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GENERALITES
1.
L'angoisse, est-ce une émotion parmi d'autres ?
2.
Est-ce normal d'être anxieux?
3. L'anxiété est-elle le propre de l'homme ?
4. Quel est le mécanisme de l'angoisse dans le cerveau ?
5. Les femmes sont-elles plus sujettes à l'anxiété
que les hommes?
6. L'anxiété, est-ce héréditaire ?
7. L'environnement social peut-il augmenter l'anxiété
?
Question
: L'angoisse, est-ce une émotion parmi d'autres ?
YB : L'angoisse est une émotion parmi d'autres. Et, les émotions,
on admet qu'il y en a six principales de base dont, la joie, le
plaisir, la peur, la colère, ... et l'anxiété. Il faudrait imaginer
les émotions comme la palette du peintre avec les couleurs fondamentales
et les mélanges que chacun va réaliser à partir de cette palette.
L'angoisse générée par la peur est une émotion universelle, que
l'on retrouve dans toutes les peuplades, dans tous les groupes sociaux,
et, fait intéressant, qui s'exprime non verbalement de la même manière
dans toutes les cultures. Et ça c'est un fait quand même important,
c'est qu'il y a quand même bien quelque chose de général dans les
émotions fondamentales. Ces expériences ont été faites par des ethnologues
et des sociologues. Et à part ça, effectivement, elles vont se combiner
dans chaque être humain et aussi à chaque moment de la vie de cet
être humain d'une manière infinie et c'est bien sûr réducteur que
de vouloir les isoler pour les traiter. L'être humain a toutes ses
émotions, et ce n'est pas nous les médecins qui voulons qu'il soit
normal ou anormal. Pour le médecin que je suis, en tous cas, n'importe
quel état émotionnel est normal dès lors que la personne ne présente
pas de souffrance par rapport à son état ou qu'elle ne fait pas
souffrir d'autres, parce que là on aurait des pervers qui ne ressentent
pas de souffrance individuelle mais qui font souffrir leur entourage.
Donc la médecine ne va pas réagir à un tableau émotionnel, elle
va réagir à la souffrance de l'être prisonnier ou submergé par sa
palette d'émotions qui va venir demander de l'aide. On n'a pas envie
que les gens soient pareils, que telle émotion soit louable et telle
autre illicite. On a seulement envie de réagir à la souffrance,
d'amener une réponse à une souffrance.
Question
: Est-ce normal d'être anxieux ?
DR : Tout le monde ressent à un moment ou à un autre de l'anxiété
par rapport à quelque chose. On ne peut pas dire qu'on a vécu sans
connaître ce sentiment d'anxiété et je crois qu'on en fait tous
l'expérience. Pour certains ça devient plus dramatique parce que
ça s'accentue. Pour d'autres, ils vont trouver des stratagèmes pour
passer outre et que ça leur serve de moteur. Je ne pense pas que
l'anxiété soit forcément quelque chose de complètement négatif au
départ, ça peut être un moteur dans la vie. Mais si on est dépassé
par son anxiété, effectivement ça devient problématique pour vivre.

Question
: L'anxiété est-elle le propre de l'homme ?
DR
: Oui je crois que le propre de l'être humain c'est sa capacité
à se poser des questions et qu'effectivement on se dit toujours
« où vais-je, que fais-je, qui suis-je? »
Mais
si tous les matins on se pose ces questions, on n'arrive pas à vivre.
C'est indispensable, je crois, de se les poser. Les questions existentielles
sont le propre de l'être humain. Il faut ensuite arriver à trouver
des réponses ou à accepter qu'il n'y ait pas de réponse à ces questions.
Moi, je n'ai pas de réponse aux qui suis-je, où vais-je, que fais-je.
Bon de temps en temps c'est un peu ce que je fais, mais j'ai pas
de réponse aussi fondamentale que ces questions existentielles.
Il faut ensuite savoir comment on va gérer le fait qu'on n'arrive
pas à répondre à ces questions qui nous font être.
Question :
Quel est le mécanisme de l'angoisse dans le cerveau ?
TH : Il y a malheureusement une prévalence du cerveau primaire
sur le cerveau rationnel. C'est un mécanisme évolutif, parce qu'au
fond il vaut mieux prendre une racine pour un serpent qu'un serpent
pour une racine. Vous voyez, quand l'homme primitif marchait pieds
nus dans la forêt, il avait intérêt à se tromper dans un sens plutôt
que dans l'autre. La réaction du cerveau primaire lui faisait figer
le pas quelques fractions de secondes avant que son cerveau cortical
ne se dise : «est-ce que c'est une racine ou un serpent ? ».
Il faut que les anxieux comprennent que toutes ces réactions qui
sont des orages physiques, sont en réalité préparés dans l'organisme
et que c'est un signe de bonne santé et non pas d'un quelconque
infarctus, asphyxie, hémorragie cérébrale, tumeur,... Ce sont des
réactions qui sont prêtes à se déclencher des centaines et milliers
de fois dans l'organisme. Regardez un oiseau qui vient boire à la
fontaine de votre jardin, il est continuellement aux aguets, le
moindre bruit ou craquement le fait vite s'envoler parce qu'il n'a
pas le temps de réfléchir et d'ailleurs il ne peut pas réfléchir
à savoir si c'est le chat ou si c'est une branche qui craque. Il
préfère prendre le tout pour un danger et s'enfuir quitte à se dire
ensuite que c'était une fausse alerte. Mais cet arrêt de la situation
d'alerte est plus lent et c'est ça au fond, la prévalence.
YB
: L'apport des neurosciences des vingt dernières années, c'est d'avoir
montré que la cascade neuronale qui amène la réaction dans le corps :
les palpitations, la peine à respirer etc., est plus rapide que
la prise de conscience au niveau du cortex cérébral. Et après,
la partie raisonnable raisonne le corps. Mais, une fois la réaction
physique de l'émotion déclenchée, elle prend un temps qui est d'environ
deux heures pour vraiment disparaître. Et alors c'est assez poignant
de penser à ce cortex qui lutte, qui raisonne le corps mais qui
ne peut pas. La réaction du corps, elle, a une durée qui est définie
par des mécanismes hormonaux, etc. ... Et c'est la petite révolution
des vingt dernières années, d'avoir pu démontrer que l'émotion prime,
elle part plus vite que la réaction rationnelle. Et alors au moment
d'une crise, on ne peut pas raisonner le patient qui, lui-même,
est tout à fait submergé par l'émotion. Entre les crises c'est autre
chose et c'est là que différentes thérapies peuvent donner des outils
pour diminuer un petit peu la rapidité de la réaction émotionnelle...
Question
: Les femmes sont-elles plus sujettes à l'anxiété que les hommes
?
TH
: Est-ce qu'il y a plus de femmes anxieuses? Il y a plus de femmes
qui consultent pour l'anxiété. Elles arrivent à accéder à leurs
émotions et elles ont une propension à demander de l'aide. Dans
les réactions stéréotypées face à la peur, il y a la fuite et le
combat mais il y a aussi la réaction de se tapir, de faire le mort,
de se terrer. Les hommes ont fâcheusement tendance à se terrer ou
à combattre c'est peut-être une voie qui est facilitée chez eux
sur le plan de l'évolution quand ils devaient affronter le mammouth,
il valait mieux peut-être, avoir cette réaction-là plutôt que d'appeler
à l'aide. Tandis que la femme a peut-être plus tendance à exprimer
son émotion de peur, à la reconnaître, à l'admettre et à demander
de l'aide. Donc il y a plus de consultation de femmes anxieuses,
mais je crois que la pénétrance du trouble anxieux est égale dans
les deux sexes. Et elle peut se revêtir d'une forme d'agressivité
ou d'abus d'alcool ou de bagarre, etc., chez les hommes anxieux
tandis qu'elle prendra une forme plus empathique, plus sympathique
chez les femmes ce qui d'ailleurs amène une meilleure réponse.
Question
: L'anxiété, est-ce héréditaire ?
TH
: C'est toute la question de l'inné et de l'acquis. Dans des grands
pays où il y a beaucoup de jumeaux comme les Etats-Unis avec des
clubs de jumeaux qui les regroupent, on a eu des cas où des vrais
jumeaux (dits monozygotiques, parce qu'issus du même ouf) ont été
élevés séparément. Et on a vu que le fait qu'ils aient le même patrimoine
génétique bien qu'ils aient eu des familles différentes, faisait
qu'ils étaient concordants pour certains troubles, et le trouble
anxieux faisait partie de ces troubles. Il y a donc là une base
génétique. Mais tout n'est pas dans la génétique. Il faut comprendre
la génétique comme une fragilité dans un maillon. S'il n'y a pas
de tension sur la chaîne, le maillon ne va pas s'ouvrir. Si, par
contre, il y a un stress social, le maillon va s'ouvrir et c'est
souvent comme ça qu'un enfant qui a une prédisposition à l'anxiété
va ou ne va pas révéler la maladie selon qu'il a un milieu protecteur
ou un milieu anxiogène. On peut apprendre l'anxiété. Si j'entends
un bruit la nuit et que je me dis que c'est le chat qui renverse
la casserole, je me rendors. Si je me dis que c'est un cambrioleur
et encore plus armé, je me mets en état d'alerte. Donc ce n'est
pas le bruit qui me fait peur ou qui me rassure, mais c'est l'interprétation
du bruit, ou l'interprétation de l'autre, la manière de se figurer
l'autre, la manière de se figurer face à l'autre et la manière de
se figurer la critique va nous donner une configuration qui peut
être détonante et déclencher le système d'alarme. Le problème c'est
que le cerveau comme équipement neurologique ne distingue pas entre
mourir d'une balle et mourir de honte, et quand on lui dit attention
tu vas mourir il déclenche la réaction de fuite ou d'évitement.
Question
: L'environnement social peut-il augmenter l'anxiété ?
DR : J'ai l'impression
que quand on n'a plus trop de repères et quand on ne sait plus trop
sur quoi s'appuyer, c'est source d'anxiété. Moi j'ai vécu l'expérience
d'un tremblement de terre et d'un seul coup d'avoir le sol qui vibrait
sous mes pieds, j'ai été prise de panique parce que ce qui me semblait
le plus solide dans ma vie, c'était en tous cas la terre, ça ne
doit pas bouger. Et puis tout tremblait, il y avait un bruit et
d'un seul coup je me suis dit que si même ça, ça n'est pas solide
alors qu'est-ce qu'il me reste ? Et je pense que souvent, on ressent
des choses comme ça. Je pense à ce qui s'est passé l'année dernière
aux Etats-Unis . Les attentats et tout ça nous ont déstabilisés
parce qu'on se dit ça, ça ne doit pas bouger, et puis ça bouge et
ce qu'on pensait inamovible ne l'est plus. Et je crois que c'est
ce qui est source d'anxiété à mon avis, le fait que dans la société,
tout bouge. On est une société mobile, on est une société qui va
vite, on est une société bientôt virtuelle, on est une société qui
se mondialise et puis en même temps on est chacun des petits êtres
humains là où on est. Et on est face à des questions auxquelles
on n'a pas de réponses. Moi, j'accompagne et je partage le chemin
avec des personnes qui vivent avec le sida. Quand on a le virus
du sida dans le corps, il ne peut pas partir, alors si on reste
coincé sur le fait qu'on a ce virus, on ne va pas pouvoir vivre
avec. Tout l'enjeu alors c'est de se dire : j'ai le virus du
sida, c'est dommage, c'est dramatique, etc.,... c'est catastrophique,
ça me bousille ma vie, mais ce que je dois imaginer c'est comment
je vais vivre avec. Ce n'est pas comment je vais essayer de le faire
sortir de mon corps parce que ça, je ne peux pas. Donc je dois accepter
que je ne pourrai pas être de nouveau quelqu'un sans le virus. Et
si je dois mourir, je ne peux pas passer mon temps à dire, non,
je n'ai pas envie de mourir. Alors évidemment, je n'ai pas envie
de mourir moi non plus, mais si je reste bloquée là-dessus, alors
je passe à côté de ce que je peux vivre. Et je pense que c'est aussi
quelque chose comme ça qu'on doit faire quand on est face à des
angoisses, quand on sent cette déstabilisation des repères, c'est
de se dire, OK, face à ça je ne peux rien faire, je ne peux pas
l'empêcher. Alors j'accepte, accepter ça veut dire maintenant je
ne reste plus croché là-dessus et donc j'ai un autre espace pour
vivre. C'est très difficile.
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