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MOYENS
D'ACTION
1.
Pour faire face à la résistance, ne faudrait-il pas
inventer de nouveaux antibiotiques ?
2.
A l'hôpital, que fait-on pour éviter ce phénomène
de résistance?
3. L'attitude des médecins généralistes
vis-à-vis des antibiotiques a-t-elle évolué?
4. Quelles sont les alternatives aux traitements antibiotiques?
5. Manger bio protège-t-il de la résistance
aux antibiotiques?
6. Les huiles essentielles, les oligo-éléments
comme le cuivre ou le zinc sont-ils efficaces contre les bactéries
?
7. Dans la lutte contre la résistance aux antibiotiques,
la responsabilité est-elle individuelle ou collective ?

Question
: Pour faire face à la résistance, ne faudrait-il
pas inventer de nouveaux antibiotiques ?
PC : Il y a beaucoup moins de recherche depuis maintenant 5-6 ans
pour de nouveaux antibiotiques. Le fait de chercher des molécules
nouvelles est considérablement en perte de vitesse au niveau
de l’industrie pharmaceutique pour diverses raisons. La première
raison, c’est qu’un antibiotique, quand il est actif,
est actif très rapidement, donc en 48 heures, et la tendance
maintenant, c’est de faire des prescriptions de plus en plus
courtes avec des posologies plus élevées pour moins
sélectionner les bactéries résistantes, malgré
des durées plus courtes. Donc, les antibiotiques sont des
molécules qui sont données pendant pas très
longtemps. Et l’industrie pharmaceutique s’oriente vers
des molécules qu’au contraire, on donne pendant très
longtemps. C’est-à-dire qu’au lieu de s’adresser
à des maladies aigues, comme des infections, on s’adresse
à des maladies chroniques, Parkinson, Alzheimer où
l’ordonnance est à renouveler pendant 40 ans. Si vous
comparez une semaine à 40 ans, le profit n’est pas
le même. Il y a quand même des engagements de l’industrie
vis-à-vis des maladies aigues. Pourquoi est-ce qu’il
y a des antiviraux ? C’est parce que l’hépatite
est une maladie chronique, le sida est une maladie chronique. Là
aussi, vous faites des ordonnances pendant très longtemps.
La deuxième chose, c’est que plus votre antibiotique
sera innovant, moins il sera prescrit. En ce sens que si vous trouvez
une molécule réellement nouvelle, c’est-à-dire
qui est active sur les bactéries résistantes aux antibiotiques,
elle sera réservée aux usages hospitaliers, pour retarder
l’évolution de la résistance des bactéries.
Or, le marché est en ville. Le marché, ce sont les
infections pulmonaires, c’est l’enfant, c’est
la médecine communautaire. Et l’antibiotique vraiment
innovant sera réservé à l’usage hospitalier,
donc il aura un volume de prescriptions qui sera faible. Cela, c’est
aussi un élément important, qui est dissuasif vis-à-vis
de l’industrie pharmaceutique. Plus c’est intéressant,
moins c’est prescrit. Une autre chose, aussi, c’est
que le budget publicitaire des antibiotiques est extrêmement
important, parce que vous avez beaucoup de variations sur le même
thème. Vous avez des tas de pénicillines, des tas
d’ampicillines, qui sont un peu similaires. Il y a un budget
de représentants médicaux, de publicité qui
est très élevé dans les antibiotiques pour
maintenir le nom de spécialités présent à
l’esprit du prescripteur. Donc, ces divers facteurs expliquent
qu’il y a pratiquement toutes les grandes industries pharmaceutiques,
en dehors de Novartis Suisse, Glaxo Smithkline, Pfizer qui ont arrêté.
Tout le monde s’est désengagé, à part
des petites sociétés de nouvelles technologies qui
essayent de trouver un créneau. Mais,
c’est une recherche difficile. Pas seulement parce que les
bactéries évoluent vers une résistance. Mais,
la difficulté, c’est souvent que la molécule
pénètre dans la bactérie. C’est ça
qui est difficile. On arrive à trouver des antibiotiques
qui sont actifs au laboratoire, mais chez le malade, pour que les
concentrations soient suffisantes, c’est ça qui est
le problème. Souvent, les bactéries réexportent
l’antibiotique.
Question : A
l’hôpital, que fait-on pour éviter ce phénomène
de résistance ?
DP
: A l’hôpital, c’est là qu’on va
avoir des patients avec un profil de risque important, pour lesquels
les conséquences d’une résistance ou d’une
multi résistance - ça veut dire une résistance
à plusieurs antibiotiques - peuvent être catastrophiques,
parfois banales, mais parfois vraiment problématiques. On
va mettre des mesures de prévention en place. La prévention
de la résistance aux antibiotiques, c’est d’abord
de limiter la prescription. Alors ça, c’est exactement
comme en ville, mais évidemment à l’hôpital
on a des moyens supplémentaires. On peut être plus
directif, on a des systèmes informatisés qui vous
rappellent que vous devez peut-être arrêter l’antibiotique,
disons par exemple au 5ème jour ou par exemple au 10ème
jour, selon telle ou telle infection. On a des systèmes qui
permettent de vérifier, quand il s’agit d’une
prophylaxie antibiotique avant une chirurgie, qui est vraiment une
indication indéniable dans la plupart des chirurgies, on
a à ce moment-là un système pour essayer de
ne prescrire qu’une dose d’antibiotique, et non pas
deux ou trois, ou voire même cinq. Et ça, c’est
une stratégie. On a également des tests diagnostics.
On multiplie les tests de dépistage. Il y a aussi une stratégie
de contention. C'est-à-dire que les patients, chez lesquels
on diagnostique ces bactéries multi résistantes, on
va essayer de protéger les patients qui sont dans leur entourage,
de la dissémination de cette résistance, du passage
de la bactérie d’un patient à l’autre,
par toutes les mesures de prévention, dont certains ont certainement
beaucoup entendu parler, à commencer par la bonne hygiène
des mains des soignants et même des patients. Parce qu’il
arrive qu’on éduque aussi les patients par rapport
à ces stratégies. Et puis, évidemment, parfois,
on met en place aussi des mesures de précaution un tout petit
peu particulières, en portant des gants, des blouses, des
masques. Cela, ce sont des situations un peu extrêmes qui
ont à voir avec d’autres problématiques. On
prend encore d’autres précautions. Par exemple, il
y a des bactéries multi résistantes qu’on a
encore très, très peu en Suisse, mais qui existent
en France ou ailleurs, et surtout dans le bassin méditerranéen,
particulièrement dans la région de l’ouest.
Cela veut dire que, par rapport à un patient qui serait admis
aux Hôpitaux universitaires, et qui viendrait d’une
région déterminée dans le monde, on va lui
faire un dépistage pour telle ou telle bactérie parce
qu’on connaît l’épidémiologie de
la résistance de cet endroit-là. Je ne vais pas rentrer
dans les détails de ces tactiques, mais ce sont des techniques
de dépistage actives où on va aller chercher la présence
du microbe résistant.
Question : L’attitude
des médecins généralistes vis-à-vis
des antibiotiques a-t-elle évolué ?
BZ : Effectivement, ne serait-ce que parce que je vais faire de
la formation continue, donc, je me rends compte qu’on m’éduque
différemment. Dans la pratique, je dirais que ce n’est
pas aussi frappant que dans la théorie, parce qu’en
fait, quand même, on constate qu’il y a énormément
d’enfants qui reçoivent des antibiotiques tout l’hiver,
et c’est vrai que, moi qui ai une pratique un petit peu particulière,
puisque je pratique les médecines alternatives, je vois des
enfants qui ont entre huit et dix cures d’antibiotiques pendant
l’hiver et qui, sans arrêts, sortent d’un antibiotique
pour entrer dans un autre. Je dois dire que cela me frappe encore.
Il y a quand même des parents qui sont convaincus qu’un
traitement énergique, c’est des antibiotiques. Et on
a beau leur expliquer qu’un virus n’est pas sensible,
ils réclament un antibiotique. Et nous avons les mains liées.
Si nous, on ne le donne pas, c’est notre voisin qui le donnera,
ou le service d’urgence. Donc, il y a des parents qui réclament,
et il y a des situations où, nous, on est inquiet, et c’est
vrai que là, il y a plusieurs attitudes. Mais les pédiatres,
pour parler des pédiatres, ils ont une consultation très
chargée, ils ne peuvent pas revoir un enfant 48 heures après
juste pour s’assurer qu’il n’y a pas de grosses
complications. Et puis, il y a aussi autre chose. C’est quand
même avoir la toute puissance sur le malade, que de donner
des antibiotiques, parce qu’on a l’impression que c’est
nous qui le guérissons. Alors que si on accepte de ne rien
donner, on est obligé aussi d’accepter qu’il
se passe un phénomène qui ne dépend pas de
nous, qui s’appelle la guérison et qui est propre au
malade. Et que nous ne sommes là que pour l’accompagner
dans ce phénomène. Et c’est vrai, je pense,
que c’est un changement de mentalité assez profond
qu’il faudrait faire chez les médecins.
De
mon côté, j’ai entrepris d’éduquer
mes patients, pour éviter de me retrouver dans une situation
où je suis coincée par l’urgence. Il faut bien
se dire une chose, c’est que dans l’urgence vraie, on
sait très peu de choses sur la capacité du patient
à se défendre, sur l’évolution qui va
se passer dans les 48 premières heures. Et, évidemment,
on va donner un traitement qui tient compte de tout, et bien entendu
du pire. Parce que nous, nous sommes formés dans des hôpitaux
où on a vu le pire, on a tous des souvenirs d’une mastoïdite
ou d’une méningite. Donc, nous pensons au pire. Ce
qu’il faut bien se dire, c’est qu’en ville, le
pire est rare. Et c’est un peu difficile, dans l’urgence
extrême, de laisser tomber nos angoisses et de faire confiance
au patient. Maintenant, j’ai pour habitude de téléphoner
à mes patients après 24 à 48 heures, si je
ne leur ai pas donné un traitement très énergique,
donc des antibiotiques, pour qu’ils me disent comment ils
vont. Moi je fais ça en tant qu’homéopathe.
Et j’ai été longtemps considérée
comme quelqu’un de complètement farfelu, malgré
mon identité d’interniste. Mais depuis 15 ans, je n’ai
pas donné d’antibiotiques pour des otites, sauf comme
deuxième choix dans une situation où j’avais
revu le patient, une ou deux fois, et où vraiment, la situation
clinique le rendait nécessaire. Chez beaucoup de thérapeutes
en médecine alternative, il y a peut-être une plus
grande confiance dans la capacité du patient à trouver
la force pour guérir. Voire à l’aider, mais
en tout cas pas à prendre sa place.
DP
: Il y a aussi des progrès indéniables qui ont été
fait au niveau du diagnostic. Si on revient à l’enfant,
quand un enfant vient vous voir en ville – je ne suis pas
un praticien de ville, mais je connais quand même le sujet
– et qu’il a une pharyngite, aujourd’hui, vous
faites ce que l’on appelle un test rapide du fond de gorge
de l’enfant, à la recherche d’un germe qui s’appelle
le streptocoque et puis vous donnez la prescription aux parents
en leur disant bien de ne pas donner l’antibiotique si le
test n’est pas positif. Et le soir ou le lendemain, vous téléphonez
aux parents. La plupart du temps, le test n’est pas positif,
et l’antibiotique n’est pas prescrit. Si d’aventure
le test est positif, à ce moment-là, l’antibiotique
est prescrit. Il y a aussi des progrès diagnostics pour aider
les médecins à bien réagir.

Question : Quelles
sont les alternatives aux traitements antibiotiques ?
BZ
: Je suis surtout homéopathe, et c’est vrai que dans
les médecines alternatives, on a un concept très différent.
Le concept des médecines alternatives, c’est de faire
confiance à l’organisme sur le fait qu’il a les
moyens de se défendre. Mais ces défenses, à
certains moments peuvent être affaiblies. Et c’est à
ce moment-là, qu’on tombe malade. Elles peuvent être
affaiblies pour de multiples raisons. Cela peut être des raisons
psychiques, des raisons physiques. Et au fond, quand on fait une
médecine alternative, on s’adresse moins à la
bactérie qu’à l’organisme lui-même.
C'est-à-dire qu’on va essayer de lui fournir des informations
qui permettent d’améliorer ces performances, par exemple
immunitaires, si c’est une infection, pour qu’il puisse
mieux se défendre. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne
donne pas d’antibiotiques. Ce qui veut dire que depuis toujours,
on donnait des grosses doses d’antibiotiques, mais peu de
temps, parce qu’on se disait que donner l’antibiotique,
c’est le petit plus, mais que ce que, nous, on fait, c’est
d’aider à ce que l’immunité fonctionne
mieux. Et c’est vrai que là, vous avez des choses très
simples, comme l’Echinacéa qui existe depuis très
longtemps, des produits homéopathiques, des remèdes
de bonne femme. Ma grand-mère nous donnait de l’ail
quand on était malade. L’ail a un effet immunostimulant.
Elle nous donnait du miel et on sait que dans le pollen du miel
il y a un petit effet immunostimulant. Et c’est vrai que ça,
c’est peut-être des choses qui aujourd’hui se
perdent un petit peu, raison pour laquelle je regrette que les mamans
et les papas n’aient plus ces réflexes qui nous permettraient
d’utiliser à bon escient les antibiotiques, c'est-à-dire
quand vraiment le corps est dépassé, et pas seulement
quand on est angoissé et qu’on ne supporte pas d’être
malade, ou que demain on a un conseil d’administration et
qu’on veut se débarrasser de son rhume. Cela, c’est
quand même fréquent.
Question : Manger
bio protège-t-il de la résistance aux antibiotiques
?
PC
: Je vais vous dire un secret. On est en train de faire une étude
en laboratoire sur des légumes biologiques et sur des légumes
non biologiques, sur les bactéries qu’il y a sur ces
légumes et leur résistance. Et on s’aperçoit
qu’en fait, il y a plus de bactéries résistantes
dans les légumes biologiques que dans les légumes
non biologiques, peut-être à cause de la façon
dont les engrais sont utilisés dans l’agriculture biologique.
Ce ne sont pas forcément des molécules chimiques,
ce sont les selles des animaux qui sont utilisés comme engrais
et lorsque les animaux ont des souches multi résistantes,
vous aurez des souches résistantes. Donc, ce n’est
pas forcément si simple. C’est un travail en cours,
il n’y a pas encore les conclusions, car on n’a pas
encore analysé les résultats, mais on note une espèce
de tendance. Je disais ça pour dire qu’il ne faut pas
croire que le biologique va changer drastiquement l’écosystème.
Je ne crois pas qu’on puisse tirer des conclusions de ce type-là.
Pour les animaux, je ne crois pas que la question doit vraiment
se poser, dans la mesure où dans toute l’Europe, les
antibiotiques seront interdits comme suppléments dans l’alimentation
animale à partir de l’année prochaine. Mais
il faudra se méfier des importations. Ce qui est triste dans
la globalisation, c’est que la prééminence est
toujours donnée aux échanges des biens par rapport
à la santé, c’est toujours le commerce qui a
la prééminence. Les gens favorisent les échanges,
la santé publique est beaucoup moins considérée.
Je crois qu’il faut être précautionneux au niveau
de ces échanges. Mais bon, une politique déjà
au niveau de l’Europe, c’est un franc progrès.
Question : Les
huiles essentielles, les oligo-éléments comme le cuivre
ou le zinc sont-ils efficaces contre les bactéries ?
BZ : J’adhère complètement.
Mais tous les moyens qu’on utilise, autres que les antibiotiques,
demandent à ce qu’on intervienne beaucoup plus vite.
Le problème actuellement, c’est que quand les gens
sont vraiment très malades, et qu’ils arrivent au cabinet,
on n’a plus le choix. Moi qui utilise des huiles essentielles,
des oligo-éléments, des plantes, de l’homéopathie
classique, le secret de la réussite, c’est l’intervention
précoce. C’est de ne pas attendre que la personne ait
des lésions graves, parce que là, son organisme est
dépassé, et on a besoin, à ce moment-là,
des antibiotiques. C’est aussi un changement de mentalité
de la part des patients. Pas seulement de la part des médecins.
C’est d’apprendre aux patients à reconnaître
ce qui se passe, à ne pas attendre d’être au
fond de son lit avec 40° de fièvre depuis cinq jours
pour venir, pour qu’on puisse stimuler son immunité
et qu’on puisse l’aider à se défendre
lui-même. L’antibiotique, c’est un recours, en
tout cas dans la philosophie de la médecine holistique, c’est
un recours quand les défenses immunitaires sont dépassées.
Les oligo-éléments, cuivre, zinc, sont à mon
avis, très bien, mais quand vous intervenez très tôt.
Même les huiles à effet bactéricide, je peux
vous assurez, pour les utiliser régulièrement, ça
ne suffit pas dans une situation où le patient commence à
avoir une baisse de l’état général, où
il commence à être extrêmement fatigué
parce que cela fait cinq ou six jours qu’il a attendu pour
venir. Donc, je pense que tout est bien. C’est vrai qu’il
faudrait peut-être une meilleure communication entre les médecins
et les malades pour qu’on apprenne aux gens, soit à
intervenir eux-mêmes avec des produits sains, comme le zinc,
le cuivre qu’on peut acheter en pharmacie, les huiles essentielles,
soit alors de venir plus vite pour que, nous, on puisse intervenir
au moment où ils ont encore leurs ressources, et ne pas attendre
qu’ils soient gravement malades. Là, on a beau vouloir
ne pas donner d’antibiotiques, on est obligé.
DP
: Dans notre laboratoire, on teste actuellement l’huile de
l’arbre à thé, par exemple, pour décoloniser
certains patients de leurs Staphylocoques dorés multi résistants.
Et ça marche, dans une certaine proportion des cas. Ce qui
est clair, c’est que les antibiotiques, à la base,
sont des produits naturels, je le rappelle. Ils ont été
produits par des levures. Ensuite, évidemment, l’industrie
pharmaceutique a mécanisé la production, on a fait
des produits synthétiques, mais à la base, ce sont
des produits naturels. Il y a des antiseptiques qui sont un tout
petit peu différents des antibiotiques, qui sont des produits
naturels. Donc, ça n’est pas étonnant, qu’effectivement,
il y ait dans la nature des activités bactéricides.
PC
: C’est vrai qu’on s’est focalisé sur les
antibiotiques, mais si vous voulez agir sur les bactéries,
il y a d’autres molécules. Il y a les antiseptiques.
Quant au zinc, cuivre et métaux lourds… Dans l’élevage
des animaux pour l’alimentation, quand on a supprimé
les antibiotiques comme supplément dans l’alimentation,
les gens les ont remplacés par des métaux lourds.
Donc, il y a des volumes extrêmement importants de métaux
lourds qui sont prescrits aux animaux pour la prévention
d’épidémies, parce qu’on ne donne plus
d’antibiotiques. Or, il y a une façon très efficace
de disséminer la résistance aux antibiotiques, c’est
les plasmides, le transfert horizontal de petites molécules
ADN, de minis chromosomes, qui passent de bactérie en bactérie.
Et bien, ces plasmides codent et confèrent la résistance
aux métaux lourds et aux antibiotiques. C'est-à-dire
que si vous utilisez les métaux lourds, vous allez sélectionner
pour la résistance aux antibiotiques. Il ne faut pas croire
que les choses sont dissociées, comme ça, dans la
nature. Plus vous allez prescrire de cuivre, plus vous allez prescrire
de zinc, d’argent, de choses comme ça, plus vous allez
sélectionner de la résistance, parce que vous avez
ce qu’on appelle une co-sélection. La molécule
d’ADN, d’un côté elle va conférer
la résistance aux métaux lourds, d’un autre
côté elle va conférer la résistance aux
antibiotiques. Si vous utilisez les antibiotiques, vous allez sélectionner
la résistance aux métaux lourds, si vous utilisez
les métaux lourds, vous allez sélectionner la résistance
aux antibiotiques. Donc, ça, il faut le prendre en considération.

Question : Dans
la lutte contre la résistance aux antibiotiques, la responsabilité
est-elle individuelle ou collective ?
PC : Je crois que c’est la dimension collective qui est limite
dans ce cas-là. Moi, j’ai l’habitude de dire
que la résistance aux antibiotiques, c’est comme la
conduite en état d’ivresse. Vous pouvez très
bien mourir sur une route parce que quelqu’un d’autre
a bu. Vous-même, vous n’avez pas bu. Vous pouvez être
tué à cause de la conduite en état d’ivresse
tout en n’ayant jamais bu. C’est pareil pour la résistance
aux antibiotiques. Vous pouvez vous-même n’avoir jamais
pris d’antibiotiques et être d’emblée affecté
par une souche multi résistante. Il suffit que votre voisin
dans l’avion, par exemple, ou dans le métro, n’ait
pas pris suffisamment d’antibiotiques, arrêté,
repris, l’un ou l’autre, et sélectionné
des bactéries multi résistantes pour que vous soyez
d’emblée colonisé et que vous fassiez une infection
avec une bactérie multi résistante. Il y a une dimension,
disons collective, sociétale de la résistance des
antibiotiques qui fait que l’usage qu’un individu peut
faire des antibiotiques dépend de l’usage qu’en
ont fait les autres. C’est en ça que, par exemple l’utilisation
des antibiotiques comme promoteur de croissance chez l’animal,
est particulièrement choquant, dans la mesure où ça
sélectionne des bactéries qui peuvent coloniser les
enfants et donner des infections résistantes chez l’enfant.
Et c’est dû au fait que les antimicrobiens en général,
que ce soit chez les antibiotiques, les antifongiques, les antiviraux,
les antiparasitaires n’agissent pas sur une cellule du même
mal, ils agissent sur un tueur qui est la bactérie. Si vous
considérez par exemple un diabétique. Il ne veut pas
prendre son insuline, il se traite mal, il va faire des comas, des
hypoglycémies, des hyperglycémies, devenir aveugle
et finir par mourir. C’est son problème, à la
limite. Cela coûtera cher à la société,
dommage pour lui, mais c’est son problème. Tandis que
les gens qui prennent mal les antibiotiques, qui utilisent mal les
antibiotiques, génèrent des bactéries multi
résistantes qui peuvent occasionner des problèmes
très sévères. Par exemple une tuberculose multi
résistante. Vous faites un vol de huit heures, quelqu’un
deux, trois rangs derrière vous, s’il tousse, vous
êtes sûr d’être contaminé par ce
bacille tuberculeux multi résistant. Donc, il faut prendre
conscience de cette dimension sociétale de la résistance.
BZ
: Je voudrais peut-être quand même mettre un petit bémol,
parce que je ne voudrais pas que les gens maintenant paniquent en
allant prendre un avion. Je voudrais quand même dire que,
pour tomber malade, il ne suffit pas d’être en contact
avec une bactérie. Je pense que pour tomber malade, il faut
un certain nombre de facteurs qui s’additionnent à
la bactérie pour que vraiment on développe une maladie.
Et je crois que, nous, on ne peut peut-être pas agir sur les
bactéries qui nous tombent sur la tête, mais on peut
agir sur la qualité globale de notre santé. Et ça,
je crois que c’est quelque chose qui appartient à chacun,
qui n’appartient pas à la collectivité, et auquel
les gens devraient être éduqués maintenant.
C’est de se prendre en charge parce que nous sommes exposés
effectivement à des maladies qui peuvent être d’emblée
lourdes, entre autres les maladies de société, mais
aussi les maladies aux bactéries résistantes. Mais
’une des façons, je dirais, de se renforcer un petit
peu, c’est de se soigner soi-même. C'est-à-dire
de faire attention à sa santé.
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