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EXIT
(Association
qui propose une assistance au suicide
aux
personnes en fin de vie)
1.
Quel est le cadre juridique de l’assistance au suicide en
Suisse ?
2.
Comment se passe l’assistance au suicide dans le cadre d’Exit
?
3. Est-ce qu’Exit intervient pour les malades
psychiatriques et dépressifs ?
4.
Parmi les membres d’Exit, quelles sont les catégories
sociales représentées ?
5. Exit intervient-elle essentiellement à domicile
?
6. Exit est-elle acceptée dans votre centre
de soins palliatifs ?
7. Avez-vous des demandes d’assistance au suicide
?
8. Dans quelles conditions Exit a-t-elle été
autorisée à intervenir au CHUV ?
9. Quelle est la position des Hôpitaux Universitaires
de Genève par rapport à Exit ?
10.Combien d’aides au suicide Exit a-t-elle
pratiqué en Suisse romande l’année dernière
?
11.Aux
HUG, la demande est-elle grande ?
12.Quel est le nombre de demandes d’assistance
au suicide au CHUV depuis janvier ?

Question
: Quel
est le cadre juridique de l’assistance au suicide en Suisse
?
MVW : Il y a un code pénal. Ce code pénal suisse définit
d’une façon exhaustive tout ce qui est punissable dans
ce pays. Avec les articles 110 et suivants qui disent qu’on
n’ose pas tuer. Ils parlent du meurtre, de l’assassinat,
du meurtre à la demande de la victime, qui est l’euthanasie.
Ce sont les articles 111, 112, 113, 114. Suit un article 115 qui
dit : « Est punissable celui qui aide à mourir quelqu’un,
s’il est mû par un mobile égoïste ».
Et comme tout ce qui n’est pas interdit par le code pénal
n’est pas punissable, cela a ouvert un espace pour le suicide
assisté. Il faut savoir que c’est un espace qui est
tout à fait exceptionnel, puisque les autres pays, notamment
en Europe, ne connaissent pas de pareilles dispositions. Certains
d’entre eux parlent aussi de suicide assisté, mais
ne font pas une législation pénale aussi différente
entre l’euthanasie et le suicide assisté. C’est
peut-être parce que l’intentionnalité de donner
la mort est bien présente dans l’un et l’autre
cas, même si le geste est fait entièrement par la personne
dans le cas de l’euthanasie.
JS
: C’est grâce aux avocats d’Exit Suisse allemande
et Exit Suisse romande que nous avons vu qu’il y avait un
espace de liberté que nous avons saisi. Et heureusement que
nous avons pu le saisir et que nous avons réussi ensuite
à le faire valider par les autorités juridiques et
puis par le Conseil national.
Question : Comment se passe l’assistance
au suicide dans le cadre d’Exit ?
JS : Il y a toute une procédure d’évaluation
qui est mise en place, bien entendu. A partir du moment où
la personne répond aux critères que notre association
s’est fixée pour donner son aide, nous acceptons d’aider
la personne. Lorsque nous aidons la personne, ça veut dire
que nous allons chez elle, nous sommes avec elle et avec ses proches,
et nous allons lui donner la potion mortelle qu’elle va prendre
elle-même. Donc, c’est la personne elle-même qui
a le contrôle du dernier geste qui va lui permettre de quitter
cette vie ou non. Si elle hésite, bien entendu, rien ne se
passe. A partir du moment où la personne a bu la solution,
quand nous constatons son décès, nous avertissons
les autorités qui délèguent des inspecteurs
de police et un médecin légiste. Le rapport de la
situation est transmis au juge, parce que chaque fois, il y a une
instruction pénale qui est ouverte contre nous. Un suicide
assisté, une auto délivrance n’est pas considérée
comme une mort naturelle. C’est considéré comme
une mort violente, et il y a automatiquement ouverture d’une
instruction pénale contre nous. Et compte tenu des éléments
que nous présentons : la demande de la personne, authentifiée
par un notaire si elle ne peut pas écrire, les documents
médicaux et la façon dont la personne a elle-même
géré sa mort, puisque c’est elle-même
qui a fait le dernier geste. Compte tenu de tous ces éléments,
comme nous aidons la personne par compassion, parce que nous la
comprenons sur le plan philosophique, que nous n’héritons
rien de cette personne, le juge d’instruction constate que
nous n’avons pas de mobile égoïste, et la procédure
pénale est close sur un non-lieu. Nous sommes considérés
comme témoin de quelqu’un qui s’est suicidé,
et le suicide en tant que tel, n’est pas un acte punissable
en Suisse. Donc, aider quelqu’un à faire un acte non
punissable, en n’ayant aucun mobile égoïste, ipso
facto, n’est pas punissable.
AP
: Ce flou juridique ouvre quand même la porte à toutes
sortes de choses et on voit que ça aboutit à de grandes
variations de pratique. La loi ne dit absolument rien sur les conditions
qui entourent ce geste, hormis encore une fois l’absence de
mobile égoïste. La plupart des législations des
pays limitrophes qui ont une loi autorisant l’euthanasie et
l’assistance au suicide, c'est-à-dire la Belgique et
les Pays-Bas, ont réglementé ça. Chez nous,
la loi ne le fait pas, mais nos instances déontologiques
et éthiques le font. Il y l’Académie suisse
des sciences médicales d’un côté, et puis
la Commission nationale d’éthique de l’autre.
Le problème, c’est qu’ils ne sont pas toujours
d’accord, en tout cas pour un certain nombre de nuances. Ce
sur quoi tout le monde est d’accord, c’est évidemment
que comme il s’agit d’un geste volontaire, la personne
doit être, comme on dit dans le jargon juridique, capable
de discernement. Autrement dit, lucide, consciente de son acte,
consciente des alternatives et de faire un choix libre. La deuxième
chose avec laquelle presque tout le monde est d’accord, c’est
que les alternatives doivent avoir été proposées
à la personne, et en particulier, l’alternative des
soins palliatifs. Où ça devient un peu plus compliqué,
c’est la question de la persistance de la demande. Tout le
monde est d’accord que la demande doit persister dans le temps.
Mais quand on demande combien de temps et après combien de
temps, il faut vérifier que la volonté de la personne
est toujours présente, il n’y a pas de vraie réponse
à ça. Et on voit par exemple dans les statistiques,
parce qu’on en a de l’activité d’Exit,
que ce soit en Suisse romande ou en Suisse alémanique, on
les a, puisque chacun de ces décès fait l’objet
d’une déclaration à une institution, les légistes
ont cette information. Et bien on voit que certaines personnes ne
sont membres d’Exit que depuis moins d’une semaine au
moment où elles font leur geste. Je ne dis pas que ça
ne doit pas se passer comme ça, mais il y a une grande variation.
Un autre champ qui est très difficile, c’est celui
du type de maladie qui est concerné. Certaines dispositions
disent que le patient doit être en fin de vie. L’expression
de l’Académie suisse des sciences médicales,
est : « la maladie dont souffre le patient permet de considérer
que la fin de sa vie est proche ». Qu’est-ce que ça
veut dire proche ? Et la Commission nationale d’éthique,
elle, ouvre un autre champ en disant que cela peut aussi être
une invalidité importante, sans nécessairement qu’il
s’agisse de la fin de la vie. C’est plus que des nuances,
en tout cas pour nous autres qui sommes confrontés à
ces types de demande. Et puis, finalement, il y a encore la question
des patients psychiatriques qui divise. La seule exception étant
les Pays-Bas qui autorisent l’assistance au suicide chez les
patients psychiatriques. On y reviendra peut-être, alors que
toutes les autres dispositions ne le font pas. Mais encore une fois,
en Suisse, ce n’est pas la loi qui régit, ce sont les
instances déontologiques et éthiques et qui ont en
plus des nuances différentes entre elles. Donc, ce n’est
pas facile comme médecin de trouver notre chemin avec ça.
Bien sûr, la loi ne répond pas à tout, et ne
doit pas répondre à tout, mais on aimerait bien que
les choses soient plus claires. Et puis finalement, ça veut
aussi dire que l’interprétation des différentes
associations, parce qu’il n’y a pas qu’Exit qui
pratique l’assistance au suicide, peut être assez différente.
Et ce que j’ai trouvé sur le site d’Exit, c’est
que tout adulte lucide qui après avoir tout essayé,
estime que la vie lui est devenue absolument insupportable, c’est
tout ce que ça dit, a le droit de prendre en charge sa mort
et d’y être aidé.

SR
: Mais en même temps, l’article ne dit pas que c’est
nécessairement une association qui doit s’en charger,
n’importe qui peut le faire.
MVW
: L’article ne le dit pas ; il faut reconnaître toutefois
que la pratique d’Exit en Suisse romande est une pratique
plus restrictive que celle d’autres organisations d’aide
à la fin de vie, et notamment en Suisse allemande.
Question : Est-ce
qu’Exit intervient pour les malades psychiatriques et dépressifs
?
JS : Exit y a réfléchi
et nous ne proposons rien. Nous n’entrons pas en matière
pour des pathologies psychiatriques pures. Vous avez une pathologie
psychiatrique, vous allez voir deux psychiatres, et vous aurez trois
avis, celui du premier, celui du deuxième et celui du troisième.
C’est quelque chose qui est extrêmement particulier.
Quelqu’un qui a une maladie organique, nous pouvons le voir,
le comprendre, le suivre, et le cas échéant, si on
a besoin de défendre la situation devant un tribunal, on
peut le faire. On peut la défendre du point de vue juridique,
du point de vue médical, du point de vue de la société,
du point de vue politique. Une maladie psychiatrique pure, c’est
quelque chose d’extrêmement volatile et on aura beaucoup
de mal à dire que c’était une maladie psychiatrique
incurable. J’aimerais prendre l’exemple de la Hollande.
En Hollande, grosso modo, vous avez chaque année 9'000 demandes
d’euthanasies pour des maladies organiques. Sur ces 9'000
demandes, je schématise, il y a aura 3'000 euthanasies où
le médecin fait une injection mortelle. Pour les cas psychiatriques,
vous avez, en Hollande, chaque année, grosso modo, 200 demandes.
Et sur ces 200 demandes, il y aura 3 ou 4 demandes qui vont avoir,
non pas une euthanasie, mais un suicide assisté, où
c’est la personne elle-même qui va faire le dernier
geste. Et c’est dans des situations particulières où
il y a eu un suivi psychiatrique de plusieurs années, avec
des tentatives de suicides, avec en fait un dossier particulièrement
lourd qui va tenir la route. Moi, j’aimerais déjà
pouvoir aider une immense majorité et par la suite, ces cas
psychiatriques, s’il y a des psychiatres compétents
qui se sentent la volonté et la compétence de prendre
en charge ces patients et qui assument la difficulté eux-mêmes
d’accompagner ces patients, bien entendu, je ne vais pas m’y
opposer. Il faut dire que Dignitas qui est une association concurrente
d’Exit en Suisse alémanique est entrée en matière,
parfois, sur des cas psychiatriques. Mais ce sont des cas exceptionnels
et en fait après que M. Minelli, qui dirige Dignitas, ait
rencontré ces gens et discuté avec eux, l’immense
majorité a renoncé.
 AP
: D’abord, honnêtement, je fais partie de ceux qui pensent
que l’association Exit fait un travail nécessaire et
qu’elle le fait bien. Ceci dit, je pense qu’elle n’échappe
pas non plus à un certain nombre de contradictions qui sont
un peu inévitables quand on parle de choses aussi fragiles.
La question des patients psychiatriques, c’est une contradiction.
Il n’y a pas de doute. Si on est absolument déterminé
que la valeur la plus importante pour un être humain, c’est
le droit à l’auto détermination, on ne voit
pas très bien au nom de quoi, un patient, même atteint
d’une pathologie psychiatrique, n’aurait pas le même
droit que les autres patients. Le parcours d’obstacles que
vous décrivez, c’est aussi une contradiction. Si on
est convaincu que c’est une bonne chose, qu’il y a des
bonnes morts comme le suicide assisté, pourquoi autant d’obstacles
? Pour moi, cela illustre le fait qu’on est quand même
dans un domaine où les choses sont très délicates
et où les prises de positions très tranchées,
noires et blanches, ne sont pas tellement tenables, en réalité.
Question : Parmi
les membres d’Exit, quelles sont les catégories sociales
représentées ?
JS : Je dirais que c’est un très, très large
panel. Il y a des gens de tous les milieux et il y a des gens de
partout. Ceux qui ont fait appel à nous pour des auto-délivrances,
c’étaient des gens qui étaient souvent humbles
ou c’étaient des gens qui pouvaient être des
intellectuels. Il y avait vraiment de tous les milieux. La moyenne
d’âge des personnes que nous avons aidées à
domicile, est de 74 ans, et la moyenne d’âge des personnes
que nous avons aidées en EMS est de 84 ans. Cela me semble
explicite. Je pense que plus on avance en âge, plus la question
de la fin de la vie se pose. Cela semble évidentn.
AP
: Je crois que c’est un peu plus compliqué que ça.
Il y a des personnes âgées qui ont des positions très,
très différentes et des convictions très différentes
par rapport à la fin de leur vie. Moi, je suis dans un service
où j’ai beaucoup plus de peine, parfois, à dialoguer
avec des patients pour lesquels je sais que nous n’avons plus
de ressources autres que de les accompagner sur la dernière
partie de leur chemin et qui aimeraient qu’on continue à
se battre absolument jusqu’au bout pour eux. Et l’âge
n’a pas grand-chose à voir avec ça. On a des
patients très âgés pour qui le fait de simplement
accepter la fin de leur vie est tout sauf évident et qui
voudraient qu’on se batte pour eux jusqu’au bout. Comme
praticien, ce ne sont pas mes valeurs qui prennent le pas sur les
valeurs de mes malades, c’est juste l’expérience
quotidienne qui fait que je sais : un, que chaque personne est différente
et deux, que les gens ont aussi un chemin et qu’ils évoluent
au cours de ce chemin. C’est peut-être un peu dangereux,
réducteur et facile de juste écouter un son de cloche
à un moment donné d’un parcours qui nous convient.
Question : Exit
intervient-elle essentiellement à domicile ?
JS : Nous intervenons essentiellement à domicile. Nous nous
sommes battus pour pouvoir intervenir dans des EMS et maintenant
les EMS nous sont ouverts, moyennant pas mal de discussions et de
préparations, mais là c’est une nouvelle porte.
Et puis, nous avons aussi défini la possibilité d’agir
maintenant dans le cadre du CHUV, et puis dans un certain nombre
d’hôpitaux vaudois qui ont des commissions d’éthique
qui ont réfléchi et qui vont nous ouvrir la porte
dans des situations tout à fait particulières. Mais
encore une fois, si nous intervenons, c’est parce que personne
d’autre ne va le faire à notre place. Nous souhaiterions
par la suite que les médecins de famille prennent en charge,
eux aussi, les personnes qu’ils ont suivies et connues depuis
longtemps, plutôt que de se défausser sur nous d’une
situation difficile.
MVW
: Moi, je me pose une question. Il y a 13'000 membres d’Exit
en Suisse romande. Comment se fait-il, puisque la question du lieu
de la fin de vie des personnes qui souhaitent mettre fin à
leur vie volontairement se pose, pourquoi est-ce qu’Exit ne
crée pas une sorte de réseau d’entraide. Sur
ses 13'000 membres, il y en a bien quelques-uns qui ont des belles
villas avec des grands parcs. Pourquoi est-ce que vous ne vous invitez
pas les uns les autres pour finir votre vie dans des conditions
qui sont celles qui vous conviennent et qui permettraient d’être
entourés par des gens qui partagent vos convictions ?
JS
: La plupart des gens peuvent mourir chez eux, quand ils ont des
problèmes particuliers. Il y a un certain nombre de personnes
qui ne le peuvent pas et ça nous met dans des situations
humaines extrêmement difficiles. C’est d’ailleurs
pour ça que le CHUV a réfléchi et puis a pensé
à avoir une petite ouverture. Je pense que cette ouverture,
même si elle est très rarement utilisée parce
qu’il y a peu de gens qui vont se trouver dans cette situation
au CHUV, elle mérite d’exister. Ce n’est pas
lorsqu’on est en face d’une situation dramatique, qu’il
faut commencer à se poser des problèmes. Je pense
qu’être responsable, cela veut dire anticiper et que
si quelqu’un est dans une situation aussi dramatique, on se
doit de pouvoir l’aider au mieux de ses intérêts,
surtout s’il pense que pour lui, la moins mauvaise chose,
c’est de mourir. Et de continuer à survivre dans des
conditions dramatiques, c’est ce qui peut lui arriver de pire.
Et je pense aussi que par la suite, les soins palliatifs y viendront.
Cela prendra peut-être encore un tout petit peu de temps,
mais je pense qu’à un moment donné, il y aura
complémentarité. Et j’en veux pour preuve l’Oregon,
qui est le seul Etat des Etats-Unis où il y a un suicide
médicalement assisté, et ce suicide médicalement
assisté est fait par des gens des soins palliatifs. On dit
à quelqu’un qui a un cancer et qui veut faire sa demande
: « OK, on vous entend et on vous écoute, on vous propose
des soins palliatifs, si ces soins palliatifs ne sont pas satisfaisants
et insuffisants, on va vous aider ». Cela, c’est la
quintessence et la synthèse.
AP
: Cette question soulève un problème très actuel.
Vous savez peut-être qu’il existe dans les hôpitaux
des lits de fin de traitement. C’est un mot affreux. Cela
veut dire qu’il y a des patients qui sont en attente d’une
place dans un établissement médico-social, dont la
seule maladie active est d’être trop dépendant
pour pouvoir retourner à leur domicile et qui, c’est
une situation très genevoise, je ne sais pas si on a l’équivalent
dans d’autres cantons, attendent en fait dans une structure
hospitalière, à cause du manque de place, mais où
ils n’ont plus réellement besoin, en tout cas de soins
hospitaliers. Parmi ces patients, il y a des personnes qui n’ont
pas du tout une maladie qui va les entraîner à la mort
rapidement, mais qui peuvent, précisément parce qu’ils
se sentent très invalidés, extrêmement affaiblis,
peut-être parce qu’ils ont des douleurs qui ne sont
pas liées à une grande maladie qui porte le nom de
cancer, mais simplement à de l’arthrose, à un
rhumatisme relativement banal, des patients qui décident
que leur vie n’a plus de sens et qui vont avoir une demande
de suicide assisté. Et ça, c’est aussi une difficulté
dans ce type de réflexion, parce qu’encore une fois,
comme on n’a pas de cadre légal tout à fait
précis, et que même nos autorités éthiques
ne sont pas tout à fait en accord sur la suite qu’il
faut donner à ce genre de demande, cela laisse les soignants
effectivement un peu empruntés. Autrement dit, une personne
qui vivrait ça à domicile, qui demanderait l’assistance
de l’association Exit, je ne sais pas ce qu’Exit répondrait,
mais en tout cas, nous n’aurions rien à dire et pas
à intervenir. Par contre, la situation pourrait maintenant
se passer dans les hôpitaux pour la raison que je viens de
dire.
Témoignage
d’une personne dans le public : Je suis accompagnatrice chez
Exit. Je voulais dire que j’ai accompagné, il y a 7
ans, quelqu’un qui vivait dans un EMS et ça n’était
pas du tout possible de pratiquer dans l’EMS. La personne
n’avait que ce domicile-là et elle a demandé
à un couple d’amis qui avaient aussi 85 ans comme elle,
si elle pouvait pratiquer chez eux. Alors, ils sont rentrés
de vacances spécialement pour être présents,
pour l’accompagner. Et puis cela s’est passé.
Il y a eu une petite fête et à l’issue du repas,
la personne a avalé la potion létale. Si elle n’avait
pas eu d’amis, elle aurait dû attendre que son cancer
du pancréas arrive à sont terme. Et on sait que c’est
un cancer très douloureux.
Question : Exit
est-elle acceptée dans votre centre de soins palliatifs ?
MVW : Non, nous n’acceptons
pas Exit. Cela fait 5 ans que notre direction collégiale
a pris cette position claire, une position écrite, connue
qui figure sur notre site Internet, qui est communiquée aux
patients et à leurs proches, et puis aux soignants qui nous
adressent des patients. Au départ, cette position nous a
fait passer pour un peu doctrinaires, mais en fait, on se rend compte
qu’elle tient vraiment bien la route. On est un centre de
soins palliatifs et puis, osons le dire, même si c’est
au nom d’un humanisme qu’agit Exit et nous-mêmes,
nous n’avons pas l’entier des valeurs qui sous-tendent
nos actions qui sont communes. Et notamment, on n’a pas la
même définition de ce qu’est la dignité
humaine. On n’a pas forcément la même notion
des limites de la condition humaine et puis du fait que l’autonomie
n’est pas la seule valeur.
Question
: Avez-vous des demandes d’assistance au suicide ?
MVW
: Chez nous, sur 150 patients qui sont entrés l’année
dernière, 110 sont décédés à
la Chrysalide, 40 sont repartis à la maison. Quelques-uns
arrivent avec une idée de suicide assisté ou avec
l’envie d’en finir rapidement. On se rend compte que
comme ils connaissent notre position, que chez nous ce n’est
pas possible pour les accompagnants d’Exit de venir et de
parler avec les patients, c’est clair pour tout le monde que
s’il y a un suicide assisté, il ne se passe pas là.
Et s’il ne se passe pas là, c’est pour être
clair. On ne veut pas devenir un supermarché de la mort.
On pratique des soins palliatifs, on explique ce que c’est,
on explique les valeurs qui sont sous-tendues par les soins palliatifs,
et c’est vrai qu’on ne vient pas seulement parce qu’on
est une maison de soins palliatifs, on vient pour mourir et parce
qu’on a décidé du comment.
Question : Dans
quelles conditions Exit a-t-elle été autorisée
à intervenir au CHUV ?
VC : On a créé un groupe de travail en essayant de
représenter les différents corps de métier,
notamment au niveau médical et infirmier, évidemment.
La raison pour laquelle il y a une ouverture qui s’est faite
dans l’institution, c’est parce que certains pensaient
qu’un patient, quand il était à la maison ou
quand il était dans une autre institution, dans certains
EMS notamment, il avait la possibilité d’accéder
à Exit. Or chez nous, ce n’était pas possible.
Mais il faut savoir que les portes ne sont pas grandes ouvertes
et qu’on ne considère pas Exit comme des partenaires
de soin. Ce sont des situations particulières. Cela veut
dire que quand le patient n’est pas en mesure de rentrer chez
lui, dans ce cas, on peut éventuellement entrer en matière,
avec des conditions très strictes. Il y a une évaluation
de la situation, la nécessité que la demande soit
répétée à plusieurs reprises. Ensuite
on demande aux soins palliatifs de faire une consultation et de
tenter d’améliorer la situation au niveau des symptômes.
Il y a une évaluation qui est faite aussi par le service
de psychiatrie de liaison pour s’assurer que le patient ne
se trouve pas dans un état dépressif, ce qui pourrait
expliquer évidemment son envie de mourir. Ensuite, après
tout ça, il y a encore la commission d’éthique
qui s’assure que tous ces entretiens se sont passés
correctement et puis que ça réponde à tout
ce qui avait été demandé. Et, seulement à
partir de ça, il y a une possibilité d’entrer
en matière. Par rapport au personnel soignant, il faut le
dire, que ce soit les infirmières ou les médecins,
personne n’est tenu ou obligé de participer à
la mise en pratique de ces mesures. On a choisi de faire appel à
Exit, parce qu’au fond, les soignants ne sont pas formés,
je vais peut-être être un peu directe, mais on n’est
pas formé pour tuer. On est formé pour soigner, pour
accompagner, et on n’a pas souhaité que ce soit quelqu’un
de l’institution qui aille donner le médicament au
patient.

Question : Quelle
est la position des Hôpitaux Universitaires de Genève
par rapport à Exit ?
AP : C’est une réflexion difficile. Dans le conseil
d’éthique que je vice-préside, nous ne sommes
pas encore parvenus à une conclusion définitive sur
ce point particulier qui est l’intervention d’Exit,
ou plus exactement l’autorisation du suicide assisté,
parce que dans la position du CHUV, cela ouvre aussi la possibilité
à un médecin de famille de le faire. Au sein des Hôpitaux
Universitaires de Genève, il ne s’agit donc pas de
prendre position sur l’assistance au suicide en tant que telle,
mais sur le fait que cela puisse se passer ou non en milieu institutionnel.
Alors, il y a des arguments forts pour, et il y a des arguments
aussi forts contre. Les arguments pour, c’est toujours un
peu les mêmes qui reviennent. Ce sont des arguments qu’on
retrouve, parce qu’on n’est pas les premiers à
avoir cette discussion. Alors les arguments pour, bien sûr,
c’est que l’hôpital est une institution publique,
que donc nous avons un devoir de service aux personnes qui y séjournent
et qui n’y séjournent que rarement de leur plein gré,
qu’il y a des situations où une personne n’a
plus de domicile, et qu’on ne voit pas très bien au
nom de quelle loi ou de quelle légitimité, nous dirions
que ce qui serait autorisé dans un tout autre contexte que
l’institution hospitalière, ne le serait pas. Position
assez simple et à priori assez attrayante. Puis, les arguments
contre, et c’est là que c’est un peu difficile,
parce que d’un côté, on a l’autodétermination
du patient et puis de l’autre côté, on a les
valeurs des soignants. Et ces valeurs, elles sont extrêmement
fortes et je crois qu’il ne faut pas les écarter d’un
revers de main. C’est vrai que quand on dit que l’hôpital
est une institution qui délivre des soins et que participer
à délivrer la mort n’est pas un soin, ça
peut paraître un peu taillé à la serpe, et pourtant
ce sont quand même des choses fondamentales. C’est une
des choses qui fait que les gens nous font confiance et qu’ils
viennent chez nous se faire soigner. Et puis, les gens qui choisissent
une profession de soignant sont très dévoués
à la vie. Alors, c’est vrai qu’on nous a beaucoup
reproché d’avoir une vision un petit peu cunéiforme
de la vie biologique qu’il faut préserver à
tout prix. Je crois qu’on n’en est plus là depuis
longtemps. A preuve, le développement des soins palliatifs.
Mais même dans les soins palliatifs, on cherche vraiment à
accompagner la vie jusqu’à la fin de la vie. Quand
on dit accompagner la mort, ce n’est pas tout à fait
juste. La mort de toute façon, c’est un chemin qu’on
fait seul. Donc, on essaye d’accompagner la vie jusqu’au
bout. Alors quand on a des valeurs aussi fortes, dire qu’on
va participer, que ce soit de manière passive ou active à
une assistance au suicide, c’est quelque chose qui est très
difficile pour les soignants. Et je crois que c’est quelque
chose qu’il faut entendre. Le reflet de ça, c’est
qu’au sein de notre conseil, on est un tout petit peu divisé.
Et puis finalement, j’aimerais apporter un dernier élément
très brièvement. Il y a des liens quand même
très complexes entre maladies graves et dépressions.
Ce n’est pas la dépression psychiatrique dont on parle,
c’est une dépression dont il est difficile de savoir
si elle est normale quand on vit une situation extrêmement
difficile ou pas. Mais quel est le poids de cela dans la décision
que prendrait quelqu’un ? Est-ce que c’est quelque chose
sur quoi on peut encore avoir une action ? Ce n’est pas non
plus des questions qu’on peut, je crois, balayer d’un
revers de main et en tout cas, il y a un pas que personne n’a
franchi et certainement pas le CHUV, c’est d’offrir,
au fond, l’assistance au suicide comme une espèce de
prestation de service avec un risque de banalisation qui serait
pour nous extraordinairement dangereux.
JS
: Bien entendu, j’ai beaucoup de choses à dire et en
fait dans les arguments pour, un argument que vous n’avez
pas cité, c’est que l’ensemble du corps médical
et du personnel soignant n’est pas monolithique. Et vous avez,
dans le cadre du personnel soignant et dans le cadre des médecins,
des gens qui ont des éthiques très différentes,
et il y a des médecins, et il y a des infirmières
qui seraient prêts à entrer en matière pour
le suicide assisté. Donc, pour ça, une institution
n’est pas monolithique. Il faut le savoir, c’est un
argument qui est pour. Pour les soignants, une étude avait
été faite en 2001, que M. Von Wyss connaît,
dans le cadre des soins palliatifs. 40% des gens qui avaient été
interrogés, étaient ouverts à des possibilités
particulières d’assistance au suicide, et c’était
en 2001. Maintenant, vous parlez des problèmes de dépression.
Laissez-moi vous signaler que nos confrères hollandais et
belges qui font de l’euthanasie directe, ont réfléchi
à ces problèmes et ce n’est pas parce qu’on
est dépressif, qu’on va demander une euthanasie. Tous
les dépressifs ne demandent pas à mourir, et le traitement
des dépressions ne balaye pas toutes les demandes. Il y a
des demandes qui sont émotionnelles, et puis il y a des demandes
qui sont des bilans rationnels. Donc, il faudrait bien séparer
ce qui est psychiatrique de ce qui ne l’est pas. J’aimerais
quand même vous rappeler qu’on parle de liberté,
et qu’il n’y a pas si longtemps, au pays des Soviets,
il y avait des psychiatres chefs qui internaient des gens qui se
battaient pour la démocratie.
VC
: Je crois qu’il ne faut pas oublier quelque chose. Vous avez
sans doute, en tant que soignant, une fois vu quelqu’un souffrir,
être vraiment mal, autant au niveau physique qu’au niveau
psychologique. Donc ça ne m’étonne pas que les
soignants, à un moment donné, répondent que
oui, ils pourraient éventuellement entrer en matière.
Or, dans la réalité, par exemple dans le groupe de
travail qui a été composé au CHUV, on a vraiment
eu le sentiment d’avoir abordé toutes les problématiques,
toutes les solutions, vraiment toutes les situations qui pouvaient
se présenter à nous. Et bien, quand des situations
se sont présentées en réalité, cela
a été des réactions extrêmement vives
du personnel soignant. Je crois qu’on n’arrive pas à
se projeter par des questionnaires, par des groupes de travail,
à la réalité d’une situation. Et cela
a été un bouleversement qui a été vraiment
impressionnant de la part des soignants.
JS
: C’est une révolution qui va nécessiter un
peu de temps, et il est évident que de la part des soignants,
il faut d’abord soi-même se situer par rapport à
sa fin de vie. Ce ne sont pas des décisions qui vont pouvoir
se prendre rapidement. Donc, c’est normal que cela va prendre
encore un petit peu de temps.
Question : Combien
d’aides au suicide Exit a-t-elle pratiqué en Suisse
romande l’année dernière ?
JS : Nous avons eu 202 demandes d’assistance au suicide l’année
dernière, sur maintenant près de 13'000 membres que
nous avons en Suisse romande. Et nous avons eu 54 demandes qui ont
été jusqu’à leur terme. Ce chiffre est
extrêmement important. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire
qu’il n’y a, grosso modo, qu’une demande sur quatre
qui va à son terme. Que se passe-t-il pour les autres ? Et
bien, ce sont des gens qu’on a vu, à qui on a pu dire
: « Si vous souhaitez une auto délivrance… ».
Mais tous ne vont pas au bout. Certains ne fixent pas de date, parce
qu’ils vont encore suffisamment bien, mais ils ont été
rassurés. Ils savent que si la situation devient trop difficile,
ils vont pouvoir faire appel à nous et que nous n’allons
pas les abandonner. Et ils ne font pas tous appel à nous.
Il y en a un bon nombre qui meurt de leur mort naturelle. Mais ils
ont été rassurés et ils ont été
sécurisés infiniment mieux que par les traitements
psychiatriques, les psychotropes et beaucoup d’autres choses.
Donc, on aide paradoxalement à vivre mieux cette fin de vie.
Et ça, c’est un élément dont les soignants
des soins palliatifs ne tiennent pas forcément compte.
Question : Aux
HUG, la demande est-elle grande ?
AP : Aux HUG proprement dit, non. Moi, j’ai le souvenir de
deux situations dans lesquelles nous avons été impliqués
avec le conseil d’éthique clinique sur le site qui
s’appelle maintenant Cluse-Roseraie, disons l’hôpital
de soins aigus, hors psychiatrie, hors gériatrie. Et puis,
j’ai des chiffres qui m’ont été donnés
par le Docteur Zulian, du Cesco (soins palliatifs), qui sont très
proches de ceux de M. Von Wyss, donc je ne vais pas allonger. Mais
disons grosso modo, 2% des patients admis au Cesco qui sont venus
avec une demande d’assistance au suicide, un tout petit peu
plus si on met les demandes d’euthanasie, on arrive à
peu près à 4%. Mais de façon intéressante,
sur les 16 demandes d’assistance au suicide, il y en a 14
qui ont été réglées autrement et qui
se sont soldées soit par la mort naturelle du patient lors
de son séjour au Cesco, soit des patients qui sont retournés
à domicile, mais pas pour y mourir. Il n’y a que deux
patients qui finalement effectivement ont réalisé
leur suicide assisté. Alors on peut dire que c’est
biaisé et que c’est la perception peut-être un
peu trop bienveillante des gens du Cesco, mais la perception des
équipes était que le fait que ça se soit déroulé
à domicile, dans la mesure où c’était
des patients qui pouvaient parfaitement y rentrer, n’avait
pas été en soi un problème et la source d’une
espèce de grande confrontation, de sentiment d’abandon
de la part du patient et de sa famille, parce que la position du
Cesco était, en tout cas jusqu’à aujourd’hui,
pratiquement, aussi claire que celle de la Chrysalide. Et, je crois
que c’est important de noter que la Commission nationale d’éthique
a demandé que chaque institution publique prenne position,
mais elle n’a pas dit quelle position il fallait prendre.
Elle a dit, par loyauté vis-à-vis des patients, on
doit, si vous pardonnez cette expression, annoncer la couleur, on
doit dire qui on est et quelles sont nos valeurs, et ce qu’on
est prêt à faire et à ne pas faire. Mais on
a le droit de statuer dans les deux directions, pour peu que la
population qu’on dessert sache qu’elle est notre position.

Question
: Quel
est le nombre de demandes d’assistance au suicide au CHUV
depuis janvier ?
VC : Je ne peux sincèrement pas vous les chiffrer, mais je
sais qu’il y en a peu, et aucune n’a abouti.
JS : Il y en a une qui a abouti dans un hôpital qui dépend
du CHUV. La commission d’éthique du CHUV est intervenue
et tout le processus CHUV a eu lieu. L’assistance au suicide
a eu lieu dans un établissement hospitalier qui dépend
de la commission d’éthique du CHUV. C’est le
premier cas depuis l’accord avec le CHUV.
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