CANCER DU CÔLON
Quel dépistage ?  
(16.11.06)



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1. GENERALITES
2. DETECTION
3. DEPISTAGE

 
 

GENERALITES

1. Quels sont les symptômes du cancer du côlon ?
2. Comment se forme le cancer du côlon ?
3. Le cancer du côlon peut-il donner des métastases ?
4.
Qu’elle est la fréquence du cancer du côlon dans notre pays ?
5. Quel est le traitement du cancer du côlon ?
6. Quels sont les principaux facteurs de risque d’attraper un cancer du côlon ?
7. Quel est l’effet de la nutrition ?

8. Quelle est l’influence des antécédents familiaux ?
9. Les maladies inflammatoires de l’intestin représentent-elles un risque ?
10. Les diverticules sont-ils un facteur de risque de cancer ?
11. Les faux besoins d’aller à selles sont-ils un facteur de risque ?
12. Les bactéries du côlon peuvent-elles provoquer des cancers ?
13. Quand on a été opéré d’un premier polype, est-ce que on a des risques d’en avoir d’autres ?

Question : Quels sont les symptômes du cancer du côlon ?
JA : C’est tout ce qui est vraiment atypique ou nouveau, qui ne peut pas être mis en relation manifeste avec une intolérance alimentaire ou une manière un petit peu différente de s’être nourri, ou une gastroentérite banale, ou la prise de certains médicaments. Il est clair que si on a suivi dix jours de traitement pour une pneumonie, nos selles au bout de dix jours d’antibiotiques ne seront pas tout à fait les mêmes que dix jours auparavant, et ainsi de suite. Donc, tout est dans le bon sens et dans le laps de temps raisonnable que l’on se laisse pour se dire que c’est normal ou que ce n’est plus normal. Moi, en tant que médecin généraliste, je suis très attentif aux patients qui arrivent en racontant une histoire de trouble du transit intestinal qui est nouvelle, inhabituelle, et qui ne suit pas nécessairement une diarrhée qu’on a attrapée en vacances. Donc, lorsqu’on mène une vie normale, ce sont des choses qui doivent attirer l’attention. Par trouble du transit on entend, en général, des alternances de diarrhées et de constipation avec persistance de l’une ou de l’autre, des douleurs abdominales avec un inconfort souvent mal défini, et aussi beaucoup de gaz sans avoir nécessairement consommer une choucroute ou des marrons. Il faut bien faire la part des choses avec des symptômes qui sont typiques mais qui ne sont pas spécifiques du cancer du côlon, ni de la présence de polypes éventuels qui peuvent être récurrents. Bien entendu, il y a la présence du sang dans les selles mais ce n’est pas toujours évident, sauf dans les stades très avancés. On peut aussi avoir une perte de poids, mais c’est de nouveau quelque chose qui apparaît en général dans des stades un peu déjà plus avancés. Finalement, ce sont des symptômes relativement peu spécifiques qui font que les gens viennent dire : "Il y a quelque chose de bizarre qui me dérange", et à ce moment-là on va aller un peu plus loin dans l’interrogatoire pour voir s’il y a des causes apparemment banales ou, si on en trouve aucune, investiguer plus loin.

Question : Comment se forme le cancer du côlon ?
AR : Il faut peut-être préciser certains éléments anatomiques en premier. Le côlon est la dernière partie de l’intestin qui s’étend de la droite à la gauche comme un U inversé, qui relie le petit intestin au rectum et à l’anus. On parle de côlon ascendant, côlon transverse, côlon descendant, et une portion qui est très traître, c’est le sigmoïde qui relie le côlon descendant au rectum qui, comme son nom l’indique, est en S et qui a la particularité de pouvoir se déplier comme un accordéon quand on l’examine. Donc, c’est un examen qui est un peu piège, mais dont on aura l’occasion, je crois, de discuter. Il faut dire que quand on entre dans ce côlon avec nos yeux, c’est-à-dire avec un tube, la paroi est extrêmement lisse, et on peut facilement y voir des petites excroissances qui portent le nom de polypes. Ces polypes sont assez fréquents puisqu’il y a environ 30 à 50% de la population à partir de 50 ans qui en a. Dieu Merci, tous les polypes ne vont pas devenir des cancers. C’est seulement une certaine catégorie de ces polypes qui s’appellent des adénomes, et tous les adénomes ne se transforment pas non plus en cancer. On va dire qu’il y en a environ 25% qui peuvent évoluer. Mais comme la caractéristique du cancer du côlon est d’avoir une évolution lente entre le moment où le polype se développe et l’arrivée, on dispose d’environ de 10 à 15 ans pour réagir.

Question : Le cancer du côlon peut-il donner des métastases ?
AR : Malheureusement oui. Les métastases concernent essentiellement le foie. Et si les métastases du foie sont présentes, il est évident que l’attitude thérapeutique sera totalement différente. Le patient va devoir subir une intervention chirurgicale parce qu’il faut enlever la source de ces métastases. Mais l’intervention pourra être plus compliquée parce que les chirurgiens se lancent des fois dans ce qu’on appelle des métastasectomies, c’est-à-dire qu’ils vont enlever les métastases dans le foie.

JML : Cela souligne encore tout l’intérêt du dépistage parce que ces métastases arrivent sur des tumeurs qui ont déjà évolué. Le stade dépend de la taille, de l’envahissement des ganglions etc. C’est sûr que quand on arrive à un stade tardif, les métastases sont déjà parties. Donc, tout le but du dépistage c’est d’arriver le plus tôt possible, d’autant plus que le cancer du côlon évolue lentement.

Question : Qu’elle est la fréquence du cancer du côlon dans notre pays ?
JML : Actuellement, c’est le troisième cancer en termes de nombre de cas. Mais il a longtemps été le premier quand on cumule les deux sexes. Il s’est fait doublé, si j’ose dire, par le cancer du sein qui représente aujourd’hui plus du tiers des cancers chez la femme. Et puis, par le cancer de la prostate chez l’homme, à cause du développement des diagnostics. On diagnostique beaucoup de prostates. Ce qui fait que, actuellement en Suisse, on a à peu près 4'200 nouveaux cas de cancer chaque année. Et là-dessus, on a à peu près 1'600 personnes qui meurent, chaque année, du cancer du côlon.

SR : Toutes les parties du côlon sont-elles concernées de la même manière ?

JML : Non. Les cancers apparaissent préférentiellement dans le côlon gauche, puisque seulement un tiers des cancers apparaissent dans le côlon droit. Le terme « côlon gauche » recouvre le côlon gauche proprement dit, le sigmoïde et aussi le rectum puisque, en terme d’épidémiologie, ça fait un tout.

SR : La fréquence est-elle la même chez les hommes et chez les femmes ?

JML : Non, elle est un peu plus fréquente chez l’homme, de l’ordre de 4 à 5%. Mais c’est le cas de beaucoup de cancers.

SR :La variation en fonction de l’âge est-elle importante ?

JML : Il faut dire que le cancer du côlon avant 50 ans, c’est extrêmement rare. Disons environ 5% des cancers du côlon apparaissent avant 50 ans.

Question : Quel est le traitement du cancer du côlon ?
AR : Il faut quand même préciser que les gastroentérologues en Suisse ne prennent pas en charge le traitement des cancers du côlon, c’est le fait des oncologues. Mais en gros, je dirai que la majeure partie de la prise en charge revient au chirurgien qui va enlever la tumeur, avec notamment les ganglions. C’est la première partie du traitement qui est fondamentale parce que le pathologue va pouvoir exactement déterminer quel est le stade d’avancement de ce cancer. Les stades d’avancement du cancer sont définis par leur capacité de pénétrer à travers la paroi du côlon, ce qui est un facteur extrêmement important, leur capacité d’envahir les ganglions dit de voisinage, c’est-à-dire les ganglions qui sont juste au-dessous. Et bien entendu, leur capacité d’envoyer des métastases ailleurs, essentiellement au niveau du foie et du poumon. Sur la base de cette analyse post opératoire, nos collègues oncologues vont déterminer si le patient est guéri simplement par l’acte chirurgical ou s’il a besoin en plus d’une chimiothérapie voire d’une radiothérapie.
Quand le patient est opéré en urgence, le chirurgien est souvent obligé d’aboucher le côlon à la peau de l’intestin, pour bien drainer le côlon après l’enlèvement de la tumeur, autrement dit de créer un anus artificiel, une poche. Et puis trois, six à douze semaines après de raboucher les voies naturelles dans le sens naturel des voies.

JML : Tout ça c’est le traitement des cancers déjà avancés. Mais je pense qu’il faut rappeler que pour la plus grande partie des cancers du côlon, le traitement c’est la polypectomie endoscopique, c’est-à-dire l’enlèvement des polypes. On parle de cancer, en gros, quand le polype a plus d’un centimètre, et qu’il commence à avoir une expression clinique. Quand le diagnostic est fait à ce moment-là, le traitement c’est l’endoscopie, la polypectomie, et le patient est guéri.


Question : Quels sont les principaux facteurs de risque d’attraper un cancer du côlon ?
JML : Les polypes, les adénomes, cela représente beaucoup plus que la moitié des causes du cancer du côlon. On sait que dans la population, après 65 ans plus de 60% des personnes ont un polype. Bien entendu, tous les polypes ne vont pas donner un cancer. Maintenant, qu’est-ce qui donne le polype ? Il y a une pathologie héréditaire familiale, ce sont les polyposes familiales. Cela ne représente que 2% de la population. Et puis, vous avez les cancers coliques sans polype qui concernent moins de 5% de la population et qui représentent des cancers à très hauts risques parce que justement il n’y a pas de signes ou d’examens qui vont permettre de trouver des polypes puisque ce sont des cancers qui surviennent sans polypes. Mais ça, on va dire que ce sont un peu des cas particuliers parce que ça représente au total entre 5 et 6% des cancers coliques. Sinon, l’énorme majorité des cancers coliques viennent sur les polypes. Alors, qu’est-ce qui cause des polypes ? On ne sait pas trop. Il y a eu de multiples études, des études prospectives, c’est-à-dire que l’on a observé des populations pendant très longtemps. Ou des études de cas témoins, c’est-à-dire que l’on a regardé dans le passé ce qui s’est passé. Les résultats sont très contradictoires. Actuellement les facteurs, que l’on estime protecteurs, ce sont une alimentation riche en fruits et légumes, de l’exercice, de ne pas grossir, enfin tout ce qui est très classique.

JA : Pour un clinicien les facteurs de risque ne se limitent pas uniquement à l’anamnèse familiale qui est extrêmement importante, qui est même l’élément clé. Mais aussi à tous les autres facteurs qu’on dit mutagènes qui vont favoriser la mutation des cellules. Pas uniquement au niveau du côlon, mais aussi ailleurs, à la gorge, aux poumons ou que sais-je. On reste extrêmement attentif car on sait très bien qu’à patient égal, quelqu’un qui justement mange très peu de fibres, consomme peu de végétaux, fume beaucoup, consomme excessivement de l’alcool, va être certainement à plus haut risque de développer ce type de pathologie que quelqu’un d’autre.

Question : Quel est l’effet de la nutrition ?
JML : Depuis 50 ans les études alimentaires se comptent par centaines, voire par milliers. Malheureusement, on n’a pas encore trouvé de liens directs, en-dehors des fruits et des légumes qui sont plutôt protecteurs. C’est pour ça qu’il y a des campagnes qui conseillent de manger des fruits et des légumes. On a découvert aussi, un petit peu par hasard que des populations de personnes qui avaient des polyarthrites rhumathoïdes et qui étaient traitées avec des anti-inflammatoires au long court comme l’aspirine avaient moins de cancers du côlon. Donc, l’aspirine protège mais dès qu’on arrête l’aspirine le risque revient à la normale. Mais, à part cette situation extrêmement spéciale, on n’a pas mis en évidence tel ou tel aliment qui serait un facteur de protection ou de risque. Pourtant on a exploré beaucoup de pistes, comme les anti-oxydants. On a exploré aussi la théorie de la constipation mais ça n’a pas donné non plus de résultats.

Question : Quelle est l’influence des antécédents familiaux ?
JML : En ce qui concerne les risques familiaux, là on touche du doigt un concept qui mérite d’être détaillé. Est-ce qu’une maladie familiale est forcément héréditaire ? La réponse est non. Parce que dans une maladie familiale, vous avez d’une part le concept génétique, c’est-à-dire que les parents ont transmis quelque chose à leurs enfants, en l’occurrence des gènes. Vous avez aussi le concept de la famille qui partage le même mode de vie, c’est-à-dire qu’ils vont tous s’exposer au soleil ou ils vont tous fumer, etc. Alors quand le médecin demande avez-vous des antécédents familiaux, c’est-à-dire est-ce qu’il y a déjà des cancers dans la famille et qui plus est des cancers du côlon, il essaye de faire la part de ce qui est peut-être génétique ou peut-être environnemental.

AR : Je voudrais juste rappeler que 75% des patients n’ont de risque pour le cancer du côlon que leur âge, au-delà de 50 ans. Environ 25% ont un risque soit parce qu’ils ont été eux-mêmes confronté à un polype ou à un cancer, ou dans leur famille. Alors, il est vrai que lorsque dans la famille proche, dit du premier degré, c’est-à-dire les frères, les sœurs, les enfants ou les parents, si quelqu’un a eu un cancer du côlon dans ce groupe de patients là, vous avez deux fois plus de probabilités d’avoir un cancer du côlon. Si vous avez deux personnes du premier degré dans votre famille qui ont eu un cancer du côlon avant 60 ans, ce risque monte à six fois plus. Donc, il est certain que le risque familial augmente en fonction de la présence de cancer ou de polypes dans la famille.

JML : Pour compléter, en gros, un risque moyen dans la population sur une durée de vie totale est de l’ordre de 3.5%. Par comparaison, le risque du cancer du sein seulement chez la femme est de l’ordre de 12 à 13%. Ça c’est le risque moyen. Et puis le risque double quand il y a des antécédents de premier degré, etc. Et il fait plus que quadruplé pour le risque dans les familles dites à risque génétique de polypose, de cancer colique non polypose.


Question : Les maladies inflammatoires de l’intestin représentent-elles un risque ?
AR : Il y a certaines maladies très spécifiques du tube digestif qui s’appellent des maladies inflammatoires, très exactement la maladie de Crohn ou la rectocolite, et chaque patient qui est porteur de cette infection qui sont des infections chroniques, est avisé qu’il a plus de risque que d’autres patients d’avoir un cancer du côlon.

Question : Les diverticules sont-ils un facteur de risque de cancer ?
AR : Les diverticules, ce sont des espèces de petites ampoules qui se développent à l’extérieur de la paroi du côlon qui sont la résultante de troubles moteurs du côlon. C’est-à-dire que le côlon se contracte de façon spastique et développe des zones de pression, donc des petites poches. Alors, en aucun cas les diverticules n’amènent un cancer du côlon.


Question : Les faux besoins d’aller à selles sont-ils un facteur de risque ?
JA : C’est un symptôme non spécifique. On peut le voir dans les cancers du côlon lorsqu’il y a des polypes, mais pas uniquement. Dans le cas des diverticules, ce sont des envies d’aller à selles et il n’y a rien qui vient. Ou bien alors ce qu’on appelle des exonérations incomplètes, on y va et puis on est obligé de revenir deux ou trois fois alors qu’on n’a pas spécifiquement de diarrhée. Cela fait partie une fois de plus de ces symptômes non spécifiques mais qui doivent quand même attirer l’attention sur le fait qu’il y a quelque chose qui ne va pas très bien.

Question : Les bactéries du côlon peuvent-elles provoquer des cancers ?

AR : La flore intestinale contient 10 puissance 12 (1012) bactéries par millilitre. Non seulement cette flore est la bienvenue mais elle protège du cancer du côlon puisque l’étape ultime de la digestion, c’est ce qu’on appelle la fermentation qui se passe dans le gros intestin. Cette fermentation est là pour digérer les fibres alimentaires qui n’ont pas été digérées dans l’intestin grêle. Cette fermentation dégage notamment des gaz, certes, mais aussi des acides gras libres qui protègent du cancer du côlon. Donc, en aucun cas il ne faudrait chercher à supprimer cette flore intestinale.

Question : Quand on a été opéré d’un premier polype, est-ce que on a des risques d’en avoir d’autres ?

AR : Il est vrai que lorsqu’on a déjà eu des polypes, le risque est augmenté de deux à trois fois d’en avoir par la suite. Ils ne vont pas être plus dangereux mais le risque est augmenté. On conseille à l’heure actuelle, dès le moment où on a enlevé un polype de vérifier à une cadence spécifique en fonction de la nature du polype, de sa gravité, de sa taille et de sa composition.

     
   
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