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THERAPIES
1.
Quand consulter si un enfant a des angoisses ?
2.
Les parents parlent-ils des angoisses de leurs enfants au pédiatre
?
3. Est-ce facile de proposer aux parents une psychothérapie
pour leurs enfants ?
4.
Quand les parents sont vraiment réticents à consulter
un psychiatre, que faites-vous ?
5. En tant qu’animatrice pouvez-vous aider les
parents ?
6. Quel type de psychothérapie choisir ?
7. Comment se passe une psychothérapie chez
le jeune enfant ?
8. Quelles questions poser au thérapeute de
mon enfant pour connaître son traitement ?
9. Lorsqu’on n’est pas satisfait du
pédopsychiatre faut-il changer ?
10. Que faire lorsque la thérapie paraît
trop longue ?
11. Que faire avec un enfant qui a peur de la mort
?
12.
Que faire avec un enfant anxieux de la maladie de sa mère
?
13.
Donne-t-on des médicaments aux enfants pour les problèmes
d’anxiété ?

Question
: Quand consulter si un enfant a des angoisses ?
CE : Quand cela empêche l’enfant de vivre normalement.
Quand l’enfant peut de moins en moins faire quelque chose
qui serait dans la norme, du moins chez les autres enfants de son
âge, ou à peu près. S’il ne peut pas participer
à des jeux, s’il est tout le temps exclu, s’il
ne peut pas dormir, s’il a des difficultés à
manger. A ce moment-là, il vaut la peine d’en discuter
pour voir si cela nécessite une prise en charge ou si c’est
encore dans ce qu’on appelle les limites de la norme, si on
peut parler de norme.
IL
: Quand cela pose problème aux parents, aussi. Je crois que
c’est le confort de la famille qui peut décider.
CA
: Moi je dirais la même chose. Pour moi, il y a deux composantes.
Une composante, c’est qu’on s’aperçoit
que l’enfant se restreint et que d’une certaine manière,
il se coince. L’autre composante ce sont les parents qui n’ont
plus de réponse possible par rapport à cela. Ces deux
éléments jouent un rôle dans la consultation.
Donc, des parents qui ont le sentiment qu’ils n’y arrivent
plus, qu’ils sont eux-mêmes coincés, cela c’est
la demande de consultation. Alors, les parents qui nient le fait
que l’enfant ait des problèmes, cela bien évidemment
existe. Mais en principe, si les parents ont le sentiment qu’ils
n’arrivent pas eux-mêmes à apaiser l’enfant
et à lui redonner son élan exploratoire, ils se disent
que quelque chose ne joue pas, et c’est un motif de consultation.
Au pire, on se trompe en consultant.
Question : Les parents parlent-ils
des angoisses de leurs enfants au pédiatre ?
CE : Cela arrive qu’ils en parlent, mais souvent ce sont
des choses qui sont indirectes dans les consultations. A part si
c’est quelque chose qui est déjà de l’angoisse
envahissante. A ce moment-là, ils viendront même me
consulter en disant : « C’est ça. ». Sinon,
c’est plutôt lors d’une consultation normale pour
des contrôles réguliers. Parfois c’est en posant
des questions clairement parce que, soit je perçois quelque
chose, soit certaines attitudes de l’enfant m’alertent
durant la consultation. Et là, on va peut-être en parler.
Mais ces symptômes sont difficiles à déchiffrer
dans une consultation. L’enfant ne va pas vous dire : «
J’ai peur de ça. » Ce sont des attitudes, des
gestes, et souvent ce sont les parents qui viennent avec des descriptions
et qui parlent. L’enfant au moment de la consultation ne s’exprime
pas toujours, le temps est quand même limité, il ne
va pas toujours nous montrer le symptôme que les parents ont
eu le temps d’observer à l’école ou dans
d’autres situations.
Question : Est-ce facile de proposer
aux parents une psychothérapie pour leurs enfants ?
CE
: On essaye souvent de relativiser certaines angoisses, de diminuer
l’anxiété, de regarder si avec une première
approche, cela suffit. Mais des fois, cela va au-delà et
on n’a pas plus de ressources que les parents ou les grands-parents.
Il faut que des personnes compétentes le fassent. Dans ce
cas-là, la seule solution, c’est de trouver un psychiatre.
C’est quelque chose de très difficile. Les pédopsychiatres
sont très pris, les psychologues aussi. Le problème
avec les psychologues, c’est qu’ils ne sont pas toujours
remboursés. Et les parents n’ont pas toujours les moyens
de payer, si les assurances ne remboursent pas. On ne peut souvent
pas travailler avec des psychologues pour ces raisons-là
et nos collègues pédopsychiatres sont très,
très chargés. Il y a aussi d’autres familles
qui vous apportent leur problème, mais qui n’ont pas
fait le chemin d’envisager une psychothérapie. Donc,
il faut faire le travail avec eux, essayer de voir jusqu’où
on peut les amener. Et même si déjà au départ
on se dira que ce n’est pas quelque chose pour nous, il y
a un trajet à faire pour les amener à accepter qu’ils
ont besoin du soutien d’une personne spécialisée.
IL
: Je crois qu’il y a autant de différences qu’il
y a de gens. Enfin, il y a des gens qui sont tout de suite d’accord
et partants, et d’autres à qui cela fait peur. Et je
rejoins malheureusement la Doctoresse Exhenry sur le fait que ce
n’est pas trop la peine de faire miroiter le pédopsychiatre
de luxe, parce qu’il y a une longue liste d’attente.
CA
: Effectivement en tant que psychiatre, on a beaucoup de gens qui
téléphonent. Mais j’ai un contre-exemple. Ce
n’est pas du tout rare en effet que les gens viennent en nous
disant : « On vous téléphone parce que notre
fils ou notre fille a mal au ventre et si vous ne pouvez rien faire
du point de vue psychologique, alors on ira chez le pédiatre
». Peut-être qu’il y a beaucoup de gens qui n’ont
plus du tout cette connotation de type « psychologique égal
psychique égal psychiatrique égal folie », parce
qu’il y a peut-être aussi beaucoup plus de gens qui
ont pris conscience du fait que les enfants ressentent, pensent.
Je vous rappelle qu’il y a 50 ou 100 ans, vous n’auriez
eu personne dans un auditoire, si vous aviez fait une conférence
sur le fait que l’enfant de deux ans percevait des tas de
choses. Il faut aussi dire qu’il y a une telle connaissance
maintenant par les médias de ce qui se passe chez l’enfant,
qu’au fond les parents, tout naturellement, se disent que
si c’est quelque chose de psychologique, alors pourquoi ne
pas aller chez un psychologue ou un psychiatre.
Question
: Quand les parents sont vraiment réticents à
consulter un psychiatre, que faites-vous ?
CE : J’essaye de les prendre en charge, jusqu’à
un certain point. Mais il y a certaines fois, quand l’angoisse
est envahissante, où ce n’est malheureusement plus
de mon domaine. Même si je peux écouter les parents
et essayer de les diriger, il me manque certaines compétences.
IL
: Moi, mon outil c’est de parler à l’enfant.
J’essaye de dire à l’enfant : « Je me fais
du souci pour toi ». Les enfants sont courageux, ils sont
forts, ils trouvent aussi leur propre chemin.
CA
: Je pense que les psychiatres ont souvent découvert ce que
les mamans savaient depuis des siècles. Dans ce sens-là,
cela ne veut pas dire qu’on est inutile, mais cela veut dire
qu’il faut nous utiliser à notre juste mesure. Ce qu’il
y a de très difficile, c’est de prendre un enfant complètement
agité, qui va dans tous les sens, où on a le sentiment
que l’enfant est en mille miettes et où on n’a
pas la possibilité, en travaillant, en se mettant à
sa place, de se dire : « Mais qu’est-ce qui l’agite
? » Assez souvent, alors dans les cas importants, une des
choses qui agite l’enfant, c’est quand même ce
qui se passe en lui. Et un des très bons exemples, ce sont
les cauchemars qu’ils ont tous à certaines époques.
Mais les cauchemars, quand vous les avez la nuit, on peut toujours
vous dire que c’est un cauchemar, mais quand vous l’avez
la journée, on ne va plus vous dire que vous avez un cauchemar.
Dans ce sens-là, cela devient beaucoup plus compliqué
d’arriver à pouvoir comprendre ce dont il s’agit.
Mais comme le disait Mme Lamm, il y a aussi des types de prises
en charge qui sont des prises en charge en groupe, avec l’enfant
qui se sent très sécurisé en groupe et qui
peut exprimer toute une série de choses. De ce point de vue-là,
les possibilités de traitement sont un peu des chemins qui
mènent tous à Rome. Simplement, il faut le faire dans
le respect de l’enfant.
Question : En tant qu’animatrice
pouvez-vous aider les parents ?
IL : Les parents nous disent des choses, mais les enfants surtout
nous disent des choses. Et je crois que notre grand privilège,
c’est que dans la profession que j’ai la chance d’exercer,
on passe beaucoup de temps avec les enfants et les parents n’attendent
pas de résultats de nous. Nous ne sommes ni des instituteurs,
ni des médecins. On nous demande de les rendre propres, en
bon état, on n’attend pas de résultat. Donc,
on a beaucoup de temps pour les observer, et ça, je crois
que c’est un grand privilège. Donc, c’est surtout
les enfants qui nous livrent des choses et après c’est
à nous d’aller chercher confirmation chez les parents,
en disant : « Ah, j’ai remarqué que, …,
je m’inquiète, etc » : C’est vrai qu’on
a beaucoup d’enfants qui viennent de familles parfaitement
normales - ce n’est pas un joli mot - mais on a aussi beaucoup
de gens très seuls. Les gens très souvent n’ont
pas recours à la famille, ils sont éloignés
géographiquement de chez eux, il y a des problèmes
de langue,… Il y a quand même beaucoup de situations
où c’est difficile pour les parents de trouver des
ressources chez eux.
Question : Quel type de psychothérapie
choisir ?
CA
: Pour moi, il faut se renseigner sur les différentes approches,
sur les différents types de prises en charge, parce que si
vous n’êtes pas renseigné sur les différents
types de prises en charge, c’est évidemment très,
très difficile de faire un choix. Dans ce sens-là,
le fait par exemple d’avoir des groupes de parents, ou de
discuter avec quelqu’un que vous connaissez en dehors de professionnels
de la psychologie directement, cela peut donner des tas de pistes.
Moi je pense que cela vaut la peine d’en parler autour de
vous. Discuter entre parents, entre plusieurs personnes, pour que
tout d’un coup vous ayez une piste.
Question
: Comment se passe une psychothérapie chez le
jeune enfant ?
CA : Quand on se met à la place de l’enfant et qu’on
se dit que l’enfant essaye de comprendre quelque chose et
quand on peut parler avec les parents et que les parents très
clairement indiquent toute une série d’éléments
qui tournent autour d’un sujet, on se dit au fond : «
Si on était un enfant, qu’est-ce qu’on comprendrait
de tout ça et qu’est-ce qui pourrait nous faire peur
? » C’est un travail d’intense collaboration avec
les parents. Mais cela signifie que c’est une collaboration
qui se fait parce que les parents amènent tout le matériel.
On peut d’une certaine manière s’identifier à
l’enfant, mais il y a des problèmes d’angoisses
d’enfants, pour lesquels on n’arrive pas du tout à
s’identifier à l’enfant, et où on n’arrive
absolument pas à comprendre ce qui se passe en lui. A ce
moment-là, ce sont des angoisses qui sont d’un tout
autre registre et c’est beaucoup, beaucoup plus difficile.
Mais généralement la thérapie est brève.
La norme, c’est qu’on commence par un certain nombre
d’entretiens et que comme l’enfant est présent,
il fait aussi son travail. Si tout d’un coup l’enfant
montre qu’il a maîtrisé quelque chose, il n’y
a pas de raison de continuer. Mais ce sont les entretiens dans lesquels,
j’insiste, il y a une parfaite collaboration entre un pédopsychiatre
qui apporte sa connaissance et les parents qui apportent leur vécu
et l’enfant qui écoute et qui enregistre.
Question : Quelles questions poser
au thérapeute de mon enfant pour connaître son traitement
?
CA : La question que vous posez, c’est une question de mode.
Il fut un temps où les pédopsychiatres ne s’occupaient
que de l’enfant, d’une manière un peu hermétique
et ils avaient coupé les ponts avec les parents. C'est-à-dire
qu’on prenait l’enfant et puis tout se passait entre
l’enfant et le thérapeute. Maintenant, c’est
bien plus rare que cela arrive comme ça, parce que les thérapeutes
se sont bien rendus compte des excès de cette rigidité.
Je pense que ça n’est plus tellement d’actualité.
Mais si des choses comme ça arrivent, moi je pense que vous
avez la liberté de choix et que vous avez aussi la liberté
de dire que cela ne vous convient plus. Je pense que cela existe
de moins en moins, parce que se priver de la richesse d’informations
réciproques est dommageable à l’enfant pour
finir. Mais ça signifie qu’on n’est pas en train
de mélanger les genres. C'est-à-dire que ce qui se
passe entre l’enfant et le thérapeute, c’est
une chose et de parler avec les parents, cela me semble pour moi
tout à fait nécessaire. Dans ce sens-là, je
pense que les parents doivent, comme toute personne qui consulte,
avoir le libre choix de ce qu’ils veulent faire et puis s’ils
ne sont pas contents, ils changent de psychothérapeute.
Question : Lorsqu’on n’est
pas satisfait du pédopsychiatre faut-il changer ?
CA : Si votre fils vous dit : « A partir de maintenant, je
n’y mets plus les pieds », ce n’est pas la même
chose que s’il dit : « Maman, pourquoi pas ? »
: Alors, est-ce que c’est le problème que vous avez,
vous ? Ou bien, est-ce que c’est le problème que votre
fils induit chez vous ? Ou bien est-ce que c’est le problème
que votre fils a ? Parce que si c’est votre fils qui a l’intention
de s’arrêter, à la limite, cela se discute. Si
l’enfant, après chaque séance, vous raconte
ce qu’il a fait et que c’était vraiment nul et
qu’il induit chez vous l’idée qu’il faudrait
s’arrêter, à ce moment-là, il faudrait
discuter avec votre fils en disant : « Mais, au fond, tu me
racontes toujours ce qui ne va pas chez le thérapeute, quelles
sont tes intentions ? » Parce qu’à cet âge-là,
il peut déjà avoir peut-être une idée.
Si vous, vous pensez que ce n’est pas ce qu’il faut
faire, mais que votre fils ne veut pas changer, à ce moment-là,
il faut se demander où est le doute. Et personnellement,
je confirme l’idée que c’est très facile
de dire qu’on va changer, mais c’est aussi extrêmement
facile de dire à des parents que s’ils changent, il
y aura des malheurs. Donc là, on est coincé. Si on
vous dit : « Si vous changez, alors vous verrez ce qui se
passera dans cinq ans », moi je trouve que ce n’est
pas un argument honnête. Moi je serais plutôt pour dire
: « On arrête, et dans un an, on se revoit, on fait
le point pour voir la suite ». A ce moment-là on aura
tout le loisir de dire : « C’était une erreur
de s’arrêter, alors on continue ». Moi je pense
que vous êtes partie prenante du contrat. On n’oublie
souvent que c’est un contrat. Et les médecins, je suis
navré pour eux, les médecins ont quand même
tendance souvent à dire : « Si vous arrêtez,
alors vous verrez ce que vous verrez ». Cela n’est pas
correct. On peut convenir d’un arrêt et essayer d’avoir
des critères pour dire : « Comment est-ce qu’on
pourrait savoir si cela va mieux, comment est-ce qu’on pourrait
savoir que cela va moins bien ? », et qu’on se donne
six mois, ou trois mois, on a quelque chose sur lequel on peut discuter.
Mais ces contrats à vie de thérapie, c’est quelque
chose qui est un peu vieux jeu, parce qu’on a des contrats
avec nos patients. On ne peut pas simplement leur dire qu’ils
viennent ici à vie.
Question
: Que faire lorsque la thérapie paraît
trop longue ?
CA : Si un enfant est en thérapie, l’anxiété
des parents est de savoir ce qu’il faut faire. Et par conséquent,
comment est-ce qu’on peut apaiser l’anxiété
des parents quand les parents savent que l’enfant est angoissé.
Les parents ont un contrat en quelque sorte avec le thérapeute
et puis ensuite ce sont les parents qui deviennent responsables
du fait que l’enfant aille chez le thérapeute. Si les
parents disent : « Ecoute, mon fils, si tu ne veux pas y aller,
on arrête », ils auront l’angoisse de savoir ce
qui va se passer parce qu’ils ont la responsabilité
de ce qui va se passer après. S’ils continuent, ils
ont l’anxiété de savoir si leur enfant va bien.
Et comment est-ce qu’on règle l’anxiété
de bien faire des parents ? Alors personnellement, en tant que psychothérapeute,
la première chose est d’abord de discuter avec les
principaux intéressés, en leur disant : « Où
est-ce qu’on en est ? », et d’appeler un chat
un chat. Les parents peuvent ensuite discuter avec d’autres
gens pour dire : « Bien voilà quel est mon problème.
». Ils discutent avec le pédiatre ou avec toute personne
qui est intéressée. Parce que sans ça, l’angoisse
fait que pour finir, on ne prend aucune décision. En tout
cas pour les questions d’anxiété, et les questions
d’angoisses, on doit avoir des objectifs et on doit avoir
des critères pour savoir si on a atteint les objectifs. L’objectif,
cela peut être quelque chose d’assez clair : «
Mon fils est angoissé chaque fois qu’il va à
la cuisine scolaire ». A la limite, on peut dire que l’objectif,
c’est qu’il serait moins angoissé. Par opposition
à la situation chèque en blanc, si je suis un peu
critique, qui est de dire : « A partir du moment où
l’enfant est en thérapie, c’est le tout ».
Et puis, on attend quoi ? On attend qu’on attend. Donc, moi
je suis fermement pour la négociation avec les parents, et
de dire : « Quel est l’objectif ? Est-ce qu’on
l’a atteint ? Est-ce qu’on ne l’a pas atteint
? Si on ne l’a pas atteint, est-ce que c’est parce qu’on
n’y est pas arrivé ? Est-ce que c’est parce qu’on
n’a pas su s’y prendre ? Est-ce qu’on a fait des
erreurs ? ». Je reviens à la notion de contrat, et
personnellement, l’anxiété des parents fait
que les thérapies pourraient devenir des thérapies
sans limite de temps avec des parents de plus en plus angoissés
à l’idée qu’ils sont en train de faire
des erreurs.

Question
: Que faire avec un enfant qui a peur de la mort ?
CA : Il faut prendre tranquillement les choses les unes après
les autres pour essayer de savoir ce qui au fond l’agite.
Parce qu’une chose qui a été montrée,
c’est que quand vous êtes anxieux, en général
on voit qu’il y a une origine. C’est souvent une origine
très visible. C'est-à-dire : « Il y a une voiture
qui a fait du bruit, ou il y a quelqu’un qui est décédé
». Mais parfois, notre cerveau enregistre complètement
en dehors de notre conscience, des évènements marquants
que la personne a gardé à l’intérieur
d’elle, mais qui ne sont pas du tout remontés à
la conscience, exactement comme si ces évènements
étaient restés dans le disque dur et n’arrivaient
jamais à l’écran. Et comme la personne ne peut
pas savoir, il faut un travail pour essayer de reconstituer ce que
peut-être l’enfant a vécu sans qu’il ne
s’en rende compte. Il ne faut pas oublier qu’on a un
cerveau qui fait un travail considérable sans qu’on
ait absolument accès à ce travail-là. Et ce
n’est pas l’inconscient au sens, disons de Freud, c’est
plutôt le fait que notre radar est tout le temps en train
de travailler, mais notre conscience n’en fait pas état.
Question
: Que faire avec un enfant anxieux de la maladie de
sa mère ?
IL : Nous, surtout dans les camps de vacances qu’on organise,
on intègre toutes sortes d’enfants : des enfants qui
ont des parents avec des maladies chroniques, ou des enfants qui
ont eux-mêmes des maladies chroniques. Mais souvent, ce sont
des enfants qui ont des parents qui ont des maladies chroniques,
par exemple le sida. On s’est rendu compte durant toutes ces
années, que ces enfants-là se revitalisaient de connaître
d’autres enfants qui vivent la même vie qu’eux.
Et ça c’est très important. Je pense que c’est
peut-être une piste, que votre enfant soit rassuré,
dans la mesure du possible, par rapport à votre état
de santé, ou en tout cas bien informé. Et s’il
peut rencontrer d’autres enfants qui vivent avec des parents
qui ont des maladies depuis de très longues années,
je pense que cela lui ferait vraiment beaucoup de bien. Que d’autres
adultes lui disent ça, ça n’a pas le même
poids. Mais si des enfants le lui disent, et de vivre ça
à travers d’autres enfants, c’est beaucoup plus
fortifiant pour lui.
Question : Donne-t-on des médicaments
aux enfants pour les problèmes d’anxiété
?
CE : En tant que pédiatre, personnellement, non. Mais je
peux voir des enfants avec des troubles du sommeil ou d’autres,
qui reçoivent de mes collègues des médicaments.
Des très jeunes enfants et des bébés, aussi.
IL
: Je peux vous dire que j’ai beaucoup d’enfants qui
reçoivent des médicaments, et même des jeunes
enfants, pour des problèmes qui vont du pipi au lit à
des choses beaucoup plus graves. Et surtout dans les camps de vacances
que nous organisons, je suis parfois très, très bouleversée
de lire les effets secondaires des substances prises par des enfants
qui sont très sérieusement médicamentés.
CA
: En psychiatrie, c’est une tendance qui est relativement
récente, à mon avis, parce qu’il y a vingt ans,
cela n’existait pas. C’était quasiment tabou.
On sait que pour l’hyperactivité, il y a quand même
certains médicaments qui parfois sont très utiles.
Et tout le problème est de savoir à quel moment c’est
utile. Mais sans ça, il faut faire, à mon avis, extrêmement
attention quand on donne à des enfants petits des médicaments,
parce que les effets immédiats ou à long terme sont
difficiles à prévoir. Et surtout, on ne donne jamais
de médicaments pour faire baisser une fièvre quand
on ne sait pas de quoi il s’agit. Il faut d’abord savoir
de quoi il s’agit, et puis s’il s’agit de donner
des médicaments, à la limite pourquoi pas. Mais je
pense que dans 99% des cas de situations d’anxiété
moyenne, le problème ne doit pas se poser.
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