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Témoignages
diffusés pendant le débat
Premier
témoignage
Milena
(prénom fictif), 18 ans, Genève
Cela
a commencé, on va dire, en 5 ou en 6ème primaire.
J'ai des copines et des copains qui ont commencé à
piquer des cigarettes à des grandes sœurs, à
des grands frères ou aux parents pour voir ce que ça
faisait. On fumait dans la cave ou après l'école dans
la forêt, comme ça pour voir et après c'est
devenu une habitude. Chacun avait son paquet. Dans la jeunesse,
si on a un paquet sur nous on se sent plus grand, on se sent mieux.
C'est une différence. Cela fait une différence entre
nous et ceux qui ne fument pas. Cela fait des clans et après
ça déborde sur les joints. Pour moi, c’était
vers 14 ans. J’étais au cycle en 8ème.
C'était
facile d'avoir des joints. On peut en avoir partout. Y'a des dealers
qui viennent carrément à l'école. Y'a des parents
qui en dealent, des enfants aussi de 13-14 ans qui en amènent
de la maison ou d'ailleurs, des amis plus âgés leur
en donnent pour qu'ils en vendent. On peut en avoir partout. Au
début c'était comme ça pour s'amuser parce
qu'on avait rien à faire, ça nous faisait rigoler,
ça nous occupait, ça nous faisait passer du temps
et on découvrait pas mal de trucs. Après y'a des objets
qui ont été utilisés parce que fumer des joints
à force ça ennuie, faut changer. On utilisait des
bongs, une espèce de tube avec un petit récipient
avec de l'eau dedans qui filtre le tabac. A force on était
de plus en plus défoncé. On a commencé à
fumer plus souvent, à l'école, à midi ou à
la pause de dix heures le matin. On arrivait à suivre l’école,
mais disons qu'il faut avoir des profs amusants qui font des choses
cool. Si on a un prof qui parle tout le temps avec la même
voix, vous n'entendez rien. Parfois au cours je n'arrivais pas à
lire. Toutes les lettres se dédoublaient et bougeaient sur
ma feuille. Et je n’étais pas la seule dans ce cas-là.
Sur vingt personnes, il y en avait quand même huit à
neuf en 8ème qui fumaient déjà des joints ou
qui avaient essayé.
Moi,
après le cycle j'ai continué, mais ce n'était
plus vraiment le plaisir de partager ou de se faire des amis ou
un truc comme ça. Après c'était devenu un besoin.
Il fallait toujours en avoir sinon ça n’allait pas.
Je n'arrivais pas à manger, à dormir, en fait c'était
plus la même chose, c'était devenu une dépendance
à la place d'être un plaisir. Il faut dire qu’à
l'ECG (Ecole de Culture Générale) tout le monde fume,
en tout cas la moitié de l'école. Il y a des descentes
de la police des stups à l'école, ils embarquent des
gens et tout. Il y a beaucoup de gens qui fument, c'est très
généralisé. Tout le monde peut en avoir partout.
Il y a même des gens qui ne fument pas la cigarette et qui
fument le joint. C'est devenu un calmant pour la jeunesse. Au lieu
d'aller chez le psy, tout le monde fume.
Mais
maintenant je me suis dit que je voulais arrêter. Et, si c'est
possible, après ne fumer que le week-end ou de temps en temps,
que ce ne soit plus une dépendance. Je voudrais le garder
comme plaisir, donc ne pas fumer tous les jours, parce que les joints
comme plaisir c'est vachement sympa. Si vous fumez un joint comme
ça une fois par mois ou deux fois par année, il ne
va rien vous arriver. Mais si vous en abusez, cela a des conséquences
graves et puis ça prend du temps, et après des efforts
pour arrêter et enlever toutes ces habitudes.
Je
ne veux plus avoir les effets négatifs, surtout sur l'appétit
et le sommeil et puis même sur moi-même. On a plus d'argent
pour s'acheter quoi que ce soit, parce qu'on commence à tout
mettre là-dedans. Un fumeur normal, enfin un fumeur qui fume
tous les jours, il gaspille quand même vingt francs par jour
multiplié par 30. Cela fait de l'argent quand même.
On n’est pas tous riches. Et après vous ne pouvez plus
vous faire plaisir. Vous ne sortez presque plus de chez vous parce
que vous n'avez plus d'argent. En plus vous êtes complètement
endormi. Tous ces effets négatifs cela vous enferme. Ce n’est
plus un truc à partager, mais ça devient un truc à
bloquer.
Second
t émoignage
Steven,
23 ans, Nyon
Mes
premiers joints, je pense que c'était un peu pour me rendre
intéressant, pour être à la mode. On faisait
partie des rebelles avec la personne avec qui je traînais
par rapport à d'autres personnes qui était dans le
hip-hop, des gars qui faisaient un peu de la musique dans des groupes.
Nous, on n'avait pas vraiment de centre d'intérêt,
donc on s'est dit qu’on allait fumer. Et après on disait
aux autres qu’on avait fumé un joint. C’était
un peu la petite frime. J’avais seize ans et je ne fumais
pas grand-chose, peut-être dix joints dans l'année.
Après par contre, entre dix-sept et dix-huit ans, là
j'ai eu une période où j'ai beaucoup fumé,
où j'allais tous les soirs chez un ami pour fumer. Cela a
duré deux mois où j'ai vraiment fumé tous les
soirs. Le reste du temps je fumais surtout en soirée et par
exemple tous les jeudis, parce qu'on allait au cours à Lausanne
et là on fumait tous ensemble dans le train en allant au
cours. Il y en avait qui sortait leur chilum pour fumer. Après
en rentrant des cours, pour se déstresser des cours, on fumait
aussi. Durant les cours et pendant les pauses, on n’a jamais
trop risqué, c'était trop dangereux. Tout d'un coup
il y a eu un moment où une fois tous les 15 jours où
je fumais, je partais dans un trip. C'était comme si le THC
s'accumulait en moi, et tout d'un coup ça explosait et j'étais
vraiment beaucoup plus pété que tous les autres. Et
je ne comprenais plus rien du tout alors que j'avais fumé
un joint. C'est arrivé plusieurs fois et l'ami avec qui j'ai
commencé - on fumait toujours ensemble -, savait tout de
suite quand ça arrivait parce que, tout d'un coup, je n'arrivais
plus à réfléchir, je ne savais plus où
j'étais, je ne savais plus ce que je faisais. La première
fois, je lui ai dit que je ne savais pas ce qui arrivait. Puis je
lui ai expliqué, et après je lui disais que j’étais
dans mon rêve. Mais c'était un mauvais rêve.
Et ça arrivait de plus en plus fréquemment en fait.
Ce qui est marrant c'est que ça arrivait aussi à ma
sœur qui avait exactement les mêmes problèmes
que moi. Elle a arrêté de fumer parce que ça
lui arrivait trop souvent. Alors moi j'ai arrêté aussi.
Mais maintenant le problème, c'est que ça m'arrive
alors que je n'ai pas fumé. Si, par exemple, je suis dans
une salle de cinéma, au milieu de la salle, et que je ne
suis pas vraiment dans le film, et que je pense un peu où
je suis et que, si je me sens mal, je devrai déranger tout
le monde pour passer. Alors là je commence à avoir
des paranos, un peu de claustrophobie. Donc j'essaye de me mettre
toujours au bord d'un escalier quand je vais au cinéma. Maintenant
ça va de mieux en mieux. Mais ça m'arrive quand même.
Il n’y a pas longtemps, j'étais au cirque et c'était
pareil. J'étais super mal.
En ce qui concerne l'alcool, j'ai aussi dû boire ma première
bière à seize ans, parce qu'on avait l'interdiction
de boire des bières, et je n'ai pas bu avant la permission.
Mes parents ne m'ont jamais donné à boire avant, même
à nouvel an on buvait du champagne sans alcool. Et ensuite
j'ai pas mal fumé de joints donc je n'ai plus trop bu. Et
puis après, au moment où j’avais ces mauvais
trips, je me suis dit que le joint n‘était pas pour
moi, donc j’ai commencé à boire. J'ai bu comme
tout le monde boit, les week-ends pour se détendre. Cela
m'est rarement arrivé de ne plus me rappeler ce que j'avais
fait, peut-être une ou deux fois. Mais j’allais jusqu'à
vomir. C'est arrivé plusieurs fois. Et je pense que c'est
arrivé à pas mal de jeunes. On boit déjà
avant d'aller à la fête, parce que c'est moins cher.
Si, par exemple, on va dans un pub après un concert, on va
boire avant pour déjà être bien parti et avoir
la pêche et parce qu'on va moins dépenser d'argent
sur place. En fait, la chose un peu qui m'a sauvé de l'alcool,
c'est le permis de conduire. Je n'ai jamais conduit en ayant bu,
peut-être en ayant bu deux bières à la limite.
Après, à partir de 18 ans, j'ai commencé à
boire beaucoup, mais c'est seulement parce que je ne conduisais
pas. Après, ça c'est pas mal espacé. Comme
j'étais un des seuls à voir le permis à vingt
ans avec ma copine, c'est moi qui conduisais tout le temps. Alors
ça m'a sauvé de pas mal de soirées. Mais c'était
vraiment boire pour boire. Il y a pas mal de soirées où
on boit pour boire le plus possible. On mélange et puis après
on est malade.
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