ALCOOL, TABAC ET CANNABIS
Des adolescents en danger ?   (13.05.04)


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1. GENERALITES
2. ALCOOL/TABAC
3. CANNABIS
 
 


GENERALITES

1. Pourquoi les jeunes fument-ils ou boivent-ils ?
2. Pourquoi les ados consomment-ils de plus en plus jeunes ?
3. Est-ce qu’il y a de plus en plus d'échecs scolaires liés à la consommation de cannabis et d'alcool ?
4. Quelle est la politique des écoles dans ce domaine ?

5. Comment concevoir une campagne de prévention ?
6. Les jeunes sont-ils bien informés ?

7. Quel est le rôle du médecin généraliste face aux addictions des jeunes ?
8. Comment aider tous ceux qui refusent une aide de la part des professionnels ?

9. Quel peut être le rôle et la responsabilité de l'école ?

Question : Pourquoi les jeunes fument-ils ou boivent-ils ?
FN : Alors le stress est sûrement un des éléments, c'est peut-être aussi l'élément que nous comme société et comme adulte on met souvent en avant. C'est vrai que les adolescents qui commencent à fumer soit du tabac soit du cannabis ou qui commencent à boire de l'alcool, c'est aussi pour trouver leur identité, et développer leur personnalité. C'est aussi le modèle que donne le groupe qui est autour d'eux. Et puis c'est aussi pour appartenir à un groupe et parce qu'il faut se différencier et que si on veut être différent de ses parents ou s'opposer à ses parents, on va faire différemment. Donc si les parents ne fument pas, on va fumer, et si les parents fument comme ça, on va fumer autrement. C'est une façon aussi de se reconnaître entre adolescents puisque, si on appartient à un groupe où tout le monde fume, et que soi-même on ne fume pas, beaucoup d'adolescents qui racontent cette expérience-là se sentent exclus, ils ne se sentent pas bien. Ils ont l’impression de ne pas participer au mouvement général ou de ne pas avoir du plaisir. Le tabac, c'est quand même essentiellement une façon, ou en tout cas la cigarette, de s'intégrer, pour les adolescents. Le cannabis c'est peut-être un petit peu différent parce qu'on fume du cannabis parce qu'on est à une fête un soir et parce que d'autres fument. Mais on fume aussi du cannabis en petit groupe surtout, ou bien avec ses copains préférés. Ou on fume du cannabis parce qu'on arrive pas à dormir le soir et qu'on se rend compte que le cannabis a un effet assez déstressant, relaxant et que cela nous aide à dormir. Donc les motivations sont un peu différentes pour le cannabis.

Question : Pourquoi les ados consomment-ils de plus en plus jeunes ?
CT : Je pense que les enfants sont peut-être stressés plus jeunes, ils vivent dans un environnement avec un stress, un rythme très soutenu plus jeunes. Ce que j'observe, c'est que le cannabis est une drogue qui ralentit et j'ai l'impression que tous ces jeunes qui consomment du cannabis nous disent : » vous allez tellement vite, freinons un peu ». Ils sont entre guillemets ados plus jeunes parce qu'ils sont aussi consommateurs plus jeunes. Ce sont des produits de consommations, les drogues. Et je pense que là, il y a un glissement dans lequel on est tous pris. L'enfant est consommateur de plus en plus jeunes. Les gens qui vendent des produits pour jeunes ou pour enfants le savent, qu'il y a un public cible génial, on consomme tout plus jeune. On a un natel plus jeune, on prend le bus plus jeune, on s'achète des habits dans les boutiques plus jeunes. Tout se fait plus jeune. Tout est accéléré. Moi, c'est cette impression que j'ai. Et puis cette accélération est pénible, parce qu’on est mioche quand on a douze ans, et c'est assez angoissant de se faire presser comme un consommateur, comme quelqu'un qui doit déjà produire, qui doit déjà s'orienter, qui doit déjà être parmi les meilleurs.

MCK : Une explication qui revient souvent transmise par les jeunes, est le fait qu'on vit dans une société où la concurrence, la compétition, la réussite à tout prix est favorisée, où on ne respecte plus le rythme de chacun. En plus, on vit dans une société très hédoniste, où le plaisir est extrêmement valorisé et en plus il faut consommer tout, tout de suite et le plus rapidement possible. Les ados arrivent plus ou moins à gérer la semaine, mais le week-end, ils ont besoin de se vider la tête, comme ils disent, et même jusqu'à l’anesthésie. Ce stress accumulé, cette exigence dans les écoles, dans les familles où plus personnes n'a de temps pour l'autre, etc…, alors en effet ils se saoulent comme ils disent pour oublier tout ça, pour se vider la tête et surtout pour anesthésier la souffrance qui très fréquemment est derrière.

FN : Il y a de moins en moins de différentiation entre les âges, l'adolescence commence de plus en plus tôt comme vous l'avez dit tout à l'heure, et il n'y a plus de processus collectif d'intronisation, des rites de passages. C'était la première communion, ou d'autres choses qui pouvaient faire passer de l'enfance à l'adolescence, et ensuite on passait de l'adolescence à l'âge adulte justement en étant des personnes qui avaient le droit de consommer des produits. C'était comme ça. Et maintenant, il y a une sorte d'effacement avec l'allongement de l'adolescence, de la dépendance aux parents. L'autonomie vient plus tard, on est plus tard des adultes. Donc tout ça a tendance à brouiller les limites et ces limites-là ne sont pas non plus posées dans notre société. On préfère plutôt que de poser des limites et d'entrer vraiment en conflit, on le voit bien entre parents et enfants, plutôt que d'entrer en conflit avec ses enfants, on va négocier. Dans notre travail, c'est pareil. Au lieu d'entrer en conflit, on va négocier, on va essayer d'aplanir et de dire surtout non à la violence. Mais les adolescents ressentent ça, et en ne nous opposons pas, on fait aussi passer le message que la frustration ce n'est pas bien, donc il faut prendre un produit immédiatement pour avoir une réponse. Et donc quand on est angoissé, on va prendre un médicament. On n'a pas beaucoup parlé des médicaments, mais c'est aussi des substances qu'on peut mélanger avec d'autres substances et le message est quand même surtout social. Il n'est pas tellement lié aux adolescents eux-mêmes ou aux consommateurs eux-mêmes. Il est surtout dans notre société, où, quand on est malade, il faut prendre un médicament parce qu'on ne peut pas avoir de la fièvre pendant deux jours, ce n'est pas bien, donc on va prendre des médicaments quand on a mal à la tête. On ne peut pas trouver d'autres moyens comme de se reposer, ou peut-être de s'allonger, ça calme le mal de tête, mais non il faut continuer à courir après le rythme de vie qu'on a et consommer. Donc les jeunes sont aussi soumis à ce genre d'attente et de représentation.

Question : Est-ce qu’il y a de plus en plus d'échecs scolaires liés à la consommation de cannabis et d'alcool ?
CT : Est-ce qu'ils étaient là avant ou est-ce que c'est la substance qui les a déclenchés ou provoqués ? Est-ce que c'est l'échec scolaire qui motive à fuir ce trac ou ce dégoût de soi-même parce qu'on a doublé, parce qu'on s'est fait viré de l'école ? Ou est-ce que c'est la consommation qui rend moins efficace au niveau rendement scolaire et qui fait que finalement on est en échec ? Il y a tous les cas de figures. Je n'aimerais pas dire oui c'est les produits qui causent l'effet, et je n'aimerais pas dire c'est les effets qui les font tous fumer ou boire comme des malades. Mais les deux sont liés je crois. C'est un jeu subtil. Certains s'en tirent, décrochent quand même un CFC ou une matu, malgré leurs expériences ou leurs passages dans cette consommation. Et seuls les plus fragiles ne s'en tirent pas


Question : Quelle est la politique des écoles dans ce domaine ?
CT : La politique dans mon école est assez récente, parce qu'il y a eu pendant un certain nombres d'années un grand flou. Mais il y a eu quand même des évènements, des moments de crises autour de jeunes qui avaient trop consommé, que ce soit de l'alcool ou du cannabis qui ont commencé à faire réfléchir et à inquiéter les gens. Il y a eu aussi des gens comme moi, ou les infirmières scolaires qui ont un petit peu secoué la direction en disant : « avez-vous réfléchi si un jeune sort de chez nous et se met dans un platane en scooter, c'est qui le responsable ? » Bref, tout ça a fait qu'une politique un peu plus claire s’est mise en place. On a annoncé clairement une règle. Il fallait commencer par ça, il n'y en avait pas. Aujourd’hui, la règle est la suivante : ici on est dans une école, on est ici pour étudier, et pour des problèmes de sécurité parce que c'est une école professionnelle où il y a des ateliers, des grosses machines, etc… on doit être à jeun. Et celui qui n'est pas à jeun, qui est surpris dans un état qui vraisemblablement ne le rend pas apte à son travail, il est 1) mis à l'abri, 2) renvoyé soit chez lui, soit chez son patron pour les élèves qui ont un employeur. Et puis là il y a un échange d'informations pour essayer de voir si c'est un fait isolé, si c'est régulier, s'il y a des mesures à prendre, des sanctions ou des offres d'aide pour ces jeunes. Ces règles sont un peu lentes à se mettre en place, parce que l’école est très grande, il y a quatre cent professeurs. Et il y a encore des profs qui ne voient pas qu'un élève est pété au fond de la classe. Et là, je ferai un petit clin d'œil aux adultes que nous sommes, aux enseignants et aussi peut-être aux parents à qui, pourquoi pas, cela peut amener des avantages, des bénéfices d'avoir des ados tranquilles. C'est quand même une drogue qui tranquillise le cannabis, et ils remuent moins que s'ils sont réveillés, pas contents et anxieux. Donc il y a des bénéfices à ne pas signaler un jeune. C'est triste, mais c'est comme ça. Je le relève parce que c'est quelque chose qui me froisse.

Question : Comment concevoir une campagne de prévention ?
MCK : Je peux vous donner des expériences cliniques, de ce que les jeunes me disent et apparemment les études le montrent aussi, le cannabis nous permet de retrouver une identité, de s'adapter à un groupe, etc. Le tabac, les jeunes l'utilisent plutôt comme un moyen de compétition. On est en compétition et il faut montrer sa supériorité par rapport aux autres, sa toute puissance et surtout ils ont un exemple, les adultes, où la cigarette est devenue normale. Donc c'est beaucoup sur cette image des adultes qu'il faut travailler, et elle est vraiment présente dans tous les milieux ce qui est quand même le plus grave. Le problème de santé numéro un c'est quand même le tabac. Aujourd'hui on parle énormément de cannabis. Le cannabis ne tue pas, on ne peut pas faire une overdose, mais malheureusement, le tabac tue chaque heure une personne en Suisse. Et je pense que vraiment les campagnes sur la prévention doivent davantage s'accentuer sur le tabac, parce que les adolescents sont tout à fait conscients d'être dépendants et qu'ils ont de la peine à arrêter leur consommation. Mais le plus gros problème, c'est qu'il n'y a pas de motivation suffisante pour s'en passer. C'est-à-dire que les campagnes de désaccoutumance, il faut les faire plutôt chez les adolescents que chez les adultes. Il faut dire aussi que c'est beaucoup plus difficile d'arrêter le tabac que d'arrêter le cannabis.. Aujourd'hui, c'est quelque fois plus facile de sevrer quelqu'un de l'héroïne que du tabac

FN : Juste encore une chose par rapport à la prévention. Je pense qu'effectivement, dans les soins ou pour inciter les jeunes à arrêter de fumer la cigarette ou arrêter de consommer du cannabis, probablement qu'il faut tenir compte des deux produits. Peut-être que dans les campagnes de prévention, ce que l'on appelle prévention primaire, c'est-à-dire inciter les jeunes à ne pas commencer à fumer ou à consommer du cannabis, peut-être que cela peut être important de considérer les deux choses de façon un tout petit peu différente. Le tabac c'est un produit qui est accepté dans notre société et qui est même très bien accepté, qui est sur les murs de nos rues et qu'on distribue en Suisse. Il me semble qu'on doit réfléchir un peu différemment quand on parle prévention du tabac et prévention en ce qui concerne le cannabis qui est encore une substance illégale, qui n'est pas reconnue comme devant se trouver dans la rue ou ailleurs. Donc il y a peut-être différentes choses à faire. Par contre, il y a beaucoup de choses à faire sur l'environnement. La prévention, ce n'est pas juste l'information des jeunes, mais c'est aussi comment est-ce qu'on transforme leur milieu de vie pour en faire un milieu sans fumée ou un milieu sans cannabis. .


Question : Les jeunes sont-ils bien informés ?
FN : Moi j'ai surtout l'impression que beaucoup de jeunes savent beaucoup plus de choses que nous sur les produits. Et ça, peut-être que c'est une bonne chose parce qu'ils ont des ressources et c'est bien. Mais je crois que l'information n'est pas aussi importante finalement que ça, en tout cas l'information sur les produits. L’important, c'est donner l'opportunité aux jeunes d'en parler, de donner leur avis, d'interagir avec des adultes et d'avoir en face d'eux des adultes qui se positionnent clairement. Ce qui n'est pas toujours le cas des adultes que nous sommes.

Question : Quel est le rôle du médecin généraliste face aux addictions des jeunes ?
FN : Le rôle des médecins de premier recours, c'est justement de pouvoir être des médecins chez qui on va parce qu'on a mal à la tête ou qu'on a vomi parce qu'on a consommé de l'alcool. Et c'est plus facile peut-être d'aller dire qu'on a vomi ou qu'on a mal à l'estomac que de dire qu'on consommes des drogues. Et le médecin généraliste est vraiment une porte d'entrée, c’est à lui à décrypter la personne, parce que souvent les adolescents disent non ce n'est pas un problème, j'ai mal à l'estomac, mais mes consommations d'alcool ne sont pas en cause. Donc le travail des généralistes et des pédiatres va être de travailler sur la motivation. Jusqu'à quel point ces jeunes-là sont conscients des liens qu'il y a entre leurs problèmes physiques et leurs consommations, des liens qu'il y a entre leurs difficultés relationnelles avec leur famille ou du stress de l'école et leur consommation. Et puis de pouvoir les amener petit à petit à voir des spécialistes , à aller dans une consultation auprès d'un psychologue ou d'un psychiatre s'il y a du travail à faire par rapport à ces consommations.

Médecin généraliste dans public : Je vous remercie beaucoup pour ces interventions. Ce que je regrette un peu, moi comme médecin de premier recours qui suit sur le terrain au quotidien, c'est qu'on nous sous-utilise dans ce type d'intervention. Moi, j'ai une très grande clientèle d'enfants et d'adolescents, mais en fait on nous donne très peu accès à une formation. Pour ma part, j'ai fait beaucoup de formations diverses, mais je n'ai jamais été sollicitée pour ce type de formation. J'avoue que j'apprends beaucoup de choses ce soir, et j'en suis très contente. En plus je suis mère d'adolescent, donc j'en suis d'autant plus contente. Mais je crois qu'on sous-utilise les médecins de premier recours en ville, parce que ceux qui sont vraiment sur le front c'est nous. On reçoit souvent des téléphones affolés de parents. Et nous ne sommes pas tous prêts à répondre aux questions. Nous ne sommes pas tous au courant des ressources que nous pouvons utiliser. Et j'aimerais sensibiliser les intervenants au fait que nous avons besoin qu'on nous donne l'accès à la connaissance et qu'on puisse travailler aussi en équipe dans des milieux extra-hospitaliers. Je sais qu'il y a une très bonne collaboration au sein des diverses équipes multi-disciplinaires hospitalières. Mais nous sommes nombreux en ville et je crois qu'il y a beaucoup de gens qui sont intéressés et on aimerait beaucoup avoir un accès à une formation un tout petit peu structurée et qu'on puisse utiliser ensuite chez nous au cabinet.

MCK : Vous avez raison, Madame. Les pédiatres et les médecins généralistes sont vraiment les médecins de premier recours. Ce sont les personnes les plus importantes, parce qu'ils voient les jeunes. Quand ils viennent chez nous, j'ai envie de dire que c'est déjà un peu tard, parce qu'ils sont déjà de gros consommateurs, en tout cas dans mon service. On donne de plus en plus de formations, peut-être dans votre catégorie de spécialité, la formation n'est pas du tout demandée dans le sens de formation continue. Mais par exemple, on donne des formations aux gynécologues. Souvent on se déplace dans les autres cantons, par exemple au Tessin, à Fribourg, à Neuchâtel. Et à Genève, c'est assez étonnant, on n'a vraiment très, très peu de demande de médecins généralistes. Par contre, pour les pédiatres et les gynécologues, on a déjà fait pas mal de formation. Autrement, on a un numéro d'appel que tout le monde peut appeler, de 9 heures à 18 heures, tous les jours, professionnels ou parents d'adolescents, dans lequel on donne des renseignements concernant non seulement les produits, mais aussi les types de soin, comment s'y prendre, quoi faire, etc. On n'a pas besoin d'aller jusqu'à Lausanne et d'appeler forcément l’ISPA, on a un service qui répond tous les jours.

FN : J’aimerais rajouter quelque chose par rapport à ça, parce que comme généraliste, ça me concerne aussi. Nous, on participe à la formation des généralistes et des internes en médecine générale à l'Hôpital cantonal, et puis il y a effectivement plusieurs journées qui sont consacrées aux substances dans ce cadre. Et il y a une tentative d'ouvrir un peu cette formation aux médecins de la ville. Je pense qu'en effet, il y a beaucoup d'efforts à faire encore. La consultation que je dirige a été créée il y a une année et demi, et on a maintenant un petit réseau, qui va en augmentant, de généralistes qui voient des adolescents qui peuvent nous appeler pour nous demander un avis, un conseil, nous demander éventuellement de voir un adolescent une fois ou l'autre. Et donc on souhaite vraiment que cette collaboration se renforce et augmente .

Question : Comment aider tous ceux qui refusent une aide de la part des professionnels ?
FN : Effectivement, nous, dans nos consultations, on reçoit des jeunes qui nous sont adressés par les écoles, par leur entourage, et qui souvent sont amenés par leurs parents. Je ne dis pas de force, mais quelque fois avec le prétexte d'un mal de tête ou d'autre chose. Et ce qui est difficile, c'est effectivement de convaincre des jeunes dont on pense qu'ils sont à risque, de se soigner, ou du moins de faire quelque chose pour ces risques et pour leur consommation. Alors, c'est une question effectivement de motivation, mais on voit quand même que si on ne reste pas tout seul face à cet adolescent-là, on a plus de chance de le convaincre de se soigner, et de le convaincre que peut-être sa consommation est en cause. Donc, ce qu'on peut conseiller, quand on est parent, c'est de ne pas rester seul. Je pense que beaucoup de médecins acceptent de recevoir les parents même s'ils viennent seuls sans leur adolescent pour essayer de voir avec eux ce qu'on peut faire, ce qu'on peut organiser pour le motiver mieux. Bien sûr que l'école joue un rôle important avec les enseignants, mais aussi avec les assistants sociaux, les infirmières scolaires qui sont là pour essayer de faire ce travail conjointement. Et je pense que c'est un travail de réseau, de collaboration entre les différentes personnes de l'entourage de ces jeunes pour essayer de les motiver en leur montrant les conséquences qu'ont ces produits dans la vie courante. Et aussi les motiver de se soigner, de mieux s'occuper d'eux. Il faut peut-être essayer d'impliquer les jeunes, eux-mêmes. Leurs copains jouent un grand rôle et peuvent jouer un rôle dans la motivation. Nous, on a certains jeunes qui viennent accompagnés d'un copain ou d'une copine parce que le copain est en souci et que c'est une façon de les motiver.
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Question : Quel peut être le rôle et la responsabilité de l'école ?
CT : Je crois que l’école a une responsabilité. Ils passent quand même trente à quarante heures à l'école, les ados et les jeunes adultes. Donc les patrons pour les apprentis ou les profs ont une responsabilité de voir, d'observer. Il y a quand même des choses qu'on voit. Le moins de rendement, l'absentéisme, les arrivées tardives, les chutes des notes, un nombre de choses comme ça qui doivent faire tilt et qui doivent faire dire à l'adulte, là j'ai un gamin, ce n'est pas seulement un cerveau qui doit me cracher des logarithmes et puis des dissertations ou des lois, mais c'est aussi un individu. Il a l'air de ne pas aller bien, je dois l'interpeller : » Qu'est-ce qui se passe ? Dis donc, t'as vu ton carnet, là en trois mois ça a dégringolé ? ». Cela c'est la responsabilité je crois d'un adulte, de dire que j'ai vu que quelque chose a changé, qu’il y a quelque chose qui ne va pas bien. Je crois que ce qu'on doit faire, c’est de garder un lien et un dialogue et de montrer de l'intérêt. On a parlé tout à l'heure du manque de considération, d'estime de soi et je crois que là les adultes peuvent dire : » Tu m'intéresses, je me soucie de toi ». C'est quelque chose qu'on doit dire. Et puis on est dans un système scolaire qui est assez bien équipé. Il y a des services sociaux dans les écoles, en tout cas dès le cycle, des infirmières scolaires, des services dans le cadre du DIP, de l'instruction publique, qui se préoccupent de la santé des élèves. Il y a des relais et les maîtres doivent quand même savoir qu'il y a des relais possibles.


     
   
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