CANCER DU CÔLON
Quel dépistage ?  
(16.11.06)



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Témoignage & Interview diffusés pendant le débat

Témoignage

Martine, 49 ans, mariée, mère de 2 enfants, laborantine à Genève

J’avais du sang dans les selles simplement, et par acquis de conscience, je suis allée voir un médecin gastroentérologue pour une coloscopie partielle. Suite à ça, il m’a dit qu’il n’y avait pas de problème. Donc, j’ai recommencé à vivre normalement. Mais, quelques temps après, je dirais même plus d’une année après, j'ai recommencé à avoir des douleurs abdominales et des problèmes de constipation qui devenaient plus intenses, bien que cela ait toujours été un problème dans ma vie. Donc, mes douleurs abdominales devenaient plus intenses. A un moment donné mon généraliste m’a fixé un rendez-vous pour une coloscopie. J’étais prête, j’avais pris la solution etc. Mais elle n’a pas pu avoir lieu parce que finalement plus rien ne passait, j’avais vraiment un blocage intestinal total. J’ai dû retourner chez lui en catastrophe, lui dire : "ça ne va pas", et il était tout à fait d’accord que ça ne pouvait pas aller comme ça. Le jour même, il m’a trouvé un rendez-vous pour un scanner, et le soir je rentrais à l’hôpital, c’était un 1er avril, et l’aventure commençait. A ce moment-là on m’a dit : "il y a probablement une tumeur", mais les médecins devaient attendre que les analyses soient faites pour pouvoir être sûrs. Pendant toute la nuit, pratiquement, ils ont regardé les radios, les scanners, tout ce que j’avais comme documents, très jolis d’ailleurs. Et puis ils ont décidé que c’était l’urgence. Dans un premier temps, j’ai dû aller voir le gynécologue puisque cela se passait dans le bas-ventre, il y avait un doute. Ensuite, on m’a orientée vers le digestif et on m’a opérée.
Quand on se réveille c’est terrible. Parce que tout d’un coup c’est un autre monde. On est plus tout à fait soi-même. D’abord au réveil, il y a la douleur et le fait de découvrir que le ventre est tout cerclé, après je me suis rendue compte que c’était une des meilleures façons de faire, puisque après la cicatrice était toute droite. Mais sur l’instant, j’étais effrayée de voir ce métal. Et puis la poche. Ça c’était vraiment... et puis je me suis dit : "bon, je ne panique pas facilement, alors là du sang froid, il ne faut pas paniquer, on va tout m’expliquer, on va m’aider". Et c’est ce qui s’est passé. J’ai eu à faire à une équipe formidable. Tout le monde m’a aidé pour gérer cette poche, parce qu’au début c’est effrayant, effectivement. On n’a pas vraiment mal. C’est plutôt qu’il faut assumer, il faut vivre cette nouvelle chose. Evidemment, dans un deuxième temps, on pense à l’esthétisme, à plein de choses superflues. Mais surtout, je me suis donné des petits buts. Quand on sort de ce genre d’opération, on doit boire, d’abord une cuillère d’eau, ensuite un verre, puis on peut boire à volonté. Par la suite, pour toutes les choses que j’ai eues avec l’hôpital, c’était la même chose, une espèce de crescendo dans l’exigence, se donner des petits buts qu’on arrive à atteindre. Et c’est comme ça que je m’en suis sortie parce que, je crois que la montagne aurait été trop grande si je l’avais imaginée entièrement. Huit mois après, à la deuxième opération, je me suis rendue compte que la montagne était derrière moi. Mais pendant ces huit mois, entre le 1er avril et décembre, qui est la date de la deuxième opération, je regardais devant et je m’étais fixée ce but là.

SR : Vous aviez donc cette poche, mais avez-vous eu un autre traitement en plus ?

En plus, il y a eu la chimiothérapie qui a débuté à peu près un mois et demi après ma première opération. Je me suis remise assez vite finalement mais la chimiothérapie c’est quand même très fatigant. Au début on ne la sent pas, et puis c’est crescendo. C’est-à-dire, on sent de plus en plus les doses qui sont fortes et on ne les supporte pas. J’avais l’impression d’être comme imbibée de poison, de sentir mauvais, que les choses n’avaient pas de goût. J’avais l’impression aussi que je pouvais intoxiquer les autres, un étrange sentiment.

SR : Est-ce que vous aviez des facteurs de risque qui vous exposaient à ce type de cancer et quel âge aviez-vous quand c’est arrivé ?

J’ai toujours eu une bonne santé et je ne me suis jamais préoccupée de ces choses là. Quand c’est arrivé, je suis née en 58, j’avais donc 47 ans, je me trouvais un peu jeune. Tout le monde m’a dit : "mais tu es jeune pour ça". Mais les choses arrivent quand elles arrivent. "Un peu jeune pour mourir ?" je me suis posé la question et "Est-ce que c’est le moment ?" Et, étonnamment, je n'avais pas tellement peur de ça parce que j’ai quand même bien vécu. Je me suis dit : "Si c’est fini, tant pis, ce sera comme ça !"

Interview

Madame Ursula Zybach est responsable à la Ligue Suisse contre le Cancer à Berne du programme contre le cancer du côlon. Elle a été la co-organisatrice avec la Société Suisse des Pharmaciens d’une campagne de dépistage du cancer du côlon dans les pharmacies en Suisse.

C’est l’association des Pharmaciens qui a pris cette initiative et nous, de la Ligue Suisse contre le Cancer, sommes très heureux qu’une association comme celle-là ait pris une initiative pour le cancer de l’intestin parce que, pour nous, c’est un sujet très important. Nous étions dans le conseil consultatif dans lequel nous avons discuté des informations pour les pharmaciens et aussi des informations pour la population : les brochures, les dépliants. On a discuté aussi du test à prendre et de sa fiabilité. On a vraiment été des partenaires.

SR : Que propose concrètement le pharmacien au client qui s’intéresse au dépistage du cancer du côlon ?

Tout d’abord le pharmacien demande à la personne si elle a, par exemple, des symptômes, si elle a des antécédents familiaux, ou si elle a déjà eu des problèmes de cancer de l’intestin. A toutes ces personnes là, il leur dit d’aller chez leur médecin de famille parce que c’est important de les traiter comme il faut. Pour les personnes qui ont déjà des symptômes, c’est très important qu’on fasse vite parce que si on peut prendre quelqu’un à un stade précoce c’est beaucoup mieux. Et pour les cas où il n’y a pas ni antécédents, ni symptômes familiaux, il y a une évaluation des risques. On pose des questions au client sur l’alimentation, le mouvement, etc. Puis on voit si cette personne a un risque élevé ou pas de cancer du côlon. Si la personne a un risque élevé, on lui offre la possibilité de faire un test de détection immunologique du sang occulte dans les selles. On l’offre seulement aux personnes qui ont un risque. Mais si une personne qui n’a pas de risque aimerait faire ce test, on le lui offre aussi. Ce n’est pas un problème grave mais c’est un test que l’on devrait faire seulement s’il y a un risque. La personne reçoit trois échantillons pour faire ce test. Elle doit mettre un petit truc dans les selles pour prendre les échantillons, qu’elle ramène ensuite à la pharmacie où l’on fait le test. Ça dure environ 10 minutes et on voit directement s’il y a du sang occulte dans les selles. Pendant ces 10 minutes, on a assez de temps pour discuter ce qu’on devrait faire pour la santé. Le pharmacien peut donner des informations sur l’alimentation, le mouvement, le style de vie.

SR : Le test coûte combien ?

Pendant la campagne, il coûtait CHF 15.00. Après la campagne il sera plus cher. Je ne sais pas encore à quel prix on va le vendre. Il faut trois tests, et le prix normal, je pense que c’est environ CHF 20.00 par test. Donc ça va être un montant très différent.

SR : Quelle est la fiabilité de ce test ?

Ce test immunologique ne détecte que le sang d’origine humaine dans les selles. Il y a 4% de faux positifs, ça veut dire 4 personnes sur 100 reçoivent un test positif alors que si on regarde avec une coloscopie, on ne voit pas de cancer dans le côlon. Et on a 30% de faux négatifs, ça veut dire que ce sont des personnes qui ont un cancer mais on ne le voit pas. Comme on a décidé dans le groupe consultatif de prendre trois tests, ça veut dire que dans notre situation, ce ne sont pas 30%, c’est moins. Bref, si on regarde c’est vraiment un test qui est très bien pour trouver du sang occulte dans les selles. Mais un test positif ne veut pas dire qu’on a le cancer de l’intestin, c’est qu’il y a du sang qu’on ne voit pas avec les yeux.

SR : Vous n’ignorez pas que dans la communauté médicale de nombreux médecins trouvent que ce test n’est pas fiable et préférerait qu’on fasse des coloscopies ?

Si on regarde la littérature on voit très bien qu’il y a plusieurs possibilités pour faire un dépistage du cancer de l’intestin. L’une c’est de faire ce test une fois par année. L’autre possibilité est de faire une coloscopie. Mais si on compare par exemple les prix, la différence est vraiment énorme. Si on regarde le test du sang occulte ça coûte environ, disons CHF 50. Une coloscopie c’est 10 fois plus, ça veut dire CHF 500 à 800 par test. On a 2.5 millions de personnes qui sont dans un âge à risque, autrement dit toutes les personnes de plus de 50 ans. Donc, ce sont vraiment des sommes énormes. Et puis, si on fait une coloscopie, on pénètre dans le corps, et on peut aussi avoir des problèmes. On sait, d’après la littérature scientifique médicale, qu’un pour mille des patients qui font une coloscopie ont des ruptures de l’intestin. Peut-on décider d’offrir à la population suisse un test qui dans 1 cas sur mille peut entraîner des problèmes vraiment graves. C’est pour ça que la Ligue Suisse contre le Cancer a décidé de faire des études pour savoir ce qu’on veut et ce qu’on peut vraiment faire en Suisse, en assurant aussi la qualité parce que c’est très important de faire une coloscopie correctement. Et après peut-être, ça dépendra des résultats, un dépistage systématique du cancer du côlon sera mis en place pour tout le monde.

Témoignage du public pendant le débat

J’avais très mal aux intestins, je suis allée passer une coloscopie. En cours de route, la gastroentérologue n’a pas pu continuer son travail étant donné que j’avais beaucoup d’adhérences ayant subi énormément d’opérations, et elle avait peur de tout me déchirer. Donc, j’ai souffert pendant cet examen, c’était épouvantable. Ensuite, elle m’a dit qu’on pouvait faire une chose c’est d’aller à l’hôpital pour qu’on me fasse une coloscopie sous anesthésie. Depuis j’ai tout abandonné il y a bien des années. Mais je me demande toujours si j’ai des polypes parce que j’ai mal aussi du côté droit ou si j’ai autre chose. Que dois-je faire, parce que j’ai peur qu’on me déchire tout, surtout si je suis sous anesthésie je n’aurai pas de réaction ?

AR : Je pense que vous n’êtes pas la candidate pour l’anesthésie générale car c’est un peu dangereux. Par contre, sans le moindre doute, je vous conseillerais de faire une coloscopie virtuelle qui est maintenant un examen de choix pour compléter une coloscopie incomplète.

Témoignage posté sur le site - 06.04.2007

J'ai 43 ans et hier j'ai subi une coloscopie car depuis 15 jours j'avais une restorragie. Le gastroentérologue m'a enlevé 2 polypes qu'il a bien entendu envoyé pour analyse. Il m'a dit qu'ils étaient bénins mais qu'il était grand temps de les enlever car ma coloscopie qui était prévue à 45 ans environ aurait été dramatique. Pourquoi m'a-t-il dit cela ? Je ne comprends pas et ça me fait peur. Surtout qu'il a dit qu'il fallait que j'en refasse une dans 3 ans maximum. J'attends des témoignages.

Vous pouvez me contacter par l'intermédiaire du forum@jeantet.ch

     
     


   
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