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Témoignage
& Interview diffusés pendant le débat
Premier
témoignage
Harald
Matouch, 70 ans, ingénieur
L'opération,
la préparation, tout ça, s'est très bien passé.
Et par la suite je croyais que je pouvais sortir. L'opération
a eu lieu un jeudi et puis on m'a retiré les sondes de rinçage,
ce qui est normal dans un tel cas, le lundi, Et comme je n'ai pas
pu uriner correctement, on ne m'a pas laissé partir et on
m'a remis une autre sonde uniquement pour m’aider à
uriner comme il faut. Un ou deux jours après, je ne me rappelle
plus tellement, j’ai eu tout d'un coup une augmentation de
la température de 2 à 2.5 degrés, qui apparemment
inquiétait tout le monde. Moi je ne me sentais pas mal du
tout. Suite à cela on m'a fait une prise de sang et on ne
m'a rien dit sur ce qui allait suivre. Puis le lendemain, donc à
peu près 12 heures après cette montée de température,
la température est redevenue normale. Moi, je me sentais
toujours aussi bien. Et j'attendais. On ne m'a rien dit. J'attendais,
et on me disait qu’il fallait encore les résultats
de la prise de sang. C'était donc un lundi qu'on m'a changé
la sonde et puis je crois le mardi que j'ai eu cette montée
de fièvre, et le vendredi suivant de la même semaine
on m'a annoncé que j'avais justement chopé une infection,
ce qu'on appelle un MRSA qui est donc un staphylocoque très,
très résistant. Après cela j'ai été
tout de suite isolé, parce que j'étais logé
dans une chambre à 7 lits. Donc, quand on m'a annoncé
cette infection on m'a tout de suite sorti de cette chambre à
7 lits pour me mettre dans une chambre à 2 lits. J’y
ai trouvé un copain qui avait exactement la même chose
que moi. Et on m’a aussi annoncé qu'on allait me faire
suivre un traitement antibiotique qui a commencé le même
soir, donc le vendredi soir. Evidemment, moi je n'avais jamais entendu
parler de staphylocoque, ce qui en soit est évidemment un
manque de culture générale, je l’avoue. Cela
me tourmentait un petit peu. Je pensais que j’étais
allé à l'hôpital pour me faire soigner et voilà
ce qui m'arrivait. Les médecins ont donc ordonné deux
perfusions par jour d'un antibiotique. L'inconvénient pour
moi, le patient, c'est que ça demande quand même une
piqûre. Mais ça s’est passé relativement
bien. Et à mon grand étonnement j’ai pu sortir
de l'hôpital. Au début j’étais un peu
irrité que je puisse sortir de l'hôpital sans être
un danger pour mon environnement. Mais on m'a rassuré, en
me disant qu’il n’y avait aucun danger. Maintenant cela
se passe assez bien, les traitements mis à part. J’ai
chaque fois la crainte des piqûres qui ne sont quand même
pas très, très agréables. Mais encore une fois,
en règle générale, ça se passe bien
et j'espère que je pourrai partir bientôt en vacances
tranquille et surtout rassuré.
Interview
d'un pédiatre
Pierre
Klauser, pédiatre généraliste, installé
à Genève depuis 19 ans
Les
maladies qu'on voit en pédiatrie, ce sont surtout des maladies
respiratoires, infectieuses, un petit peu des maladies digestives
et un petit peu des maladies urinaires. Mais le grand lot des maladies
aigues, fébriles de l'hiver, ce sont des maladies qui commencent
au niveau du nez et qui finissent au niveau des poumons. Et dans
toutes ces maladies-là, l'idée du microbe qui traîne
par là et qui va menacer l'enfant est très grande.
Donc on avait l'antibiotique facile pour vite venir en aide au patient,
le débarrasser de son infection et le protéger contre
les complications de ces infections. Mais l'approche aujourd’hui
est devenue plus différenciée. C'est-à-dire
que l'on s'est rendu compte qu'une grande partie de ces infections,
notamment les otites, des infections qui passent de l'arrière
nez dans l'oreille, une grande partie était due à
des virus. A peu près 1/3 des otites qu'on voyait et qu'on
voit toujours ne sont pas dues à des bactéries mais
sont dues à des virus. Or, comme un peu tout le monde le
sait maintenant, contre les virus ça ne sert à rien
de donner des antibiotiques. Vous ne traitez pas une grippe par
des antibiotiques, cela ne change rien, le virus est insensible
aux antibiotiques. En complément de ces virus, on s'est rendu
compte qu'à peu près les 2/3 des otites, les 2/3 restants,
sont dues à des bactéries. Et on disait bactéries
égal danger, complications rapides, donc traitement antibactérien
indispensable. Cela on le disait jusqu'aux années 90-95.
Et puis en 90-95, on a commencé à voir des infectiologues,
des spécialistes des maladies infectieuses, des spécialistes
en bactériologie, qui se sont intéressés au
devenir naturel de ces maladies bactériennes. Il fallait
avoir du courage, il fallait trouver aussi des patients d'accord
de participer. Ils ont analysé en faisant des prélèvements
derrière le tympan. C'est-à-dire qu’en perçant
le tympan des patients, ils ont analysé le pus qu'il y avait
dans ces otites. Alors ils ont confirmé ce que l'on savait
déjà, c'est-à-dire qu'il y avait à peu
près 1/3 qui étaient virales et puis 2/3 bactériennes.
Mais ce qui est intéressant, c'est que dans ces bactériennes,
ils ont choisi d'en traiter la moitié avec un antibiotique
et la moitié avec un placebo, et puis de reponctionner, d'aller
de nouveau pomper un peu de pus derrière le tympan trois
jours après. Et ils se sont rendus compte qu'à peu
près 80% des otites bactériennes, donc qui, d'après
l'ancien concept avaient besoin d'antibiotiques, se stérilisaient,
se guérissaient toutes seules sans antibiotiques. Donc il
y avait des microbes au départ et dans 80% des cas il n'y
avait plus de microbes trois jours après, alors qu'on n'avait
pas donné d'antibiotiques. On arrivait à un bon résultat
sans antibiotiques. Le groupe qui avait reçu des antibiotiques
arrivait à peu près au même résultat,
peut-être un tout petit peu supérieur au niveau du
nettoyage, mais très, très peu de choses. Alors ça,
ça a été une sorte de révolution chez
nous parce qu'on avait une sorte de dogme qui disait : «Otite,
donc probablement bactérien ; on laissait tomber le 1/3 de
viral ; il fallait absolument donner des antibiotiques. »
Donc, on a donné beaucoup d’antibiotiques, toutes les
mauvaises saisons, à beaucoup d’enfants, parce qu’ils
en avaient, d’après nos connaissances de l'époque,
besoin. Les parents ont bien pris ce changement. Ils étaient
plutôt contents. Certains, déjà avant, je ne
sais pas s'ils avaient une intuition, disaient "oui, mais est-ce
qu'on ne pourrait pas essayer sans antibiotiques ?". Mais,
nous, nous étions convaincus, nous avions très peur
des complications, nous avions peur des méningites, nous
avions peur des mastoïdites, c'est-à-dire une diffusion
de l'otite derrière l'oreille qui fait des abcès dans
l'os du crâne, des choses extrêmement vilaines. Nous
en étions très inquiets et nous protégions
nos patients en disant "non, écoutez, on ne peut pas
prendre ce risque, c'est bactérien, il faut un antibiotique".
Voilà, on le faisait avec très bonne conscience. Et
puis sont venues ces études qui ont été diffusées
dans le corps médical. Or le corps médical a été
très surpris, il a dit "mais on va prendre des risques,
on va se trouver avec des tas de complications". Mais heureusement
on a eu, dans des pays qui ont une plus grande population que la
Suisse et où l'on trouve peut-être plus facilement
des gens d'accord de participer à des études cliniques,
des études qui ont été faites sur le devenir
de ces patients qu'on ne traite pas, par rapport aux patients qu'on
traite. Et on s'est rendu compte que s'ils guérissent, ils
guérissent à peu près avec le même taux
de complications, qu’on les traite avec un antibiotique ou
non. On ne prend pas un risque important en ne traitant pas un patient
avec un antibiotique.
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