ANGOISSES DES ENFANTS
Faut-il les médicaliser ?   (17.11.05)


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1. DEFINITIONS
2. CAUSES
3. THERAPIES

 
 

DEFINITIONS

1. Est-il normal que les enfants aient des peurs ?
2. A quoi sert la peur normale et quand bascule-t-on dans la maladie ?
3. Quelles sont les caractéristiques de la maladie anxieuse chez les enfants ?
4.
Qu’est-ce que l’angoisse par rapport à la peur normale ?
5. Est-ce qu’il y a une différence entre crise de panique et crise d’angoisse ?
6. Retrouve-t-on les mêmes maladies anxieuses chez les enfants et chez les adultes ?
7. Les enfants angoissés seront-ils des adultes angoissés ?
8. Un enfant bloqué par des rituels est-il angoissé ?
9. Un enfant toujours en mouvement, sans être hyperactif, peut-il être angoissé ?
10.Quelle est la différence entre les cauchemars et les terreurs nocturnes ?


Question : Est-il normal que les enfants aient des peurs ?
CE : Dans le développement, il y a toujours des phases où les enfants peuvent avoir des peurs qui peuvent être décrites comme quelque chose de normal. C’est un processus qui s’inscrit dans le développement. Celle que les parents reconnaissent très souvent, vers les neuf mois, c’est la peur de l’étranger, durant la première phase de développement où il y a le début de la séparation, la reconnaissance de l’enfant qu’il est un et que la maman est autre chose. A ce moment-là, on voit les enfants qui ont très peur d’être séparés de leur maman, quand on les examine au cabinet. Ce n’est même pas le souvenir des vaccins, c’est ce moment particulier. Il y a des enfants qui l’ont plus que d’autres, mais c’est une phase qui est là et qui existe. Souvent, cela dépend de comment les parents vivent cette angoisse. S’ils la vivent comme une phase du développement, constructive et normale, cette peur va s’estomper, et l’enfant fera le passage. Plus tard, il y a aussi une période durant laquelle les enfants, plus grands, font beaucoup de cauchemars. Ils sont en général en âge préscolaire, entre quatre et six ans, et ils ont beaucoup, beaucoup d’imagination. Ils la font travailler, sur ce qu’ils voient, ils se construisent quelque chose, ils ont peur, et ils en font des cauchemars. Très souvent, ils aiment se faire peur. Là aussi, il y a l’accompagnement des parents qui les font évoluer. Souvent, il y a aussi les peurs de séparation qui se voient à peu près jusqu’à l’âge de six, sept ans, peut-être un peu plus longtemps. Il y a aussi ces peurs qu’on voit le soir, ces difficultés de s’endormir ou les intégrations à l’école, au jardin d’enfants, les choses qui sont nouvelles. Mais ce sont des peurs formatrices, ce sont des étapes qu’il faut franchir.

IL : C’est vrai aussi que les enfants aiment se faire peur. Mais je crois aussi que de se faire peur quand on est en groupe, c’est autre chose que d’avoir peur quand on est tout seul. Se faire peur, jouer à se faire peur, rentrer dans des histoires terribles avec le fantôme ou le monstre, c’est être fort, mais c’est aussi collectif. Et je crois que cette notion de collectivité, c’est important. D’avoir peur ensemble, c’est très différent d’avoir peur tout seul. C’est aussi transgresser, c’est Barbe Bleue, c’est faire des choses interdites, je pense que c’est très important.

Question : A quoi sert la peur normale et quand bascule-t-on dans la maladie ?
CA : C’est très compliqué comme question. Quand vous demandez si c’est normal, moi je dirais, bien évidemment, que c’est habituel. Quand c’est habituel, on ne se prononce pas encore pour dire si c’est normal ou pas normal. Et l’anormalité serait au moment où pour l’enfant, cela devient un handicap. Un enfant qui a peur des autres et qui ne peut pas aller à l’école parce qu’il a très peur, cela devient un handicap. Si cela le gêne, on peut se dire qu’on peut appeler cela une maladie. Mais personnellement, je serais très réservé sur le terme de maladie. Maladie signifie tout de suite docteur. Par conséquent, j’aurais tendance à dire que si un enfant de deux, trois, quatre ans arrive à se réaliser, mais qu’il a des peurs, je dirais que ces peurs font partie probablement, comme cela a été dit, de son développement. Si l’enfant commence à être bloqué, et que les parents sont bloqués dans leur tentative d’apaiser, à ce moment-là, le recours aux grands-parents, le recours aux oncles et tantes permet parfois de trouver des solutions : « Ah, tu sais, toi à son âge, toi aussi tu… ». La famille joue un rôle absolument énorme dans les mécanismes de compréhension et d’apaisement. Et si tout ça échoue, alors les professionnels sont là. Mais n’oublions pas qu’il y a aussi beaucoup de familles dans lesquelles les mamans sont toutes seules avec leur enfant, et que de ce point de vue là, tout l’arrière-fond familial n’étant pas là, ces mamans parfois recourent aux professionnels, parce que c’est une des possibilités d’essayer de dépasser la crise.

Question : Quelles sont les caractéristiques de la maladie anxieuse chez les enfants ?

CA : Quand on parle de la maladie anxieuse, on parle des grandes personnes ; chez les enfants on devrait plus facilement dire que l’anxiété ou l’angoisse, c’est comme la fièvre. C'est-à-dire que la fièvre, ce n’est pas forcément une maladie, mais la fièvre fait qu’on recherche l’origine, on essaye de savoir. Ce n’est pas forcément une maladie, mais cela pourrait en être une. Deuxièmement, l’angoisse en général diffuse. C'est-à-dire qu’en général, lorsqu’il y a un enfant qui a des problèmes d’angoisse, cette angoisse ne reste pas chez l’enfant, mais elle diffuse dans l’entourage. Cela, c’est aussi très caractéristique. Troisièmement, ce qui me semble l’élément essentiel, c’est que lorsqu’on parle de l’angoisse chez un enfant – et quand on dit enfant, moi je me situerais entre 2 et 7 ans, on ne parle pas des adolescents ni des grandes personnes – une chose, c’est l’angoisse ressentie par l’enfant, et l’autre chose c’est la capacité des parents à apaiser l’enfant. Cela veut dire que d’une part, l’angoisse appelle quelque chose chez les parents et si les parents peuvent l’apaiser, cela n’est pas du tout la même chose que si les parents sont pris par l’angoisse.



Question :
Qu’est-ce que l’angoisse par rapport à la peur normale ?
CA : On peut partir du point de vue qu’à priori, les enfants sont normaux, qu’ils peuvent avoir de la fièvre, et que l’angoisse, c’est quand tout d’un coup la pensée est complètement obscurcie et que l’action est impossible. Il y a une sorte de paralysie, il y a aussi une paralysie de la pensée. C’est comme s’il y avait une espèce d’énorme brume dans la tête et une brume dans le corps. Et si ces éléments interviennent dans des situations où c’est absolument dommageable pour l’enfant, cela peut entraîner des cercles vicieux qui alors entraînent toute une série de conséquences. Si l’enfant présente des anxiétés du moment où il commence à découvrir le monde, à se poser des tas de questions, et qu’au fond, il en parle aux parents, à ce moment-là, on est dans un processus, dans quelque chose qui est assez bien contenu. La peur n’est pas la fièvre, mais la peur en général a toujours un objet. On a peur du chien, on a peur du docteur, on a peur de l’auditoire. On est dans un autre processus. Vraiment, quand il y a la fièvre, on a mille explications possibles. Et le problème du professionnel, c’est d’essayer de trouver la bonne piste.

Question : Est-ce qu’il y a une différence entre crise de panique et crise d’angoisse ?
CE : C’est une description, donc il faut voir un petit peu comment les gens décrivent ce que l’enfant fait. Après ce sont des mots qui sont placés. Une crise de panique, une crise d’angoisse, je crois que c’est simplement un mot qu’on met. Certains vont le décrire comme une crise de panique, d’autres comme une crise d’angoisse, mais ce sera peut-être la même chose. C’est souvent très difficile d’être très, très correct avec les terminologies.

CA : Je suis tout à fait d’accord. Dans la notion de crise de panique, en général, on a un objet à l’extérieur. On voit un serpent, et on fait une panique. C'est-à-dire que dans la panique, on a déjà, au fond, la cause probable de la panique. Dans la crise d’angoisse, en principe, c’est une tempête intérieure avec une incapacité de penser, une incapacité de maîtriser ce qui se passe à l’intérieur de soi. Et il n’y a pas forcément des circonstances externes. Donc, moi je réserverais la peur à l’objet externe, on a peur des serpents, on a une panique quand on voit les serpents, donc on court dans tous les sens, mais cela veut dire que nous, nous pouvons voir que la personne a peur des serpents, et la crise d’angoisse, en tout cas chez la grande personne, la crise d’angoisse c’est quand on n’a pas de cause identifiable.

Question : Est-ce qu’on retrouve les mêmes maladies anxieuses chez les enfants et chez les adultes ?
CA : Je pense qu’il faut faire très attention de ne pas rapporter à l’enfant ce qu’on voit chez la grande personne. Chez l’enfant, il y a tellement de choses qui se passent avec une telle rapidité, qu’il faut faire attention de ne pas bloquer l’enfant sur un diagnostic, tandis que la grande personne qui sait, elle, qu’elle fait une crise de panique, la grande personne peut vous décrire qu’elle fait une crise de panique et puis c’est ce pour quoi elle consulte. Tandis que l’enfant, lui, ça va un peu dans tous les sens. Donc je préférerais dire que les angoisses des enfants sont les cousins germains, ou les cousins issus de germain éventuellement, des angoisses chez l’adulte.


Question : Les enfants angoissés seront-ils des adultes angoissés ?
CA : Vous savez que des pilotes d’essai vous décrivent que quand ils étaient petits, ils n’osaient même pas aller à l’anniversaire de copains, tellement ils avaient peur. Parce qu’il y a toutes les défenses qu’on forme nous-même contre les peurs qu’on peut avoir. Et vous pouvez devenir explorateur en Amazonie, mais vous ne pouvez pas quitter votre appartement quand vous êtes à Genève, parce que vous avez peur des voitures.

Question :
Un enfant bloqué par des rituels est-il angoissé ?
CA : Les enfants de deux ans, dix-huit mois, ont déjà une envie énorme de pouvoir exercer une influence, de pouvoir maîtriser. Et chez des enfants très petits, il y a déjà toute une série de rituels. C'est-à-dire que si vous donnez le gobelet bleu et pas le gobelet rouge, l’enfant fait une scène, parce que comme c’était le gobelet bleu,… Cela fait partie des besoins de l’enfant de comprendre les rythmes, les séquences. Cela fait partie des choses qui sont naturelles dans la perspective d’essayer de maîtriser et de comprendre comment ça fonctionne. Quand les enfants sont un peu plus grands, cinq, six ans, là on se pose la question de savoir si cela correspond à une anxiété profonde de ne pas pouvoir comprendre, de ne pas pouvoir saisir. C’est probablement quelque chose qui est assez interne. Je pense que c’est très précieux d’en parler à un pédiatre, ou d’en parler à quelqu’un. Parce qu’on peut être dans des choses qu’on voit quand même facilement chez les enfants, qui ne prédisent pas du tout forcément la suite, mais qui indique qu’il y a un problème visiblement avec ce qu’on appelle la maîtrise.

Question : Un enfant toujours en mouvement, sans être hyperactif, peut-il être angoissé ?
CA : Dans cette situation, ma réflexion à moi, c’est de me dire que ce que fait un enfant, c’est par définition intelligent. Cela ne veut pas dire que c’est permis, cela ne veut pas dire que c’est souhaitable, mais cela veut dire que c’est intelligent. Donc, ma question serait : « Tant qu’il fait ça, que ne fait-il pas d’autre ? Et par conséquent, s’il est tout le temps en train d’aller voir ce que font les copains et les copines, ce n’est pas la même chose que s’il évite tout le temps d’avoir un contact avec les copains et les copines. S’il est tout le temps en train de bouger, au fond à quoi ça lui sert ? Et cela peut lui servir à des choses importantes, mais on peut aussi lui dire : « Mon Vieux, tu te trompes. Ce n’est pas parce qu’on a compris ce que tu voulais faire, que tu ne te trompes pas ». En l’occurrence, l’hyperactivité est comme vous le savez une description et l’important c’est de remettre ça dans le contexte et d’essayer de se dire : « Si on demandait à un acteur de bouger comme bouge l’enfant dont vous parlez, on devrait donner à l’acteur quelles indications sur les objectifs qu’il cherche ? » Si on dit à un acteur : « Bien, maintenant tu vas jouer une scène et tu essayes d’être tout le temps là où la maîtresse regarde. » A ce moment-là on pourrait se dire : « Est-ce que cela correspond à ce que vous observez, ou bien chaque fois qu’un de tes copains va faire quelque chose, tu vas vite le voir ? » C’est comme ça qu’on essaye de comprendre progressivement si ce dont on parle, cela pourrait être une anxiété de perdre, de ne pas comprendre, etc.

Question : Quelle est la différence entre les cauchemars et les terreurs nocturnes ?
CE : Il y a une totale différence. Si on résume rapidement, les terreurs nocturnes et tout ce qui est regroupé dans les parasomnies, comme le somnambulisme, les somniloquies, se retrouvent dans un stade de sommeil très profond et ce stade de sommeil très profond, en général, c’est dans la première partie de la nuit, dans les cycles très profonds. Les cauchemars appartiennent, comme les rêves au domaine du sommeil paradoxal qu’on décrit plutôt en deuxième partie de nuit pour les enfants au-delà de six mois à une année. Parce qu’avant, le sommeil paradoxal se situe à d’autres moments. Et puis aussi, quand vous faites une anamnèse de sommeil, très souvent les parents vous décrivent une différence. Si un enfant a une terreur nocturne ou bien s’il se réveille lors d’un micro réveil, donc entre deux cycles, ou s’il vous parle d’un cauchemar. Le cauchemar, l’enfant, si vous allez vers lui, il va se calmer. Et quand il s’est calmé, si vous partez, il va se remettre à pleurer, donc il a l’angoisse du moment, parce qu’il a peur de retourner dans son cauchemar. Et très souvent, le matin, si ce sont des enfants qui sont en âge de raconter, ils vont vous raconter qu’ils ont fait un cauchemar. Une terreur nocturne, l’enfant n’en a pas le souvenir. C’est comme le somnambule, le matin, si vous lui en parlez, vous allez presque l’inquiéter de lui décrire des choses dont il n’a plus aucun souvenir. Et très souvent si vous approchez, vous allez essayer de consoler l’enfant, parce que son aspect vous fait craindre qu’il y ait quelque chose. Mais si vous allez essayer de consoler un enfant qui a une terreur nocturne, vous allez l’agiter, parce que les stimulations font qu’il n’a pas la perception. Il est dans un état confusionnel de sommeil profond.

     
   
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