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DEFINITIONS
1.
Est-il normal que les enfants aient des peurs ?
2.
A quoi sert la peur normale et quand bascule-t-on dans la maladie
?
3. Quelles sont les caractéristiques de la
maladie anxieuse chez les enfants ?
4.
Qu’est-ce que l’angoisse par rapport à la peur
normale ?
5. Est-ce qu’il y a une différence entre
crise de panique et crise d’angoisse ?
6. Retrouve-t-on les mêmes maladies anxieuses
chez les enfants et chez les adultes ?
7. Les enfants angoissés seront-ils des adultes
angoissés ?
8. Un enfant bloqué par des rituels est-il
angoissé ?
9. Un enfant toujours en mouvement, sans être
hyperactif, peut-il être angoissé ?
10.Quelle est la différence entre les cauchemars
et les terreurs nocturnes ?

Question
: Est-il
normal que les enfants aient des peurs ?
CE : Dans le développement, il y a toujours des phases où
les enfants peuvent avoir des peurs qui peuvent être décrites
comme quelque chose de normal. C’est un processus qui s’inscrit
dans le développement. Celle que les parents reconnaissent
très souvent, vers les neuf mois, c’est la peur de
l’étranger, durant la première phase de développement
où il y a le début de la séparation, la reconnaissance
de l’enfant qu’il est un et que la maman est autre chose.
A ce moment-là, on voit les enfants qui ont très peur
d’être séparés de leur maman, quand on
les examine au cabinet. Ce n’est même pas le souvenir
des vaccins, c’est ce moment particulier. Il y a des enfants
qui l’ont plus que d’autres, mais c’est une phase
qui est là et qui existe. Souvent, cela dépend de
comment les parents vivent cette angoisse. S’ils la vivent
comme une phase du développement, constructive et normale,
cette peur va s’estomper, et l’enfant fera le passage.
Plus tard, il y a aussi une période durant laquelle les enfants,
plus grands, font beaucoup de cauchemars. Ils sont en général
en âge préscolaire, entre quatre et six ans, et ils
ont beaucoup, beaucoup d’imagination. Ils la font travailler,
sur ce qu’ils voient, ils se construisent quelque chose, ils
ont peur, et ils en font des cauchemars. Très souvent, ils
aiment se faire peur. Là aussi, il y a l’accompagnement
des parents qui les font évoluer. Souvent, il y a aussi les
peurs de séparation qui se voient à peu près
jusqu’à l’âge de six, sept ans, peut-être
un peu plus longtemps. Il y a aussi ces peurs qu’on voit le
soir, ces difficultés de s’endormir ou les intégrations
à l’école, au jardin d’enfants, les choses
qui sont nouvelles. Mais ce sont des peurs formatrices, ce sont
des étapes qu’il faut franchir.
IL
: C’est vrai aussi que les enfants aiment se faire peur. Mais
je crois aussi que de se faire peur quand on est en groupe, c’est
autre chose que d’avoir peur quand on est tout seul. Se faire
peur, jouer à se faire peur, rentrer dans des histoires terribles
avec le fantôme ou le monstre, c’est être fort,
mais c’est aussi collectif. Et je crois que cette notion de
collectivité, c’est important. D’avoir peur ensemble,
c’est très différent d’avoir peur tout
seul. C’est aussi transgresser, c’est Barbe Bleue, c’est
faire des choses interdites, je pense que c’est très
important.
Question : A quoi sert la peur normale
et quand bascule-t-on dans la maladie ?
CA : C’est très compliqué comme question. Quand
vous demandez si c’est normal, moi je dirais, bien évidemment,
que c’est habituel. Quand c’est habituel, on ne se prononce
pas encore pour dire si c’est normal ou pas normal. Et l’anormalité
serait au moment où pour l’enfant, cela devient un
handicap. Un enfant qui a peur des autres et qui ne peut pas aller
à l’école parce qu’il a très peur,
cela devient un handicap. Si cela le gêne, on peut se dire
qu’on peut appeler cela une maladie. Mais personnellement,
je serais très réservé sur le terme de maladie.
Maladie signifie tout de suite docteur. Par conséquent, j’aurais
tendance à dire que si un enfant de deux, trois, quatre ans
arrive à se réaliser, mais qu’il a des peurs,
je dirais que ces peurs font partie probablement, comme cela a été
dit, de son développement. Si l’enfant commence à
être bloqué, et que les parents sont bloqués
dans leur tentative d’apaiser, à ce moment-là,
le recours aux grands-parents, le recours aux oncles et tantes permet
parfois de trouver des solutions : « Ah, tu sais, toi à
son âge, toi aussi tu… ». La famille joue un rôle
absolument énorme dans les mécanismes de compréhension
et d’apaisement. Et si tout ça échoue, alors
les professionnels sont là. Mais n’oublions pas qu’il
y a aussi beaucoup de familles dans lesquelles les mamans sont toutes
seules avec leur enfant, et que de ce point de vue là, tout
l’arrière-fond familial n’étant pas là,
ces mamans parfois recourent aux professionnels, parce que c’est
une des possibilités d’essayer de dépasser la
crise.
Question : Quelles
sont les caractéristiques de la maladie anxieuse chez les
enfants ?
CA : Quand on parle de
la maladie anxieuse, on parle des grandes personnes ; chez les enfants
on devrait plus facilement dire que l’anxiété
ou l’angoisse, c’est comme la fièvre. C'est-à-dire
que la fièvre, ce n’est pas forcément une maladie,
mais la fièvre fait qu’on recherche l’origine,
on essaye de savoir. Ce n’est pas forcément une maladie,
mais cela pourrait en être une. Deuxièmement, l’angoisse
en général diffuse. C'est-à-dire qu’en
général, lorsqu’il y a un enfant qui a des problèmes
d’angoisse, cette angoisse ne reste pas chez l’enfant,
mais elle diffuse dans l’entourage. Cela, c’est aussi
très caractéristique. Troisièmement, ce qui
me semble l’élément essentiel, c’est que
lorsqu’on parle de l’angoisse chez un enfant –
et quand on dit enfant, moi je me situerais entre 2 et 7 ans, on
ne parle pas des adolescents ni des grandes personnes – une
chose, c’est l’angoisse ressentie par l’enfant,
et l’autre chose c’est la capacité des parents
à apaiser l’enfant. Cela veut dire que d’une
part, l’angoisse appelle quelque chose chez les parents et
si les parents peuvent l’apaiser, cela n’est pas du
tout la même chose que si les parents sont pris par l’angoisse.

Question : Qu’est-ce
que l’angoisse par rapport à la peur normale ?
CA : On peut partir du point de vue qu’à priori, les
enfants sont normaux, qu’ils peuvent avoir de la fièvre,
et que l’angoisse, c’est quand tout d’un coup
la pensée est complètement obscurcie et que l’action
est impossible. Il y a une sorte de paralysie, il y a aussi une
paralysie de la pensée. C’est comme s’il y avait
une espèce d’énorme brume dans la tête
et une brume dans le corps. Et si ces éléments interviennent
dans des situations où c’est absolument dommageable
pour l’enfant, cela peut entraîner des cercles vicieux
qui alors entraînent toute une série de conséquences.
Si l’enfant présente des anxiétés du
moment où il commence à découvrir le monde,
à se poser des tas de questions, et qu’au fond, il
en parle aux parents, à ce moment-là, on est dans
un processus, dans quelque chose qui est assez bien contenu. La
peur n’est pas la fièvre, mais la peur en général
a toujours un objet. On a peur du chien, on a peur du docteur, on
a peur de l’auditoire. On est dans un autre processus. Vraiment,
quand il y a la fièvre, on a mille explications possibles.
Et le problème du professionnel, c’est d’essayer
de trouver la bonne piste.
Question : Est-ce
qu’il y a une différence entre crise de panique et
crise d’angoisse ?
CE : C’est une description, donc il faut voir un petit peu
comment les gens décrivent ce que l’enfant fait. Après
ce sont des mots qui sont placés. Une crise de panique, une
crise d’angoisse, je crois que c’est simplement un mot
qu’on met. Certains vont le décrire comme une crise
de panique, d’autres comme une crise d’angoisse, mais
ce sera peut-être la même chose. C’est souvent
très difficile d’être très, très
correct avec les terminologies.
CA
: Je suis tout à fait d’accord. Dans la notion de crise
de panique, en général, on a un objet à l’extérieur.
On voit un serpent, et on fait une panique. C'est-à-dire
que dans la panique, on a déjà, au fond, la cause
probable de la panique. Dans la crise d’angoisse, en principe,
c’est une tempête intérieure avec une incapacité
de penser, une incapacité de maîtriser ce qui se passe
à l’intérieur de soi. Et il n’y a pas
forcément des circonstances externes. Donc, moi je réserverais
la peur à l’objet externe, on a peur des serpents,
on a une panique quand on voit les serpents, donc on court dans
tous les sens, mais cela veut dire que nous, nous pouvons voir que
la personne a peur des serpents, et la crise d’angoisse, en
tout cas chez la grande personne, la crise d’angoisse c’est
quand on n’a pas de cause identifiable.
Question : Est-ce
qu’on retrouve les mêmes maladies anxieuses chez les
enfants et chez les adultes ?
CA : Je pense qu’il
faut faire très attention de ne pas rapporter à l’enfant
ce qu’on voit chez la grande personne. Chez l’enfant,
il y a tellement de choses qui se passent avec une telle rapidité,
qu’il faut faire attention de ne pas bloquer l’enfant
sur un diagnostic, tandis que la grande personne qui sait, elle,
qu’elle fait une crise de panique, la grande personne peut
vous décrire qu’elle fait une crise de panique et puis
c’est ce pour quoi elle consulte. Tandis que l’enfant,
lui, ça va un peu dans tous les sens. Donc je préférerais
dire que les angoisses des enfants sont les cousins germains, ou
les cousins issus de germain éventuellement, des angoisses
chez l’adulte.

Question : Les
enfants angoissés seront-ils des adultes angoissés
?
CA : Vous savez que des pilotes d’essai vous décrivent
que quand ils étaient petits, ils n’osaient même
pas aller à l’anniversaire de copains, tellement ils
avaient peur. Parce qu’il y a toutes les défenses qu’on
forme nous-même contre les peurs qu’on peut avoir. Et
vous pouvez devenir explorateur en Amazonie, mais vous ne pouvez
pas quitter votre appartement quand vous êtes à Genève,
parce que vous avez peur des voitures.
Question : Un
enfant bloqué par des rituels est-il angoissé ?
CA : Les enfants de deux ans, dix-huit mois, ont déjà
une envie énorme de pouvoir exercer une influence, de pouvoir
maîtriser. Et chez des enfants très petits, il y a
déjà toute une série de rituels. C'est-à-dire
que si vous donnez le gobelet bleu et pas le gobelet rouge, l’enfant
fait une scène, parce que comme c’était le gobelet
bleu,… Cela fait partie des besoins de l’enfant de comprendre
les rythmes, les séquences. Cela fait partie des choses qui
sont naturelles dans la perspective d’essayer de maîtriser
et de comprendre comment ça fonctionne. Quand les enfants
sont un peu plus grands, cinq, six ans, là on se pose la
question de savoir si cela correspond à une anxiété
profonde de ne pas pouvoir comprendre, de ne pas pouvoir saisir.
C’est probablement quelque chose qui est assez interne. Je
pense que c’est très précieux d’en parler
à un pédiatre, ou d’en parler à quelqu’un.
Parce qu’on peut être dans des choses qu’on voit
quand même facilement chez les enfants, qui ne prédisent
pas du tout forcément la suite, mais qui indique qu’il
y a un problème visiblement avec ce qu’on appelle la
maîtrise.
Question : Un
enfant toujours en mouvement, sans être hyperactif, peut-il
être angoissé ?
CA : Dans cette situation, ma réflexion à moi, c’est
de me dire que ce que fait un enfant, c’est par définition
intelligent. Cela ne veut pas dire que c’est permis, cela
ne veut pas dire que c’est souhaitable, mais cela veut dire
que c’est intelligent. Donc, ma question serait : «
Tant qu’il fait ça, que ne fait-il pas d’autre
? Et par conséquent, s’il est tout le temps en train
d’aller voir ce que font les copains et les copines, ce n’est
pas la même chose que s’il évite tout le temps
d’avoir un contact avec les copains et les copines. S’il
est tout le temps en train de bouger, au fond à quoi ça
lui sert ? Et cela peut lui servir à des choses importantes,
mais on peut aussi lui dire : « Mon Vieux, tu te trompes.
Ce n’est pas parce qu’on a compris ce que tu voulais
faire, que tu ne te trompes pas ». En l’occurrence,
l’hyperactivité est comme vous le savez une description
et l’important c’est de remettre ça dans le contexte
et d’essayer de se dire : « Si on demandait à
un acteur de bouger comme bouge l’enfant dont vous parlez,
on devrait donner à l’acteur quelles indications sur
les objectifs qu’il cherche ? » Si on dit à un
acteur : « Bien, maintenant tu vas jouer une scène
et tu essayes d’être tout le temps là où
la maîtresse regarde. » A ce moment-là on pourrait
se dire : « Est-ce que cela correspond à ce que vous
observez, ou bien chaque fois qu’un de tes copains va faire
quelque chose, tu vas vite le voir ? » C’est comme ça
qu’on essaye de comprendre progressivement si ce dont on parle,
cela pourrait être une anxiété de perdre, de
ne pas comprendre, etc.
Question : Quelle
est la différence entre les cauchemars et les terreurs nocturnes
?
CE : Il y a une totale différence. Si on résume rapidement,
les terreurs nocturnes et tout ce qui est regroupé dans les
parasomnies, comme le somnambulisme, les somniloquies, se retrouvent
dans un stade de sommeil très profond et ce stade de sommeil
très profond, en général, c’est dans
la première partie de la nuit, dans les cycles très
profonds. Les cauchemars appartiennent, comme les rêves au
domaine du sommeil paradoxal qu’on décrit plutôt
en deuxième partie de nuit pour les enfants au-delà
de six mois à une année. Parce qu’avant, le
sommeil paradoxal se situe à d’autres moments. Et puis
aussi, quand vous faites une anamnèse de sommeil, très
souvent les parents vous décrivent une différence.
Si un enfant a une terreur nocturne ou bien s’il se réveille
lors d’un micro réveil, donc entre deux cycles, ou
s’il vous parle d’un cauchemar. Le cauchemar, l’enfant,
si vous allez vers lui, il va se calmer. Et quand il s’est
calmé, si vous partez, il va se remettre à pleurer,
donc il a l’angoisse du moment, parce qu’il a peur de
retourner dans son cauchemar. Et très souvent, le matin,
si ce sont des enfants qui sont en âge de raconter, ils vont
vous raconter qu’ils ont fait un cauchemar. Une terreur nocturne,
l’enfant n’en a pas le souvenir. C’est comme le
somnambule, le matin, si vous lui en parlez, vous allez presque
l’inquiéter de lui décrire des choses dont il
n’a plus aucun souvenir. Et très souvent si vous approchez,
vous allez essayer de consoler l’enfant, parce que son aspect
vous fait craindre qu’il y ait quelque chose. Mais si vous
allez essayer de consoler un enfant qui a une terreur nocturne,
vous allez l’agiter, parce que les stimulations font qu’il
n’a pas la perception. Il est dans un état confusionnel
de sommeil profond.
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