|
GENERALITES / PREVENTION
1.
Le cancer du sein touche-t-il beaucoup de femmes en Suisse ?
2.
Comment évolue la mortalité par cancer du sein en Suisse, aux Etats-Unis,
et en Grande-Bretagne ?
3. Quels sont les comportements que les femmes devraient
adopter pour éviter le cancer du sein ?
4. Pourquoi ne se préoccupe-t-on pas de la vraie prévention,
c'est-à-dire, de ce qui cause le cancer du sein, par exemple la
prise d'hormones ?
5. Quelle est l'influence
de la pilule contraceptive sur le cancer du sein ?
6. Un facteur psychologique
peut-il déclencher un cancer ?
Question
: Le cancer du sein touche-t-il beaucoup de femmes en Suisse ?
JD : Chaque année en Suisse, on enregistre 4000 nouveaux cas et
on dénombre aussi à peu près 1500 décès chaque année qui sont dus
au cancer du sein. Et la région lémanique est particulièrement
touchée. C'est en tous cas dans les cantons de Vaud et Genève, où
il y a un registre des tumeurs, qu'on enregistre le plus grand nombre
de cas de décès qui sont dus au cancer du sein. Il faut quand même
tempérer cette constatation en disant que ce sont les régions en
Suisse où probablement le dépistage est le plus répandu. Et bien
sûr qu'à partir du moment où on cherche à trouver une maladie, on
la trouve plus fréquemment que si on ne la cherche pas systématiquement.
Ce n'est pas le seul élément qui joue, mais c'est peut-être un élément
qui joue pour expliquer cette fréquence plus élevée dans les cantons
de la région lémanique.
Question
: Comment évolue la mortalité par cancer du sein en Suisse, aux
Etats-Unis, et en Grande-Bretagne ?
JD : Elle a diminué un petit peu, ces dernières années. Pendant
longtemps on a vu une incidence du cancer du sein, donc une fréquence
de la maladie, qui augmentait très peu, de l'ordre de 1% par année
et une mortalité, donc un nombre de décès qui restait stable. Ces
dernières années, on voit s'amorcer une réduction de cette mortalité
et évidemment plus marquée dans les pays où on fait du dépistage.
Je pense aux Pays-Bas, à la Suède, etc. Mais cette diminution est
liée aussi aux thérapies. C'est un problème complexe qu'il est difficile
de dénouer. Mais c'est clair que les moyens thérapeutiques se sont
modifiés ces dernières années et qu'ils sont certainement pour quelque
chose dans la réduction de la mortalité qui est observée.

Question
: Quels sont les comportements que les femmes devraient adopter
pour éviter le cancer du sein ?
AC : Le cancer du sein est lié à l'âge, donc plus on est âgée et
plus le risque augmente. Et là on ne peut pas faire grand chose.
C'est aussi lié à la cigarette, donc ne pas fumer permettrait au
moins d'éviter quelques cas de cancer du sein mais, pour le reste,
rien n'a été vraiment prouvé... Là, on ne parle pas des gens qui
ont un cancer du sein au niveau génétique parce que, là, c'est vraiment
des cas très particuliers. Ce sont des gens qui ont un taux de cancer
de 80%, donc c'est vraiment des gens qui sont traités complètement
à part qui font l'objet d'un conseil génétique particulier.
Question
: Pourquoi ne se préoccupe-t-on pas de la vraie prévention, c'est-à-dire,
de ce qui cause le cancer du sein, par exemple la prise d'hormones ?
VM
: Alors au niveau prévention, le risque majeur, primordial et contre
lequel on ne peut rien, c'est l'âge. Ensuite il y a des facteurs
de risque qui sont liés à la période pendant laquelle la glande
mammaire est sous influence des oestrogènes, notamment les premières
règles précoces, une ménopause tardive, une première grossesse tardive...
Enfin,
il y a différents éléments qui peuvent entrer en ligne de compte
comme facteurs de risque du cancer du sein. Donc on pourrait intervenir
au niveau prévention en disant qu'il faut avoir des enfants avant
trente ans, qu'il faut les allaiter, qu'il faut éviter l'alcool.
On s'est rendu compte en effet que l'alcool joue un rôle. Au niveau
de l'alimentation, plus particulièrement des graisses animales,
les omega 3 jouent un rôle favorable contre le cancer du sein,
donc il faut manger du poisson par exemple. Il faudrait aussi éviter
de fumer. Donc, au niveau prévention, il y a plusieurs attitudes
qu'on peut avoir pour diminuer le risque de cancer du sein. Maintenant,
c'est vrai qu'on savait déjà depuis de nombreuses années que, puisque
les oestrogènes influencent le développement du cancer du sein,
l'hormonothérapie de substitution -donc le traitement hormonal que
l'on donne aux patientes au moment de la ménopause - peut jouer
un certain rôle. Dernièrement une étude a montré qu'effectivement
il y avait une très légère augmentation du risque de cancer du sein
chez des patientes qui avaient une hormonothérapie de substitution.
Cette étude est parue il y a quelques mois. Elle a confirmé en fait
ce que l'on savait déjà, c'est -à-dire que sur mille femmes
de cinquante à soixante ans qui prennent une hormonothérapie de
substitution pendant dix ans, on a soixante-neuf cancers
du sein. Il faut préciser cependant qu'il s'agit d'une hormonothérapie
de substitution bien précise, utilisée souvent aux Etats-Unis où
a été menée l'étude, mais assez peu chez nous. Dans le même
temps sur un même échantillon de femmes, mais sans hormonothérapie
de substitution, on a pendant ces dix ans soixante-trois patientes
qui ont un cancer du sein. Et donc, si on les compare aux mille
femmes qui ont pris une hormonothérapie de substitution, il y en
a six de plus. Au lieu de soixante-trois, il y en a soixante-neuf.
C'est vrai qu'il y a une augmentation, on ne peut pas le nier, mais
cette augmentation n'est quand-même pas catastrophique. Elle existe
et on doit en parler avec nos patientes et on en parle et on en
parlait déjà avant que cette étude sorte.
JD
: Je voudrais quand même dire que, c'est vrai, la meilleure solution
c'est de faire quelque chose pour éviter d'avoir le cancer du sein
et pas de faire quelque chose pour le découvrir le plus rapidement
possible. Mais on fait comme ça parce que, malheureusement, aujourd'hui,
l'état des connaissances ne permet pas de proposer une prévention,
comme par exemple le tabac qui est lié au cancer du poumon. On a
cité toute une série de facteurs de risques qui, en réalité, sont
des facteurs associés au cancer du sein mais il est probable qu'on
a pas encore véritablement découvert ou mis la main sur les causes
du cancer du sein. Et donc, croyez bien que cette recherche existe,
qu'elle se fait et qu'il est évident que la mammographie n'est
pas la panacée universelle et que dès qu'on aura un moyen de prévenir,
on l'utilisera.
Question
: Quelle est l'influence de la pilule contraceptive sur le cancer
du sein ?
VM
: La seule chose que l'on peut dire, c'est que les patientes ont
l'opportunité maintenant et heureusement pour bon nombre d'entre
elles, d'être sous contraception et de ne pas avoir une grossesse
trop tôt par rapport à leur cursus qu'il soit professionnel ou autre.
Elles ont l'opportunité d'avoir une grossesse plus tard donc elles
ont effectivement, parfois, le choix d'avoir une première grossesse
au-delà de trente ans et cela correspond à un des nombreux
facteurs de risques. Alors c'est un effet indirect de la contraception.
Mais au niveau effet hormonal pur, je crois que rien n'a été prouvé
jusqu'à maintenant.
SR
: Je sais qu'il y a des médecins dans la salle, peut-être
voulez-vous intervenir?
Réponse
: Je suis le Docteur LUTZ, je travaille au registre genevois des
tumeurs, je suis épidémiologiste. On va essayer d'être bref, il
ne faut pas que ce débat tourne au débat de spécialistes. En ce
qui concerne la pilule contraceptive, il faut dire deux choses :
d'une part, depuis que la pilule existe il y a eu non pas des dizaines
mais des centaines d'études, parce que vous pensez bien que tous
les scientifiques du monde se sont penchés sur ce facteur de risque
et deuxièmement, il faut aussi se souvenir que dans l'histoire de
la pilule il y a eu plusieurs types de pilules. Au début, c'était
une pilule effectivement fortement dosée et maintenant la plupart
des femmes ont des pilules progestatives microdosées qui n'ont rien
à voir avec le risque du cancer du sein. Alors bon, ceci à verser
au débat et aujourd'hui c'est clair, le risque de la pilule n'existe
pas.
En
ce qui concerne le traitement substitutif hormonal après la ménopause,
effectivement, il y a une légère augmentation du risque due à l'hormone
de substitution mais il faut aussi savoir que dans les cohortes
de femmes qui sont sous cette hormonothérapie de remplacement, les
femmes sont plus suivies et si on trouve plus de cancers c'est parce
que, comme on le disait tout à l'heure, on les cherche mieux. D'autre
part, il y a aussi beaucoup d'études sur la totalité de ces traitements,
on sait que ces femmes sont diagnostiquées toujours à un stade précoce,
justement parce qu'elles sont suivies, et que la survie chez ces
femmes-là est meilleure que la survie chez le reste des femmes.
Question
: Un facteur psychologique peut-il déclencher un cancer ?
AC
: Au niveau du cancer, moi je n'ai pas de données scientifiques
là-dessus. Il y a un article qui a paru récemment dans la littérature
où, justement, ils ont essayé de reprendre un peu toutes les études
sur les cancers et ils n'ont pas réussi à mettre en évidence un
phénomène majeur dans ce domaine. C'est vrai qu'il y a des changements
au niveau du système immunitaire chez certaines personnes, et je
connais des cas, qui ont développé des cancers effectivement après
un traumatisme majeur mais je n'ai pas de données scientifiques
sur le domaine.
VM
: Une des théories c'est de dire que certains organes, certaines
cellules de certains organes font des minuscules petits cancers
occasionnellement, et qu'en situation de diminution de l'immunité,
par exemple après stress massif, ce cancer-là pourra plus facilement
se développer. Mais je n'ai pas non plus de chiffres précis à avancer.
SR
: On a quelques médecins dans la salle, est-ce que vous auriez
quelque chose à ajouter ?
Prof.
SAPPINO ( responsable de la cancérologie à l'hôpital cantonal de
Genève ) : Il y a eu beaucoup d'études qui ont été effectuées
ces dernières années pour essayer de répondre à cette question.
Et puis il n'y a pas de réponses, parce que probablement les études
ne sont pas des bons outils pour essayer de répondre à cette question,
alors que tous les praticiens qui s'occupent de patients cancéreux
trouvent qu'il y a de troublantes coïncidences entre des événements
émotionnels, des chocs affectifs. Mais toutes les études qui ont
essayé d'explorer ces corrélations entre événements traumatisants
et survenue de cancer n'ont pas été conclusives. Cela peut vouloir
dire deux choses, soit qu'il n'y a pas vraiment de corrélation,
soit que la façon dont on cherche ces corrélations n'est pas sérieuse.
|