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ALCOOL/TABAC
10. A quel âge les
jeunes commencent-ils à fumer du tabac ?
11.
Est-ce que l'on est d'abord un fumeur
de cigarettes, puis un fumeur de joint ?
12. Quels sont les différents
moyens pour arrêter la cigarette ?
13.
Quelles sont les mesures de prévention
qui sont prises par rapport au tabac ?
14.
Faut-il séparer les campagnes de
prévention du tabac de celles du cannabis ?
15. Quelles sont les conséquences
d'une surconsommation d’alcool, par exemple tous les week-ends ?
Question
: A quel âge les jeunes commencent-ils à fumer
du tabac ?
FN : Beaucoup de jeunes commencent à fumer une première
cigarette à dix ou douze ans. Ils goûtent soit les
cigarettes des parents, soit les cigarettes des amis plus âgés.
Ils ne fument pas régulièrement, ils fument une ou
deux cigarettes. Ce que l'on voit, c'est qu'à quinze, seize
ans, il y a à peu près 20% des jeunes qui fument la
cigarette de façon assez régulière. Ils fument
tous les jours cinq à dix cigarettes. Et là, on parle
déjà de dépendance. La nicotine est un produit
qui induit une forte dépendance chez les jeunes comme l’ont
montré plusieurs études récentes.
MCK
: Je voulais simplement apporter une précision par rapport
aux fumeurs. J'insiste un petit peu parce qu'on ne parle pas assez
du tabac et de la consommation du tabac chez les adolescents. En
tout cas en Suisse un garçon ou une fille de 15 ans sur six
est un consommateur régulier de tabac. Soixante pourcent
d'entre eux présentent déjà une dépendance.
Cela veut dire quoi une dépendance ? Cela veut dire : allumer
une cigarette peu de temps après le réveil, fumer
au moins six cigarettes par jour et ne plus pouvoir s'arrêter.
Cela veut dire quand même 60% qui présente une dépendance,
pour prendre la mesure, l'impact de la consommation de tabac chez
les adolescents.
Question
: Est-ce que l'on est d'abord un fumeur de cigarettes, puis un fumeur
de joint ?
FN : Il y a des études qui nous montrent que ce n'est plus
comme ça que cela fonctionne maintenant. C'est vrai qu’il
y a quelques années, on pouvait penser que c'était
comme ça. Maintenant on voit que le joint est assez indépendant
de la cigarette. Certains ados commencent à fumer des joints
sans avoir jamais fumer de cigarettes. Ils consomment du cannabis
par exemple avec des pipes à eau ou d'autres méthodes.
Par contre, la plupart des jeunes qui fument des joints bien sûr
fument du tabac en même temps puisque c'est comme ça
qu'on fabrique le joint qui est fumable. Souvent ils ne le savent
pas, ou ils le nient.
Question
: Quels sont les différents moyens pour arrêter la
cigarette ?
FN : Les moyens pour arrêter la cigarette sont maintenant
connus de tous les médecins. Donc le médecin traitant
peut faire quelque chose. Si lui-même se sent en difficulté,
il peut adresser le jeune concerné dans une consultation
spécialisée. Nous, notre consultation reçoit
des jeunes qui fument pour les aider à arrêter le tabac.
Il y a de plus en plus de personnes qui sont susceptibles de l’aider
dans ce domaine. Il y a aussi des sites internet qui sont spécialisés
dans l'évaluation et qui peuvent permettre aux jeunes de
trouver des adresses pour les aider.
MCK
: Ici à Genève, vous avez deux consultations dans
le service d'abus de substances, il y a une consultation de l'Etat
et une consultation privée. Et dans le cadre de la consultation
Phoenix, vous avez deux consultations pour les jeunes qui souffrent
de problèmes d'addiction, quelle que soit l'addiction. Parce
qu'aujourd'hui on a parlé beaucoup du tabac, du cannabis
et de l'alcool, mais il ne faut pas oublier tout ce qui est des
achats compulsifs, les vols compulsifs, les addictions aux jeux
sur internet, aux jeux vidéo en général, les
jeux pathologiques, grattage, casino, etc… On soigne toutes
les addictions, y compris comportementales.
Question
: Quels sont les différents moyens pour arrêter la
cigarette ?
FN : Les moyens pour arrêter la cigarette sont maintenant
connus de tous les médecins. Donc le médecin traitant
peut faire quelque chose. Si lui-même se sent en difficulté,
il peut adresser le jeune concerné dans une consultation
spécialisée. Nous, notre consultation reçoit
des jeunes qui fument pour les aider à arrêter le tabac.
Il y a de plus en plus de personnes qui sont susceptibles de l’aider
dans ce domaine. Il y a aussi des sites internet qui sont spécialisés
dans l'évaluation et qui peuvent permettre aux jeunes de
trouver des adresses pour les aider.
Question
: Quelles sont les mesures de prévention qui sont prises
par rapport au tabac ?
FN : La législation est quand même ce qui semble marcher
le mieux, plutôt que l'information, parce que les jeunes sont
certainement informés de la nocivité de la nicotine
et des conséquences, qui les attendent dans dix, quinze ou
vingt ans. Alors peut-être que personnellement ils sont touchés
quand ils ont un proche qui est malade mais pas quand on les informe,
quand on leur dit qu'il y a des risques. Par contre, ce que l'on
sait, c'est que la législation comporte beaucoup de mesures,
dont le prix du tabac. Et il y a des études qui ont bien
montré que quand on augmente le prix du tabac, on diminue
la consommation, en particulier chez les plus jeunes parce qu'ils
ont un budget plus limité. Et puis, il y a aussi l'incitation
par le milieu social, c'est-à-dire les lieux sans fumée,
sans mettre un policier à côté de chacun, on
peut déclarer qu'un milieu est sans fumée et essayer
de changer la norme sociale. Donc il y a tout un changement à
faire sur les normes sociales, mais ça ne se change pas en
un jour, c'est clair. Mais quand même, déjà
dans notre pays où pourtant la législation n'interdit
pas la publicité par exemple, il y a des lieux sans tabac.
Les hôpitaux maintenant ont réussi à devenir
des lieux sans tabac. De plus en plus, les salles de cours, les
lieux publics, les lieux fréquentés par les jeunes
sont des lieux qui deviennent sans tabac. Donc c'est un travail
de longue haleine, mais je pense que c'est un travail utile.
Question
: Faut-il séparer les campagnes de prévention du tabac
de celles du cannabis ?
MCK : Je ne sais pas s'il faut forcément les séparer.
Je pense qu'il faut en même temps parler des deux choses parce
qu'on se rend compte que dans les soins on a de plus en plus de
patients qui fument entre 20 à 25 joints par jour et qui
n'ont jamais fumer de leur vie le tabac des cigarettes. Le problème,
quand ils sont sevrés du cannabis, c’est qu’ils
sont devenus dépendants du tabac, c'est-à-dire que,
comme le joint est souvent mélangé avec la plante
de cannabis et le tabac, vous développez la double addiction.
Alors à mon avis, je pense qu'il faut en même temps,
en tout cas dans les soins, prendre en charge la double addiction
immédiatement.
Question
: Quelles sont les conséquences d'une surconsommation d’alcool,
par exemple tous les week-ends ?
FN : On a vu les différences dans les enquêtes depuis
10 ans, même depuis vingt ans chez les plus jeunes. Ils consomment
de plus en plus ponctuellement mais en quantités très
importantes, c'est-à-dire que le week-end ils se saoulent
et boivent de façon vraiment excessive. Et ce que l'on voit,
c'est que chez les jeunes, il y a énormément d'accidents
graves, que ce soit des accidents comme piétons, comme cycliste,
ou alors des accidents de la route comme conducteur ou passager
de véhicule. Il y a énormément d'accidents
qui ont des conséquences graves sur la vie de ces jeunes.
Parfois certains en meurent, certains restent handicapés
ou sont traumatisés. Mais il y a aussi d'autres prises de
risques. L'alcool a un effet désinhibiteur et c'est pour
ça que les jeunes le consomment de façon importante,
pour pouvoir aborder une fille lors d'une soirée, pour pouvoir
participer à la fête que font les autres et ne pas
être dans son coin. Et donc enlever ces inhibitions, c’est
sortir de soi-même en quelque sorte. Alors il y a d'autres
prises de risques, dont on parle moins, comme par exemple les prises
de risques liées à la sexualité. On voit les
jeunes venir le lundi à la consultation en disant qu’ils
ont eu un rapport sexuel qui était totalement inattendu et
qu’ils ne s’étaient pas protégés.
Il y a aussi ces prises de risque-là. Et puis il y a tout
ce qui est lié aux violences, aux altercations et aux mésententes
liées au fait que l'alcool ça désinhibe, mais
ça excite aussi et ça crée une plus grande
violence qui s'exprime entre les jeunes. Il y a des bagarres qui
sont liées au départ à des consommations excessives.
Et il ne faut pas oublier non plus certaines conséquences
physiologiques. On voit des jeunes arriver aux urgences avec des
comas éthyliques ou des vomissements qui sont liés
à l'excès d'alcool.
CT
: Je veux juste rappeler que le lundi à l'école, ils
ne sont pas top ceux qui ont mené cette vie tout le week-end.
Et ça c'est un danger à long terme, parce qu'il est
lié à des choses qui sont plutôt chouettes et
plutôt constructives : apprendre un métier, faire des
études, etc… Et si en plus de ces excès et de
ces prises de risque on sabote son potentiel à étudier,
à devenir quelqu'un de bien, à devenir un maçon
ou une coiffeuse un peu potable, et bien c'est un risque supplémentaire.
Il y a quelques années, j'ai travaillé hors du milieu
scolaire dans une structure plus spécifiquement liée
à la prévention de certains risques liés à
la consommation de drogue et ce que j'ai observé c'est que
les jeunes, ou même les adultes, qui présentaient les
meilleurs pronostics pour s'en sortir, c'étaient ceux qui
avaient gardé deux choses : des liens avec leur famille et
puis qui avaient, dans ce que j'appelle leur caisse à outils
personnelle, une formation ou une école terminée.
Je crois que ça ce sont des choses qui sont capitales pour
être un humain libre. Et de saboter ça, c'est vraiment
prendre le risque de se saboter, de saboter sa caisse à outils
de travailleur et on sait qu'une identité de tout citoyen
en pays industrialisé, elle passe par son identité
de travailleur.
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