ALCOOL, TABAC ET CANNABIS
Des adolescents en danger ?   (13.05.04)


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1. GENERALITES
2. ALCOOL/TABAC
3. CANNABIS
 
 


ALCOOL/TABAC


10. A quel âge les jeunes commencent-ils à fumer du tabac ?

11. Est-ce que l'on est d'abord un fumeur de cigarettes, puis un fumeur de joint ?
12. Quels sont les différents moyens pour arrêter la cigarette ?

13. Quelles sont les mesures de prévention qui sont prises par rapport au tabac ?

14. Faut-il séparer les campagnes de prévention du tabac de celles du cannabis ?
15. Quelles sont les conséquences d'une surconsommation d’alcool, par exemple tous les week-ends ?

 

Question : A quel âge les jeunes commencent-ils à fumer du tabac ?
FN : Beaucoup de jeunes commencent à fumer une première cigarette à dix ou douze ans. Ils goûtent soit les cigarettes des parents, soit les cigarettes des amis plus âgés. Ils ne fument pas régulièrement, ils fument une ou deux cigarettes. Ce que l'on voit, c'est qu'à quinze, seize ans, il y a à peu près 20% des jeunes qui fument la cigarette de façon assez régulière. Ils fument tous les jours cinq à dix cigarettes. Et là, on parle déjà de dépendance. La nicotine est un produit qui induit une forte dépendance chez les jeunes comme l’ont montré plusieurs études récentes.

MCK : Je voulais simplement apporter une précision par rapport aux fumeurs. J'insiste un petit peu parce qu'on ne parle pas assez du tabac et de la consommation du tabac chez les adolescents. En tout cas en Suisse un garçon ou une fille de 15 ans sur six est un consommateur régulier de tabac. Soixante pourcent d'entre eux présentent déjà une dépendance. Cela veut dire quoi une dépendance ? Cela veut dire : allumer une cigarette peu de temps après le réveil, fumer au moins six cigarettes par jour et ne plus pouvoir s'arrêter. Cela veut dire quand même 60% qui présente une dépendance, pour prendre la mesure, l'impact de la consommation de tabac chez les adolescents.

Question : Est-ce que l'on est d'abord un fumeur de cigarettes, puis un fumeur de joint ?
FN : Il y a des études qui nous montrent que ce n'est plus comme ça que cela fonctionne maintenant. C'est vrai qu’il y a quelques années, on pouvait penser que c'était comme ça. Maintenant on voit que le joint est assez indépendant de la cigarette. Certains ados commencent à fumer des joints sans avoir jamais fumer de cigarettes. Ils consomment du cannabis par exemple avec des pipes à eau ou d'autres méthodes. Par contre, la plupart des jeunes qui fument des joints bien sûr fument du tabac en même temps puisque c'est comme ça qu'on fabrique le joint qui est fumable. Souvent ils ne le savent pas, ou ils le nient.

Question : Quels sont les différents moyens pour arrêter la cigarette ?
FN : Les moyens pour arrêter la cigarette sont maintenant connus de tous les médecins. Donc le médecin traitant peut faire quelque chose. Si lui-même se sent en difficulté, il peut adresser le jeune concerné dans une consultation spécialisée. Nous, notre consultation reçoit des jeunes qui fument pour les aider à arrêter le tabac. Il y a de plus en plus de personnes qui sont susceptibles de l’aider dans ce domaine. Il y a aussi des sites internet qui sont spécialisés dans l'évaluation et qui peuvent permettre aux jeunes de trouver des adresses pour les aider.

MCK : Ici à Genève, vous avez deux consultations dans le service d'abus de substances, il y a une consultation de l'Etat et une consultation privée. Et dans le cadre de la consultation Phoenix, vous avez deux consultations pour les jeunes qui souffrent de problèmes d'addiction, quelle que soit l'addiction. Parce qu'aujourd'hui on a parlé beaucoup du tabac, du cannabis et de l'alcool, mais il ne faut pas oublier tout ce qui est des achats compulsifs, les vols compulsifs, les addictions aux jeux sur internet, aux jeux vidéo en général, les jeux pathologiques, grattage, casino, etc… On soigne toutes les addictions, y compris comportementales.

Question : Quels sont les différents moyens pour arrêter la cigarette ?
FN : Les moyens pour arrêter la cigarette sont maintenant connus de tous les médecins. Donc le médecin traitant peut faire quelque chose. Si lui-même se sent en difficulté, il peut adresser le jeune concerné dans une consultation spécialisée. Nous, notre consultation reçoit des jeunes qui fument pour les aider à arrêter le tabac. Il y a de plus en plus de personnes qui sont susceptibles de l’aider dans ce domaine. Il y a aussi des sites internet qui sont spécialisés dans l'évaluation et qui peuvent permettre aux jeunes de trouver des adresses pour les aider.

Question : Quelles sont les mesures de prévention qui sont prises par rapport au tabac ?
FN : La législation est quand même ce qui semble marcher le mieux, plutôt que l'information, parce que les jeunes sont certainement informés de la nocivité de la nicotine et des conséquences, qui les attendent dans dix, quinze ou vingt ans. Alors peut-être que personnellement ils sont touchés quand ils ont un proche qui est malade mais pas quand on les informe, quand on leur dit qu'il y a des risques. Par contre, ce que l'on sait, c'est que la législation comporte beaucoup de mesures, dont le prix du tabac. Et il y a des études qui ont bien montré que quand on augmente le prix du tabac, on diminue la consommation, en particulier chez les plus jeunes parce qu'ils ont un budget plus limité. Et puis, il y a aussi l'incitation par le milieu social, c'est-à-dire les lieux sans fumée, sans mettre un policier à côté de chacun, on peut déclarer qu'un milieu est sans fumée et essayer de changer la norme sociale. Donc il y a tout un changement à faire sur les normes sociales, mais ça ne se change pas en un jour, c'est clair. Mais quand même, déjà dans notre pays où pourtant la législation n'interdit pas la publicité par exemple, il y a des lieux sans tabac. Les hôpitaux maintenant ont réussi à devenir des lieux sans tabac. De plus en plus, les salles de cours, les lieux publics, les lieux fréquentés par les jeunes sont des lieux qui deviennent sans tabac. Donc c'est un travail de longue haleine, mais je pense que c'est un travail utile.

Question : Faut-il séparer les campagnes de prévention du tabac de celles du cannabis ?
MCK : Je ne sais pas s'il faut forcément les séparer. Je pense qu'il faut en même temps parler des deux choses parce qu'on se rend compte que dans les soins on a de plus en plus de patients qui fument entre 20 à 25 joints par jour et qui n'ont jamais fumer de leur vie le tabac des cigarettes. Le problème, quand ils sont sevrés du cannabis, c’est qu’ils sont devenus dépendants du tabac, c'est-à-dire que, comme le joint est souvent mélangé avec la plante de cannabis et le tabac, vous développez la double addiction. Alors à mon avis, je pense qu'il faut en même temps, en tout cas dans les soins, prendre en charge la double addiction immédiatement.

Question : Quelles sont les conséquences d'une surconsommation d’alcool, par exemple tous les week-ends ?
FN : On a vu les différences dans les enquêtes depuis 10 ans, même depuis vingt ans chez les plus jeunes. Ils consomment de plus en plus ponctuellement mais en quantités très importantes, c'est-à-dire que le week-end ils se saoulent et boivent de façon vraiment excessive. Et ce que l'on voit, c'est que chez les jeunes, il y a énormément d'accidents graves, que ce soit des accidents comme piétons, comme cycliste, ou alors des accidents de la route comme conducteur ou passager de véhicule. Il y a énormément d'accidents qui ont des conséquences graves sur la vie de ces jeunes. Parfois certains en meurent, certains restent handicapés ou sont traumatisés. Mais il y a aussi d'autres prises de risques. L'alcool a un effet désinhibiteur et c'est pour ça que les jeunes le consomment de façon importante, pour pouvoir aborder une fille lors d'une soirée, pour pouvoir participer à la fête que font les autres et ne pas être dans son coin. Et donc enlever ces inhibitions, c’est sortir de soi-même en quelque sorte. Alors il y a d'autres prises de risques, dont on parle moins, comme par exemple les prises de risques liées à la sexualité. On voit les jeunes venir le lundi à la consultation en disant qu’ils ont eu un rapport sexuel qui était totalement inattendu et qu’ils ne s’étaient pas protégés. Il y a aussi ces prises de risque-là. Et puis il y a tout ce qui est lié aux violences, aux altercations et aux mésententes liées au fait que l'alcool ça désinhibe, mais ça excite aussi et ça crée une plus grande violence qui s'exprime entre les jeunes. Il y a des bagarres qui sont liées au départ à des consommations excessives. Et il ne faut pas oublier non plus certaines conséquences physiologiques. On voit des jeunes arriver aux urgences avec des comas éthyliques ou des vomissements qui sont liés à l'excès d'alcool.

CT : Je veux juste rappeler que le lundi à l'école, ils ne sont pas top ceux qui ont mené cette vie tout le week-end. Et ça c'est un danger à long terme, parce qu'il est lié à des choses qui sont plutôt chouettes et plutôt constructives : apprendre un métier, faire des études, etc… Et si en plus de ces excès et de ces prises de risque on sabote son potentiel à étudier, à devenir quelqu'un de bien, à devenir un maçon ou une coiffeuse un peu potable, et bien c'est un risque supplémentaire. Il y a quelques années, j'ai travaillé hors du milieu scolaire dans une structure plus spécifiquement liée à la prévention de certains risques liés à la consommation de drogue et ce que j'ai observé c'est que les jeunes, ou même les adultes, qui présentaient les meilleurs pronostics pour s'en sortir, c'étaient ceux qui avaient gardé deux choses : des liens avec leur famille et puis qui avaient, dans ce que j'appelle leur caisse à outils personnelle, une formation ou une école terminée. Je crois que ça ce sont des choses qui sont capitales pour être un humain libre. Et de saboter ça, c'est vraiment prendre le risque de se saboter, de saboter sa caisse à outils de travailleur et on sait qu'une identité de tout citoyen en pays industrialisé, elle passe par son identité de travailleur.



     
   
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