le terme "rhumatisme" regroupe plusieurs centaines de maladies différentes.
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Question : 2
- Qu'est-ce que la capsulite ou capsulose ?
ER : La capsulose, c’est quelque chose que l’on voit relativement fréquemment, souvent au niveau de l’épaule et au niveau des hanches. C’est une réaction de l’articulation qui est en contact notamment avec le système neuro-végétatif et qui d’un coup se ratatine. La capsule se ratatine comme une pomme. La capsule, c’est cette membrane qui est autour de l’articulation qui contient le liquide qui huile un peu, mais qui doit être un peu souple, parce que quand vous bougez l’articulation, il faut que cette capsule suive. Cette membrane doit suivre. Et là, à un certain moment elle se ratatine pour X raisons et probablement qu’il y a une influence de ce système complexe qu’on appelle le système neuro-végétatif qui règle la fréquence cardiaque, la transpiration, l’intestin, etc., et qui règle aussi les vaisseaux. C'est peut-être lié à un certain moment au spasme des vaisseaux. Et probablement à plusieurs facteurs qui font que dans cette articulation tout d’un coup la membrane se rétrécit et on a de la peine à bouger. Ça ne touche pas l’articulation. La récupération prend du temps, ça prend parfois 2 ans. On le traite par de la physiothérapie et c’est vrai que c’est souvent très long.

CKF : C’est souvent très long, mais c’est vrai qu’en règle générale on récupère très bien. Mais c’est long, très long.

CC : Je crois qu'on voit bien l’énergie que les patients mettent pour lutter contre ce qui leur arrive, pour faire avec et au mieux. Et on voit très bien comment cette femme a fait au mieux. Mais on voit aussi à quel point ça peut être par moment ambivalent. En même temps elle dit bien qu'elle était tellement soulagée qu’on lui trouve quelque chose et qu’on lui dise que ce n’était pas dans la tête, que c’était dans le corps et que c’était un vrai diagnostic. Elle était extrêmement soulagée. Mais en même temps elle dit aussi qu’elle aimerait bien faire comme si de rien n’était, qu’elle ne veut pas faire peser ça sur ses collègues de travail, qu’elle a essayé pendant des années de continuer à faire en dépit de sa maladie. Et je crois que c’est tout à fait important, cette ambivalence qu’il peut y avoir et d’ailleurs elle le dit bien. A la fin, ça m’a beaucoup frappée, elle dit en même temps : "On vit avec, on apprend à se limiter", ce qui a un côté un petit peu négatif quand même, et elle dit enfin : "On apprend où sont les limites", ce qui n’est pas tout à fait pareil. On ne se limite pas mais on regarde où sont les limites. Et ensuite, et c’est le plus important, c’est d'être conscient de ce qu’on peut faire. J’ai l’impression vraiment que c’est le résumé d’un parcours que peut vivre un patient qui souffre de douleurs chroniques rhumatismales, que l’on soit jeune ou âgé, c’est vraiment ce parcours depuis "il faut se limiter, il faut savoir où sont les limites, et il faut savoir ce qu’on peut faire". Un très beau résumé.

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Question : 3 - Qu’est-ce que la chondrocalcinose ?
ER : La chondrocalcinose est une maladie qui fait des arthrites ou des inflammations d’articulations. Ce sont des dépôts qui viennent dans les ménisques et dans les cartilages à partir de 60 ans. Pas chez tout le monde, heureusement. Et ils font des crises de temps en temps quand ils tombent dans l’articulation. Ils créent une inflammation importante. L’articulation gonfle, la membrane sécrète, et on doit à ce moment-là ponctionner pour calmer l’inflammation. C’est une maladie qu'on ne peut malheureusement pas prévenir. Ce n’est pas en mangeant moins de calcium qu’on arrive à prévenir la chondrocalcinose. Et si on faisait des radios à tous les gens de plus de 60 ans, on trouverait peut-être 2 ou 3 personnes qui ont de la chondrocalcinose qui est asymptomatique, donc qui ne fait pas mal. Elle se loge surtout dans les poignets, les genoux, les épaules et les hanches. Ça fait des crises, d’où l’importance de bien déterminer ce qui se passe et ce que c’est. Quelqu’un qui a une chondrocalcinose et qui a fait une crise, c’est important de discuter avec lui, en disant : "On ne peut pas éviter qu’il y ait une crise mais voilà ce qu’on va faire, ce que vous devez faire, ce que je peux vous apporter pour essayer de réagir le plus tôt possible à une crise. Par exemple : mettre de la glace, avoir des anti-inflammatoires à la maison et essayer de mettre l’articulation au repos. Et si au bout de 2 jours ça ne va pas, il faut appeler et ne pas souffrir pendant 10 jours parce que ça fait extrêmement mal des cristaux dans l’articulation". Donc, c’est toute une stratégie à mettre en place dès qu’on sait ce qu’il y a. Malheureusement certaines crises on ne peut pas les éviter.

CKF : Le rôle de la physiothérapie c’est une chose mais c’est surtout le travail que le patient va faire en renforçant de façon très régulière sa musculature parce que nous ne pouvons pas contracter nos muscles à la place de nos patients. En revanche, on peut leur donner des conseils pour faire des exercices qui seront des exercices adéquats et qui seront positifs pour eux. Et après c’est eux, à la maison, chaque jour régulièrement qui doivent faire leurs exercices pour renforcer leurs muscles.

ER : Il faut juste rappeler qu'une articulation tient aussi que parce qu’il y a des muscles autour, c’est extrêmement important. Le muscle fait partie de l’articulation.

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Question : 4
- La constance dans le rhumatisme n’est-ce pas la douleur ?
ER : La douleur dans tous les problèmes rhumatismaux est une constante. C’est en général la première chose qui est mise en avant, quand on a mal à un genou ou à une épaule. Ensuite il y a la fonction. Et les deux choses ne vont pas toujours ensemble. La douleur est le signe annonciateur, par exemple d’un problème articulaire, soit à l’intérieur de l’articulation, soit autour de l’articulation comme dans une tendinite. Mais c’est vrai que la douleur est le premier symptôme et c’est une chose à prendre en compte avec la fonction.
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Question : 5 - La douleur chronique a-t-elle des conséquences psychologiques ?
CC : Je crois que ça a beaucoup de conséquences et que c’est souvent quelque chose qui est loin d’être facile à gérer. On reste souvent, comme thérapeute, très admiratif des efforts que les patients déploient. L’arthrose a des conséquences pratiques dans la vie de tous les jours, pour la pratique du sport par exemple. On a d’abord de la peine à en faire, puis on en fait un peu moins, un peu différemment, jusqu’au moment où on ne peut plus se retourner dans son lit la nuit. Petit à petit, la douleur devient chronique et handicapante dans la vie de tous les jours. Le retentissement ne touche pas que les loisirs, mais aussi la vie professionnelle, et la vie familiale, un impact évident comme on peut bien l’imaginer. Et il peut y avoir par ailleurs un impact à un niveau plus psychologique qu’on rencontre chez beaucoup de patients. Ça peut être de l’anxiété. Que les gens soient jeunes ou âgés, ils peuvent se demander à bon droit, si ça va durer. Est-ce qu’ils vont s’en remettre ? Est-ce qu’on va pouvoir les aider ? Donc, ça peut amener de l’anxiété. Ça peut amener même des phénomènes du type dépression, quand ça dure et quand ça handicape énormément. Et puis bien sûr, ça peut avoir un retentissement aussi au niveau de l’image de soi. Quand on est un grand sportif, et que tout d’un coup on vous dit que vous devez rester assis à votre bureau et renoncer au sport, ce n’est pas si facile que ça à admettre. Et je crois que ça fait aussi partie des retentissements dont on doit s’occuper au même titre que de la douleur ou du phénomène qui est la cause en tant que telle.
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Question : 6 - Quel est le coût psychique des rhumatismes ?
CC : Le coût psychique est important. Mais quand on dit qu’il y a un coût psychique, qu’il y a des conséquences psychologiques, ça ne veut pas dire que tous les gens qui ont une arthrose ou une arthrite ou un problème de rhumatisme ont besoin d’un psy. Il ne s’agit pas du tout de dire : "On a chassé la dépression par la porte, la voilà qui rentre par la fenêtre". Ce n’est pas ça que je suis en train de dire. Je crois que c’est très important simplement de souligner que la personne est une globalité et que quand on souffre d’une maladie chronique sévère qu’on soit un enfant, un jeune adulte, un adulte un peu plus âgé ou une personne âgée, les conséquences sont importantes et méritent qu’on s’en occupe. Ça ne veut pas dire qu’il faut un psy pour ça, ça peut être au niveau de la famille, ça peut être au niveau du médecin traitant, ça peut être au niveau du physiothérapeute. Je crois que c’est vraiment au niveau de l’équipe qui s’occupe du patient que c’est important, que les choses se jouent. Il faut tenir compte des conséquences psychologiques. Non pas de "psychologiser" le problème mais de tenir compte des conséquences psychologiques.
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Question : 7
- Qu’elle est l’influence du stress ?
CC : Il semble bien que quand les gens sont nerveux et tendus ça augmente les douleurs. Ce n’est pas que ça les fabrique, mais simplement les douleurs deviennent encore plus insupportables à cause de la tension. Quand la tension augmente, les douleurs augmentent encore. Et on met en branle une espèce de cercle vicieux. Souvent quand les gens ont identifié ce phénomène-là, quand on les aide à diminuer le stress, par exemple via des techniques de relaxation comme peuvent le pratiquer les physiothérapeutes ou certains psychologues, on voit que l’on peut diminuer la quantité de douleurs. On ne l’élimine pas forcément mais en tous cas on peut la diminuer. Maintenant, il y aussi des gens qui disent que stressés ou pas, ça ne change rien à leurs douleurs, c’est vrai. Mais si vous faites partie des gens qui effectivement ont identifié ça comme un facteur qui augmente la douleur, vous faites effectivement partie d’un groupe particulier qui en général bénéficie largement de techniques de relaxation et de détente.
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Question : 8
- Qu’elle est l’influence de la météo ?
ER : Tout le monde parle de la météo. Malheureusement, on ne sait pas. On sait que quand il y a des changements de temps certaines personnes ont plus de douleurs. Cela provient probablement d'un changement d’humidité, d'un changement de pression, ou d’une variation de la température. On ne sait pas. Mais c’est vrai qu’il y a des gens qui peuvent vous dire :"Tiens dans deux jours il va pleuvoir parce que je sens mes rhumatismes". Et ça, ça reste un point d’interrogation. Probablement que cela dépend des individus. Tout le monde n'est pas concerné. On ne sait pas pourquoi, mais c’est vrai que ça existe.
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Question : 9 - L’éducation du patient est-elle importante ?
CC : Je crois que c’est tout à fait fondamental. Cela veut dire expliquer au patient ce qui se passe point par point, ce qu’on peut faire, où on va, où on peut aller, et où on ne peut pas aller. Et, je crois que c’est très important. Souvent le patient va voir plusieurs thérapeutes et chacun y va de son conseil. Et finalement, c’est embêtant ça, parce qu'on ne sait plus lequel il faut suivre.  C'est vraiment important d’expliquer ce qu’est le traitement et à quoi il sert. C’est ce qu’on entend par éducation thérapeutique. C’est aussi poser des questions au patient, lui demander ce qu’il est d’accord de faire, ce qui est important pour lui, quelles sont ses priorités : le travail, le sport ou la famille ? pour faire un plan thérapeutique qui ait du sens pour le patient. Parce que l’abreuver sous des tas de beaux mots et des tas de choses, ce n’est pas forcément utile s’il ne comprend pas où on veut aller avec lui.

ER : Pour compléter ce que dit Christine Cedraschi, c’est la relation thérapeutique qui est très importante dans une maladie chronique. La relation thérapeutique et le plan que l’on fait ensemble avec le patient. On doit prendre en compte dans une maladie chronique toutes ces dimensions : les dimensions de projection sur l’avenir, pour essayer de construire quelque chose qui corresponde à la situation du patient et de partir avec un plan thérapeutique clair.
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Question : 10
- Les anti-dépresseurs ont-ils un effet anti-douleurs ?
ER: La douleur est un phénomène qui se passe et qui s’analyse au niveau de la moëlle et du cerveau. Et on sait maintenant que dans la douleur chronique, par les études qu’on a sur les centres nerveux et notamment sur la corne postérieure de la moëlle, il y a des déséquilibres entre certaines substances dans les maladies chroniques, notamment la sérotonine et que les antidépresseurs qui augmentent le taux de sérotonine dans la moëlle ont une partie antalgique. Cela dépend des doses. Il y a d’autres antidépresseurs qui peuvent aussi être efficaces contre la douleur, notamment les dopaminergiques. Mais quand on dit au patient :"Il faut prendre un antidépresseur." Il nous répond : "Mais moi je ne suis pas déprimé". Il faut de nouveau expliquer pourquoi on fait ça et comment on introduit ce traitement. C’est ça qui est important.

CC : Je ne peux qu’être totalement d’accord avec ce que vient de dire le Dr. Roux. On a à la consultation de la douleur regardé un peu ce qui se passait. Les gens, en général, disent : "Mais enfin désolé, moi, je suis rentré à la maison, j’ai lu la notice, j’ai vu que c’était pour les déprimés, je ne suis pas déprimé, j’ai jeté. Moi, le jour où je prendrai ça, il faudra me ligoter". Ce qui est très embêtant c'est quand les patients ont l’impression que le médecin leur a menti et ne les a pas pris au sérieux. Parce qu’à l’heure actuelle, on sait encore très peu que les antidépresseurs ont un effet prouvé sur la douleur aigue et chronique, alors que cela a été parfaitement démontré. Simplement, c’est encore très peu connu et ça n’est jamais indiqué dans les notices d’emballage des médicaments, dans lesquelles les patients lisent : énurésie chez l’enfant, troubles obsessionnels compulsifs, etc. Et quand ils retournent chez le médecin, ils lui disent : "Vous savez, moi, votre médicament, je ne l’ai pas pris parce que je ne suis pas d’accord, j’ai lu la notice et ça ne correspond pas". A ce moment-là on peut discuter, vous voyez c’est l’importance de questionner le thérapeute quand on n’est pas d’accord. Combien de patients ont dit : "Moi, j’ai jeté votre médicament". Quand je leur demande : "Vous avez dit au médecin ?" Un certain nombre me répondent : "Oh ben non ! " "Pourquoi vous ne l’avez pas dit ?" Bien, vous savez il est tellement gentil, il se donne tellement peine". Vous voyez, je crois que c’est aussi être gentil avec soi et avec le médecin de dire : "Je ne suis pas d’accord, ça ne me convient pas, je ne comprends pas pourquoi vous me prescrivez ça". C’est la base d’une discussion possible. Et on parlait aussi de coûts sociaux-économiques, il y a des coûts au niveau des médicaments jetés qui sont simplement colossaux. C’est des milliards par année aux Etats-Unis, des milliards. Ils ont calculé ça, ils calculent beaucoup les coûts aux Etats-Unis. On n’est pas loin des 100 milliards par année en terme de ce qu’on appelle de non-compliance, c’est-à-dire, le médicament est prescrit mais le patient ne le prend pas et le jette. Le plus important c’est de dire: "Non merci" Et à ce moment-là on peut négocier. Si le patient ne veut pas, il ne faut pas. On essaie autre chose.

ER : C’est l’importance du plan thérapeutique et de la définition de ce qu’on va faire. Avant de prescrire, effectivement, je crois que c’est important de discuter et de voir les effets secondaires, ce qui se passe. Et comme ça on arrive à diminuer effectivement ces médications qui ne sont pas prises. Et puis il y a une espèce de double malentendu où tout le monde est le dindon de la farce parce que personne ne croit l’autre et on se retrouve dans une situation aberrante.

CC : Mais je crois que ce qui est fondamental, c’est d’être absolument sûr qu’on est pris au sérieux et cru par son thérapeute. Je n’oublierai jamais une femme dont on était sûr qu’elle ne prenait pas l’antidépresseur qui lui était prescrit. Et elle disait qu’elle le prenait. Jusqu’au moment où elle a expliqué que quand elle mettait l’antidépresseur dans sa bouche elle avait la sensation que sa langue se paralysait. Alors, bien entendu que c’est difficile de l’avaler. Et ça lui était extrêmement pénible. Donc, je crois qu’il faut vraiment passer par cette discussion de comment ça se passe. Ça se négocie. Et il ne faut pas qu’on l’oublie non plus, nous, comme thérapeute.
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Question : 11 - Peut-on prendre des anti-inflammatoires

continuellement ?
ER : Quand on parle de maladie chronique, on a l’impression que c’est une espèce de voie de chemin de fer toute droite. Ce n’est pas vrai. Dans une maladie chronique on peut avoir tout d’un coup des poussées et on peut avoir des périodes de répit. Donc, on n’est pas obligé de prendre des anti-inflammatoires tout le temps. Il faut une stratégie et un dialogue pour que le patient prenne le minimum de médicaments, comme les anti-inflammatoires ou le paracétamol, et au bon moment. Et ça c’est un dialogue qui doit être fait entre le patient et le thérapeute.
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Question : 12 - Quels sont les effets secondaires des médicaments à long terme ?
ER : Les médicaments qu’on utilise classiquement, les antalgiques purs comme le paracétamol en général n’ont pas d’effets secondaires majeurs si on les prend aux doses correctes habituelles jusqu’à 4-5 grammes par jour. Si on en prend plus, ça peut créer des problèmes au niveau du foie. Les anti-inflammatoires qui sont très décriés mais qui heureusement permettent à certaines personnes de fonctionner mieux dans la vie de tous les jours, ont des effets secondaires que tout le monde connaît au niveau de l’estomac. Ça fait des brûlures d’estomac, ça peut faire des ulcères. On sait aussi qu'en prenant quelque chose qui empêche l’acidité au niveau de l’estomac, on évite ces ulcères. La deuxième chose, il faut bien faire attention notamment quand on arrive à un âge plus avancé car les anti-inflammatoires diminuent la fonction du rein. Les personnes de 80-85 ans ont une fonction du rein diminuée et souvent il faut faire extrêmement attention avec ces anti-inflammatoires. Concernant la cortisone, elle a été très décriée. Il faut se rappeler que pendant la guerre il y a eu un marché noir de cortisone parce que les soldats américains venaient des Etats-Unis pour se battre en Europe et ils amenaient la cortisone parce qu’il en existait seulement là-bas. Et que notamment Edith Piaf a été une des femmes qui a bénéficié de la cortisone. C’est un très bon anti-inflammatoire, mais il faut savoir comment l’utiliser. Il faut l’utiliser à des doses les plus faibles possibles. C’est vrai qu'elle a des effets secondaires sur l’os. Elle peut donner l’ostéoporose à long terme. Des effets secondaires sur la peau aussi, et d’autres qui sont moindres. Il faut l’utiliser à faible dose. Elle peut se prendre soit par la bouche, soit on la met dans l’articulation sous forme de cristaux qui en général n'ont pas d’effets secondaires majeurs si on est, de nouveau, parcimonieux, et si on ne fait pas 50 infiltrations par année. Les traitements biologiques ont aussi leurs effets secondaires, malheureusement, comme tout médicament. Avec les anti-TNF, les traitements biologiques pour la polyarthrite, il faut faire attention aux infections. Ils bloquent une partie des défenses immunitaires et les infections sont à ce moment-là plus fréquentes, notamment la tuberculose, ces infections lentes auxquelles on ne pense pas souvent.
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Question : 13
- Quand faut-il opérer ?

ER : C’est un long chemin dans une maladie chronique. Je vous rappelle l’histoire de la douleur et de la fonction, ce sont les deux choses qu’on doit gérer. La fonction avec l’aide aussi des physiothérapeutes et la douleur à l’aide des médicaments, et parfois d’un soutien psychologique parce que c’est une maladie qui n’est pas facile. Ensuite il faut trouver le bon moment, ni trop tard, ni trop tôt pour l’opération. Et je crois que c’est aussi un travail avec les différents intervenants et avec le patient pour trouver le bon moment.  Mais l'opération n’est pas la panacée, même s'il faut dire que du point de vue orthopédique on a fait énormément de progrès ces 20 dernières années. La durée de vie des prothèses, avec de nouveaux types de matériaux, est plus longue. Maintenant pour une prothèse de hanche, on peut dire que pendant 20 ans il n’y a pas de problèmes. C’est quelque chose qui va bien marcher. Et pour les prothèses de genou c'est à peu près la même chose. Mais la grande difficulté c'est qu’on implante des nouveaux matériaux maintenant et on verra ce qu'ils donneront dans 15 ans. Mais globalement on sait que les anciennes prothèses durent déjà entre 15 et 20 ans sans problèmes. Alors, la grande difficulté, c’est effectivement de choisir le bon moment et de bien organiser les choses. Il faut savoir qu'une prothèse ne sera jamais une articulation toute neuve. Elle aura quand même des limitations. Mais dans à peu près 80 à 90% des cas, dans les mains d’un bon chirurgien, c’est un succès.
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Question : 14
- Que penser des prothèses de cheville ?

ER. Les prothèses de cheville sont de plus en plus au point. On a des orthopédistes à Genève qui savent bien mettre des prothèses de cheville ce qu’on n’avait pas il y a une dizaine d’années. Et c’est vrai que maintenant on a du point de vue biomécanique et du point de vue matériel des prothèses de cheville qui sont tout à fait au point. Malheureusement, on ne sait pas encore quelle longueur de vie elles auront car c’est récent.

CFK : Je pense qu’une prothèse dure aussi en fonction de ce qu’on en fait. Plus vous la sollicitez, plus elle risque d’avoir une durée de vie réduite alors que si vous êtes quelqu’un de tranquille, vous aurez certainement une durée de vie plus longue pour votre prothèse.
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Question : 15 - Comment la physiothérapeute peut-elle intervenir par rapport à l’opération ?
CKF : On peut intervenir dans le cadre du cabinet de physiothérapie mais on peut intervenir aussi dans le cadre de la Ligue contre le rhumatisme. Nous avons mis sur pied un cours qui concerne la hanche actuellement mais qui se développera probablement pour d’autres articulations si la demande en est faite. Un cours qui consiste à apprendre aux gens comment ils vont vivre avec leur nouvelle hanche. Le cours s’appelle "Ma nouvelle hanche" du reste. Et ce cours a été élaboré par des physiothérapeutes, des orthopédistes, une ergothérapeute et la Ligue contre le rhumatisme. Lors d’un cours, une discussion qui dure 2 heures et qui a lieu à la Ligue, les gens peuvent poser toutes leurs questions, et peuvent repartir avec des réponses aux questions qu’ils ont concernant la nouvelle hanche qu’ils vont avoir. Notre objectif en ayant mis ce cours sur pied est de permettre aux gens d’être rassurer, de leur permettre aussi de pouvoir rentrer à la maison après une intervention en ayant un appartement qui est bien organisé pour eux. Nous leur donnons des conseils très pratiques. Par exemple, la hauteur que les toilettes doivent avoir en fonction de la hauteur de la personne, de faire attention aux tapis dans la maison car quand on marche avec des cannes ça peut être une cause de chute. On apprend aussi aux personnes à marcher avec des cannes, à monter ou à descendre des escaliers. Savoir marcher avec des cannes avant une intervention, avant d’avoir été "traumatisé" par une intervention, je pense que c’est extrêmement rassurant. Et, je pense que toute personne qui se sent à l’aise avec ce qui va se passer, se sentira beaucoup mieux après l’intervention aussi.
Et le fait de pouvoir répondre aux questions, je pense que ça favorise nettement une bonne récupération après l’intervention.
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Question : 16
- Le yoga est-il bon pour les rhumatismes ?
CKF : Le yoga, comme toute thérapie ou toute technique qui est adaptée à la personne qui la pratique aura des conséquences positives. Simplement, c’est sûr que si vous souffrez de limitations articulaires, si vous avez des douleurs et que vous êtes intégré dans un groupe où tout le monde est en super forme, ça risque de ne pas être très adapté. Mais si vous avez à faire à quelqu’un qui a la possibilité de trouver des choses et des astuces qui vont vous permettre de faire du yoga ou de faire des exercices en ayant l’esprit yoga, ce sera tout à fait bien pour vous, sans aucun doute.
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Question : 17
- Que penser des cures thermales ?
CKF : Je pense que la cure thermale est quelque chose de positif du moment où on a envie d’y aller et qu’on est sûr que ça va nous faire du bien. C’est déjà la première chose. Et je pense qu’il y a un élément dont il faut tenir compte c’est que du moment où on a un certain type de traitement en cure thermale, il faut qu’il soit prescrit par quelqu’un qui soit capable de faire un bon bilan concernant la personne qui se présente et puis avoir des thérapeutes aussi qui sachent s’adapter à la personne qui est en face d’eux. Donc, avoir des physiothérapeutes ou des ergothérapeutes et non pas des masseurs. Je suis désolée de dire ça mais c'est parce que je pense que c’est très important que la personne dont on s’occupe puisse être prise en charge de façon efficace et non pas destructrice. Nous, on se trouve fréquemment face à des personnes qui reviennent de cure en étant moins bien, parce qu’elles se sont trouvées dans des situations comme ça. Donc, quelqu’un qui va en cure doit exiger d’être traité par des gens compétents. Dans ce sens-là, les cures sont très bien.

ER : Moi je dirais que les cures thermales c’est historique. C’est vrai qu’il y a des stations thermales en Suisse dont on a vanté beaucoup la qualité des eaux. On a dit que les eaux soufrées étaient mieux pour le rhumatisme parce qu’il y a du soufre dans certains constituants du cartilage, etc. Je crois que ça, de nouveau, on ne l’a jamais prouvé. Mais ce qu’il faut dire quand même, c'est qu'à un certain moment, dans toutes les maladies chroniques, il y a des périodes qui sont extrêmement difficiles, des périodes de fatigue, des périodes d’épuisement. Et le fait à un certain moment de partir, par exemple 15 jours, dans un endroit où vous vous reposez, où vous faites une activité physique que vous n’avez pas l’habitude de faire, qui vous fait du bien, où vous ne faites plus le ménage, etc. Je pense honnêtement, que tout ça va faire du bien à la personne. Mais il faut bien le voir dans le cadre d’une maladie chronique épuisante. Et je pense aussi que le fait de sortir de son lieu familial fait que tout d’un coup quelqu’un respire. Je pense qu’une partie du bienfait de la cure thermale s'explique ainsi.
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Question : 18 - Peut-on agir sur l’alimentation pour prévenir ou freiner le développement d’un rhumatisme ?
ER : Pour l’arthrose elle-même, on a actuellement peu d'éléments. Un des éléments clairs, c’est cette histoire des omégas 3, omégas 6, où on a vu que dans le phénomène inflammatoire, le fait de prendre des omégas 3, cela diminue l’importance de la réaction inflammatoire. Mais ça ne l’enlève pas complètement. C’est un des éléments qu’on a. Ça c’est prouvé. Il y a par exemple, certaines intolérances mais ce n’est pas fréquent, par exemple au lactose, qui peuvent donner aussi des phénomènes inflammatoires, des arthrites mais c’est quand même rare. Et puis, il y a toute la croyance populaire. On dit que dans les rhumatismes, il ne faut surtout pas manger de tomates, pas boire de vin blanc, pas boire de lait. Il y a le problème de l’acidité dont on n’a jamais pu prouver vraiment la véracité. C’est vrai qu’il y a probablement des gens qui sont sensibles à ça, par exemple aux tomates, ou qui après avoir bu un verre de vin blanc ont plus de douleurs. C’est vrai. Mais ce n’est pas pour ça que, par exemple, on doit arrêter tous les produits laitiers, ou que tout le monde qui a de l’arthrite doit arrêter les produits laitiers. Ça c’est l’élément des croyances qui n’ont pas été prouvées. Mais je pense que les croyances c’est important dans une maladie chronique.

CC : C’est aussi important finalement de pouvoir essayer, de faire un peu le tour de ce genre de choses et puis parfois il arrive que quand on est vraiment convaincu de son régime, on en ait les bénéfices. Et ça peut être important aussi. Et si ce n’est pas prouvé, mais si ça fait du bien pourquoi est-ce qu’on ne le ferait pas ?


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