LE CANCER DU SEIN
Le dépistage en question ?   (21.11.02)


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1. GENERALITES / PREVENTION
2. DEPISTAGE
3. EVALUATION DEPISTAGE
 
 


GENERALITES / PREVENTION

1. Le cancer du sein touche-t-il beaucoup de femmes en Suisse ?
2. Comment évolue la mortalité par cancer du sein en Suisse, aux Etats-Unis, et en Grande-Bretagne ?
3. Quels sont les comportements que les femmes devraient adopter pour éviter le cancer du sein ?
4. Pourquoi ne se préoccupe-t-on pas de la vraie prévention, c'est-à-dire, de ce qui cause le cancer du sein, par exemple la prise d'hormones ?

5. Quelle est l'influence de la pilule contraceptive sur le cancer du sein ?
6. Un facteur psychologique peut-il déclencher un cancer ?



Question : Le cancer du sein touche-t-il beaucoup de femmes en Suisse ?
JD : Chaque année en Suisse, on enregistre 4000 nouveaux cas et on dénombre aussi à peu près 1500 décès chaque année qui sont dus au cancer du sein.  Et la région lémanique est particulièrement touchée. C'est en tous cas dans les cantons de Vaud et Genève, où il y a un registre des tumeurs, qu'on enregistre le plus grand nombre de cas de décès qui sont dus au cancer du sein. Il faut quand même tempérer cette constatation en disant que ce sont les régions en Suisse où probablement le dépistage est le plus répandu. Et bien sûr qu'à partir du moment où on cherche à trouver une maladie, on la trouve plus fréquemment que  si on ne la cherche pas systématiquement. Ce n'est pas le seul élément qui joue, mais c'est peut-être un élément qui joue pour expliquer cette fréquence plus élevée dans les cantons de la région lémanique.

Question : Comment évolue la mortalité par cancer du sein en Suisse, aux Etats-Unis, et en Grande-Bretagne ?
JD : Elle a diminué un petit peu, ces dernières années. Pendant longtemps on a vu une incidence du cancer du sein, donc une fréquence de la maladie, qui augmentait très peu, de l'ordre de 1% par année et une mortalité, donc un nombre de décès qui restait stable. Ces dernières années, on voit s'amorcer une réduction de cette mortalité et évidemment plus marquée dans les pays où on fait du dépistage. Je pense aux Pays-Bas, à la Suède, etc. Mais cette diminution est liée aussi aux thérapies. C'est un problème complexe qu'il est difficile de dénouer. Mais c'est clair que les moyens thérapeutiques se sont modifiés ces dernières années et qu'ils sont certainement pour quelque chose dans la réduction de la mortalité qui est observée.


Question : Quels sont les comportements que les femmes devraient adopter pour éviter le cancer du sein ?
AC : Le cancer du sein est lié à l'âge, donc plus on est âgée et plus le risque augmente. Et là on ne peut pas faire grand chose. C'est aussi lié à la cigarette, donc ne pas fumer permettrait au moins d'éviter quelques cas de cancer du sein mais, pour le reste, rien n'a été vraiment prouvé... Là, on ne parle pas des gens qui ont un cancer du sein au niveau génétique parce que, là, c'est vraiment des cas très particuliers. Ce sont des gens qui ont un taux de cancer de 80%, donc c'est vraiment des gens qui sont traités complètement à part qui font l'objet d'un conseil génétique particulier.


Question :  Pourquoi ne se préoccupe-t-on pas de la vraie prévention, c'est-à-dire, de ce qui cause le cancer du sein, par exemple la prise d'hormones ?

VM : Alors au niveau prévention, le risque majeur, primordial et contre lequel on ne peut rien, c'est l'âge. Ensuite il y a des facteurs de risque qui sont liés à la période pendant laquelle la glande mammaire est sous influence des oestrogènes, notamment les premières règles précoces, une ménopause tardive, une première grossesse tardive...

Enfin, il y a différents éléments qui peuvent entrer en ligne de compte comme facteurs de risque du cancer du sein. Donc on pourrait intervenir au niveau prévention en disant qu'il faut avoir des enfants avant trente ans, qu'il faut les allaiter, qu'il faut éviter l'alcool. On s'est rendu compte en effet que l'alcool joue un rôle. Au niveau de l'alimentation, plus particulièrement  des graisses animales,  les omega 3 jouent un rôle favorable contre le cancer du sein, donc il faut manger du poisson par exemple. Il faudrait aussi éviter de fumer. Donc, au niveau prévention, il y a plusieurs attitudes qu'on peut avoir pour diminuer le risque de cancer du sein. Maintenant, c'est vrai qu'on savait déjà depuis de nombreuses années que, puisque les oestrogènes influencent le développement du cancer du sein,  l'hormonothérapie de substitution -donc le traitement hormonal que l'on donne aux patientes au moment de la ménopause - peut  jouer un certain rôle. Dernièrement une étude a montré qu'effectivement il y avait une très légère augmentation du risque de cancer du sein chez des patientes qui avaient une hormonothérapie de substitution. Cette étude est parue il y a quelques mois. Elle a confirmé en fait ce que l'on savait déjà, c'est -à-dire que sur mille femmes de cinquante à soixante ans qui prennent une hormonothérapie de substitution pendant dix ans, on a soixante-neuf cancers du sein. Il faut préciser cependant qu'il s'agit d'une hormonothérapie de substitution bien précise,  utilisée souvent aux Etats-Unis où a été menée l'étude, mais assez peu chez nous. Dans le même temps sur un même échantillon de femmes, mais sans hormonothérapie de substitution, on a pendant ces dix ans soixante-trois patientes qui ont un cancer du sein. Et donc, si on les compare aux mille femmes qui ont pris une hormonothérapie de substitution, il y en a six de plus. Au lieu de soixante-trois, il y en a soixante-neuf. C'est vrai qu'il y a une augmentation, on ne peut pas le nier, mais cette augmentation n'est quand-même pas catastrophique. Elle existe et on doit en parler avec nos patientes et on en parle et on en parlait déjà avant que cette étude sorte.

JD : Je voudrais quand même dire que, c'est vrai, la meilleure solution c'est de faire quelque chose pour éviter d'avoir le cancer du sein et pas de faire quelque chose pour le découvrir le plus rapidement possible. Mais on fait comme ça parce que, malheureusement, aujourd'hui, l'état des connaissances ne permet pas de proposer une prévention,  comme par exemple le tabac qui est lié au cancer du poumon. On a cité toute une série de facteurs de risques qui, en réalité, sont des facteurs associés au cancer du sein mais il est probable qu'on a pas encore véritablement découvert ou mis la main sur les causes du cancer du sein. Et donc, croyez bien que cette recherche existe, qu'elle se fait et qu'il est évident que la mammographie  n'est pas la panacée universelle et que dès qu'on aura un moyen de prévenir,  on l'utilisera.


Question : Quelle est l'influence de la pilule contraceptive sur le cancer du sein ?
VM : La seule chose que l'on peut dire, c'est que les patientes ont l'opportunité maintenant et heureusement pour bon nombre d'entre elles, d'être sous contraception et de ne pas avoir une grossesse trop tôt par rapport à leur cursus qu'il soit professionnel ou autre. Elles ont l'opportunité d'avoir une grossesse plus tard donc elles ont effectivement, parfois, le choix d'avoir une première grossesse au-delà de trente ans et cela correspond à un des nombreux facteurs de risques. Alors c'est un effet indirect de la contraception. Mais au niveau effet hormonal pur, je crois que rien n'a été prouvé jusqu'à maintenant.

SR : Je sais qu'il y a des médecins dans la salle, peut-être voulez-vous intervenir?

Réponse : Je suis le Docteur LUTZ, je travaille au registre genevois des tumeurs, je suis épidémiologiste. On va essayer d'être bref, il ne faut pas que ce débat tourne au débat de spécialistes. En ce qui concerne la pilule contraceptive, il faut dire deux choses : d'une part, depuis que la pilule existe il y a eu non pas des dizaines mais des centaines d'études, parce que vous pensez bien que tous les scientifiques du monde se sont penchés sur ce facteur de risque et deuxièmement, il faut aussi se souvenir que dans l'histoire de la pilule il y a eu plusieurs types de pilules. Au début, c'était une pilule effectivement  fortement dosée et maintenant la plupart des femmes ont des pilules progestatives microdosées qui n'ont rien à voir avec le risque du cancer du sein. Alors bon, ceci à verser au débat et aujourd'hui c'est clair, le risque de la pilule n'existe pas.

En ce qui concerne le traitement substitutif hormonal après la ménopause, effectivement, il y a une légère augmentation du risque due à l'hormone de substitution mais il faut aussi savoir que dans les cohortes de femmes qui sont sous cette hormonothérapie de remplacement, les femmes sont plus suivies et si on trouve plus de cancers c'est parce que, comme on le disait tout à l'heure, on les cherche mieux. D'autre part, il y a aussi beaucoup d'études sur la totalité de ces traitements, on sait que ces femmes sont diagnostiquées toujours à un stade précoce, justement parce qu'elles sont suivies, et que la survie chez ces femmes-là est meilleure que la survie chez le reste des femmes.

Question : Un facteur psychologique peut-il déclencher un cancer ?

AC : Au niveau du cancer, moi je n'ai pas de données scientifiques là-dessus. Il y a un article qui a paru récemment dans la littérature où, justement, ils ont essayé de reprendre un peu toutes les études sur les cancers et ils n'ont pas réussi à mettre en évidence un phénomène majeur dans ce domaine. C'est vrai qu'il y a des changements au niveau du système immunitaire chez certaines personnes, et je connais des cas, qui ont développé des cancers effectivement après un traumatisme majeur mais je n'ai pas de données scientifiques sur le domaine.

VM : Une des théories c'est de dire que certains organes, certaines cellules de certains organes font des minuscules petits cancers occasionnellement, et qu'en situation de diminution de l'immunité, par exemple après stress massif, ce cancer-là pourra plus facilement se développer. Mais je n'ai pas non plus de chiffres précis à avancer.

SR : On a quelques médecins dans la salle, est-ce que vous auriez quelque chose à ajouter ?

Prof. SAPPINO  ( responsable de la cancérologie à l'hôpital cantonal de Genève ) : Il y a eu beaucoup d'études qui ont été effectuées ces dernières années pour essayer de répondre à cette question. Et puis il n'y a pas de réponses, parce que probablement les études ne sont pas des bons outils pour essayer de répondre à cette question, alors que tous les praticiens qui s'occupent de patients cancéreux  trouvent qu'il y a de troublantes coïncidences entre des événements émotionnels, des chocs affectifs. Mais toutes les études qui ont essayé d'explorer ces corrélations entre événements traumatisants et survenue de cancer n'ont pas été conclusives. Cela peut vouloir dire deux choses, soit qu'il n'y a pas vraiment de corrélation, soit que la façon dont on cherche ces corrélations n'est pas sérieuse.




     
   
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