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ANXIETE-MALADIE
1.
Quelles sont les manifestations somatiques de l'anxiété ?
2.
Y a-t-il un lien entre l'anxiété et l'eczéma ?
3. L'anxiété peut-elle entraîner des troubles de la
mémoire ?
4. Qu'est-ce qu'une attaque de panique ?
5. Qu'est-ce que l'anxiété généralisée ?
6. Qu'est-ce qu'une phobie sociale ?
7. Qu'est-ce qu'un trouble obsessionnel compulsif,
un TOC ?
8. Les troubles obsessionnels compulsifs ont-ils augmenté
?
9. Le taux de mortalité chez les anxieux est-il plus élevé que dans
la population générale ?
10. L'anxiété peut-elle mener au suicide?

Question :
Quelles sont les manifestations somatiques de l'anxiété ?
YB : Chacun va donner à son anxiété la forme qu'il peut donner en
fonction de sa personnalité. L'anxiété peut être dérivée vers une
phobie, l'anxiété peut aller vers des troubles paniques, l'anxiété
peut être dérivée dans le corps. Le fait de la renvoyer sur des
organes c'est un effort de l'être de la contrôler d'une certaine
manière, de moins se laisser envahir. Mais c'est une étape, disons
intermédiaire, où on n'arrive pas encore à la traiter à son vrai
niveau qui est le niveau de l'émotion. L'émotion peut aller s'exprimer
dans le corps sous forme de mille symptômes possibles, et dans une
médecine qui jusqu'aux vingt dernières années s'est présentée comme
très technique et puissante, les patients étaient bien éduqués.
Ils allaient chez leur médecin comme on va au garage en disant c'est
le cour, c'est l'orteil, c'est les poumons, c'est la tête, et les
médecins ont donné des réponses ponctuelles pour un organe. Et c'est
pour ça qu'il y a cette course effrénée des patients qui n'arrivent
à exprimer leur émotion qu'à travers leur corps, d'un spécialiste
à l'autre, d'une consultation à l'autre, où chaque fois ils ont
la même réponse qui ne peut pas les satisfaire. Parce qu'ils ne
sont pas des organes juxtaposés qui se pointent chez un médecin
ou chez l'autre, ils sont une personne humaine confrontée en permanence
à cette dialectique entre le corps, l'âme, l'esprit, les émotions.
Et ce qui complique la chose c'est qu'ils vont chez des médecins
qui, eux-mêmes, sont des êtres humains qui partagent avec les patients
la même complexité. Parce qu'il ne faut pas oublier que les médecins
ont des émotions, qu'ils peuvent avoir de l'anxiété, qu'ils peuvent
avoir des réactions en miroir à celles du patient. Et c'est vrai
qu'il faudrait dans la formation des médecins faire d'abord un travail
sur le médecin lui-même pour qu'il puisse ouvrir son propre espace
émotionnel et qu'il puisse accueillir l'émotion de l'autre sans
en être submergé et adopter une contre-attitude qui ne peut pas
aider le patient.
Question : Y a-t-il un lien entre l'anxiété et
l'eczéma ?
YB : L'anxiété ou un état émotionnel peut effectivement avoir des
manifestations dans le corps. Alors l'eczéma, l'asthme, et toutes
sortes d'autres maladies qu'on mettrait dans le domaine des maladies
psychosomatiques sont sans doute régulées, causées par plusieurs
facteurs. L'eczéma appartient aux maladies atopiques, donc allergiques
à la base qui, elles-mêmes, reposent sur un terrain génétique. Donc
il y a déjà le facteur génétique On a ce potentiel ou on ne l'a
pas. Et puis sur ce terrain génétique effectivement l'état émotionnel
va moduler l'apparition ou la non apparition de la maladie de la
peau, si c'est l'eczéma. Et là on a pu montrer qu'il y a une interaction
entre l'état émotionnel de la personne et son système immunitaire.
C'est la psycho-neuro-immunologie. Donc, l'émotion est un facteur
qui va faire apparaître ou pas cette maladie dont la base est génétique.
Question : L'anxiété peut-elle entraîner des
troubles de la mémoire ?
TH : Définitivement oui. C'est un fléau pour la mémoire et la concentration
quand elle est très poussée. Ce qui est intéressant avec le stress
et la mémoire ou la performance intellectuelle d'une manière générale,
c'est qu'il y a une zone optimale, si vous voulez, de stress, pour
la stimulation. Les comédiens, les acteurs connaissent bien ça :
s'ils n'ont pas du tout le trac, leurs performances ne sont pas
bonnes, s'ils ont trop de trac ils ont des blancs. Donc en fait,
la zone idéale est intermédiaire. Il faut une certaine dose d'anxiété
pour stimuler la mémoire et la concentration, mais trop d'anxiété
à ce moment là ouvre le champ de l'attention parce que c'est la
réaction d'aguets. On est en alerte et on doit percevoir tout ce
qui se passe comme étant un signal de danger. On n'arrive plus à
ce moment là à se concentrer et ça peut perturber.
YB
: C'est valable pour toutes les émotions quand elles sont envahissantes.
Vous ne réfléchissez pas non plus très bien ou ne résolvez pas un
problème mathématique quand vous êtes submergé de plaisir. C'est
une règle générale pour toutes les émotions quand elles sont trop
prévalentes, elles bloquent le fonctionnement supérieur, ou dit
supérieur.
Question : Qu'est-ce qu'une attaque de panique ?
TH : Les attaques de panique sont en fait le paroxysme de l'anxiété.
Ce sont les réactions de fuite ou de combat que l'animal et l'humain
ont devant un danger vital lorsqu'ils sentent leur vie menacée.
On peut à ce moment-là déclencher un système d'alarme qui est très
finement construit dans l'organisme, qui est l'héritage de 3 millions
et demi d'années et qui nous permet de survivre. Le cour se met
à battre beaucoup plus vite parce qu'il faut pomper du sang, du
glucose et de l'oxygène pour les muscles, afin de pouvoir livrer
ce combat ou fuir le danger. Il faut aussi mettre hors fonction
certaines de nos fonctions qui peuvent être consommatrices d'énergie
et qui ne sont pas adéquates à ce moment-là, par exemple la digestion,
d'où des nausées parce que l'animal doit purger cette charge et
s'occuper de l'essentiel qui est la survie. Donc ce qui se passe
dans l'attaque de panique, c'est qu'en fait le système d'alarme
se déclenche inopinément, c'est comme si c'était un excès de zèle
de ce système. Alors au départ le sujet se demande ce qui lui arrive
et comme il ressent en fait toutes les réactions physiques d'un
danger imminent il se dit qu'il y a un danger et qu'il va mourir.
C'est souvent une sensation de mort ou parfois de folie imminente.
On a l'impression qu'il va y avoir quelque chose de grave qui va
se passer sur le plan physique ou alors sur le plan psychique. Cette
réaction est, je le disais, inopinée, parce qu'au fond il n'y a
pas de danger, en tous cas externe. Il y a néanmoins un stresseur
interne.
Puis
viennent ces anticipations de la peur, une fois qu'on a connu cette
expérience horrible. On a peur de la peur, on commence à anticiper
la peur, on commence à la redouter, puis on commence à prendre des
mesures de précaution afin de ne pas revivre cette expérience. Et
c'est là que la maladie s'installe, d'une attaque de panique on
passe à un trouble panique, c'est-à-dire qu'on commence à ne pas
faire certaines choses pour ne pas paniquer ou on fait certaines
choses pour ne pas paniquer. Par exemple s'entourer de quelqu'un
de protecteur, c'est faire quelque chose, ne pas aller au supermarché
c'est ne pas faire quelque chose. Et la vie devient régentée par
cette anxiété qui occupe continuellement l'esprit.

Question : Qu'est-ce que l'anxiété généralisée ?
TH : Le trouble anxiogène généralisé
ou anxiété généralisée, ce n'est pas cette anxiété paroxystique des attaques de panique. C'est une forme
moins intense mais continuelle. Ce sont des personnes qui sont des
soucieux chroniques qui, dès qu'ils entendent une ambulance qui
passe, se disent : «pourvu que ce ne soit pas mes enfants » .quand
leur mari rentre tard, «est -ce qui lui est arrivé un accident ? » ,
qui, chaque fois que le téléphone sonne, espèrent que ce n'est pas
une mauvaise nouvelle mais sans cette décharge paroxystique d'anxiété.
Question : Qu'est-ce qu'une phobie sociale ?
TH : C'est l'anxiété d'être regardé et mal jugé, Dans notre jargon
on appelle ça une phobie sociale et les anglo-saxons appellent
ça « social anxiety disorder », trouble d'anxiété sociale
ou phobie sociale. En fait c'est une forme poussée, donc de nouveau
morbide, avec une souffrance et un handicap, de la timidité ou du
côté réservé qui est un trait de personnalité qui peut être une
qualité mais qui, chez certaines personnes, peut devenir une fragilité,
un défaut.
Question : Qu'est-ce qu'un trouble obsessionnel
compulsif, un TOC ?
TH : Le TOC, le trouble obsessionnel compulsif appartient à l'archipel
des troubles anxieux, parce qu'en fait les gens qui souffrent de
ce trouble peuvent paraître bizarres, comme s'ils étaient fous,
alors qu'au fond ce sont des anxieux. Ils ont des obsessions, par
exemple, de mettre le feu à la maison. Ils ont des compulsions,
par exemple, aller vérifier que la plaque de la cuisinière est bien
éteinte. Au fond, c'est une anxiété mais qui appelle toujours une
vérification, un rituel, soit de lavage pour ne pas être contaminé
ou ne pas contaminer les enfants, soit de vérification, etc. Le
rituel peut parfois être logique. C'est vrai que si je ne veux pas
mettre le feu à la maison, je devrai vérifier que les bougies sont
éteintes . Mais des fois il est illogique : il faut se laver
les mains dans un sens et pas dans l'autre parce que sinon il faut
que je recommence. Alors ces anxieux se rendent compte de l'irrationalité
de leur anxiété ou en tous cas de la réponse à leur anxiété mais
souvent n'osent pas l'avouer parce qu'ils passent pour des idiots
ou des fous alors que franchement ce sont des gens très intelligents.
Newton était un obsessionnel compulsif.
Question : Les troubles obsessionnels compulsifs
ont-ils augmenté ?
TH : On détecte davantage ce trouble donc il est beaucoup plus visible.
Les gens en parlent plus facilement, avant ils s'en cachaient. C'est
comme les boulimiques. Les boulimies augmentent sans doute mais
aussi les gens parlent plus facilement, consultent plus facilement
pour les boulimies. Donc le trouble obsessionnel compulsif depuis
qu'il est déclaré comme étant un trouble et pas des bizarreries,
les gens arrivent à en parler plus facilement.
Question : Le taux de mortalité chez les anxieux
est-il plus élevé que dans la population générale ?
YB : Oui, mais pas à cause des symptômes des crises spectaculaires,
mais à cause de l'effet de stress chronique, de stress au sens premier
du terme, par exemple sur les artères qui, si ça dure des années
et des années peut effectivement augmenter la prévalence de maladies
cardio-vasculaires. Et, surtout aussi chez les gens chez qui ces
émotions ne sont pas exprimées. Donc, l'angoisse ou une émotion
forte inhibée complètement et pas exprimée va faire plus de mal
au corps et c'est peut-être aussi quelque chose de protecteur d'avoir
une crise phobique ou une crise d'angoisse explicite, si on prend
le point de vue purement de nos artères. Il y a beaucoup d'articles
qui montrent que c'est surtout les émotions non sorties qui vont
faire le plus de mal sur certains organes. Mais c'est clair que
ces maladies vont passer forcément avec une traduction dans le corps
à la longue. Notre immunité est modulée par nos émotions. Quand
on est dans un état immunologique déprimé peut-être bien que ça
va être aussi un facteur pour l'éclosion d'un cancer. Donc, de quelque
manière que l'on prenne le problème, il y a tout intérêt à soigner
ces pathologies. Et j'aimerais dire encore une fois le plus vite
possible, avant que ces mécanismes ne s'impriment d'une manière
trop profonde dans les circuits neurologiques de la personne.
Question : L'anxiété peut-elle mener au suicide?
TH : Oui, elle peut mener au suicide parce que, malheureusement,
40 % des états anxieux se compliquent d'un état dépressif, peut-être
plus dans certaines études, mais le chiffre vous donne un ordre
de grandeur. L'anxiété péjore tellement la qualité de vie qu'en
fait elle peut conduire aussi à une démoralisation, une tristesse,
un désespoir. D'ailleurs sur le plan neurobiologique il y a une
réaction d'épuisement et ça amène effectivement une dépression.
Et la dépression peut se compliquer hélas d'un suicide. C'est vrai
qu'un certain nombre de déprimés se suicident. Donc c'est là la
complication possible, l'anxiété peut mener au suicide par la voie
de la dépression.
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