L'ANXIETE
Emotion normale ou maladie ?   (19.09.02)


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1. GENERALITES
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ANXIETE-MALADIE

1. Quelles sont les manifestations somatiques de l'anxiété ?
2. Y a-t-il un lien entre l'anxiété et l'eczéma ?
3. L'anxiété peut-elle entraîner des troubles de la mémoire ?
4. Qu'est-ce qu'une attaque de panique ?

5. Qu'est-ce que l'anxiété généralisée ?
6. Qu'est-ce qu'une phobie sociale ?
7. Qu'est-ce qu'un trouble obsessionnel compulsif, un TOC ?
8. Les troubles obsessionnels compulsifs ont-ils augmenté  ?
9. Le taux de mortalité chez les anxieux est-il plus élevé que dans la population générale ?
10. L'anxiété peut-elle mener au suicide?

Question : Quelles sont les manifestations somatiques de l'anxiété ?
YB : Chacun va donner à son anxiété la forme qu'il peut donner en fonction de sa personnalité. L'anxiété peut être dérivée vers une phobie, l'anxiété peut aller vers des troubles paniques, l'anxiété peut être dérivée dans le corps. Le fait de la renvoyer sur des organes c'est un effort de l'être de la contrôler d'une certaine manière, de moins se laisser envahir. Mais c'est une étape, disons intermédiaire, où on n'arrive pas encore à la traiter à son vrai niveau qui est le niveau de l'émotion. L'émotion peut aller s'exprimer dans le corps sous forme de mille symptômes possibles, et dans une médecine qui jusqu'aux vingt dernières années s'est présentée comme très technique et puissante, les patients étaient bien éduqués. Ils allaient chez leur médecin comme on va au garage en disant c'est le cour, c'est l'orteil, c'est les poumons, c'est la tête, et les médecins ont donné des réponses ponctuelles pour un organe. Et c'est pour ça qu'il y a cette course effrénée des patients qui n'arrivent à exprimer leur émotion qu'à travers leur corps, d'un spécialiste à l'autre, d'une consultation à l'autre, où chaque fois ils ont la même réponse qui ne peut pas les satisfaire. Parce qu'ils ne sont pas des organes juxtaposés qui se pointent chez un médecin ou chez l'autre, ils sont une personne humaine confrontée en permanence à cette dialectique entre le corps, l'âme, l'esprit, les émotions. Et ce qui complique la chose c'est qu'ils vont chez des médecins qui, eux-mêmes, sont des êtres humains qui partagent avec les patients la même complexité. Parce qu'il ne faut pas oublier que les médecins ont des émotions, qu'ils peuvent avoir de l'anxiété, qu'ils peuvent avoir des réactions en miroir à celles du patient. Et c'est vrai qu'il faudrait dans la formation des médecins faire d'abord un travail sur le médecin lui-même pour qu'il puisse ouvrir son propre espace émotionnel et qu'il puisse accueillir l'émotion de l'autre sans en être submergé et adopter une contre-attitude qui ne peut pas aider le patient.

Question : Y a-t-il un lien entre l'anxiété et l'eczéma ?

YB : L'anxiété ou un état émotionnel peut effectivement avoir des manifestations dans le corps. Alors l'eczéma, l'asthme, et toutes sortes d'autres maladies qu'on mettrait dans le domaine des maladies psychosomatiques sont sans doute régulées, causées par plusieurs facteurs. L'eczéma appartient aux maladies atopiques, donc allergiques à la base qui, elles-mêmes, reposent sur un terrain génétique. Donc il y a déjà le facteur génétique On a ce potentiel ou on ne l'a pas. Et puis sur ce terrain génétique effectivement l'état émotionnel va moduler l'apparition ou la non apparition de la maladie de la peau, si c'est l'eczéma. Et là on a pu montrer qu'il y a une interaction entre l'état émotionnel de la personne et son système immunitaire. C'est la psycho-neuro-immunologie. Donc, l'émotion est un facteur qui va faire apparaître ou pas cette maladie dont la base est génétique.

Question : L'anxiété peut-elle entraîner des troubles de la mémoire ?
TH : Définitivement oui. C'est un fléau pour la mémoire et la concentration quand elle est très poussée. Ce qui est intéressant avec le stress et la mémoire ou la performance intellectuelle d'une manière générale, c'est qu'il y a une zone optimale, si vous voulez, de stress, pour la stimulation. Les comédiens, les acteurs connaissent bien ça : s'ils n'ont pas du tout le trac, leurs performances ne sont pas bonnes, s'ils ont trop de trac ils ont des blancs. Donc en fait, la zone idéale est intermédiaire. Il faut une certaine dose d'anxiété pour stimuler la mémoire et la concentration, mais trop d'anxiété à ce moment là ouvre le champ de l'attention parce que c'est la réaction d'aguets. On est en alerte et on doit percevoir tout ce qui se passe comme étant un signal de danger. On n'arrive plus à ce moment là à se concentrer et ça peut perturber.

YB : C'est valable pour toutes les émotions quand elles sont envahissantes. Vous ne réfléchissez pas non plus très bien ou ne résolvez pas un problème mathématique quand vous êtes submergé de plaisir. C'est une règle générale pour toutes les émotions quand elles sont trop prévalentes, elles bloquent le fonctionnement supérieur, ou dit supérieur.


Question : Qu'est-ce qu'une attaque de panique ?
TH : Les attaques de panique sont en fait le paroxysme de l'anxiété. Ce sont les réactions de fuite ou de combat que l'animal et l'humain ont devant un danger vital lorsqu'ils sentent leur vie menacée. On peut à ce moment-là déclencher un système d'alarme qui est très finement construit dans l'organisme, qui est l'héritage de 3 millions et demi d'années et qui nous permet de survivre. Le cour se met à battre beaucoup plus vite parce qu'il faut pomper du sang, du glucose et de l'oxygène pour les muscles, afin de pouvoir livrer ce combat ou fuir le danger. Il faut aussi mettre hors fonction certaines de nos fonctions qui peuvent être consommatrices d'énergie et qui ne sont pas adéquates à ce moment-là, par exemple la digestion, d'où des nausées parce que l'animal doit purger cette charge et s'occuper de l'essentiel qui est la survie. Donc ce qui se passe dans l'attaque de panique, c'est qu'en fait le système d'alarme se déclenche inopinément, c'est comme si c'était un excès de zèle de ce système. Alors au départ le sujet se demande ce qui lui arrive et comme il ressent en fait toutes les réactions physiques d'un danger imminent il se dit qu'il y a un danger et qu'il va mourir. C'est souvent une sensation de mort ou parfois de folie imminente. On a l'impression qu'il va y avoir quelque chose de grave qui va se passer sur le plan physique ou alors sur le plan psychique. Cette réaction est, je le disais, inopinée, parce qu'au fond il n'y a pas de danger, en tous cas externe. Il y a néanmoins un stresseur interne.

Puis viennent ces anticipations de la peur, une fois qu'on a connu cette expérience horrible. On a peur de la peur, on commence à anticiper la peur, on commence à la redouter, puis on commence à prendre des mesures de précaution afin de ne pas revivre cette expérience. Et c'est là que la maladie s'installe, d'une attaque de panique on passe à un trouble panique, c'est-à-dire qu'on commence à ne pas faire certaines choses pour ne pas paniquer ou on fait certaines choses pour ne pas paniquer. Par exemple s'entourer de quelqu'un de protecteur, c'est faire quelque chose, ne pas aller au supermarché c'est ne pas faire quelque chose. Et la vie devient régentée par cette anxiété qui occupe continuellement l'esprit.



Question : Qu'est-ce que l'anxiété généralisée ?
TH : Le trouble anxiogène généralisé ou anxiété généralisée, ce n'est pas cette anxiété paroxystique des attaques de panique. C'est une forme moins intense mais continuelle. Ce sont des personnes qui sont des soucieux chroniques qui, dès qu'ils entendent une ambulance qui passe, se disent : «pourvu que ce ne soit pas mes enfants » .quand leur mari rentre tard, «est -ce qui lui est arrivé un accident ? » , qui, chaque fois que le téléphone sonne, espèrent que ce n'est pas une mauvaise nouvelle mais sans cette décharge paroxystique d'anxiété.

Question : Qu'est-ce qu'une phobie sociale ?
TH : C'est l'anxiété d'être regardé et mal jugé, Dans notre jargon on appelle ça  une phobie sociale et les anglo-saxons appellent ça « social anxiety disorder », trouble d'anxiété sociale ou phobie sociale. En fait c'est une forme poussée,  donc de nouveau morbide, avec une souffrance et un handicap, de la timidité ou du côté réservé qui est un trait de personnalité qui peut être une qualité mais qui, chez certaines personnes,  peut devenir une fragilité, un défaut.

Question : Qu'est-ce qu'un trouble obsessionnel compulsif, un TOC ?
TH : Le TOC, le trouble obsessionnel compulsif appartient à l'archipel des troubles anxieux, parce qu'en fait les gens qui souffrent de ce trouble peuvent paraître bizarres, comme s'ils étaient fous, alors qu'au fond ce sont des anxieux. Ils ont des obsessions, par exemple, de mettre le feu à la maison. Ils ont des compulsions, par exemple, aller vérifier que la plaque de la cuisinière est bien éteinte. Au fond, c'est une anxiété mais qui appelle toujours une vérification, un rituel, soit de lavage pour ne pas être contaminé ou ne pas contaminer les enfants, soit de vérification, etc. Le rituel peut parfois être logique. C'est vrai que si je ne veux pas mettre le feu à la maison, je devrai vérifier que les bougies sont éteintes . Mais des fois il est illogique : il faut se laver les mains dans un sens et pas dans l'autre parce que sinon il faut que je recommence. Alors ces anxieux se rendent compte de l'irrationalité de leur anxiété ou en tous cas de la réponse à leur anxiété mais souvent n'osent pas l'avouer parce qu'ils passent pour des idiots ou des fous alors que franchement ce sont des gens très intelligents. Newton était un  obsessionnel compulsif.

Question : Les troubles obsessionnels compulsifs ont-ils augmenté  ?
TH : On détecte davantage ce trouble donc il est beaucoup plus visible. Les gens en parlent plus facilement, avant ils s'en cachaient. C'est comme les boulimiques. Les boulimies augmentent sans doute mais aussi les gens parlent plus facilement, consultent plus facilement pour les boulimies. Donc le trouble obsessionnel compulsif depuis qu'il est déclaré comme étant un trouble et pas des bizarreries, les gens arrivent à en parler plus facilement.


Question : Le taux de mortalité chez les anxieux est-il plus élevé que dans la population générale ?
YB : Oui, mais pas à cause des symptômes des crises spectaculaires, mais à cause de l'effet de stress chronique, de stress au sens premier du terme, par exemple sur les artères qui, si ça dure des années et des années peut effectivement augmenter la prévalence de maladies cardio-vasculaires. Et, surtout aussi chez les gens chez qui ces émotions ne sont pas exprimées. Donc, l'angoisse ou une émotion forte inhibée complètement et pas exprimée va faire plus de mal au corps et c'est peut-être aussi quelque chose de protecteur d'avoir une crise phobique ou une crise d'angoisse explicite, si on prend le point de vue purement de nos artères. Il y a beaucoup d'articles qui montrent que c'est surtout les émotions non sorties qui vont faire le plus de mal sur certains organes. Mais c'est clair que ces maladies vont passer forcément avec une traduction dans le corps à la longue. Notre immunité est modulée par nos émotions. Quand on est dans un état immunologique déprimé peut-être bien que ça va être aussi un facteur pour l'éclosion d'un cancer. Donc, de quelque manière que l'on prenne le problème, il y a tout intérêt à soigner ces pathologies. Et j'aimerais dire encore une fois le plus vite possible, avant que ces mécanismes ne s'impriment d'une manière trop profonde dans les circuits neurologiques de la personne.


Question : L'anxiété peut-elle mener au suicide?
TH : Oui, elle peut mener au suicide parce que, malheureusement, 40 % des états anxieux se compliquent d'un état dépressif, peut-être plus dans certaines études, mais le chiffre vous donne un ordre de grandeur. L'anxiété péjore tellement la qualité de vie qu'en fait elle peut conduire aussi à une démoralisation, une tristesse, un désespoir. D'ailleurs sur le plan neurobiologique il y a une réaction d'épuisement et ça amène effectivement une dépression. Et la dépression peut se compliquer hélas d'un suicide. C'est vrai qu'un certain nombre de déprimés se suicident. Donc c'est là la complication possible, l'anxiété peut mener au suicide par la voie de la dépression.


     
   
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