L'ANXIETE
Emotion normale ou maladie ?   (19.09.02)


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1. GENERALITES
2. ANXIETE-MALADIE
3. TRAITEMENTS
 
 


GENERALITES

1. L'angoisse, est-ce une émotion parmi d'autres ?
2. Est-ce normal d'être anxieux?
3. L'anxiété est-elle le propre de l'homme ?
4. Quel est le mécanisme de l'angoisse dans le cerveau ?

5. Les femmes sont-elles plus sujettes à l'anxiété que les hommes?
6. L'anxiété, est-ce héréditaire ?
7. L'environnement social peut-il augmenter l'anxiété ?

Question : L'angoisse, est-ce une émotion parmi d'autres ?
YB : L'angoisse est une émotion parmi d'autres. Et, les émotions, on admet qu'il y en a six principales de base dont, la joie, le plaisir, la peur, la colère, ... et l'anxiété. Il faudrait imaginer les émotions comme la palette du peintre avec les couleurs fondamentales et les mélanges que chacun va réaliser à partir de cette palette. L'angoisse générée par la peur est une émotion universelle, que l'on retrouve dans toutes les peuplades, dans tous les groupes sociaux, et, fait intéressant, qui s'exprime non verbalement de la même manière dans toutes les cultures. Et ça c'est un fait quand même important, c'est qu'il y a quand même bien quelque chose de général dans les émotions fondamentales. Ces expériences ont été faites par des ethnologues et des sociologues. Et à part ça, effectivement, elles vont se combiner dans chaque être humain et aussi à chaque moment de la vie de cet être humain d'une manière infinie et c'est bien sûr réducteur que de vouloir les isoler pour les traiter. L'être humain a toutes ses émotions, et ce n'est pas nous les médecins qui voulons qu'il soit normal ou anormal. Pour le médecin que je suis, en tous cas, n'importe quel état émotionnel est normal dès lors que la personne ne présente pas de souffrance par rapport à son état ou qu'elle ne fait pas souffrir d'autres, parce que là on aurait des pervers qui ne ressentent pas de souffrance individuelle mais qui font souffrir leur entourage. Donc la médecine ne va pas réagir à un tableau émotionnel, elle va réagir à la souffrance de l'être prisonnier ou submergé par sa palette d'émotions qui va venir demander de l'aide. On n'a pas envie que les gens soient pareils, que telle émotion soit louable et telle autre illicite. On a seulement envie de réagir à la souffrance, d'amener une réponse à une souffrance.

Question : Est-ce normal d'être anxieux ?
DR : Tout le monde ressent à un moment ou à un autre de l'anxiété par rapport à quelque chose. On ne peut pas dire qu'on a vécu sans connaître ce sentiment d'anxiété et je crois qu'on en fait tous l'expérience. Pour certains ça devient plus dramatique parce que ça s'accentue. Pour d'autres, ils vont trouver des stratagèmes pour passer outre et que ça leur serve de moteur. Je ne pense pas que l'anxiété soit forcément quelque chose de complètement négatif au départ, ça peut être un moteur dans la vie. Mais si on est dépassé par son anxiété, effectivement ça devient problématique pour vivre.


Question : L'anxiété est-elle le propre de l'homme ?

DR : Oui je crois que le propre de l'être humain c'est sa capacité à se poser des questions et qu'effectivement on se dit toujours « où vais-je, que fais-je, qui suis-je? »  

Mais si tous les matins on se pose ces questions, on n'arrive pas à vivre. C'est indispensable, je crois,  de se les poser. Les questions existentielles sont le propre de l'être humain. Il faut ensuite  arriver à trouver des réponses ou à accepter qu'il n'y ait pas de réponse à ces questions. Moi, je n'ai pas de réponse aux qui suis-je, où vais-je, que fais-je. Bon de temps en temps c'est un peu ce que je fais, mais j'ai pas de réponse aussi fondamentale que ces questions existentielles. Il faut ensuite savoir comment on va gérer le fait qu'on n'arrive pas à répondre à ces questions qui nous font être.


Question : Quel est le mécanisme de l'angoisse dans le cerveau ?
TH : Il y a malheureusement une prévalence du cerveau primaire sur le cerveau rationnel. C'est un mécanisme évolutif, parce qu'au fond il vaut mieux prendre une racine pour un serpent qu'un serpent pour une racine. Vous voyez, quand l'homme primitif marchait pieds nus dans la forêt, il avait intérêt à se tromper dans un sens plutôt que dans l'autre. La réaction du cerveau primaire lui faisait figer le pas quelques fractions de secondes avant que son cerveau cortical ne se dise : «est-ce que c'est une racine ou un serpent ? ». Il faut que les anxieux comprennent que toutes ces réactions qui sont des orages physiques, sont en réalité préparés dans l'organisme et que c'est un signe de bonne santé et non pas d'un  quelconque infarctus, asphyxie, hémorragie cérébrale, tumeur,... Ce sont des réactions qui sont prêtes à se déclencher des centaines et milliers de fois dans l'organisme. Regardez un oiseau qui vient boire à la fontaine de votre jardin, il est continuellement aux aguets, le moindre bruit ou craquement le fait vite s'envoler parce qu'il n'a pas le temps de réfléchir et d'ailleurs il ne peut pas réfléchir à savoir si c'est le chat ou si c'est une branche qui craque. Il préfère prendre le tout pour un danger et s'enfuir quitte à se dire ensuite que c'était une fausse alerte. Mais cet arrêt de la situation d'alerte est plus lent et c'est ça au fond, la prévalence.

YB : L'apport des neurosciences des vingt dernières années, c'est d'avoir montré que la cascade neuronale qui amène la réaction dans le corps : les palpitations, la peine à respirer etc., est plus rapide que la prise de conscience au niveau du cortex cérébral. Et après,  la partie raisonnable raisonne le corps. Mais, une fois la réaction physique de l'émotion déclenchée, elle prend un temps qui est d'environ deux heures pour vraiment disparaître. Et alors c'est assez poignant de penser à ce cortex qui lutte, qui raisonne le corps mais qui ne peut pas. La réaction du corps, elle, a une durée qui est définie par des mécanismes hormonaux, etc. ... Et  c'est la petite révolution des vingt dernières années, d'avoir pu démontrer que l'émotion prime, elle part plus vite que la réaction rationnelle. Et alors au moment d'une crise, on ne peut pas raisonner le patient qui, lui-même, est tout à fait submergé par l'émotion. Entre les crises c'est autre chose et c'est là que différentes thérapies peuvent donner des outils pour diminuer un petit peu la rapidité de la réaction émotionnelle...

Question : Les femmes sont-elles plus sujettes à l'anxiété que les hommes ?

TH : Est-ce qu'il y a plus de femmes anxieuses? Il y a plus de femmes qui consultent pour l'anxiété. Elles arrivent à accéder à leurs émotions et elles ont une propension à demander de l'aide. Dans les réactions stéréotypées face à la peur, il y a la fuite et le combat mais il y a aussi la réaction de se tapir, de faire le mort, de se terrer. Les hommes ont fâcheusement tendance à se terrer ou à combattre c'est peut-être une voie qui est facilitée chez eux sur le plan de l'évolution quand ils devaient affronter le mammouth, il valait mieux peut-être, avoir cette réaction-là plutôt que d'appeler à l'aide. Tandis que la femme a peut-être plus tendance à exprimer son émotion de peur, à la reconnaître, à l'admettre et à demander de l'aide. Donc il y a plus de consultation de femmes anxieuses, mais je crois que la pénétrance du trouble anxieux est égale dans les deux sexes. Et elle peut se revêtir d'une forme d'agressivité ou d'abus d'alcool ou de bagarre, etc., chez les hommes anxieux tandis qu'elle prendra une forme plus empathique, plus sympathique chez les femmes ce qui d'ailleurs amène une meilleure réponse.

Question : L'anxiété, est-ce héréditaire ?

TH : C'est  toute la question de l'inné et de l'acquis. Dans des grands pays où il y a beaucoup de jumeaux comme les Etats-Unis avec des clubs de jumeaux qui les regroupent,  on a eu des cas où des vrais jumeaux (dits monozygotiques, parce qu'issus du même ouf) ont été élevés séparément. Et on a vu que le fait qu'ils aient le même patrimoine génétique bien qu'ils aient eu des familles  différentes, faisait qu'ils étaient concordants pour certains troubles, et le trouble anxieux faisait partie de  ces troubles. Il y a donc là une base génétique. Mais tout n'est pas dans la génétique. Il faut comprendre la génétique comme une fragilité dans un maillon. S'il n'y a pas de tension sur la chaîne, le maillon ne va pas s'ouvrir. Si, par contre, il y a un stress social, le maillon va s'ouvrir et c'est souvent comme ça qu'un enfant qui a une prédisposition à l'anxiété va ou ne va pas révéler  la maladie selon qu'il a un milieu protecteur ou un milieu anxiogène. On peut apprendre l'anxiété. Si j'entends un bruit la nuit et que je me dis que c'est le chat qui  renverse la casserole, je me rendors. Si je me dis que c'est un cambrioleur et encore plus armé, je me mets en état d'alerte. Donc ce n'est pas le bruit qui me fait peur ou qui me rassure, mais c'est l'interprétation du bruit, ou l'interprétation de l'autre, la manière de se figurer l'autre, la manière de se figurer face à l'autre et la manière de se figurer la critique va nous donner une configuration qui peut être détonante et déclencher le système d'alarme. Le problème c'est que le cerveau comme équipement neurologique ne distingue pas entre mourir d'une balle et mourir de honte, et quand on lui dit attention tu vas mourir il déclenche la réaction de fuite ou d'évitement.


Question : L'environnement social peut-il augmenter l'anxiété ?

DR : J'ai l'impression que quand on n'a plus trop de repères et quand on ne sait plus trop sur quoi s'appuyer, c'est source d'anxiété. Moi j'ai vécu l'expérience d'un tremblement de terre et d'un seul coup d'avoir le sol qui vibrait sous mes pieds, j'ai été prise de panique parce que ce qui me semblait le plus solide dans ma vie, c'était en tous cas la terre, ça ne doit pas bouger. Et puis tout tremblait, il y avait un bruit et d'un seul coup je me suis dit que si même ça, ça n'est pas solide alors qu'est-ce qu'il me reste ? Et je pense que souvent, on ressent des choses comme ça. Je pense à ce qui s'est passé l'année dernière aux Etats-Unis . Les attentats et tout ça nous ont déstabilisés parce qu'on se dit ça, ça ne doit pas bouger, et puis ça bouge et ce qu'on pensait inamovible ne l'est plus. Et je crois que c'est ce qui est source d'anxiété à mon avis, le fait que dans la société, tout bouge. On est une société mobile, on est une société qui va vite, on est une société bientôt virtuelle, on est une société qui se mondialise et puis en même temps on est chacun des petits êtres humains là où on est. Et on est face à des questions auxquelles on n'a pas de réponses. Moi, j'accompagne et je partage le chemin avec des personnes qui vivent avec le sida. Quand on a le virus du sida dans le corps, il ne peut pas partir, alors si on reste coincé sur le fait qu'on a ce virus, on ne va pas pouvoir vivre avec. Tout l'enjeu alors c'est de se dire : j'ai le virus du sida, c'est dommage, c'est dramatique, etc.,... c'est catastrophique, ça me bousille ma vie, mais ce que je dois imaginer c'est comment je vais vivre avec. Ce n'est pas comment je vais essayer de le faire sortir de mon corps parce que ça, je ne peux pas. Donc je dois accepter que je ne pourrai pas être de nouveau quelqu'un sans le virus. Et si je dois mourir, je ne peux pas passer mon temps à dire, non, je n'ai pas envie de mourir. Alors évidemment, je n'ai pas envie de mourir moi non plus, mais si je reste bloquée là-dessus, alors je passe à côté de ce que je peux vivre. Et je pense que c'est aussi quelque chose comme ça qu'on doit faire quand on est face à des angoisses, quand on sent cette déstabilisation des repères, c'est de se dire, OK, face à ça je ne peux rien faire, je ne peux pas l'empêcher. Alors j'accepte, accepter ça veut dire maintenant je ne reste plus croché là-dessus et donc j'ai un autre espace pour vivre. C'est très difficile.



     
   
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