ANTIBIOTIQUES
Bientôt inefficaces ?   (15.09.05)


m
 
 
 
 
 
 
 

Menu
En quelques mots
Intervenants
Témoignages
Questions /
Réponses
Documents
 
 
 
 
 
 
 
Liste Forums


Thèmes

1. MECANISMES
2. CAUSES
3. MOYENS D'ACTION

 
 

MECANISMES

1. Comment agit un antibiotique pour tuer une bactérie ?
2. Comment les bactéries réussissent-elles à résister aux antibiotiques ?
3. Comment les bactéries deviennent-elles résistantes aux antibiotiques ?
4. Quand sont apparues les premières bactéries résistantes aux antibiotiques ?

5. Qu’est-ce qu’un staphylocoque ?
6. Qu’est-ce qu’un Staphylocoque MRSA ?
7. Le risque d’attraper une infection résistante aux antibiotiques est-il important en milieu hospitalier ?
8. Quelle est la conséquence de l’utilisation des antibiotiques sur l’espérance de vie ?
9. Quels sont les effets secondaires des antibiotiques sur notre organisme ?
10. A propos des effets secondaires, un antibiotique, le Flagyl peut-il changer la constitution de l’ADN ?

Question : Comment agit un antibiotique pour tuer une bactérie ?
PC : Quelle que soit la famille d'antibiotique, pour pouvoir être actif il faut que la molécule interagisse avec une cible, soit à la surface, soit à l'intérieur de la bactérie. Les critères d'action des antibiotiques, c'est qu'ils interagissent avec une forte affinité avec un composant de la cellule, et le fait de se lier à cette cible entraîne la mort de la bactérie. La première notion, c'est la spécificité, c'est-à-dire que les antibiotiques ne sont actifs que sur les bactéries, ce ne sont pas des antiseptiques. Ils n'agissent pas sur les virus, ni sur les parasites ou les champignons. Ils agissent sur les bactéries et ils le font à des doses faibles. Une autre notion c'est qu'ils n’ont pas beaucoup d'action secondaire sur l'hôte, c'est-à-dire sur nous durant un traitement.

Question : Comment les bactéries réussissent-elles à résister aux antibiotiques ?
PC : Il y a plusieurs mécanismes dans la résistance des bactéries aux antibiotiques, mais il y a un thème commun qui est d'empêcher l’interaction entre l'antibiotique et sa cible. Les mécanismes peuvent être différents, mais le but ultime c'est ça. Soit la bactérie devient imperméable à l'antibiotique, c'est-à-dire qu’il ne pénètre plus dans la bactérie ou s’il pénètre, il est réexporté par des pompes. Donc, la concentration dans la cellule de l'antibiotique est trop faible et il n'y a plus d'activité antibiotique. C'est le premier mécanisme, c'est l'imperméabilité. Le deuxième mécanisme c'est la modification de la cible au niveau de la bactérie. Soit la bactérie modifie la cible, soit elle mute au niveau de sa cible, ce qui fait que la cible est changée et n'a plus d'affinité pour l'antibiotique. Un autre grand mécanisme, c'est l'inactivation de l'antibiotique, c'est-à-dire que la bactérie va produire une protéine, une enzyme qui va dégrader l'antibiotique, ce qui fait que l'antibiotique ne sera plus actif. Dans quelques cas aussi, on voit ce qu'on appelle le by-pass. C'est un mécanisme de contournement où la bactérie synthétise une deuxième cible, mais qui est cette fois insensible à la présence de l'antibiotique. Donc il y a toujours la cible sensible, mais il y a une deuxième cible qui ne reconnaît pas l'antibiotique et qui permet à la bactérie de survivre. Dans tous les cas, le but est d’empêcher l'interaction antibiotique - cible.

Question : Comment les bactéries deviennent-elles résistantes aux antibiotiques ?
PC : Pour comprendre comment les bactéries deviennent résistantes, il faut passer au niveau de la génétique. Il faut savoir que la bactérie a un chromosome qui est composé d'ADN et qui contient toute l'information nécessaire à la vie de la bactérie. Une première façon de devenir résistante, c'est des mutations qui surviennent au hasard dans le chromosome, avec des fréquences de 10-7/10-9, donc des évènements assez rares. Et quand elles surviennent dans un gène qui justement code ou dirige la synthèse d'une cible d'antibiotique et que cela modifie cette cible, du coup la bactérie devient résistante. Cela, c'est le premier mécanisme, c'est la mutation qui survient au hasard. Elle n'est pas provoquée par l'antibiotique. Les mutations surviennent au hasard et certaines confèrent la résistance aux antibiotiques, ce n'est pas du tout induit par l'antibiotique, il ne faut pas croire que c'est l'antibiotique qui rend la bactérie résistante, c'est absolument capital. La bactérie devient résistante par hasard, parce qu'elle a muté au cours de sa division en se multipliant et elle est sélectionnée par l'antibiotique. Si cette mutation confère la résistance à la streptomycine et que vous donnez de la streptomycine au malade, évidemment la bactérie va se multiplier aux dépens des autres. Donc l'antibiotique va sélectionner, va conférer un avantage sélectif à la bactérie qui va devenir résistante. C'est le premier mécanisme et comme à chaque génération une bactérie se divise pour donner deux bactéries fille, la résistance va être héréditaire au cours des générations et elle va se transmettre de bactérie mère à bactérie fille. Il faut rappeler que les bactéries se divisent très vite. Dans les conditions optimales, elles se divisent toutes les 30 minutes. Et comme, encore une fois, une bactérie mère se divise pour donner deux bactéries filles, la mère disparaît pour donner deux filles, c'est un processus exponentiel. A chaque génération le nombre de bactéries est multiplié par deux, donc on arrive rapidement à des populations extrêmement importantes. C'est ce qu'on appelle la transmission verticale de la résistance, de mère en fille.

Le deuxième grand mécanisme, ce ne sont pas des mutations dans le chromosome, c'est le transfert horizontal de la résistance. C'est-à-dire que les bactéries, en plus de leur chromosome qui contient toute l'information nécessaire à la vie de la cellule, contiennent des éléments génétiques que l'on appelle accessoires. Par exemple des plasmides qui sont des mini chromosomes, des transposons qui sont des fragments d'ADN, donc des éléments qui ne sont pas requis pour la vie de la cellule, mais qui, dans certaines conditions, peuvent conférer des avantages à la bactérie qui les héberge. Et c'est notamment le cas de la résistance aux antibiotiques. Donc, on a des mini chromosomes, des morceaux d'ADN qui confèrent la résistance aux antibiotiques et qui ont la propriété de se transférer de bactérie en bactérie. Là, par opposition à la mutation qui était héritée de façon verticale, on a de l'ADN qui peut se transférer de bactérie en bactérie horizontalement. C'est pour ça qu'on l'appelle un transfert horizontal de la résistance et ça, c'est peut-être le mécanisme le plus important, parce que c'est un peu comme quand la bactérie se divise. Quand cette information génétique est transférée de bactérie en bactérie, l'information est multipliée par deux, c'est-à-dire que la bactérie qui donne la résistance garde une copie de l'ADN qui confère la résistance et la bactérie qui a acquis cette résistance a acquis un fragment d'ADN qui confère la résistance. C'est à dire que chaque fois que vous avez un transfert de résistance d'une bactérie à l'autre, c'est un phénomène non seulement infectieux parce qu'il passe d'une bactérie à l'autre, mais il est exponentiel parce qu'à chaque fois vous avez aussi multiplication par deux de la résistance. Il faut bien comprendre que quand l'héritage est vertical c'est exponentiel parce que les bactéries se multiplient par deux à chaque génération. Quand le transfert est horizontal, c'est non seulement infectieux, mais c'est exponentiel parce que, comme dans la division cellulaire le plasmide se multiplie par deux. Une copie reste dans la donatrice, l’autre est acquise par la bactérie acceptrice. Donc c'est encore un phénomène exponentiel. C'est ce qui explique l'extraordinaire diffusion de la résistance, parce que c'est un phénomène non seulement infectieux, mais qui est exponentiel. A chaque fois que vous transférez la résistance ou que vous héritez de la résistance, il y a multiplication par deux de l'information génétique qui confère la résistance.



Question : Quand sont apparues les premières bactéries résistantes aux antibiotiques ?

PC : La pénicilline, qui a été le premier antibiotique, est arrivée sur le marché au début des années 40. Les premiers staphylocoques qui résistaient sont apparus après 2 ans. Mais là encore, il faut comprendre. C'étaient des staphylocoques qui étaient déjà résistants, mais qui n'avaient pas proliféré, parce qu'ils n'avaient pas d'avantages sélectifs. A partir du moment où l'on a donné la pénicilline largement comme c'était le seul antibiotique, évidemment ces souches ont eu un avantage. Donc, elles ont disséminé. Ce n'est pas l'antibiotique qui leur a fait produire une résistance à la pénicilline. L'antibiotique les a favorisées dans leur dissémination.

Question : Qu’est-ce qu’un staphylocoque ?
BZ : C'est un germe, donc c'est une bactérie. Un germe qui est capable de créer des infections extrêmement importantes. Dans la clientèle privée en ville, on rencontre assez souvent des staphylocoques, par exemple dans les furoncles, les panaris, les petits abcès de peau, ou dans les infections des glandes sudoripares et d’autres choses comme ça. Parfois aussi, on les trouve chez les petits enfants sous forme d'impétigo. Ce que nous voyons en ville, c'est qu'il y a des gens qui sont porteurs sains de staphylocoques, c'est-à-dire qu'ils ont des staphylocoques dans leur nez, ou sur leur peau, et qu'ils ne tombent pas malades. Mais parfois ils infectent des membres de leur famille qui sont un petit peu en moins bonne santé, ce qui fait que parfois on se retrouve avec un enfant qui a des infections à staphylocoques régulièrement. Et en fait, c'est son papa qui porte le staphylocoque dans le nez. C'est vrai qu'au niveau hospitalier, j'ai moins d'expérience. Mais nous recevons en ville des patients qui ont eu des infections hospitalières avec lesquelles on a un petit peu de mal à se débattre quand ils sont en clientèle privée.

Question : Qu’est-ce qu’un Staphylocoque MRSA ?
DP : Les Français l'appellent différemment, ils l'appellent le SARM, et cela veut tout simplement dire Staphylocoque doré résistant à la méthiciline, la méthiciline faisant partie de la grande famille des pénicillines. Cela veut donc dire que la bactérie est résistante à beaucoup d'antibiotiques. Non à tous les antibiotiques, mais à beaucoup d'antibiotiques.


Question : Le risque d’attraper une infection résistante aux antibiotiques est-il important en milieu hospitalier ?
DP : Alors il faut être clair. Il faut distinguer le risque d'acquérir une infection dite hospitalière ou nosocomiale. C'est un terme qu'on emploie volontiers, un tout petit peu difficile à dire, mais c'est le terme qu'on utilise en général. Concernant le risque infectieux dans un hôpital de soins aigus, il est d'environ 10%. Cela veut dire que 10% des patients vont en moyenne développer une infection dite nosocomiale. Mais parmi ces 10% de patients, un faible pourcentage va développer des infections à Staphylocoques dorés multi résistants. C'est environ le 10% des 10%, donc ça veut dire un très faible pourcentage. Il est vrai qu'on en parle énormément parce que le terme, le mot Staphylocoque doré, est quelque chose qu'on affilie volontiers à l'hôpital. Mais cette bactérie, ce Staphylocoque doré est un des premiers microbes dans la population générale, et on voit qu'il est aussi capable de faire des infections à l'hôpital.

Question : Quelle est la conséquence de l’utilisation des antibiotiques sur l’espérance de vie ?
DP : Les antibiotiques ont représenté un changement dramatique dans nos capacités thérapeutiques. Rappelons-nous la deuxième guerre, par exemple, où les antibiotiques ont guéri tellement de plaies des blessés de guerre. C’est à ce moment-là qu’on a commencé à utiliser les antibiotiques. L’espérance de vie avait déjà largement augmenté avec l’hygiène, les vaccinations, la prise en charge générale de la santé. Mais les antibiotiques ont largement contribué à améliorer la qualité de la vie, et probablement, ont contribué à prolonger, dans une certaine mesure, la durée de vie. Est-ce qu’une étude a été menée, contrôlée ? Je ne peux pas vous répondre. Mais si on prend des infections très sévères, prenez la méningite chez l’enfant, c’est évident que là, on va sauver des vies avec des antibiotiques. C’est bien clair. Donc, à ce moment-là, si on sauve une vie, l’espérance de vie de la personne en question est différente.

Question : Quels sont les effets secondaires des antibiotiques sur notre organisme ?
PC : Il y a une croyance qui est beaucoup plus répandue que je croyais, mais je m’en suis aperçu en faisant des conférences de ce type-là. Les gens croient qu’en prenant des antibiotiques, c’est leur organisme qui va devenir résistant aux antibiotiques, et qu’ils ne vont plus pouvoir prendre d’antibiotiques après. Et, évidemment, c’est absurde, puisque l’antibiotique n’a pas de conséquence sur l’hôte, c'est-à-dire sur nous. Les antibiotiques agissent sur les bactéries. Le fait de prendre des antibiotiques fréquemment fait que vous allez être de plus en plus infecté avec des bactéries résistantes. Ceci étant, si vous arrêtez, vous pouvez songer espérer revenir à un état où il y a moins de résistances. Le problème de la résistance, c’est qu’elle est très lentement réversible. Les bactéries qui sont devenues résistantes ne disparaissent pas, ou alors elles disparaissent très lentement. Ce qui explique, par exemple, que vous ayez toujours des résistances à la streptomycine, au chloramphénicol qu’on n’utilise plus depuis au moins 40 ans. Donc, c’est aussi une notion à prendre en considération. Maintenant, il y a beaucoup de renouvellement dans votre flore avec l’alimentation, c’est un système ouvert, le corps. Le fait de prendre des antibiotiques, s’ils ont été judicieusement indiqués, cela allonge votre durée de vie, et si vous n’en abusez pas, votre flore, grâce au mélange, au fait que c’est un système ouvert, va progressivement revenir à l’état de l’écosystème environnant.


Question : A propos des effets secondaires, un antibiotique, le Flagyl peut-il changer la constitution de l’ADN ?
PC : Cela, c’est une question typiquement américaine. Vous voulez que cela marche, et vous ne voulez pas d’inconvénients. C’est le 100% de sécurité. C’est très américain. Il faut bien comprendre que si une molécule n’a pas d’action secondaire, il est vraisemblable qu’elle n’a pas d’action primaire. C’est inéluctable. Quand vous avez une molécule en général qui est active, c’est inéluctable qu’elle ait des actions secondaires. Evidemment il faut augmenter le ratio activité primaire - activité secondaire. C’est très difficile de trouver des antibiotiques qui n’ont pas d’action secondaire. Vous parlez d’effet sur l’ADN, de l’effet mutagène du Flagyl, mais la pénicilline peut vous donner des allergies. Vous trouverez toujours des actions secondaires, c’est absolument inéluctable. Bon, maintenant, il faut des études approfondies pour les détecter et ne pas commercialiser des produits qui ont des activités secondaires très nocives. Mais franchement, je crois qu’un antibiotique qui n’a pas d’activité secondaire, n’a pas d’activité primaire. D’ailleurs, le seul et vrai critère d’activité d’un antibiotique, c’est qu’il sélectionne les souches résistantes. Un antibiotique qui ne sélectionnera pas les souches résistantes, cela prouve qu’il est inactif. Cela peut paraître paradoxal, mais ça c’est l’action secondaire, la sélection de la résistance. Si vous ne sélectionnez pas de souches résistantes, cela prouve que vous n’êtes pas actif.

DP : C’est une des complications connues du Flagyl, mais encore une fois, comme l’a très bien dit Patrice Courvalin, il faut peser le bénéfice versus les inconvénients. C’est un véritable calcul qu’il faut faire. Si l’indication est posée, il faut prescrire l’antibiotique en précisant qu’effectivement, il y a des effets secondaires qui sont banaux, de type x, y, z, qu’il y a un effet secondaire un peu plus sérieux, et à ce moment-là, si cet effet secondaire se manifeste, vous devez appeler immédiatement votre médecin. De nouveau, je crois que le bien prescrire, c’est extrêmement important, mais effectivement, ces médicaments sont très actifs et sont parfois associés avec des effets secondaires.

BZ : Effectivement, c’est un petit peu notre problème. Par exemple, un des effets secondaires chez les enfants, c’est que cela leur coupe souvent l’appétit. Et souvent ils ont des diarrhées, et on se retrouve ensuite avec des complications qui n’ont plus rien à voir avec l’antibiotique et contre lesquels on va lutter longtemps pour récupérer l’équilibre. Mais bon, c’est vrai aussi que si l’antibiotique est bien indiqué, et ça, moi j’insiste aussi, malgré le fait que je pratique des médecines alternatives, il faut le donner, et à bonnes doses, pendant un temps qui doit être discuté entre le patient et le médecin, pour que tout le monde soit d’accord. Je pense qu’il y a des situations, certainement, où les effets secondaires sont acceptables parce que le bénéfice qu’on en a est suffisamment grand. C’est une histoire de coûts et bénéfices. Nos grand-mères disaient : « Si ça fait mal, ça agit. »

     
   
remonter en haut de page