|
GENERALITES
1.
Quels sont les symptômes du cancer du côlon ?
2.
Comment se forme le cancer du côlon ?
3. Le cancer du côlon peut-il donner des
métastases ?
4. Qu’elle est la fréquence du cancer du côlon dans
notre pays ?
5. Quel est le traitement du cancer du côlon
?
6. Quels sont les principaux facteurs de risque
d’attraper un cancer du côlon ?
7. Quel est l’effet de la nutrition ?
8.
Quelle est l’influence des antécédents familiaux
?
9. Les maladies inflammatoires de l’intestin
représentent-elles un risque ?
10. Les diverticules sont-ils un facteur de
risque de cancer ?
11. Les faux besoins d’aller à selles
sont-ils un facteur de risque ?
12. Les bactéries du côlon peuvent-elles
provoquer des cancers ?
13.
Quand on a été opéré d’un premier
polype, est-ce que on a des risques d’en avoir d’autres
?

Question
: Quels sont les symptômes du cancer du côlon
?
JA : C’est tout ce qui est vraiment atypique ou nouveau, qui
ne peut pas être mis en relation manifeste avec une intolérance
alimentaire ou une manière un petit peu différente
de s’être nourri, ou une gastroentérite banale,
ou la prise de certains médicaments. Il est clair que si
on a suivi dix jours de traitement pour une pneumonie, nos selles
au bout de dix jours d’antibiotiques ne seront pas tout à
fait les mêmes que dix jours auparavant, et ainsi de suite.
Donc, tout est dans le bon sens et dans le laps de temps raisonnable
que l’on se laisse pour se dire que c’est normal ou
que ce n’est plus normal. Moi, en tant que médecin
généraliste, je suis très attentif aux patients
qui arrivent en racontant une histoire de trouble du transit intestinal
qui est nouvelle, inhabituelle, et qui ne suit pas nécessairement
une diarrhée qu’on a attrapée en vacances. Donc,
lorsqu’on mène une vie normale, ce sont des choses
qui doivent attirer l’attention. Par trouble du transit on
entend, en général, des alternances de diarrhées
et de constipation avec persistance de l’une ou de l’autre,
des douleurs abdominales avec un inconfort souvent mal défini,
et aussi beaucoup de gaz sans avoir nécessairement consommer
une choucroute ou des marrons. Il faut bien faire la part des choses
avec des symptômes qui sont typiques mais qui ne sont pas
spécifiques du cancer du côlon, ni de la présence
de polypes éventuels qui peuvent être récurrents.
Bien entendu, il y a la présence du sang dans les selles
mais ce n’est pas toujours évident, sauf dans les stades
très avancés. On peut aussi avoir une perte de poids,
mais c’est de nouveau quelque chose qui apparaît en
général dans des stades un peu déjà
plus avancés. Finalement, ce sont des symptômes relativement
peu spécifiques qui font que les gens viennent dire : "Il
y a quelque chose de bizarre qui me dérange", et à
ce moment-là on va aller un peu plus loin dans l’interrogatoire
pour voir s’il y a des causes apparemment banales ou, si on
en trouve aucune, investiguer plus loin.
Question : Comment se forme le cancer
du côlon ?
AR : Il faut peut-être préciser certains éléments
anatomiques en premier. Le côlon est la dernière partie
de l’intestin qui s’étend de la droite à
la gauche comme un U inversé, qui relie le petit intestin
au rectum et à l’anus. On parle de côlon ascendant,
côlon transverse, côlon descendant, et une portion qui
est très traître, c’est le sigmoïde qui
relie le côlon descendant au rectum qui, comme son nom l’indique,
est en S et qui a la particularité de pouvoir se déplier
comme un accordéon quand on l’examine. Donc, c’est
un examen qui est un peu piège, mais dont on aura l’occasion,
je crois, de discuter. Il faut dire que quand on entre dans ce côlon
avec nos yeux, c’est-à-dire avec un tube, la paroi
est extrêmement lisse, et on peut facilement y voir des petites
excroissances qui portent le nom de polypes. Ces polypes sont assez
fréquents puisqu’il y a environ 30 à 50% de
la population à partir de 50 ans qui en a. Dieu Merci, tous
les polypes ne vont pas devenir des cancers. C’est seulement
une certaine catégorie de ces polypes qui s’appellent
des adénomes, et tous les adénomes ne se transforment
pas non plus en cancer. On va dire qu’il y en a environ 25%
qui peuvent évoluer. Mais comme la caractéristique
du cancer du côlon est d’avoir une évolution
lente entre le moment où le polype se développe et
l’arrivée, on dispose d’environ de 10 à
15 ans pour réagir.
Question : Le cancer du côlon
peut-il donner des métastases ?
AR : Malheureusement oui. Les métastases concernent essentiellement
le foie. Et si les métastases du foie sont présentes,
il est évident que l’attitude thérapeutique
sera totalement différente. Le patient va devoir subir une
intervention chirurgicale parce qu’il faut enlever la source
de ces métastases. Mais l’intervention pourra être
plus compliquée parce que les chirurgiens se lancent des
fois dans ce qu’on appelle des métastasectomies, c’est-à-dire
qu’ils vont enlever les métastases dans le foie.
JML
: Cela souligne encore tout l’intérêt du dépistage
parce que ces métastases arrivent sur des tumeurs qui ont
déjà évolué. Le stade dépend
de la taille, de l’envahissement des ganglions etc. C’est
sûr que quand on arrive à un stade tardif, les métastases
sont déjà parties. Donc, tout le but du dépistage
c’est d’arriver le plus tôt possible, d’autant
plus que le cancer du côlon évolue lentement.
Question
: Qu’elle est la fréquence du cancer du
côlon dans notre pays ?
JML : Actuellement, c’est le troisième cancer en termes
de nombre de cas. Mais il a longtemps été le premier
quand on cumule les deux sexes. Il s’est fait doublé,
si j’ose dire, par le cancer du sein qui représente
aujourd’hui plus du tiers des cancers chez la femme. Et puis,
par le cancer de la prostate chez l’homme, à cause
du développement des diagnostics. On diagnostique beaucoup
de prostates. Ce qui fait que, actuellement en Suisse, on a à
peu près 4'200 nouveaux cas de cancer chaque année.
Et là-dessus, on a à peu près 1'600 personnes
qui meurent, chaque année, du cancer du côlon.
SR
: Toutes les parties du côlon sont-elles concernées
de la même manière ?
JML
: Non. Les cancers apparaissent préférentiellement
dans le côlon gauche, puisque seulement un tiers des cancers
apparaissent dans le côlon droit. Le terme « côlon
gauche » recouvre le côlon gauche proprement dit, le
sigmoïde et aussi le rectum puisque, en terme d’épidémiologie,
ça fait un tout.
SR
: La fréquence est-elle la même chez les hommes et
chez les femmes ?
JML
: Non, elle est un peu plus fréquente chez l’homme,
de l’ordre de 4 à 5%. Mais c’est le cas de beaucoup
de cancers.
SR
:La variation en fonction de l’âge est-elle importante
?
JML
: Il faut dire que le cancer du côlon avant 50 ans, c’est
extrêmement rare. Disons environ 5% des cancers du côlon
apparaissent avant 50 ans.

Question : Quel est le
traitement du cancer du côlon ?
AR : Il faut quand même préciser que les gastroentérologues
en Suisse ne prennent pas en charge le traitement des cancers du
côlon, c’est le fait des oncologues. Mais en gros, je
dirai que la majeure partie de la prise en charge revient au chirurgien
qui va enlever la tumeur, avec notamment les ganglions. C’est
la première partie du traitement qui est fondamentale parce
que le pathologue va pouvoir exactement déterminer quel est
le stade d’avancement de ce cancer. Les stades d’avancement
du cancer sont définis par leur capacité de pénétrer
à travers la paroi du côlon, ce qui est un facteur
extrêmement important, leur capacité d’envahir
les ganglions dit de voisinage, c’est-à-dire les ganglions
qui sont juste au-dessous. Et bien entendu, leur capacité
d’envoyer des métastases ailleurs, essentiellement
au niveau du foie et du poumon. Sur la base de cette analyse post
opératoire, nos collègues oncologues vont déterminer
si le patient est guéri simplement par l’acte chirurgical
ou s’il a besoin en plus d’une chimiothérapie
voire d’une radiothérapie.
Quand le patient est opéré en urgence, le chirurgien
est souvent obligé d’aboucher le côlon à
la peau de l’intestin, pour bien drainer le côlon après
l’enlèvement de la tumeur, autrement dit de créer
un anus artificiel, une poche. Et puis trois, six à douze
semaines après de raboucher les voies naturelles dans le
sens naturel des voies.
JML
: Tout ça c’est le traitement des cancers déjà
avancés. Mais je pense qu’il faut rappeler que pour
la plus grande partie des cancers du côlon, le traitement
c’est la polypectomie endoscopique, c’est-à-dire
l’enlèvement des polypes. On parle de cancer, en gros,
quand le polype a plus d’un centimètre, et qu’il
commence à avoir une expression clinique. Quand le diagnostic
est fait à ce moment-là, le traitement c’est
l’endoscopie, la polypectomie, et le patient est guéri.
Question : Quels sont les principaux
facteurs de risque d’attraper un cancer du côlon ?
JML : Les polypes, les adénomes, cela
représente beaucoup plus que la moitié des causes
du cancer du côlon. On sait que dans la population, après
65 ans plus de 60% des personnes ont un polype. Bien entendu, tous
les polypes ne vont pas donner un cancer. Maintenant, qu’est-ce
qui donne le polype ? Il y a une pathologie héréditaire
familiale, ce sont les polyposes familiales. Cela ne représente
que 2% de la population. Et puis, vous avez les cancers coliques
sans polype qui concernent moins de 5% de la population et qui représentent
des cancers à très hauts risques parce que justement
il n’y a pas de signes ou d’examens qui vont permettre
de trouver des polypes puisque ce sont des cancers qui surviennent
sans polypes. Mais ça, on va dire que ce sont un peu des
cas particuliers parce que ça représente au total
entre 5 et 6% des cancers coliques. Sinon, l’énorme
majorité des cancers coliques viennent sur les polypes. Alors,
qu’est-ce qui cause des polypes ? On ne sait pas trop. Il
y a eu de multiples études, des études prospectives,
c’est-à-dire que l’on a observé des populations
pendant très longtemps. Ou des études de cas témoins,
c’est-à-dire que l’on a regardé dans le
passé ce qui s’est passé. Les résultats
sont très contradictoires. Actuellement les facteurs, que
l’on estime protecteurs, ce sont une alimentation riche en
fruits et légumes, de l’exercice, de ne pas grossir,
enfin tout ce qui est très classique.
JA
: Pour un clinicien les facteurs de risque ne se limitent pas uniquement
à l’anamnèse familiale qui est extrêmement
importante, qui est même l’élément clé.
Mais aussi à tous les autres facteurs qu’on dit mutagènes
qui vont favoriser la mutation des cellules. Pas uniquement au niveau
du côlon, mais aussi ailleurs, à la gorge, aux poumons
ou que sais-je. On reste extrêmement attentif car on sait
très bien qu’à patient égal, quelqu’un
qui justement mange très peu de fibres, consomme peu de végétaux,
fume beaucoup, consomme excessivement de l’alcool, va être
certainement à plus haut risque de développer ce type
de pathologie que quelqu’un d’autre.
Question
: Quel est l’effet de la nutrition ?
JML : Depuis 50 ans les études alimentaires se comptent par
centaines, voire par milliers. Malheureusement, on n’a pas
encore trouvé de liens directs, en-dehors des fruits et des
légumes qui sont plutôt protecteurs. C’est pour
ça qu’il y a des campagnes qui conseillent de manger
des fruits et des légumes. On a découvert aussi, un
petit peu par hasard que des populations de personnes qui avaient
des polyarthrites rhumathoïdes et qui étaient traitées
avec des anti-inflammatoires au long court comme l’aspirine
avaient moins de cancers du côlon. Donc, l’aspirine
protège mais dès qu’on arrête l’aspirine
le risque revient à la normale. Mais, à part cette
situation extrêmement spéciale, on n’a pas mis
en évidence tel ou tel aliment qui serait un facteur de protection
ou de risque. Pourtant on a exploré beaucoup de pistes, comme
les anti-oxydants. On a exploré aussi la théorie de
la constipation mais ça n’a pas donné non plus
de résultats.
Question : Quelle est l’influence
des antécédents familiaux ?
JML : En ce qui concerne les risques familiaux, là on touche
du doigt un concept qui mérite d’être détaillé.
Est-ce qu’une maladie familiale est forcément héréditaire
? La réponse est non. Parce que dans une maladie familiale,
vous avez d’une part le concept génétique, c’est-à-dire
que les parents ont transmis quelque chose à leurs enfants,
en l’occurrence des gènes. Vous avez aussi le concept
de la famille qui partage le même mode de vie, c’est-à-dire
qu’ils vont tous s’exposer au soleil ou ils vont tous
fumer, etc. Alors quand le médecin demande avez-vous des
antécédents familiaux, c’est-à-dire est-ce
qu’il y a déjà des cancers dans la famille et
qui plus est des cancers du côlon, il essaye de faire la part
de ce qui est peut-être génétique ou peut-être
environnemental.
AR
: Je voudrais juste rappeler que 75% des patients n’ont de
risque pour le cancer du côlon que leur âge, au-delà
de 50 ans. Environ 25% ont un risque soit parce qu’ils ont
été eux-mêmes confronté à un polype
ou à un cancer, ou dans leur famille. Alors, il est vrai
que lorsque dans la famille proche, dit du premier degré,
c’est-à-dire les frères, les sœurs, les
enfants ou les parents, si quelqu’un a eu un cancer du côlon
dans ce groupe de patients là, vous avez deux fois plus de
probabilités d’avoir un cancer du côlon. Si vous
avez deux personnes du premier degré dans votre famille qui
ont eu un cancer du côlon avant 60 ans, ce risque monte à
six fois plus. Donc, il est certain que le risque familial augmente
en fonction de la présence de cancer ou de polypes dans la
famille.
JML
: Pour compléter, en gros, un risque moyen dans la population
sur une durée de vie totale est de l’ordre de 3.5%.
Par comparaison, le risque du cancer du sein seulement chez la femme
est de l’ordre de 12 à 13%. Ça c’est le
risque moyen. Et puis le risque double quand il y a des antécédents
de premier degré, etc. Et il fait plus que quadruplé
pour le risque dans les familles dites à risque génétique
de polypose, de cancer colique non polypose.

Question : Les maladies inflammatoires
de l’intestin représentent-elles un risque ?
AR : Il y a certaines maladies très spécifiques du
tube digestif qui s’appellent des maladies inflammatoires,
très exactement la maladie de Crohn ou la rectocolite, et
chaque patient qui est porteur de cette infection qui sont des infections
chroniques, est avisé qu’il a plus de risque que d’autres
patients d’avoir un cancer du côlon.
Question : Les diverticules sont-ils
un facteur de risque de cancer ?
AR : Les diverticules, ce sont des espèces de petites ampoules
qui se développent à l’extérieur de la
paroi du côlon qui sont la résultante de troubles moteurs
du côlon. C’est-à-dire que le côlon se
contracte de façon spastique et développe des zones
de pression, donc des petites poches. Alors, en aucun cas les diverticules
n’amènent un cancer du côlon.
Question
: Les faux besoins d’aller à selles sont-ils
un facteur de risque ?
JA : C’est un symptôme non spécifique. On peut
le voir dans les cancers du côlon lorsqu’il y a des
polypes, mais pas uniquement. Dans le cas des diverticules, ce sont
des envies d’aller à selles et il n’y a rien
qui vient. Ou bien alors ce qu’on appelle des exonérations
incomplètes, on y va et puis on est obligé de revenir
deux ou trois fois alors qu’on n’a pas spécifiquement
de diarrhée. Cela fait partie une fois de plus de ces symptômes
non spécifiques mais qui doivent quand même attirer
l’attention sur le fait qu’il y a quelque chose qui
ne va pas très bien.
Question
: Les bactéries du côlon peuvent-elles provoquer des
cancers ?
AR
: La flore intestinale contient 10 puissance 12 (1012) bactéries
par millilitre. Non seulement cette flore est la bienvenue mais
elle protège du cancer du côlon puisque l’étape
ultime de la digestion, c’est ce qu’on appelle la fermentation
qui se passe dans le gros intestin. Cette fermentation est là
pour digérer les fibres alimentaires qui n’ont pas
été digérées dans l’intestin grêle.
Cette fermentation dégage notamment des gaz, certes, mais
aussi des acides gras libres qui protègent du cancer du côlon.
Donc, en aucun cas il ne faudrait chercher à supprimer cette
flore intestinale.
Question
: Quand on a été opéré d’un premier
polype, est-ce que on a des risques d’en avoir d’autres
?
AR
: Il est vrai que lorsqu’on a déjà eu des polypes,
le risque est augmenté de deux à trois fois d’en
avoir par la suite. Ils ne vont pas être plus dangereux mais
le risque est augmenté. On conseille à l’heure
actuelle, dès le moment où on a enlevé un polype
de vérifier à une cadence spécifique en fonction
de la nature du polype, de sa gravité, de sa taille et de
sa composition.
|