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Témoignage
& interview diffusés pendant le débat
Témoignage
Nicole
Castioni, 47 ans, deux filles, de dix-neuf et treize ans. Ecrivain,
elle vient de publier un troisième ouvrage: « Le
dernier partage » aux éditions Favre. Il retrace
un partage, un passage de vie avec son mari, malade d'un cancer,
jusqu'à ses derniers jours.
Ce sont des signes extérieurs qui m'ont alertée. C'est-à-dire
les hémorragies, les hémorragies internes, les varices
oesophagiennes, l'arrivée des oedèmes qui se sont
installés petit à petit, et ça, ce sont des
signes qui ne peuvent pas être cachés par le malade.
Donc, c'est à ce moment-là que je me suis réellement
dit qu'il y avait un problème. Quand la maladie s'est vraiment
installée et qu'elle a commencé à être
voyante, c'est à ce moment-là qu'il a pris contact
avec le centre de transplantation pour pouvoir être sur la
liste des futurs transplantés. Et on a commencé à
attendre une éventuelle greffe du foie. C'est un processus
qui a quand même été un peu long. Evidemment,
c'est normal ... et c'est vrai qu'à ce moment-là,
on était plein d'espoir et même s'il y avait des moments
où on savait qu'il risquait d'avoir une fin dramatique, parce
que mon mari était jeune, il a commencé à être
malade avant 50 ans, il est mort à 51 ans, on avait toujours
l'espoir d'avoir cette greffe, ce qui faisait qu'on était
toujours rassuré. Et puis comme lui, il fonctionnait dans
le déni, non seulement ça le rassurait, mais ça
écartait en fait un peu le danger. Cela permettait de ne
pas trop y penser. Donc, c'est comme ça que les choses se
sont installées. Et puis, c'est comme ça aussi, c'est
vrai, que malgré notre séparation, on s'est retrouvé
dans cette partie de vie.
Finalement mon mari étant trop atteint, il n'a pas pu être
greffé. Le collège des médecins, qui décident
qui va ou ne va pas être greffé, a décidé
de ne pas le garder sur la liste, parce que l'évolution de
la maladie a fait que le danger de mourir pendant l'opération
devenait trop important. Et puis, évidemment, on ne peut
pas transplanter un organe qui est tellement difficile à
trouver, à quelqu'un qui a un risque d'y rester, déjà,
en salle d'opération. C'est ce que j'ai compris, mais je
veux dire que c'est vrai aussi, que le jour où il a eu la
décision de la commission, je n'étais pas avec lui.
Il se cachait pas mal de ses rendez-vous et puis que je n'allais
pas toujours avec lui. On était séparé, il
faut comprendre le contexte, et il y a des moments où j'étais
tenue à l'écart non par les médecins, mais
par lui. Donc, je ne sais pas exactement ce qu'ils lui ont dit,
et puis après, pour lui faire dire ce qui s'était
passé, je n'ai jamais réussi vraiment. La seule chose
qu'il m'a dite, c'est qu'il ne pouvait plus être greffé,
car la maladie était trop avancée. Donc, c'est à
partir de ce moment-là, c'est-à-dire trois mois avant
de mourir, qu'on a su qu'il allait réellement mourir. Même
si avantl y avait déjà des moments où moi je
me suis dit que ça allait mal se terminer. Lui, je ne sais
pas ce qu'il se disait. Je n'étais pas dans sa tête.
Ce qu'il me disait, c'est qu'il pensait qu'il allait s'en sortir.
Mais, à ce moment-là, c'était fini. On savait
que c'était incontournable, que la mort allait arriver. On
ne savait pas quand, mais elle allait arriver. Alors ce qui s'est
passé, c'est que quand il a vraiment enregistré, c'est-à-dire
que tout d'un coup, il s'est retrouvé devant une réalité
qui lui est arrivée d'une façon très, très
frontale, puisque dans un premier temps il avait préféré
rester un peu à l'écart de cette réalité,
se rendant compte d'une façon vraiment brusque, comme ça,
que l'échéance était courte, il l'a géré
d'une façon excessive, comme il le faisait avant. Avant,
il était excessivement positif, et tout d'un coup, il est
devenu excessivement, non pas négatif, mais tout d'un coup
il allait chercher des solutions un peu excessives, si on peut dire
ça. Comme de se dire : « Si je souffre
trop, je veux qu'on m'aide.» Dans un premier temps, c'était
sa demande. Ce n'était pas qu'il voulait mourir tout de suite,
mais c'était qu'il ne voulait pas trop souffrir, et ne voulait
pas voir sa déchéance. « Je ne veux
pas devenir un légume, ça ne sert à rien, de
toute façon, si c'est pour mourir une semaine après,
un mois après, je ne veux pas subir ça. »
A ce moment-là, je lui ai répondu que j'allais voir
ce qu'on pouvait trouver comme solution. Et c'est là que
j'ai pris contact avec une amie qui connaissait bien le monde associatif
qui entoure toutes les problématiques des maladies, et elle
m'a dirigé vers la Ligue contre le cancer. Alors, on est
allé à la Ligue contre le cancer, mon mari et moi-même.
Et là on a discuté et on a parlé un peu de
la situation. Il a un expliqué ce qui se passait. On a été
excessivement bien accueilli, très bien renseigné.
On nous a donné des renseignements, dans un premier temps,
sur ce qui pouvait lui rendre la vie un peu plus douce, c'est-à-dire,
par exemple, les cliniques d'altitude, des possibilités de
soins, de massages, les soins palliatifs, les aides à domicile,
etc. Et suite à notre demande, on a eu aussi des renseignements
sur l'association Exit. Et c'est à ce moment-là qu'on
a reçu un formulaire à remplir. C'était en
fait une adhésion à l'association. Cela s'est fait
à ce moment-là. Ill a pris le papier et il a pris
la décision d'être membre de l'association.
Puis son état s'est dégradé assez rapidement.
Dans un premier temps, il a eu des crises, des hémorragies
qui le rendaient de plus en plus invalide. C'est-à-dire que
les hémorragies l'affaiblissaient et il ne pouvait plus travailler.
Ce qui n'était pas rien pour un homme pour qui c'était
quand même sa liberté, sa façon de montrer qu'il
était en bonne santé. Il a essayé de travailler,
malheureusement, un jour qu'il travaillait, il a eu une hémorragie,
donc cela a été le moment où il a vraiment
fallu s'arrêter. Il a commencé à être
hospitalisé de plus en plus. Et là, les douleurs sont
arrivées vraiment d'une façon forte, sachant que,
bon je ne suis pas du corps médical, mais je pense qu'il
y a des cancers beaucoup plus douloureux. Le cancer du foie est
quand même gérable, parce qu'il n'y a pas de morphine,
par exemple. Mais c'est vrai que tout devient difficile pour se
déplacer: les oedèmes, l'acite, et plein d'effets
secondaires qui étaient très difficiles, surtout cette
fatigue épouvantable. Se lever était impossible. Tout
devenait une torture. Il vivait avec sa maladie, et c'était
insupportable. Et là, il a décidé de rentrer
à la maison. On l'a installé et ssez rapidement, il
m'a dit qu'il fallait les appeler. Ils, c'était l'association
Exit. Et c'est là, qu'on s'est dit que c'était unique.
Ce téléphone, j'ai pu le faire et répondre
ainsi à la demande de mon mari, alors que si on avait été
en France, je ne l'aurais pas pu. On aurait fait autrement, mais
là c'est vrai que c'est assez extraordinaire de pouvoir répondre
à quelqu’un qui souffre et qui voudrait qu'on l'aide
à partir avant que les souffrances ne soient insupportables
et que son état soit aussi insupportable. Parce que sa condition
physique et son état psychique étaient insupportables.
Donc, j'ai appelé l'association Exit, quand il est rentré,
parce qu'il m'a dit : « Je ne souhaite pas ça
à mon pire ennemi. » C'était une phrase
qui pour nous paraît simple, pour lui ç'a été
quelque chose de très difficile. Il avait beaucoup de peine
à s'exprimer. On a mis alors en place le protocole, cette
espèce d’organisation. Lui, sa demande, c'était
que cela se passe vite. Quand il lui a été proposé
une date, il a fallu lui expliquer à quoi correspondait cette
date. Ce n'était pas évident. C'était quelques
jours et cela lui paraissait long, dans son monde à lui,
dans sa maladie....
Et alors à un moment, on a su que c'était le 7 mai,
à 11 heures, que mon mari allait mourir. Et ça, c'est
complètement incroyable. C'est incroyable et c'est quand
même assez lourd.
Interview
Dominique
Roulin, pasteur à l'aumônerie protestante des Hôpitaux
universitaires de Genève
J'ai
l'impression, aujourd'hui, quand les gens parlent de mourir, de
comment ils veulent mourir ou de ce que ça signifie mourir,
que pour eux c'est un acte médical pour lequel on va s'adresser
au médecin et lui demander de ne pas mourir ou de mourir.
Alors qu'en fait, la mort, ce n'est pas ça. Je crois qu'on
souhaite ne plus vivre. Je pense qu'on souhaite ne plus vivre parce
que c'est trop douloureux, parce qu'on ne se reconnaît plus,
parce qu'on n'aime pas l'image de soi, parce qu'on est devenu dépendant,
qu'on ne peut plus rien faire tout seul. Parce que les journées
sont trop longues, qu'on ne sait plus quoi faire, et qu'on n'a plus
de sens à vivre comme ça. C'est une série de
valeurs qui fait qu'on n'a plus envie de vivre, et ne plus vivre,
c'est mourir. Je crois que surtout, ce qui est clair, c'est qu'à
un certain moment, les personnes ne souhaitent plus vivre comme
ça. Et que les réponses qui sont apportées
ne sont pas nécessairement et forcément la mort. On
peut décider de ne plus avoir envie de vivre comme ça,
mais peut-être qu’on accepterait d'avoir encore envie
de faire certaines choses, d'avoir encore envie de partager certaines
moments, pour autant que ce soit différent. Cela a l'air
un peu théorique, mais cela veut dire que sans douleur, la
vie nous paraît peut-être moins insupportable, on a
peut-être plus envie de continuer à faire des choses,
si on n'a plus mal. Si on n'est plus isolé, si on a retrouvé
un certain contact, un certain lien social, peut-être qu'on
va se dire que la vie a encore du sens pour soi. Donc, ce que je
dis aussi, c'est que je n'ai pas règles précises ni
de grandes théories. C'est toujours très individuel
et c'est toujours en fonction de son histoire de vie, de sa capacité
à faire face, de sa capacité à accepter certaines
choses, et les limites sont différentes pour chaque personne.
Et je crois que c'est aussi, peut-être, la valeur principale,
plus que tout, pour notre société occidentale, je
crois qu'il faut bien dire que c'est dans notre contexte et dans
notre société que la valeur principale c'est peut-être
la liberté de conscience, ou la liberté individuelle
qui va primer, qui va faire que les demandes vont venir sur « j'ai
envie de vivre » ou « j'ai envie de ne plus
vivre, ou j'ai envie de mourir ».
SR : Il y a aussi peut-être un besoin de contrôle.
Oui,
alors, ça c'est une évidence. On est dans une société
où on aime bien avoir la maîtrise de toutes les choses,
la maîtrise, le contrôle. Et la médecine fait
partie de ces catégories-là. Elle a de plus en plus,
le pouvoir de contrôler certaines choses. Mais les grandes
épidémies comme le sida, ou même la grippe aviaire
nous rappellent que ce n'est pas aussi simple. La vie ou la mort
ce n'est pas aussi simple que ça, et on ne peut pas tout
contrôler. Mais je crois qu'on a un désir de pouvoir
contrôler sa vie et peut-être que c'est une illusion
et qu'en définitive, on ne peut pas tout contrôler.
Il y a quelque chose qui est de l'ordre du mystère. Alors,
je ne suis pas en train de dire que c'est bien ou que c'est mal
les choix qu'on fait, mais je pense qu'on doit se rappeler, profondément,
qu’on ne peut pas tout contrôler et qu'il y a des choses
qui nous échappent. Et heureusement, parce que c'est peut-être
ce qui amène aussi un peu de sel, un peu de saveur dans notre
vie.
SR : Et le problème du temps, aussi, est important.
Oui, je crois que la question du temps est essentielle. On peut
aussi avoir envie de ne plus vivre ou de mourir, et on peut l'énoncer.
On peut en parler à son médecin, on peut en parler
à ses proches, mais cela ne veut pas dire : « Je
vais mourir tout de suite, maintenant, immédiatement, dans
les trois minutes qui suivent. » Cela veut dire : « Là
où j'en suis aujourd'hui, je n'ai plus envie de vivre ».
Et il me semble que c'est nécessaire de réentendre
dans cette demande des personnes qui disent : « Je
ne veux plus vivre ou je souhaite mourir ou aider moi »,
de laisser du temps pour que la démarche se fasse. Mourir,
ce n'est pas juste fermer les yeux. C'est un processus. Pour avoir
été, pour être toujours auprès des personnes
qui meurent, c'est un processus, c'est un chemin qui est, surtout
quand il y a la maladie, pas quand c'est un arrêt brutal,
c'est un chemin sur lequel il faut du temps et il ne faut pas avoir
peur de donner du temps pour que la personne puisse tranquillement
faire son chemin. Pas pour qu'elle change d'avis, forcément,
mais pour qu'elle puisse faire son chemin. Ne pas éluder.
Et puis aussi, dans toutes ces demandes, ce qui me frappe, c'est
que ce n'est pas la mort qui fait peur, c'est mourir. La mort, c'est
la mort, on ne sait pas ce que sait. Moi je ne suis pas morte, je
ne peux pas vous dire ce que c'est. Mais je sais ce que sais mourir.
Ce qui fait peur, c'est mourir, c'est la manière dont on
meurt. Et donc, c'est le mourir qui est devenu un processus médical
aujourd’hui et sur lequel on tente d'intervenir. Ce n'est
pas la mort. Et donc, le mourir, ça rentre bien dans ce temps.
Le mourir, c'est à vivre. Il faut vivre son mourir, et on
a envie de le vivre le mieux possible. Or, je crois profondément
qu'il n'y a pas de bonne mort. Cela n'existe pas. On peut être
le moins mal possible dans ce mourir, mais une belle et une bonne
mort, c'est une illusion de notre société. C'est-à-dire,
c'est une rupture, plus rien ne sera comme avant, une fois qu'on
est mort. Il n'y pas de retour en arrière possible. Donc,
ce n'est pas anodin. Donc, il ne faut pas éluder ce processus.
C'est pour ça que je dis qu'il faut du temps, et le temps
ce n'est pas grave d'en prendre, même si on meurt trois heures
après, c'est prendre le temps aussi de pouvoir bien vivre
ce mourir.
Témoignage
du public pendant le débat
Je
suis infirmière à domicile et donc j’ai fait
beaucoup d’accompagnement en fin de vie et dans ces accompagnements,
j’ai eu 3 personnes qui ont fait appel à Exit et qui
sont parties avec Exit. Ce que j’ai envie de dire, c’est
que j’ai vécu les choses avec une très grande
violence, parce que toute l’équipe soignante qui intervenait
depuis des années a été mise devant le fait
accompli. C'est-à-dire qu’on est arrivé le lundi
matin et on nous a dit : « Jeudi matin, je bois ma potion
» et aussi bien le médecin que les infirmières
ont été totalement mis de côté. Les familles
étaient souvent assez choquées et nous, on devait
soutenir la famille qui n’était pas toujours d’accord.
Et nous les infirmières et les médecins soignants
depuis de longues années, on finissait par se réunir
après coup pour se ramasser. Que le patient fasse un choix,
c’est une chose, qu’Exit intervienne, c’en est
une autre, mais je pense que là, il n’y a même
plus un travail. Moi j’ai encore dû poser une pompe
de morphine le matin même à un patient qui à
2 heures de l’après-midi buvait sa potion. Je devais
faire un geste et accompagner de cette façon-là un
patient, en ayant l’impression que j’étais mise
de côté par Exit dans le choix du patient que je respectais.
Je pense qu’Exit devrait, quand ils interviennent, réunir
l’équipe soignante, consulter les dossiers et entrer
en relation à un moment donné avec toute l’équipe
qui est là depuis des années.
JS
: C’est le patient qui vous a éjecté de son
choix, parce qu’il n’a pas pu en parler avec vous, parce
que les équipes n’avaient pas entendu la demande, ou
n’avaient pas voulu l’entendre. Il n’y a pas plus
sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et à un moment
donné, le patient qui fait appel à nous, ne veut même
plus informer ses soignants, parce qu’il sait qu’il
ne sera pas entendu, parce qu’il sait qu’il va y avoir
marchandage de l’équipe soignante pour vouloir retarder,
faire encore ceci et cela. C’est le problème de la
prise en charge qui n’est pas complète. Si dans le
cadre des soins infirmiers, quand les demandes sont parfaitement
nettes, claires et formulées, les infirmiers prenaient en
charge aussi cette auto délivrance, les gens vous en parleraient.
Là, cela doit vous interpeller. Ce n’est pas nous qui
vous éjectons.
Témoignage
posté sur le site internet - 24.12.2006
Après
avoir lu ces témoignages, je trouve vraiment formidable que
l'association Exit existe, car je trouve le corps médical
très égoïste. Je pense que chaque humain a le
droit de décider de sa propre vie. Je trouve honteux de laisser
des gens sans aucun espoir de guérison souffrir, cela n'a
aucun sens. Evoluez et pensez que cela peut vous arriver également
à vous. Cela serait formidable que le corps médical
collabore avec l'association Exit... Pensez-y bien.
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