ALCOOL, TABAC ET CANNABIS
Des adolescents en danger ?   (13.05.04)


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Témoignages diffusés pendant le débat

Premier témoignage

Milena (prénom fictif), 18 ans, Genève

Cela a commencé, on va dire, en 5 ou en 6ème primaire. J'ai des copines et des copains qui ont commencé à piquer des cigarettes à des grandes sœurs, à des grands frères ou aux parents pour voir ce que ça faisait. On fumait dans la cave ou après l'école dans la forêt, comme ça pour voir et après c'est devenu une habitude. Chacun avait son paquet. Dans la jeunesse, si on a un paquet sur nous on se sent plus grand, on se sent mieux. C'est une différence. Cela fait une différence entre nous et ceux qui ne fument pas. Cela fait des clans et après ça déborde sur les joints. Pour moi, c’était vers 14 ans. J’étais au cycle en 8ème.

C'était facile d'avoir des joints. On peut en avoir partout. Y'a des dealers qui viennent carrément à l'école. Y'a des parents qui en dealent, des enfants aussi de 13-14 ans qui en amènent de la maison ou d'ailleurs, des amis plus âgés leur en donnent pour qu'ils en vendent. On peut en avoir partout. Au début c'était comme ça pour s'amuser parce qu'on avait rien à faire, ça nous faisait rigoler, ça nous occupait, ça nous faisait passer du temps et on découvrait pas mal de trucs. Après y'a des objets qui ont été utilisés parce que fumer des joints à force ça ennuie, faut changer. On utilisait des bongs, une espèce de tube avec un petit récipient avec de l'eau dedans qui filtre le tabac. A force on était de plus en plus défoncé. On a commencé à fumer plus souvent, à l'école, à midi ou à la pause de dix heures le matin. On arrivait à suivre l’école, mais disons qu'il faut avoir des profs amusants qui font des choses cool. Si on a un prof qui parle tout le temps avec la même voix, vous n'entendez rien. Parfois au cours je n'arrivais pas à lire. Toutes les lettres se dédoublaient et bougeaient sur ma feuille. Et je n’étais pas la seule dans ce cas-là. Sur vingt personnes, il y en avait quand même huit à neuf en 8ème qui fumaient déjà des joints ou qui avaient essayé.

Moi, après le cycle j'ai continué, mais ce n'était plus vraiment le plaisir de partager ou de se faire des amis ou un truc comme ça. Après c'était devenu un besoin. Il fallait toujours en avoir sinon ça n’allait pas. Je n'arrivais pas à manger, à dormir, en fait c'était plus la même chose, c'était devenu une dépendance à la place d'être un plaisir. Il faut dire qu’à l'ECG (Ecole de Culture Générale) tout le monde fume, en tout cas la moitié de l'école. Il y a des descentes de la police des stups à l'école, ils embarquent des gens et tout. Il y a beaucoup de gens qui fument, c'est très généralisé. Tout le monde peut en avoir partout. Il y a même des gens qui ne fument pas la cigarette et qui fument le joint. C'est devenu un calmant pour la jeunesse. Au lieu d'aller chez le psy, tout le monde fume.

Mais maintenant je me suis dit que je voulais arrêter. Et, si c'est possible, après ne fumer que le week-end ou de temps en temps, que ce ne soit plus une dépendance. Je voudrais le garder comme plaisir, donc ne pas fumer tous les jours, parce que les joints comme plaisir c'est vachement sympa. Si vous fumez un joint comme ça une fois par mois ou deux fois par année, il ne va rien vous arriver. Mais si vous en abusez, cela a des conséquences graves et puis ça prend du temps, et après des efforts pour arrêter et enlever toutes ces habitudes.

Je ne veux plus avoir les effets négatifs, surtout sur l'appétit et le sommeil et puis même sur moi-même. On a plus d'argent pour s'acheter quoi que ce soit, parce qu'on commence à tout mettre là-dedans. Un fumeur normal, enfin un fumeur qui fume tous les jours, il gaspille quand même vingt francs par jour multiplié par 30. Cela fait de l'argent quand même. On n’est pas tous riches. Et après vous ne pouvez plus vous faire plaisir. Vous ne sortez presque plus de chez vous parce que vous n'avez plus d'argent. En plus vous êtes complètement endormi. Tous ces effets négatifs cela vous enferme. Ce n’est plus un truc à partager, mais ça devient un truc à bloquer.

Second t émoignage

Steven, 23 ans, Nyon

Mes premiers joints, je pense que c'était un peu pour me rendre intéressant, pour être à la mode. On faisait partie des rebelles avec la personne avec qui je traînais par rapport à d'autres personnes qui était dans le hip-hop, des gars qui faisaient un peu de la musique dans des groupes. Nous, on n'avait pas vraiment de centre d'intérêt, donc on s'est dit qu’on allait fumer. Et après on disait aux autres qu’on avait fumé un joint. C’était un peu la petite frime. J’avais seize ans et je ne fumais pas grand-chose, peut-être dix joints dans l'année. Après par contre, entre dix-sept et dix-huit ans, là j'ai eu une période où j'ai beaucoup fumé, où j'allais tous les soirs chez un ami pour fumer. Cela a duré deux mois où j'ai vraiment fumé tous les soirs. Le reste du temps je fumais surtout en soirée et par exemple tous les jeudis, parce qu'on allait au cours à Lausanne et là on fumait tous ensemble dans le train en allant au cours. Il y en avait qui sortait leur chilum pour fumer. Après en rentrant des cours, pour se déstresser des cours, on fumait aussi. Durant les cours et pendant les pauses, on n’a jamais trop risqué, c'était trop dangereux. Tout d'un coup il y a eu un moment où une fois tous les 15 jours où je fumais, je partais dans un trip. C'était comme si le THC s'accumulait en moi, et tout d'un coup ça explosait et j'étais vraiment beaucoup plus pété que tous les autres. Et je ne comprenais plus rien du tout alors que j'avais fumé un joint. C'est arrivé plusieurs fois et l'ami avec qui j'ai commencé - on fumait toujours ensemble -, savait tout de suite quand ça arrivait parce que, tout d'un coup, je n'arrivais plus à réfléchir, je ne savais plus où j'étais, je ne savais plus ce que je faisais. La première fois, je lui ai dit que je ne savais pas ce qui arrivait. Puis je lui ai expliqué, et après je lui disais que j’étais dans mon rêve. Mais c'était un mauvais rêve. Et ça arrivait de plus en plus fréquemment en fait. Ce qui est marrant c'est que ça arrivait aussi à ma sœur qui avait exactement les mêmes problèmes que moi. Elle a arrêté de fumer parce que ça lui arrivait trop souvent. Alors moi j'ai arrêté aussi. Mais maintenant le problème, c'est que ça m'arrive alors que je n'ai pas fumé. Si, par exemple, je suis dans une salle de cinéma, au milieu de la salle, et que je ne suis pas vraiment dans le film, et que je pense un peu où je suis et que, si je me sens mal, je devrai déranger tout le monde pour passer. Alors là je commence à avoir des paranos, un peu de claustrophobie. Donc j'essaye de me mettre toujours au bord d'un escalier quand je vais au cinéma. Maintenant ça va de mieux en mieux. Mais ça m'arrive quand même. Il n’y a pas longtemps, j'étais au cirque et c'était pareil. J'étais super mal.
En ce qui concerne l'alcool, j'ai aussi dû boire ma première bière à seize ans, parce qu'on avait l'interdiction de boire des bières, et je n'ai pas bu avant la permission. Mes parents ne m'ont jamais donné à boire avant, même à nouvel an on buvait du champagne sans alcool. Et ensuite j'ai pas mal fumé de joints donc je n'ai plus trop bu. Et puis après, au moment où j’avais ces mauvais trips, je me suis dit que le joint n‘était pas pour moi, donc j’ai commencé à boire. J'ai bu comme tout le monde boit, les week-ends pour se détendre. Cela m'est rarement arrivé de ne plus me rappeler ce que j'avais fait, peut-être une ou deux fois. Mais j’allais jusqu'à vomir. C'est arrivé plusieurs fois. Et je pense que c'est arrivé à pas mal de jeunes. On boit déjà avant d'aller à la fête, parce que c'est moins cher. Si, par exemple, on va dans un pub après un concert, on va boire avant pour déjà être bien parti et avoir la pêche et parce qu'on va moins dépenser d'argent sur place. En fait, la chose un peu qui m'a sauvé de l'alcool, c'est le permis de conduire. Je n'ai jamais conduit en ayant bu, peut-être en ayant bu deux bières à la limite. Après, à partir de 18 ans, j'ai commencé à boire beaucoup, mais c'est seulement parce que je ne conduisais pas. Après, ça c'est pas mal espacé. Comme j'étais un des seuls à voir le permis à vingt ans avec ma copine, c'est moi qui conduisais tout le temps. Alors ça m'a sauvé de pas mal de soirées. Mais c'était vraiment boire pour boire. Il y a pas mal de soirées où on boit pour boire le plus possible. On mélange et puis après on est malade.

     
     


   
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