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Témoignages
diffusés pendant le débat
Premier
témoignage
Catherine,
maman de Solange, une petite fille de six ans
Cela
ne faisait pas longtemps qu’on avait fait l’acquisition
d’une voiture, et moi, c’est vrai, je n’aimais
pas beaucoup conduire. Je n’étais pas à l’aise
avec cette voiture, surtout dans les manœuvres de parking.
Un jour, j’étais avec Solange à l’arrière
dans la voiture. J’essayais de me garer. Dans la manœuvre,
évidemment, j’ai regardé derrière moi
et là, tout d’un coup, je l’ai vue avec ses yeux
grand ouverts et plein d’angoisse. Vraiment, elle était
pleine d’angoisse, il n’y a pas d’autre mot. La
crainte que j’avais moi en étant au volant, je la voyais
chez elle. Et là, je me suis dit : « Ce n’est
pas possible, pourquoi est-ce qu’elle, elle doit avoir mon
angoisse ? ». Enfin, c’était comme mon angoisse
que je voyais chez elle, pourquoi est-ce qu’elle avait cette
angoisse, cette enfant ? Là, je me suis dit que je devais
faire quelque chose. Je ne savais pas bien quoi, mais cela ne me
semblait vraiment pas normal. Et puis, je dirais que je n’y
ai plus trop pensé, après, parce que c’était
une enfant, quand même, très facile, enfin ce n’est
pas un très beau mot pour les enfants. C’est une enfant
qui s’adaptait très bien partout où on allait,
elle était beaucoup à la crèche, beaucoup chez
d’autres personnes, ou d’autres personnes venaient chez
nous. Elle était bien entourée, et avec toujours beaucoup
d’activités, de sorties, de voyages, y compris trois,
quatre semaines pour des raisons professionnelles. Elle m’accompagnait,
et puis cela se passait toujours bien. Tout le monde l’adorait
et on avait l’impression que, à part de temps en temps
une colère ou quelque chose, on avait l’impression
que cela se passait bien pour elle. Et puis, elle sait bien se faire
aimer par les gens, donc elle se fait vite des amis. Je dirais que
jusqu’au moment où l’école a commencé,
ç’était aisé. Quand il y a eu le début
d’école, je crois bien que c’est à ce
moment-là qu’elle a recommencé avec les pipis
au lit. Solange a toujours fait tout assez vite, pour ne pas dire
très, très vite, et elle a toujours été
assez autonome pour son âge. Là, il y a eu un retour
en arrière avec le début de l’école.
Alors, bien sûr, c’était le début de l’école,
mais je me demande si ce n’était pas même un
peu avant. On a dû se dire : « Oh, bien, c’est
parce qu’il y a le début de l’école, qu’il
y a ça ». On cherche toujours une excuse, une cause
explicative. Cela, je dirais que ce n’est pas très
malin. En tout cas, pour nous, ça ne nous a pas aidé.
Quand on discute avec les autres, les amis, ils disent que cela
va passer, que ce n’est rien, que c’est à cause
de l’école et que si j’étais plus détendue
cela irait mieux. En attendant, les semaines passent, les mois passent
et puis cela continue. Le symptôme est toujours là.
Il
y avait aussi d’autres symptômes.Elle était devenue
très, très sensible au bruit. Et, encore aujourd’hui,
c’est vrai que dès qu’il y a une ambulance qui
passe dans la rue, ou un gars qui met sa moto à fond pour
démarrer ou qui passe dans la rue, elle sursaute. Elle le
dit bien qu’elle a peur des bruits. Elle sursaute vraiment..
Il suffit que je sois au téléphone, ou comme ça
et que j’élève la voix, elle n’est pas
bien. Elle enchaîne tout ça à tous les événements
qu’il y a eu. Et l’autre chose qui m’avait frappée
l’an dernier, c’était que Solange devenait de
plus en plus enfermée dans une sorte de routine, dont on
ne pouvait plus se défaire, alors qu’on avait eu une
vie quand même assez diverse et riche. Là, il fallait
toujours qu’on fasse les mêmes choses dans le même
ordre tous les jours, le matin et le soir, sinon on voyait qu’elle
n’était pas bien. Elle n’allait pas se coucher
à l’aise. Pour moi, c’était un signe,
parce que cela coupe toute la fantaisie, tout ce qui est un peu
inhabituel. Cela fait perdre la sécurité. Avant cela
l’amusait de faire des choses différentes, pas toujours
dans le même ordre. Alors, elle est toujours très ouverte
à tout ce qu’on peut faire de nouveau, mais après,
il faut le faire tout le temps, tout le temps. C’est vrai
que je ne sais pas encore très bien comment je vais faire
par rapport à ça. Je pense que quand elle aura bien
repris confiance, cela devrait aller mieux. Je pense qu’elle
devait porter toutes mes inquiétudes, déjà,
que j’avais par rapport à mon couple, par rapport à
notre vie de famille qui n’en était pas vraiment une,
par rapport à tous ces efforts que je faisais pour tenir,
pour que cela se cimente, nous trois, le père, Solange et
moi. Elle devait bien voir, sentir que je m’inquiétais
beaucoup pour cette famille, et probablement que ça devait
l’inquiéter aussi. Et puis, en plus, il y avait une
tension claire à la maison qui était présente,
et de temps de temps, il y avait des objets qui volaient. Alors,
je ne sais pas quel souvenir elle en a gardé. Elle était
parfois présente, parfois pas, mais elle devait bien sentir
qu’au fond de moi, je n’étais pas cent pourcent
disponible pour elle, puisque j’étais toujours préoccupée
par ces autres soucis.
Je
pense qu’il y a en plus de ce contexte difficile un aspect
héréditaire. Je suis moi-même quelqu’un
qui n’est pas toujours très en confiance, pas toujours
très à l’aise, avec vraiment des angoisses,
des peurs injustifiées complètement disproportionnées
par rapport à la réalité. Et puis, je pense
qu’avant moi, il y en avait d’autres dans la famille
qui étaient comme ça. Et le papa de Solange aussi.
Il est venu de l’Angola, il s’est installé en
Suisse il y a sept ans. C’est clair qu’il avait beaucoup
de craintes- probablement qu’il en a encore, parce que là
je m’exprime pour lui - donc il avait la crainte de ne pas
être à la hauteur, de ne pas arriver à s’intégrer,
de ne pas assumer.
Finalement
je suis contente qu’il y ait eu ce point du regard, parce
que cela m’a vraiment ouvert les yeux. Même si à
l’époque je ne me suis pas dit qu’il fallait
que j’aille voir quelqu’un pour en parler. J’avais
de toute façon trop peur de parler de tout ce qui se passait
à la maison, cela me faisait tellement honte que je n’aurais
pas pu. Je crois que cela aurait été trop tôt
pour voir quelqu’un. Et puis après, la première
fois qu’on est allé au service médico-pédagogique,
alors cela m’a vraiment beaucoup secouée, personnellement.
Je me disais qu’un petit enfant comme ça ait à
vivre tout ce que nous on n’a pas encore bien réglé
à l’intérieur de nous, je trouvais qu’il
y avait une injustice. Et cela faisait beaucoup, pour un petit bout
comme ça. Mais voilà, elle nous guide aussi.
Deuxième
témoignage
Isabelle,
maman d’un petit garçon de trois ans et demi et de
deux filles jumelles de sept ans et demi
Notre
fille qui était toujours une enfant plutôt calme, très
facile, ne posant aucun problème, lors de l’été
suivant ses trois ans et demi, a commencé à avoir
peur de manière tout à fait inhabituelle des guêpes,
des abeilles, enfin de tout ce qui volait et pouvait piquer et ne
pas piquer, dans le cas des bourdons. Mais c’était
une peur qui n’était pas comme le fait d’avoir
peur de tomber, peur de se faire mal, c’était plutôt
de nature phobique. Elle ne tenait plus en place, elle pleurait,
par exemple, quand on allait manger à l’extérieur
ou sur le balcon. Dès qu’un insecte apparaissait, elle
quittait la table. Si on lui demandait de rester, elle pleurait.
Et puis parfois, elle était aussi tétanisée.
Elle restait figée sur sa chaise, les jambes relevées,
et puis en pleurs. Après avoir essayé de la raisonner
à de nombreuses reprises, de l’avoir entourée
avec de l’affection, des gestes, il n’y avait rien à
faire. C’était de pire en pire et pour nous c’était
extrêmement inquiétant. Surtout que ce n’était
pas du tout sa nature, on n’avait pas l’habitude de
la voir comme ça.
On
en a beaucoup parlé, mon mari et moi, entre nous. Et puis,
après, très rapidement, lors d’une visite chez
le pédiatre, on lui en a parlé tout de suite, en lui
parlant également de voir éventuellement un pédo-psychiatre,
ou d’avoir recours en tout cas à une aide extérieure.
Nous, nous étions tout à fait au bout de nos capacités
d’agir, on se sentait un peu au pied du mur. On n’avait
plus de solutions, au fond, en tant que parent. Donc, on avait besoin
d’aide. Et cela a été finalement très
rapide puisque les premières crises sont apparues vers le
mois de mai, juin et on a consulté à la fin du mois
d’août. Donc, on n’a pas tellement laissé
les choses s’installer. Moi, j’avais eu dans ma famille
une sœur qui avait une peur de ce type par rapport au chat.
Donc, je pense que j’étais beaucoup plus sensible aussi
au problème, et je voyais bien ce que, à long terme,
des phobies de ce type, non traitées, pouvaient engendrer.
Nous
avons eu trois rendez-vous chez le psychiatre. Le premier, toute
la famille, donc avec son frère et sa sœur et nous.
Le deuxième, le pédo-psychiatre l’a reçue
toute seule et le dernier, on était, mon mari et moi, seuls.
Et cela a été tout à fait extraordinaire, parce
qu’actuellement, maintenant, trois ans et demi plus tard,
on ne peut pas dire qu’elle n’a plus peur des insectes,
des guêpes et des abeilles, mais elle maîtrise. Elle
maîtrise très bien. Elle reste à table avec
nous, elle les regarde d’un air un peu inquiet, mais ça
s’arrête là.
Ce
qui s’est passé, c’est qu’il a mis le doigt
sur le problème très, très rapidement après
nous avoir posé beaucoup de questions lors de la première
séance sur notre vécu familial qu’on lui a livré
de manière assez claire. On avait eu des évènements
quand même lourds dans notre entourage l’année
qui précédait ces crises. C'est-à-dire qu’on
avait perdu mon beau-père et ma belle-mère, à
huit mois d’intervalle. Notre fille avait été
très fréquemment à l’hôpital et
avait surtout pu associer l’hôpital, le personnel infirmier
et ce qui se passait à l’hôpital avec la mort,
puisqu’ils sont les deux décédés après
des séjours à l’hôpital. Ensuite, moi
j’ai été hospitalisée, un ou deux mois
après la mort de mon beau-père. Et notre fille, elle-même
a été hospitalisée un mois et demi après
mon hospitalisation. Donc, cela faisait un peu beaucoup, quand même.
Le pédo-psychiatre a suggéré l’explication
suivante : « L’abeille ou la guêpe pique et la
piqûre avait une signification très forte pour elle.
Elle était associée à tout ce monde et à
la mort. Donc, elle se protégeait, elle fuyait, elle en avait
peur. Cela a pris des formes peut-être extrêmes, mais
en tout cas, elle voulait se protéger de cette menace qui,
pour elle, apparaissait comme telle. On en a parlé.
Elle
l’a bien sûr entendu puisqu’elle était
à côté de nous, elle jouait. Elle a dû
sûrement en reparler avec le pédo-psychiatre, et puis
cela s’est arrêté là, en fait. A trois
ans et demi. C’est vrai que c’est une enfant qui écoute
beaucoup, qui comprend très, très vite et qui n’exprime
peut-être pas énormément de choses. Mais, en
tout cas, cela a été tout à fait concluant.
Presque miraculeux.
Témoignages
du public pendant le débat
Premier
témoignage : J’ai un garçon de douze
ans qui ne dort pas. Dès qu’il va se coucher le soir,
c’est l’horreur, il ne veut pas dormir parce qu’il
est angoissé par la mort. C’était assez difficile
de savoir ce qu’il avait, et puis finalement un jour il nous
a parlé en nous disant : « Mon cerveau commence à
développer des choses et j’ai peur de la mort ».
Je lui ai demandé : « Mais tu as peur du fait de mourir
ou tu vois un monstre, ou qu’est-ce qui se passe ? »
« Non, c’est le fait que je ne sais pas ce qu’il
y a après la mort ». Cela dure depuis six mois. Des
psychologues m’ont dit que c’était l’adolescence.
Il a 12 ans.
Dr
Claude Aubert : La question c’est de savoir si cette réponse
vous a convenu. Si cette réponse vous a convenu, c’est
que votre intuition vous fait dire qu’il y a probablement
quelque chose d’autre, mais qu’on est, justement, devant
des situations devant lesquelles le fait de pouvoir discuter, en
tout cas en ce qui me concerne, à plusieurs, fait que peut-être
on découvrira l’origine de cette angoisse qui est visiblement
difficilement supportable. Il faut prendre tranquillement les choses
les unes après les autres pour essayer de savoir ce qui au
fond l’agite. Parce qu’une chose qui a été
montrée, c’est que quand vous êtes anxieux, en
général on voit qu’il y a une origine. Mais
l’origine, c’est souvent une origine très visible.
C'est-à-dire : « Il y a une voiture qui a fait du bruit,
ou il y a quelqu’un qui est décédé ».
Mais parfois, notre cerveau enregistre complètement en dehors
de notre conscience, des évènements marquants que
la personne a gardé à l’intérieur d’elle,
mais qui ne sont pas du tout remontés à la conscience,
exactement comme si ces évènements étaient
restés dans le disque dur et n’arrivaient jamais à
l’écran. Et comme la personne ne peut pas savoir, il
faut un travail pour essayer de reconstituer ce que peut-être
l’enfant a vécu sans qu’il ne s’en rende
compte. Il ne faut pas oublier qu’on a un cerveau qui fait
un travail considérable sans qu’on ait absolument accès
à ce travail-là. Et ce n’est pas l’inconscient
au sens, disons de Freud, c’est plutôt le fait que notre
radar est tout le temps en train de travailler, mais notre conscience
n’en fait pas état.
Deuxième
témoignage : J’ai un problème avec
mon fils de onze ans. Cela fait déjà quelque temps
que je suis malade. Cette maladie a été découverte
quand j’étais enceinte. Il m’a vue tout petit
comme ça, malade. Lui, c’était un garçon
qui était trop développé pour son âge.
Il me disait toujours : « Fais attention à ci, fais
attention à ça. » Cela fait trois ans que j’ai
perdu ma mère à qui il était vraiment très
attaché. Cela a commencé à aller vraiment mal.
Il a fait pipi au lit et des choses comme ça. J’ai
parlé avec sa pédiatre qui m’a dit que cela
allait passer, que je n’étais pas bien non plus à
cause de la perte de ma mère, que c’était moi
qui lui passait tout ça et que cela allait s’arranger.
Après il a eu d’autres problèmes, et cela continue.
Qu’est ce que je peux faire ? J’ai déjà
parlé avec sa pédiatre, je l’ai amené
aussi chez un psychiatre à qui mon fils a dit qu’il
avait peur de me perdre. Qu’est ce que je peux faire d’autre
?
Mme Isabelle Lamm: Nous, surtout dans les camps de vacances qu’on
organise, on intègre toutes sortes d’enfants : des
enfants qui ont des parents avec des maladies chroniques, ou des
enfants qui ont eux-mêmes des maladies chroniques. Mais souvent,
ce sont des enfants qui ont des parents qui ont des maladies chroniques,
par exemple le sida. On s’est rendu compte durant toutes ces
années, que ces enfants-là se revitalisaient de connaître
d’autres enfants qui vivent la même vie qu’eux.
Et ça c’est très important. Je pense que c’est
peut-être une piste, que votre enfant soit rassuré,
dans la mesure du possible, par rapport à votre état
de santé, ou en tout cas bien informé. Et s’il
peut rencontrer d’autres enfants qui vivent avec des parents
qui ont des maladies depuis de très longues années,
je pense que cela lui fera vraiment beaucoup de bien. Que d’autres
adultes lui disent ça, ça n’a pas le même
poids. Mais si des enfants le lui disent, et de vivre ça
à travers d’autres enfants, c’est beaucoup plus
fortifiant pour lui.
Troisième
témoignage : J’ai un enfant de neuf ans qui
est suivi par un pédopsychiatre depuis l’âge
de quatre ans pour des angoisses. Vous disiez que lorsqu’on
n’est pas satisfait du pédopsychiatre, il faut changer.
Alors, quand l’enfant a fait cinq ans de thérapie avec
le pédopsychiatre, quand ce n’est pas notre domaine,
quand on ne sait pas ce qu’il fait réellement, comme
c’est le cas de la pédopsychiatre de mon fils, j’ai
l’impression de n’être pas convaincue, mais j’ai
l’impression aussi que si j’arrête, qu’est-ce
qui va se passer avec mon fils plus tard ? Et si je change, est-ce
qu’on ne va pas tout recommencer, repasser des séances
en famille ? C’est la grande question. C’est facile
de dire qu’il faut changer, mais ce n’est pas comme
de changer de vaisselle. C’est un peu plus complexe. Et j’en
suis au point de me dire : « Qu’est-ce que je dois faire
? Et je suis vraiment bloquée, je ne sais pas quoi faire.
Dr Claude Aubert : Vous posez parfaitement la question. Si votre
fils vous dit : « A partir de maintenant, je n’y mets
plus les pieds », ce n’est pas la même chose que
s’il dit : « Maman, pourquoi pas ? » : Alors,
est-ce que c’est le problème que vous avez, vous ?
Ou bien, est-ce que c’est le problème que votre fils
induit chez vous ? Ou bien est-ce que c’est le problème
que votre fils a ? Parce que si c’est votre fils qui a l’intention
de s’arrêter, à la limite, cela se discute. Si
l’enfant, après chaque séance, vous raconte
ce qu’il a fait et que c’était vraiment nul et
qu’il induit chez vous l’idée qu’il faudrait
s’arrêter, à ce moment-là, il faudrait
discuter avec votre fils en disant : « Mais, au fond, tu me
racontes toujours ce qui ne va pas chez le thérapeute, quelles
sont tes intentions ? » Parce qu’à cet âge-là,
il peut déjà avoir peut-être une idée.
Si vous, vous pensez que ce n’est pas ce qu’il faut
faire, mais que votre fils ne veut pas changer, à ce moment-là,
il faut se demander où est le doute. Et personnellement,
je confirme l’idée que c’est très facile
de dire qu’on va changer, mais c’est aussi extrêmement
facile de dire à des parents que s’ils changent, il
y aura des malheurs. Donc là, on est coincé. Si on
vous dit : « Si vous changez, alors vous verrez ce qui se
passera dans cinq ans », moi je trouve que ce n’est
pas un argument honnête. Moi je serais plutôt pour dire
: « On arrête, et puis si dans un an, on se revoit,
on fait le point pour voir la suite », à ce moment-là
on aura tout le loisir de dire : « C’était une
erreur de s’arrêter, alors on continue ». Moi
je pense que vous êtes partie prenante du contrat. On n’oublie
souvent que c’est un contrat. Et les médecins, je suis
navré pour eux, les médecins ont quand même
tendance souvent à dire : « Si vous arrêtez,
alors vous verrez ce que vous verrez ». Cela n’est pas
correct. On peut convenir d’un arrêt et essayer d’avoir
des critères pour dire : « Comment est-ce qu’on
pourrait savoir si cela va mieux, comment est-ce qu’on pourrait
savoir que cela va moins bien ? », et se donner six mois,
ou trois mois, pour avoir quelque chose sur lequel on peut discuter.
Les contrats à vie avec un thérapeute, c’est
quelque chose qui est un peu vieux jeu, parce qu’on a des
contrats avec nos patients. On ne peut pas simplement leur dire
qu’ils viennent à vie.
Quatrième
témoignage : J’ai deux jumelles de deux ans
et demi. Une a commencé à avoir des peurs il y a quelques
mois, c’était après les feux d’artifices,
où je lui disais : « Regarde, c’est comme des
étoiles qui tombent du ciel. » Après j’ai
fait le rapprochement. Je ne sais pas si c’est juste. Depuis
cela, elle a peur de tout ce qui est attaché et qui bouge.
Pour moi, quelque part, ma première réaction a été
de dire : « Ne fais pas des histoires, cela ne fait rien,
tu regardes, c’est attaché ». Et de lui montrer
que c’est attaché et que cela ne peut pas tomber ni
faire mal. Là, et ça c’est nouveau, elle commence
même à avoir peur de la balançoire qui se balance,
au point qu’elle dit à sa sœur qui a envie de
se balancer de ne surtout pas y aller. J’arrive à une
situation où je ne sais pas quoi faire, je pense que je suis
près de consulter. D’autre part, j’ai quand même
encore envie de voir si je ne peux pas apaiser cet enfant, s’il
faut enlever l’objet de sa peur ou s’il faut plutôt
la confronter, lui montrer que ce n’est pas dangereux.
Dr Claude Aubert : D’après votre intuition, il y a
un lien entre ces feux d’artifice et les peurs actuelles de
votre enfant. Si vous deviez suivre votre intuition, pour l’aider,
ce serait de faire les choses millimètre par millimètre.
C'est-à-dire de vous dire : « On va prendre maintenant
le temps qu’il faut pour passer d’une situation dans
laquelle elle est confortable à une situation dans laquelle
elle est un tout petit peu moins confortable avec un objet qui lui
fait peur ». Si vous faites millimètre par millimètre,
l’objectif ce serait de pouvoir obtenir d’elle qu’elle
soit d’accord de se balancer. Mais il faut le faire à
toute petite dose, en se disant qu’on a trois mois pour y
arriver, plutôt que de se dire qu’on va l’obtenir
tout de suite. Cela, ce serait la suite logique de votre intuition,
millimètre par millimètre, parce que vous avez probablement
fait le diagnostic juste.
Témoignage
posté sur internet - 25.10.05
C'est
difficile pour des parents de demander un avis. L'anxiété
d'un enfant, cela mobilise toute la famille et nous avons mis du
temps pour constater qu'il y avait un problème. Lors des
premières tentatives de demande d'aide, aucun conseil ou
orientation n'est donné par le pédiatre ou le psychologue.
les parents ou amis remarquent que l'enfant est différent,
mais à part suggérer la patience, le travail du temps
et l'acceptation d'avoir un enfant différent... Amener un
enfant anxieux à consulter pour recevoir une aide, cela mobilise
une énorme énergie mentale et physique pour nous les
parents, ainsi que pour l'enfant qui souffre en direct. Et une fois
un traitement entrepris, cela demande du temps, de l'argent et l'espoir
que l'enfant trouvera des stratégies pour vivre dans notre
société qui leur paraît si menaçante.
Car il y a une place pour les très anxieux, timides, secrets
et solitaires ? Une maman (46 ans).
Témoignage
posté sur internet - 25.02.06
J'ai
une petite fille de 3 ans et demi. Elle n'a jamais manifesté
une peur quelconque auparavant au sujet du noir ou d'un animal.
Depuis peu, elle a commencé à avoir peur du noir,
car dit-elle, "le loup vient dans la maison et entre dans sa
chambre". J'ai beau lui expliquer d'une façon "rationnelle"
que cette peur n'était pas "objective", que les
loups vivent dans la forêt et qu'il leur est impossible d'arriver
dans une maison...Je m'aperçois que cette peur persiste et
que je fais fausse piste en essayant de lui faire "comprendre"
le pourquoi de la chose avec des mots d'adulte. J'avoue que je ne
sais pas quoi faire. J'ai consulté certains sites, je me
suis documenté et j'avoue que je ne sais toujours pas quoi
faire hormis le fait que je lui ai proposé d'aller en forêt,
question de la détendre un peu. Il faut dire aussi qu\'elle
fréquente une fille de neuf ans qui souuffre de certaines
carences affectives qui risque fort bien de l'influencer. En somme,
je crois que je suis un peu perdu, car je crains d'avoir raté
une marche avec elle, et je ne sais même pas si mes craintes
sont fondées.
Vous
pouvez me contacter par l'intermédiaire du forum@jeantet.ch
Témoignage
posté sur internet - 22.05.06
Témoignage / Question : A mon tour de raconter mes problèmes,
motivée par vos témoignages à tous. Ma première
crise d'angoisse a eu lieu à l 'âge de 6 ans!!! Je
ne l 'oublierai jamais. J'avais déjà conscience, à
cette époque d 'être mortelle et déjà,
si petite, j 'avais peur des maladies (mes parents sont médecins,....ceci
explique peut être cela???). Bref, en pleine nuit, je me suis
réveillée en sursaut, persuadée de vivre mes
derniers instants car je ne sentais plus mon coeur battre!!! J 'ai
rassemblé mes forces, couru dans la chambre des parents et
hurlé "je meurs! je meurs!!! "!! Mon père
m 'a descendue au salon et fait un ECG illico presto : mon coeur
battait bien et même vite!!! Je n 'en revenais pas, il était
pourtant bien arrêté! Et voilà le point de départ!
En fait, tout s 'est déroulé par période. Jusqu
'à l 'âge de 15 ans environ, je n 'ai plus eu aucune
crise et ai vécu tout à fait normalement : toujours
première de classe, plein d 'amis, les premiers émois
amoureux...tout allait pour le mieux! Puis une nuit, vers 15 ans,
impossible de dormir : suées, panique, sensation d 'étouffement,
...C 'est ma mère qui est venu me rassurer, cela me suffisait
à l 'époque. Nouvelle période d 'accalmie jusqu
'à mes 18 ans! Après le bac je suis rentrée
en classe préparatoire (véto) et là, le rythme
de travail imposé ne me permettait pas de beaucoup dormir
et les crises étaient quasi permanentes : impression de mort
imminente mais aussi angoisse de ne pas réussir à
m 'endormir et donc d 'être crevée le lendemain et
donc de ne pas assurer en cours!! Chaque soir, je ne pensais qu
'à une chose "vais-je réussir à m 'endormir??
" et évidemment, à force d 'attendre le sommeil,
il ne venait que très tard dans la nuit! Je suis restée
un an sous somnifères (qui a la fin ne faisaient plus rien
d 'ailleurs) Concours réussi et intégration de l 'Ecole
Vétérinaire. C 'est pendant cette période que
j 'ai vraiment connu mes pires crises (avec appels de SOS médecin
les premières années et carrément du SAMU à
la fin du cursus). J 'ai passé des tas de nuits blanches,
à me tenir la tête pour ne pas partir, à essayer
des tas de techniques de respiration, à essayer de penser
à autre chose, à me persuader que mon mal de tête
n 'est pas du à une tumeur au cerveau, mon mal de ventre
n 'est pas dû à un anévrysme aortique et si
je vomissais après une soirée bien arrosée
j 'en arrivais à craindre la pancréatite aigüe.
Parfois, certains symptômes ne ma quittaient pas de la journée!
Une fois j 'étais persuadée de sentir une pulsation
dans le ventre, j 'ai couru un tas de médecins qui me disaient
que je n 'avais rien!! Mais pour moi c 'était tous des nuls
qui ne trouvaient pas ce que j 'avais ou qui avaient des directives
de la sécu genre "pas d 'échographies abusives
chez les jeunes patientes " !! Je suis allée réclamer
mon échographie directement au centre d 'imagerie à
l 'époque, je l 'ai eue, je n 'avais rien et j 'étais
rassurée...enfin!! L 'autre problème, c 'est que faire
des tas d 'examens, c 'est bien, en ce qui me concerne il n 'y a
que cela qui me rassure mai que ca ne dure qu 'un temps!! Ma maladie
(car l 'angoisse à ce stade est une maladie) est telle, que
1 ou 2 ans après l 'examen en question, je me dis qu 'un
anévrysme a pu grossir depuis ou un cancer s 'installer,
invisible 2 ans avant.... Bref, je ne vous parlerai pas des mes
nombreux séjours à l 'hôpital, de mon copain
roulant à 180 sur l 'autoroute me voyant agoniser sur le
siège passager d 'une douleur intercostale (purement musculaire!!),
des heures d 'attente aux urgences de nombreux hôpitaux de
nombreuses villes différentes (même en vacances, cela
ne me quitte pas), des malaises dans les supermarchés, FNAC,
ou même chez le dentiste... On le sait que cette maladie est
handicapante, mais une chose est sur, elle ne s 'arrange pas avec
le temps, bien au contraire!! Même si de nombreux symptômes
nous sont, à force, familiers, il y aura toujours le petit
truc en plus qui fera que c 'est pas "tout à fait pareil
que la dernière fois " et que là, justement ça
peut être grave!! Je me décide à aller voir
un psy pour la première fois de ma vie car cette maladie
est difficile à vivre pour mon entourage et surtout, j 'aimerais
plus que tout devenir maman. Mais pour l 'instant, je ne pense qu
'à ma mort pendant l 'accouchement....dire que je ne suis
pas prête!!!
Voilà,
j 'arrête la mon roman, bon courage à tous et après
tout, la vie est magnifique, c 'est pour cela qu 'on a si peur de
la quitter!!!
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