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Témoignages
diffusés pendant le débat
Premier
témoignage
Claudine,
52 ans, Nyon
J'ai découvert
mon cancer du sein un matin dans la glace de la salle de bains en
me coiffant, parce que j'ai l'habitude après la douche de me coiffer
avant de m'habiller et, les bras en l'air, j'ai tout à coup noté
sur le côté intérieur du sein droit non pas une bosse mais un creux.
Ayant un passé paramédical, j'ai tout de suite compris qu'il se
passait quelque chose parce que je savais que si l'on a un kyste,
il peut y avoir une bosse qui va rouler sous la main, mais si la
bosse ne roule pas sous la main, qu'elle adhère à ce qu'on appelle
les tissus profonds alors c'est une tumeur. Et quelque chose qui
tirait en arrière légèrement sur une longueur de 2 cm la peau et
le muscle ne pouvait être que quelque chose qui adhérait au plan
profond. Et c'est comme ça que je l'ai découvert, en me coiffant
le matin devant la glace.
Ma toute première
réaction lorsque le médecin m'a définitivement annoncé que c'était
un cancer du sein, ça a été : Ah non, pas maintenant ! La raison
étant que je suis indépendante, que j'ai un staff de 8 personnes,
qu'on était en pleine expansion et que je savais que si je m'arrêtais
professionnellement pendant quelques mois, comme tout reposait,
et c'est toujours le cas, sur mes épaules, j'avais très peur que
mon business, que mes affaires en pâtissent énormément. Et ça a
été, d'ailleurs, le cas.
Et ensuite,
bien sûr, il y a toute l'émotion. Comme je dis toujours, on a un
petit peu chaud sur le moment. C'est vrai un cancer, quand le mot
est lâché, ça veut dire beaucoup de traitements, ça veut dire beaucoup
de temps de maladie probablement, et puis ça veut dire un diagnostic
sérieux peut-être ou si ce n'est définitif d'une manière peut-être
très rapprochée. Tout est mélangé au moment où on vous l'apprend.
Trois jours après l'annonce du diagnostic, qui était un mercredi
après-midi, le vendredi après-midi a eu lieu l'opération qui était
une tumérectomie qui a duré assez longtemps parce qu'ils se sont
posés des questions... C'était le vendredi après-midi, je suis ressortie
le jeudi suivant à midi pour aller travailler parce que je n'avais
pas le choix en tant qu'indépendante, et ensuite ça a été suivi
un mois plus tard par une chimiothérapie sur un cycle d'environ
six mois. Cela a duré jusqu'à Noël, toutes les 3 semaines et ensuite
ça a été suivi immédiatement par une radiothérapie tous les matins
sauf le week-end pendant six semaines. Donc ça nous a portés de
mi-juillet jusqu'à fin mars.
La chimiothérapie
a eu des effets secondaires, même si je n'ai pas perdu mes cheveux,
pour rassurer beaucoup de monde. On ne se sent pas très bien, c'est
vrai, on a quand même quelques nausées, c'est vrai aussi. Mais surtout
je pense qu'il ne faut pas sous-estimer ce qu'on appelle la fatigue
qui, d'après moi, n'est pas une fatigue, mais une totale perte d'énergie
qui fait qu'on fonctionne, qui fait qu'on va au travail si l'on
doit, qui fait qu'on vit normalement, mais que l'on a plus du tout
d'énergie. Finalement on est d'une certaine manière un petit peu
des robots, des zombies. Je crois que je ne m'en suis pas rendue
compte sur le moment. Bien sûr qu'on est mal, bien sûr qu'on ne
mange pas beaucoup, bien sûr que même un verre d'eau à boire parfois
c'est une aventure mais ce n'est pas aussi dramatique aussi terrible
qu'on peut le penser. C'est vrai aussi que lorsque l'on m'a annoncé
le diagnostic du cancer du sein, une de mes premières réactions
ça a été de dire : "Je ne veux pas de chimiothérapie !",
parce qu'on a peur de perdre ses cheveux, parce qu'on a peur d'être
malade pour rien, parce que de toutes façons on mélange tout et
on croit que l'issue va être fatale, alors que ça n'est pas le cas
maintenant dans la majorité des cancers du sein. Et finalement,
la chimiothérapie, ce n'est pas si dramatique que ça, et ça empêche
tout de même de tomber beaucoup plus gravement malade, voire d'éviter
une récidive.
Le support de
mon entourage a été extrêmement important pour moi. J'ai la chance
de venir d'une famille de quatre filles avec des parents magnifiques
très soudés. J'ai un mari adorable, donc j'ai eu un support psychologique
discret, affectif extrêmement complet et encore une fois non envahissant
et très respectueux de mes désirs, de mes états d'âme et ça aide
énormément, ça c'est sûr. Donc l'entourage est très important dans
toutes ces décisions qu'on doit prendre, dans toutes ces émotions
qui sont totalement mélangées entre la peur de la mort, la peur
de ces traitements, le fait d'entrer dans une phase grave au point
de vue santé, et puis le fait de devoir survivre d'une part au niveau
de soi-même et puis de devoir survivre comme si de rien n'était,
parce que moi c'était mon choix, parce qu'on a envie de travailler
comme si de rien n'était, non pas de nier mais certainement faire
comme les vieux chevaux, mourir debout s'il faut mourir, voilà,
parce que moi c'est mon choix.
Deuxième
témoignage
Cosette,
54 ans, assistante de direction, Saint-Prex
J'ai
eu ma première mammographie vers 40 ans, parce qu'en Allemagne
ils s'y prennent beaucoup plus vite qu'en Suisse. Déjà à partir
de 40 ans, les femmes sont invitées à faire leur mammographie
qui est prise en charge par la caisse maladie.
SR
: Et en Suisse vous avez commencé quand?
J'ai
été avertie à 50 ans, qu'il y avait ce dépistage du cancer
du sein et c'est à ce moment-là que j'ai eu ma première mammographie
en Suisse, à l'âge de 50 ans. Cela s'est très bien passé. J'ai
pu choisir mon hôpital et j'ai été très bien accueillie. Là il n'y
avait aucun problème, mais trois ou quatre jours plus tard, une
lettre est arrivée comme quoi il fallait refaire une mammographie
parce qu'il y avait quelque chose. Et alors là, c'est le souci qui
commence parce qu'un spécialiste de Lausanne devait venir dans cet
hôpital pour faire une échographie pour détecter ce que c'était
ces taches noires. Jusqu'à ce que le rendez-vous ait été pris, j'ai
passé dix jours, parce qu'il fallait attendre que mon médecin revienne
de vacances et ces dix jours ont été très pénibles. J'ai vraiment
pensé à tout et surtout au cancer. Et je m'imaginais vraiment déjà
perdre un sein, ne sachant pas ce qu'étaient ces taches noires.
Et c'est vrai que, pour une femme, d'avoir cette idée de n'avoir
plus qu'un sein ou plus du tout, c'est terrible, c'est vraiment
terrible. Dans un sens, je suis très contente d'avoir eu cette expérience,
parce que maintenant j'ai encore plus de compréhension pour les
dames qui en perdent un ou qui perdent les deux à la fois. Moi,
j'ai eu de la chance, parce que ce n'étaient que des kystes. La
spécialiste en en effet a fait cette échographie et elle a tout
de suite pu voir que c'était plusieurs kystes. Donc elle m'a dit
de ne pas me faire de souci, parce que si je n'avais pas de douleur,
si ça ne devenait pas plus grand, on ne ferait rien. C'est seulement
au moment où je sentirai des douleurs qu'il faudra faire une ponction
ou ouvrir. J'ai eu de la chance jusqu'à maintenant, c'était il y
a trois ans, et il n'y a rien qui a changé.
SR
: Vous-même, aviez-vous senti ces kystes ?
Pas
du tout, parce que je ne me touche jamais les seins, je ne me palpe
pas. Je ne veux pas m'imaginer qu'il pourrait y avoir quelque chose.
C'est une peur en moi du cancer, et je préfère que ça vienne tout
d'un coup ou alors prendre part à ces mammographies et là, découvrir
que peut-être j'ai quelque chose. Mais je n'irais pas me mettre
devant le miroir, soulever les bras et me palper. Non, ça je laisse
le soin au médecin de le découvrir. Je pense que c'est psychologique.
Témoignage
du public pendant le débat
Je
voulais juste dire ma petite expérience. J'ai eu un enfant à vingt-quatre
ans, un autre à trente-quatre ans et en 1996, à quarante-cinq ans,
j'ai fait un contrôle gynécologique. On m'a orientée vers la clinique
des Grangettes pour faire une mammographie. Je n'ai pas eu de nouvelles
ensuite et je n'en n'ai pas demandé. Et l'année dernière, comme
j'avais atteint les cinquante ans, j'ai reçu ce formulaire.
Alors je l'ai regardé, je l'ai lu et je me suis dit, que je ferai
prochainement une mammographie, ça m'intéresse, je vais le faire.
Et puis, cette année, j'ai reçu de l'hôpital cantonal le résultat
de ma mammographie de 1996 avec une copie de cette mammographie
où il était marqué en dessous : il est recommandé de faire un contrôle
dans six mois. Et j'ai quand même été assez choquée de voir qu'il
y avait des signes sur mes seins qui pouvaient demander un contrôle
dans les six mois et que je n'avais rien reçu.
Commentaire d'un intervenant
JD
: Ecoutez, si vous me permettez, mais ça fait aussi partie de l'assurance
de qualité, c'est le suivi. Dans le cadre d'un programme organisé,
toutes les personnes chez qui il y a une mammographie positive,
il va y avoir un suivi. C'est-à-dire que, nous, si on veut évaluer
l'impact de notre programme, on est bien obligé d'être informés
sur les résultats des investigations qui sont faites. En l'occurrence,
il s'agit d'une investigation spontanée qui a été faite des années
avant, si je comprends... mais j'ose espérer que, dans le cadre
d'un programme, on n'aurait pas attendu quatre ans pour se demander
où était le résultat de votre mammographie.
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