ANTIBIOTIQUES
Bientôt inefficaces ?   (15.09.05)


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Témoignage & Interview diffusés pendant le débat

Premier témoignage

Harald Matouch, 70 ans, ingénieur

L'opération, la préparation, tout ça, s'est très bien passé. Et par la suite je croyais que je pouvais sortir. L'opération a eu lieu un jeudi et puis on m'a retiré les sondes de rinçage, ce qui est normal dans un tel cas, le lundi, Et comme je n'ai pas pu uriner correctement, on ne m'a pas laissé partir et on m'a remis une autre sonde uniquement pour m’aider à uriner comme il faut. Un ou deux jours après, je ne me rappelle plus tellement, j’ai eu tout d'un coup une augmentation de la température de 2 à 2.5 degrés, qui apparemment inquiétait tout le monde. Moi je ne me sentais pas mal du tout. Suite à cela on m'a fait une prise de sang et on ne m'a rien dit sur ce qui allait suivre. Puis le lendemain, donc à peu près 12 heures après cette montée de température, la température est redevenue normale. Moi, je me sentais toujours aussi bien. Et j'attendais. On ne m'a rien dit. J'attendais, et on me disait qu’il fallait encore les résultats de la prise de sang. C'était donc un lundi qu'on m'a changé la sonde et puis je crois le mardi que j'ai eu cette montée de fièvre, et le vendredi suivant de la même semaine on m'a annoncé que j'avais justement chopé une infection, ce qu'on appelle un MRSA qui est donc un staphylocoque très, très résistant. Après cela j'ai été tout de suite isolé, parce que j'étais logé dans une chambre à 7 lits. Donc, quand on m'a annoncé cette infection on m'a tout de suite sorti de cette chambre à 7 lits pour me mettre dans une chambre à 2 lits. J’y ai trouvé un copain qui avait exactement la même chose que moi. Et on m’a aussi annoncé qu'on allait me faire suivre un traitement antibiotique qui a commencé le même soir, donc le vendredi soir. Evidemment, moi je n'avais jamais entendu parler de staphylocoque, ce qui en soit est évidemment un manque de culture générale, je l’avoue. Cela me tourmentait un petit peu. Je pensais que j’étais allé à l'hôpital pour me faire soigner et voilà ce qui m'arrivait. Les médecins ont donc ordonné deux perfusions par jour d'un antibiotique. L'inconvénient pour moi, le patient, c'est que ça demande quand même une piqûre. Mais ça s’est passé relativement bien. Et à mon grand étonnement j’ai pu sortir de l'hôpital. Au début j’étais un peu irrité que je puisse sortir de l'hôpital sans être un danger pour mon environnement. Mais on m'a rassuré, en me disant qu’il n’y avait aucun danger. Maintenant cela se passe assez bien, les traitements mis à part. J’ai chaque fois la crainte des piqûres qui ne sont quand même pas très, très agréables. Mais encore une fois, en règle générale, ça se passe bien et j'espère que je pourrai partir bientôt en vacances tranquille et surtout rassuré.

Interview d'un pédiatre

Pierre Klauser, pédiatre généraliste, installé à Genève depuis 19 ans

Les maladies qu'on voit en pédiatrie, ce sont surtout des maladies respiratoires, infectieuses, un petit peu des maladies digestives et un petit peu des maladies urinaires. Mais le grand lot des maladies aigues, fébriles de l'hiver, ce sont des maladies qui commencent au niveau du nez et qui finissent au niveau des poumons. Et dans toutes ces maladies-là, l'idée du microbe qui traîne par là et qui va menacer l'enfant est très grande. Donc on avait l'antibiotique facile pour vite venir en aide au patient, le débarrasser de son infection et le protéger contre les complications de ces infections. Mais l'approche aujourd’hui est devenue plus différenciée. C'est-à-dire que l'on s'est rendu compte qu'une grande partie de ces infections, notamment les otites, des infections qui passent de l'arrière nez dans l'oreille, une grande partie était due à des virus. A peu près 1/3 des otites qu'on voyait et qu'on voit toujours ne sont pas dues à des bactéries mais sont dues à des virus. Or, comme un peu tout le monde le sait maintenant, contre les virus ça ne sert à rien de donner des antibiotiques. Vous ne traitez pas une grippe par des antibiotiques, cela ne change rien, le virus est insensible aux antibiotiques. En complément de ces virus, on s'est rendu compte qu'à peu près les 2/3 des otites, les 2/3 restants, sont dues à des bactéries. Et on disait bactéries égal danger, complications rapides, donc traitement antibactérien indispensable. Cela on le disait jusqu'aux années 90-95. Et puis en 90-95, on a commencé à voir des infectiologues, des spécialistes des maladies infectieuses, des spécialistes en bactériologie, qui se sont intéressés au devenir naturel de ces maladies bactériennes. Il fallait avoir du courage, il fallait trouver aussi des patients d'accord de participer. Ils ont analysé en faisant des prélèvements derrière le tympan. C'est-à-dire qu’en perçant le tympan des patients, ils ont analysé le pus qu'il y avait dans ces otites. Alors ils ont confirmé ce que l'on savait déjà, c'est-à-dire qu'il y avait à peu près 1/3 qui étaient virales et puis 2/3 bactériennes. Mais ce qui est intéressant, c'est que dans ces bactériennes, ils ont choisi d'en traiter la moitié avec un antibiotique et la moitié avec un placebo, et puis de reponctionner, d'aller de nouveau pomper un peu de pus derrière le tympan trois jours après. Et ils se sont rendus compte qu'à peu près 80% des otites bactériennes, donc qui, d'après l'ancien concept avaient besoin d'antibiotiques, se stérilisaient, se guérissaient toutes seules sans antibiotiques. Donc il y avait des microbes au départ et dans 80% des cas il n'y avait plus de microbes trois jours après, alors qu'on n'avait pas donné d'antibiotiques. On arrivait à un bon résultat sans antibiotiques. Le groupe qui avait reçu des antibiotiques arrivait à peu près au même résultat, peut-être un tout petit peu supérieur au niveau du nettoyage, mais très, très peu de choses. Alors ça, ça a été une sorte de révolution chez nous parce qu'on avait une sorte de dogme qui disait : «Otite, donc probablement bactérien ; on laissait tomber le 1/3 de viral ; il fallait absolument donner des antibiotiques. » Donc, on a donné beaucoup d’antibiotiques, toutes les mauvaises saisons, à beaucoup d’enfants, parce qu’ils en avaient, d’après nos connaissances de l'époque, besoin. Les parents ont bien pris ce changement. Ils étaient plutôt contents. Certains, déjà avant, je ne sais pas s'ils avaient une intuition, disaient "oui, mais est-ce qu'on ne pourrait pas essayer sans antibiotiques ?". Mais, nous, nous étions convaincus, nous avions très peur des complications, nous avions peur des méningites, nous avions peur des mastoïdites, c'est-à-dire une diffusion de l'otite derrière l'oreille qui fait des abcès dans l'os du crâne, des choses extrêmement vilaines. Nous en étions très inquiets et nous protégions nos patients en disant "non, écoutez, on ne peut pas prendre ce risque, c'est bactérien, il faut un antibiotique". Voilà, on le faisait avec très bonne conscience. Et puis sont venues ces études qui ont été diffusées dans le corps médical. Or le corps médical a été très surpris, il a dit "mais on va prendre des risques, on va se trouver avec des tas de complications". Mais heureusement on a eu, dans des pays qui ont une plus grande population que la Suisse et où l'on trouve peut-être plus facilement des gens d'accord de participer à des études cliniques, des études qui ont été faites sur le devenir de ces patients qu'on ne traite pas, par rapport aux patients qu'on traite. Et on s'est rendu compte que s'ils guérissent, ils guérissent à peu près avec le même taux de complications, qu’on les traite avec un antibiotique ou non. On ne prend pas un risque important en ne traitant pas un patient avec un antibiotique.

     
     


   
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