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GENERALITES
1.
Pourquoi les jeunes fument-ils ou boivent-ils ?
2.
Pourquoi les ados consomment-ils de plus en plus jeunes ?
3. Est-ce qu’il y a de plus en plus d'échecs
scolaires liés à la consommation de cannabis et d'alcool
?
4. Quelle est la politique des écoles dans
ce domaine ?
5. Comment concevoir une
campagne de prévention ?
6. Les jeunes sont-ils bien
informés ?
7. Quel est le rôle
du médecin généraliste face aux addictions
des jeunes ?
8. Comment aider tous ceux
qui refusent une aide de la part des professionnels ?
9.
Quel peut être le rôle et
la responsabilité de l'école ?
Question
: Pourquoi les jeunes fument-ils ou boivent-ils ?
FN : Alors le stress est sûrement un des éléments,
c'est peut-être aussi l'élément que nous comme
société et comme adulte on met souvent en avant. C'est
vrai que les adolescents qui commencent à fumer soit du tabac
soit du cannabis ou qui commencent à boire de l'alcool, c'est
aussi pour trouver leur identité, et développer leur
personnalité. C'est aussi le modèle que donne le groupe
qui est autour d'eux. Et puis c'est aussi pour appartenir à
un groupe et parce qu'il faut se différencier et que si on
veut être différent de ses parents ou s'opposer à
ses parents, on va faire différemment. Donc si les parents
ne fument pas, on va fumer, et si les parents fument comme ça,
on va fumer autrement. C'est une façon aussi de se reconnaître
entre adolescents puisque, si on appartient à un groupe où
tout le monde fume, et que soi-même on ne fume pas, beaucoup
d'adolescents qui racontent cette expérience-là se
sentent exclus, ils ne se sentent pas bien. Ils ont l’impression
de ne pas participer au mouvement général ou de ne
pas avoir du plaisir. Le tabac, c'est quand même essentiellement
une façon, ou en tout cas la cigarette, de s'intégrer,
pour les adolescents. Le cannabis c'est peut-être un petit
peu différent parce qu'on fume du cannabis parce qu'on est
à une fête un soir et parce que d'autres fument. Mais
on fume aussi du cannabis en petit groupe surtout, ou bien avec
ses copains préférés. Ou on fume du cannabis
parce qu'on arrive pas à dormir le soir et qu'on se rend
compte que le cannabis a un effet assez déstressant, relaxant
et que cela nous aide à dormir. Donc les motivations sont
un peu différentes pour le cannabis.
Question
: Pourquoi les ados consomment-ils de plus en plus jeunes ?
CT : Je pense que les enfants sont peut-être stressés
plus jeunes, ils vivent dans un environnement avec un stress, un
rythme très soutenu plus jeunes. Ce que j'observe, c'est
que le cannabis est une drogue qui ralentit et j'ai l'impression
que tous ces jeunes qui consomment du cannabis nous disent : »
vous allez tellement vite, freinons un peu ». Ils sont entre
guillemets ados plus jeunes parce qu'ils sont aussi consommateurs
plus jeunes. Ce sont des produits de consommations, les drogues.
Et je pense que là, il y a un glissement dans lequel on est
tous pris. L'enfant est consommateur de plus en plus jeunes. Les
gens qui vendent des produits pour jeunes ou pour enfants le savent,
qu'il y a un public cible génial, on consomme tout plus jeune.
On a un natel plus jeune, on prend le bus plus jeune, on s'achète
des habits dans les boutiques plus jeunes. Tout se fait plus jeune.
Tout est accéléré. Moi, c'est cette impression
que j'ai. Et puis cette accélération est pénible,
parce qu’on est mioche quand on a douze ans, et c'est assez
angoissant de se faire presser comme un consommateur, comme quelqu'un
qui doit déjà produire, qui doit déjà
s'orienter, qui doit déjà être parmi les meilleurs.
MCK
: Une explication qui revient souvent transmise par les jeunes,
est le fait qu'on vit dans une société où la
concurrence, la compétition, la réussite à
tout prix est favorisée, où on ne respecte plus le
rythme de chacun. En plus, on vit dans une société
très hédoniste, où le plaisir est extrêmement
valorisé et en plus il faut consommer tout, tout de suite
et le plus rapidement possible. Les ados arrivent plus ou moins
à gérer la semaine, mais le week-end, ils ont besoin
de se vider la tête, comme ils disent, et même jusqu'à
l’anesthésie. Ce stress accumulé, cette exigence
dans les écoles, dans les familles où plus personnes
n'a de temps pour l'autre, etc…, alors en effet ils se saoulent
comme ils disent pour oublier tout ça, pour se vider la tête
et surtout pour anesthésier la souffrance qui très
fréquemment est derrière.
FN
: Il y a de moins en moins de différentiation entre les âges,
l'adolescence commence de plus en plus tôt comme vous l'avez
dit tout à l'heure, et il n'y a plus de processus collectif
d'intronisation, des rites de passages. C'était la première
communion, ou d'autres choses qui pouvaient faire passer de l'enfance
à l'adolescence, et ensuite on passait de l'adolescence à
l'âge adulte justement en étant des personnes qui avaient
le droit de consommer des produits. C'était comme ça.
Et maintenant, il y a une sorte d'effacement avec l'allongement
de l'adolescence, de la dépendance aux parents. L'autonomie
vient plus tard, on est plus tard des adultes. Donc tout ça
a tendance à brouiller les limites et ces limites-là
ne sont pas non plus posées dans notre société.
On préfère plutôt que de poser des limites et
d'entrer vraiment en conflit, on le voit bien entre parents et enfants,
plutôt que d'entrer en conflit avec ses enfants, on va négocier.
Dans notre travail, c'est pareil. Au lieu d'entrer en conflit, on
va négocier, on va essayer d'aplanir et de dire surtout non
à la violence. Mais les adolescents ressentent ça,
et en ne nous opposons pas, on fait aussi passer le message que
la frustration ce n'est pas bien, donc il faut prendre un produit
immédiatement pour avoir une réponse. Et donc quand
on est angoissé, on va prendre un médicament. On n'a
pas beaucoup parlé des médicaments, mais c'est aussi
des substances qu'on peut mélanger avec d'autres substances
et le message est quand même surtout social. Il n'est pas
tellement lié aux adolescents eux-mêmes ou aux consommateurs
eux-mêmes. Il est surtout dans notre société,
où, quand on est malade, il faut prendre un médicament
parce qu'on ne peut pas avoir de la fièvre pendant deux jours,
ce n'est pas bien, donc on va prendre des médicaments quand
on a mal à la tête. On ne peut pas trouver d'autres
moyens comme de se reposer, ou peut-être de s'allonger, ça
calme le mal de tête, mais non il faut continuer à
courir après le rythme de vie qu'on a et consommer. Donc
les jeunes sont aussi soumis à ce genre d'attente et de représentation.
Question
: Est-ce qu’il y a de plus en plus d'échecs scolaires
liés à la consommation de cannabis et d'alcool ?
CT : Est-ce qu'ils étaient là avant ou est-ce
que c'est la substance qui les a déclenchés ou provoqués
? Est-ce que c'est l'échec scolaire qui motive à fuir
ce trac ou ce dégoût de soi-même parce qu'on
a doublé, parce qu'on s'est fait viré de l'école
? Ou est-ce que c'est la consommation qui rend moins efficace au
niveau rendement scolaire et qui fait que finalement on est en échec
? Il y a tous les cas de figures. Je n'aimerais pas dire oui c'est
les produits qui causent l'effet, et je n'aimerais pas dire c'est
les effets qui les font tous fumer ou boire comme des malades. Mais
les deux sont liés je crois. C'est un jeu subtil. Certains
s'en tirent, décrochent quand même un CFC ou une matu,
malgré leurs expériences ou leurs passages dans cette
consommation. Et seuls les plus fragiles ne s'en tirent pas
Question
: Quelle est la politique des écoles dans ce domaine ?
CT : La politique dans mon école est assez récente,
parce qu'il y a eu pendant un certain nombres d'années un
grand flou. Mais il y a eu quand même des évènements,
des moments de crises autour de jeunes qui avaient trop consommé,
que ce soit de l'alcool ou du cannabis qui ont commencé à
faire réfléchir et à inquiéter les gens.
Il y a eu aussi des gens comme moi, ou les infirmières scolaires
qui ont un petit peu secoué la direction en disant : «
avez-vous réfléchi si un jeune sort de chez nous et
se met dans un platane en scooter, c'est qui le responsable ? »
Bref, tout ça a fait qu'une politique un peu plus claire
s’est mise en place. On a annoncé clairement une règle.
Il fallait commencer par ça, il n'y en avait pas. Aujourd’hui,
la règle est la suivante : ici on est dans une école,
on est ici pour étudier, et pour des problèmes de
sécurité parce que c'est une école professionnelle
où il y a des ateliers, des grosses machines, etc…
on doit être à jeun. Et celui qui n'est pas à
jeun, qui est surpris dans un état qui vraisemblablement
ne le rend pas apte à son travail, il est 1) mis à
l'abri, 2) renvoyé soit chez lui, soit chez son patron pour
les élèves qui ont un employeur. Et puis là
il y a un échange d'informations pour essayer de voir si
c'est un fait isolé, si c'est régulier, s'il y a des
mesures à prendre, des sanctions ou des offres d'aide pour
ces jeunes. Ces règles sont un peu lentes à se mettre
en place, parce que l’école est très grande,
il y a quatre cent professeurs. Et il y a encore des profs qui ne
voient pas qu'un élève est pété au fond
de la classe. Et là, je ferai un petit clin d'œil aux
adultes que nous sommes, aux enseignants et aussi peut-être
aux parents à qui, pourquoi pas, cela peut amener des avantages,
des bénéfices d'avoir des ados tranquilles. C'est
quand même une drogue qui tranquillise le cannabis, et ils
remuent moins que s'ils sont réveillés, pas contents
et anxieux. Donc il y a des bénéfices à ne
pas signaler un jeune. C'est triste, mais c'est comme ça.
Je le relève parce que c'est quelque chose qui me froisse.
Question
: Comment concevoir une campagne de prévention ?
MCK : Je peux vous donner des expériences cliniques, de ce
que les jeunes me disent et apparemment les études le montrent
aussi, le cannabis nous permet de retrouver une identité,
de s'adapter à un groupe, etc. Le tabac, les jeunes l'utilisent
plutôt comme un moyen de compétition. On est en compétition
et il faut montrer sa supériorité par rapport aux
autres, sa toute puissance et surtout ils ont un exemple, les adultes,
où la cigarette est devenue normale. Donc c'est beaucoup
sur cette image des adultes qu'il faut travailler, et elle est vraiment
présente dans tous les milieux ce qui est quand même
le plus grave. Le problème de santé numéro
un c'est quand même le tabac. Aujourd'hui on parle énormément
de cannabis. Le cannabis ne tue pas, on ne peut pas faire une overdose,
mais malheureusement, le tabac tue chaque heure une personne en
Suisse. Et je pense que vraiment les campagnes sur la prévention
doivent davantage s'accentuer sur le tabac, parce que les adolescents
sont tout à fait conscients d'être dépendants
et qu'ils ont de la peine à arrêter leur consommation.
Mais le plus gros problème, c'est qu'il n'y a pas de motivation
suffisante pour s'en passer. C'est-à-dire que les campagnes
de désaccoutumance, il faut les faire plutôt chez les
adolescents que chez les adultes. Il faut dire aussi que c'est beaucoup
plus difficile d'arrêter le tabac que d'arrêter le cannabis..
Aujourd'hui, c'est quelque fois plus facile de sevrer quelqu'un
de l'héroïne que du tabac
FN
: Juste encore une chose par rapport à la prévention.
Je pense qu'effectivement, dans les soins ou pour inciter les jeunes
à arrêter de fumer la cigarette ou arrêter de
consommer du cannabis, probablement qu'il faut tenir compte des
deux produits. Peut-être que dans les campagnes de prévention,
ce que l'on appelle prévention primaire, c'est-à-dire
inciter les jeunes à ne pas commencer à fumer ou à
consommer du cannabis, peut-être que cela peut être
important de considérer les deux choses de façon un
tout petit peu différente. Le tabac c'est un produit qui
est accepté dans notre société et qui est même
très bien accepté, qui est sur les murs de nos rues
et qu'on distribue en Suisse. Il me semble qu'on doit réfléchir
un peu différemment quand on parle prévention du tabac
et prévention en ce qui concerne le cannabis qui est encore
une substance illégale, qui n'est pas reconnue comme devant
se trouver dans la rue ou ailleurs. Donc il y a peut-être
différentes choses à faire. Par contre, il y a beaucoup
de choses à faire sur l'environnement. La prévention,
ce n'est pas juste l'information des jeunes, mais c'est aussi comment
est-ce qu'on transforme leur milieu de vie pour en faire un milieu
sans fumée ou un milieu sans cannabis. .
Question
: Les jeunes sont-ils bien informés ?
FN : Moi j'ai surtout l'impression que beaucoup de jeunes savent
beaucoup plus de choses que nous sur les produits. Et ça,
peut-être que c'est une bonne chose parce qu'ils ont des ressources
et c'est bien. Mais je crois que l'information n'est pas aussi importante
finalement que ça, en tout cas l'information sur les produits.
L’important, c'est donner l'opportunité aux jeunes
d'en parler, de donner leur avis, d'interagir avec des adultes et
d'avoir en face d'eux des adultes qui se positionnent clairement.
Ce qui n'est pas toujours le cas des adultes que nous sommes.
Question
: Quel est le rôle du médecin généraliste
face aux addictions des jeunes ?
FN : Le rôle des médecins de premier recours, c'est
justement de pouvoir être des médecins chez qui on
va parce qu'on a mal à la tête ou qu'on a vomi parce
qu'on a consommé de l'alcool. Et c'est plus facile peut-être
d'aller dire qu'on a vomi ou qu'on a mal à l'estomac que
de dire qu'on consommes des drogues. Et le médecin généraliste
est vraiment une porte d'entrée, c’est à lui
à décrypter la personne, parce que souvent les adolescents
disent non ce n'est pas un problème, j'ai mal à l'estomac,
mais mes consommations d'alcool ne sont pas en cause. Donc le travail
des généralistes et des pédiatres va être
de travailler sur la motivation. Jusqu'à quel point ces jeunes-là
sont conscients des liens qu'il y a entre leurs problèmes
physiques et leurs consommations, des liens qu'il y a entre leurs
difficultés relationnelles avec leur famille ou du stress
de l'école et leur consommation. Et puis de pouvoir les amener
petit à petit à voir des spécialistes , à
aller dans une consultation auprès d'un psychologue ou d'un
psychiatre s'il y a du travail à faire par rapport à
ces consommations.
Médecin
généraliste dans public : Je vous remercie beaucoup
pour ces interventions. Ce que je regrette un peu, moi comme médecin
de premier recours qui suit sur le terrain au quotidien, c'est qu'on
nous sous-utilise dans ce type d'intervention. Moi, j'ai une très
grande clientèle d'enfants et d'adolescents, mais en fait
on nous donne très peu accès à une formation.
Pour ma part, j'ai fait beaucoup de formations diverses, mais je
n'ai jamais été sollicitée pour ce type de
formation. J'avoue que j'apprends beaucoup de choses ce soir, et
j'en suis très contente. En plus je suis mère d'adolescent,
donc j'en suis d'autant plus contente. Mais je crois qu'on sous-utilise
les médecins de premier recours en ville, parce que ceux
qui sont vraiment sur le front c'est nous. On reçoit souvent
des téléphones affolés de parents. Et nous
ne sommes pas tous prêts à répondre aux questions.
Nous ne sommes pas tous au courant des ressources que nous pouvons
utiliser. Et j'aimerais sensibiliser les intervenants au fait que
nous avons besoin qu'on nous donne l'accès à la connaissance
et qu'on puisse travailler aussi en équipe dans des milieux
extra-hospitaliers. Je sais qu'il y a une très bonne collaboration
au sein des diverses équipes multi-disciplinaires hospitalières.
Mais nous sommes nombreux en ville et je crois qu'il y a beaucoup
de gens qui sont intéressés et on aimerait beaucoup
avoir un accès à une formation un tout petit peu structurée
et qu'on puisse utiliser ensuite chez nous au cabinet.
MCK
: Vous avez raison, Madame. Les pédiatres et les médecins
généralistes sont vraiment les médecins de
premier recours. Ce sont les personnes les plus importantes, parce
qu'ils voient les jeunes. Quand ils viennent chez nous, j'ai envie
de dire que c'est déjà un peu tard, parce qu'ils sont
déjà de gros consommateurs, en tout cas dans mon service.
On donne de plus en plus de formations, peut-être dans votre
catégorie de spécialité, la formation n'est
pas du tout demandée dans le sens de formation continue.
Mais par exemple, on donne des formations aux gynécologues.
Souvent on se déplace dans les autres cantons, par exemple
au Tessin, à Fribourg, à Neuchâtel. Et à
Genève, c'est assez étonnant, on n'a vraiment très,
très peu de demande de médecins généralistes.
Par contre, pour les pédiatres et les gynécologues,
on a déjà fait pas mal de formation. Autrement, on
a un numéro d'appel que tout le monde peut appeler, de 9
heures à 18 heures, tous les jours, professionnels ou parents
d'adolescents, dans lequel on donne des renseignements concernant
non seulement les produits, mais aussi les types de soin, comment
s'y prendre, quoi faire, etc. On n'a pas besoin d'aller jusqu'à
Lausanne et d'appeler forcément l’ISPA, on a un service
qui répond tous les jours.
FN
: J’aimerais rajouter quelque chose par rapport à ça,
parce que comme généraliste, ça me concerne
aussi. Nous, on participe à la formation des généralistes
et des internes en médecine générale à
l'Hôpital cantonal, et puis il y a effectivement plusieurs
journées qui sont consacrées aux substances dans ce
cadre. Et il y a une tentative d'ouvrir un peu cette formation aux
médecins de la ville. Je pense qu'en effet, il y a beaucoup
d'efforts à faire encore. La consultation que je dirige a
été créée il y a une année et
demi, et on a maintenant un petit réseau, qui va en augmentant,
de généralistes qui voient des adolescents qui peuvent
nous appeler pour nous demander un avis, un conseil, nous demander
éventuellement de voir un adolescent une fois ou l'autre.
Et donc on souhaite vraiment que cette collaboration se renforce
et augmente .
Question
: Comment aider tous ceux qui refusent une aide de la part des professionnels
?
FN : Effectivement, nous, dans nos consultations, on reçoit
des jeunes qui nous sont adressés par les écoles,
par leur entourage, et qui souvent sont amenés par leurs
parents. Je ne dis pas de force, mais quelque fois avec le prétexte
d'un mal de tête ou d'autre chose. Et ce qui est difficile,
c'est effectivement de convaincre des jeunes dont on pense qu'ils
sont à risque, de se soigner, ou du moins de faire quelque
chose pour ces risques et pour leur consommation. Alors, c'est une
question effectivement de motivation, mais on voit quand même
que si on ne reste pas tout seul face à cet adolescent-là,
on a plus de chance de le convaincre de se soigner, et de le convaincre
que peut-être sa consommation est en cause. Donc, ce qu'on
peut conseiller, quand on est parent, c'est de ne pas rester seul.
Je pense que beaucoup de médecins acceptent de recevoir les
parents même s'ils viennent seuls sans leur adolescent pour
essayer de voir avec eux ce qu'on peut faire, ce qu'on peut organiser
pour le motiver mieux. Bien sûr que l'école joue un
rôle important avec les enseignants, mais aussi avec les assistants
sociaux, les infirmières scolaires qui sont là pour
essayer de faire ce travail conjointement. Et je pense que c'est
un travail de réseau, de collaboration entre les différentes
personnes de l'entourage de ces jeunes pour essayer de les motiver
en leur montrant les conséquences qu'ont ces produits dans
la vie courante. Et aussi les motiver de se soigner, de mieux s'occuper
d'eux. Il faut peut-être essayer d'impliquer les jeunes, eux-mêmes.
Leurs copains jouent un grand rôle et peuvent jouer un rôle
dans la motivation. Nous, on a certains jeunes qui viennent accompagnés
d'un copain ou d'une copine parce que le copain est en souci et
que c'est une façon de les motiver.
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Question
: Quel peut être le rôle et la responsabilité
de l'école ?
CT : Je crois que l’école a une responsabilité.
Ils passent quand même trente à quarante heures à
l'école, les ados et les jeunes adultes. Donc les patrons
pour les apprentis ou les profs ont une responsabilité de
voir, d'observer. Il y a quand même des choses qu'on voit.
Le moins de rendement, l'absentéisme, les arrivées
tardives, les chutes des notes, un nombre de choses comme ça
qui doivent faire tilt et qui doivent faire dire à l'adulte,
là j'ai un gamin, ce n'est pas seulement un cerveau qui doit
me cracher des logarithmes et puis des dissertations ou des lois,
mais c'est aussi un individu. Il a l'air de ne pas aller bien, je
dois l'interpeller : » Qu'est-ce qui se passe ? Dis donc,
t'as vu ton carnet, là en trois mois ça a dégringolé
? ». Cela c'est la responsabilité je crois d'un adulte,
de dire que j'ai vu que quelque chose a changé, qu’il
y a quelque chose qui ne va pas bien. Je crois que ce qu'on doit
faire, c’est de garder un lien et un dialogue et de montrer
de l'intérêt. On a parlé tout à l'heure
du manque de considération, d'estime de soi et je crois que
là les adultes peuvent dire : » Tu m'intéresses,
je me soucie de toi ». C'est quelque chose qu'on doit dire.
Et puis on est dans un système scolaire qui est assez bien
équipé. Il y a des services sociaux dans les écoles,
en tout cas dès le cycle, des infirmières scolaires,
des services dans le cadre du DIP, de l'instruction publique, qui
se préoccupent de la santé des élèves.
Il y a des relais et les maîtres doivent quand même
savoir qu'il y a des relais possibles.
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