LE CANCER DU SEIN
Le dépistage en question ?   (21.11.02)


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Témoignages diffusés pendant le débat

Premier témoignage

Claudine, 52 ans, Nyon

J'ai découvert mon cancer du sein un matin dans la glace de la salle de bains en me coiffant, parce que j'ai l'habitude après la douche de me coiffer avant de m'habiller et, les bras en l'air, j'ai tout à coup noté sur le côté intérieur du sein droit non pas une bosse mais un creux. Ayant un passé paramédical, j'ai tout de suite compris qu'il se passait quelque chose parce que je savais que si l'on a un kyste, il peut y avoir une bosse qui va rouler sous la main, mais si la bosse ne roule pas sous la main, qu'elle adhère à ce qu'on appelle les tissus profonds alors c'est une tumeur. Et quelque chose qui tirait en arrière légèrement sur une longueur de 2 cm la peau et le muscle ne pouvait être que quelque chose qui adhérait au plan profond. Et c'est comme ça que je l'ai découvert, en me coiffant le matin devant la glace.

Ma toute première réaction lorsque le médecin m'a définitivement annoncé que c'était un cancer du sein, ça a été : Ah non, pas maintenant ! La raison étant que je suis indépendante, que j'ai un staff de 8 personnes, qu'on était en pleine expansion et que je savais que si je m'arrêtais professionnellement pendant quelques mois, comme tout reposait, et c'est toujours le cas, sur mes épaules, j'avais très peur que mon business, que mes affaires en pâtissent énormément. Et ça a été, d'ailleurs, le cas.

Et ensuite, bien sûr, il y a toute l'émotion. Comme je dis toujours, on a un petit peu chaud sur le moment. C'est vrai un cancer, quand le mot est lâché, ça veut dire beaucoup de traitements, ça veut dire beaucoup de temps de maladie probablement, et puis ça veut dire un diagnostic sérieux peut-être ou si ce n'est définitif d'une manière peut-être très rapprochée. Tout est mélangé au moment où on vous l'apprend. Trois jours après l'annonce du diagnostic, qui était un mercredi après-midi, le vendredi après-midi a eu lieu l'opération qui était une tumérectomie qui a duré assez longtemps parce qu'ils se sont posés des questions... C'était le vendredi après-midi, je suis ressortie le jeudi suivant à midi pour aller travailler parce que je n'avais pas le choix en tant qu'indépendante, et ensuite ça a été suivi un mois plus tard par une chimiothérapie sur un cycle d'environ six mois. Cela a duré jusqu'à Noël, toutes les 3 semaines et ensuite ça a été suivi immédiatement par une radiothérapie  tous les matins sauf le week-end pendant six semaines. Donc ça nous a portés de mi-juillet jusqu'à fin mars.

La chimiothérapie a eu des effets secondaires, même si je n'ai pas perdu mes cheveux, pour rassurer beaucoup de monde. On ne se sent pas très bien, c'est vrai, on a quand même quelques nausées, c'est vrai aussi. Mais surtout je pense qu'il ne faut pas sous-estimer ce qu'on appelle la fatigue qui, d'après moi, n'est pas une fatigue, mais une totale perte d'énergie qui fait qu'on fonctionne, qui fait qu'on va au travail si l'on doit, qui fait qu'on vit normalement, mais que l'on a plus du tout d'énergie. Finalement on est d'une certaine manière un petit peu des robots, des zombies. Je crois que je ne m'en suis pas rendue compte sur le moment. Bien sûr qu'on est mal, bien sûr qu'on ne mange pas beaucoup, bien sûr que même un verre d'eau à boire parfois c'est une aventure mais ce n'est pas aussi dramatique aussi terrible qu'on peut le penser. C'est vrai aussi que lorsque l'on m'a annoncé le diagnostic du cancer du sein, une de mes premières réactions ça a été de dire : "Je ne veux pas de chimiothérapie !", parce qu'on a peur de perdre ses cheveux, parce qu'on a peur d'être malade pour rien, parce que de toutes façons on mélange tout et on croit que l'issue va être fatale, alors que ça n'est pas le cas maintenant dans la majorité des cancers du sein. Et finalement, la chimiothérapie, ce n'est pas si dramatique que ça, et ça empêche tout de même de tomber beaucoup plus gravement malade, voire d'éviter une récidive.

Le support de mon entourage a été extrêmement important pour moi. J'ai la chance de venir d'une famille de quatre filles avec des parents magnifiques très soudés. J'ai un mari adorable, donc j'ai eu un support psychologique discret, affectif extrêmement complet et encore une fois non envahissant et très respectueux de mes désirs, de mes états d'âme et ça aide énormément, ça c'est sûr. Donc l'entourage est très important dans toutes ces décisions qu'on doit prendre, dans toutes ces émotions qui sont totalement mélangées entre la peur de la mort, la peur de ces traitements, le fait d'entrer dans une phase grave au point de vue santé, et puis le fait de devoir survivre d'une part au niveau de soi-même et puis de devoir survivre comme si de rien n'était, parce que moi c'était mon choix, parce qu'on a envie de travailler comme si de rien n'était, non pas de nier mais certainement faire comme les vieux chevaux, mourir debout s'il faut mourir, voilà, parce que moi c'est mon choix.

Deuxième témoignage

Cosette, 54 ans,  assistante de direction, Saint-Prex

J'ai eu ma première mammographie vers 40 ans, parce qu'en Allemagne ils s'y prennent beaucoup plus vite qu'en Suisse. Déjà à partir de 40 ans, les femmes sont invitées à faire leur mammographie qui est prise en charge par la caisse maladie.

SR : Et  en Suisse vous avez commencé quand?

J'ai été avertie à 50 ans, qu'il y avait ce dépistage du cancer du sein et c'est à ce moment-là que j'ai eu ma première mammographie en Suisse, à l'âge de 50 ans. Cela s'est très bien passé. J'ai pu choisir mon hôpital et j'ai été très bien accueillie. Là il n'y avait aucun problème, mais trois ou quatre jours plus tard, une lettre est arrivée comme quoi il fallait refaire une mammographie parce qu'il y avait quelque chose. Et alors là, c'est le souci qui commence parce qu'un spécialiste de Lausanne devait venir dans cet hôpital pour faire une échographie pour détecter ce que c'était ces taches noires. Jusqu'à ce que le rendez-vous ait été pris, j'ai passé dix jours, parce qu'il fallait attendre que mon médecin revienne de vacances et  ces dix jours ont été très pénibles. J'ai vraiment pensé à tout et surtout au cancer. Et je m'imaginais vraiment déjà perdre un sein, ne sachant pas ce qu'étaient ces taches noires. Et c'est vrai que, pour une femme, d'avoir cette idée de n'avoir plus qu'un sein ou plus du tout, c'est terrible, c'est vraiment terrible. Dans un sens, je suis très contente d'avoir eu cette expérience, parce que maintenant j'ai encore plus de compréhension pour les dames qui en perdent un ou qui perdent les deux à la fois. Moi, j'ai eu de la chance, parce que ce n'étaient que des kystes. La spécialiste en en effet a fait cette échographie et elle a tout de suite pu voir que c'était plusieurs kystes. Donc elle m'a dit de ne pas me faire de souci, parce que si je n'avais pas de douleur, si ça ne devenait pas plus grand, on ne ferait rien. C'est seulement au moment où je sentirai des douleurs qu'il faudra faire une ponction ou ouvrir. J'ai eu de la chance jusqu'à maintenant, c'était il y a trois ans, et il n'y a rien qui a changé.

SR : Vous-même,  aviez-vous senti ces kystes ?

Pas du tout, parce que je ne me touche jamais les seins, je ne me palpe pas. Je ne veux pas m'imaginer qu'il pourrait y avoir quelque chose. C'est une peur en moi du cancer, et je préfère que ça vienne tout d'un coup ou alors prendre part à ces mammographies et là, découvrir que peut-être j'ai quelque chose. Mais je n'irais pas me mettre devant le miroir, soulever les bras et me palper. Non, ça je laisse le soin au médecin de le découvrir. Je pense que c'est psychologique.

Témoignage du public pendant le débat

Je voulais juste dire ma petite expérience. J'ai eu un enfant à vingt-quatre ans, un autre à trente-quatre ans et en 1996, à quarante-cinq ans, j'ai fait un contrôle gynécologique. On m'a orientée vers la clinique des Grangettes pour faire une mammographie. Je n'ai pas eu de nouvelles ensuite et je n'en n'ai pas demandé. Et l'année dernière, comme j'avais atteint les cinquante ans, j'ai reçu ce formulaire. Alors je l'ai regardé, je l'ai lu et je me suis dit, que je  ferai prochainement une mammographie, ça m'intéresse, je vais le faire. Et puis, cette année, j'ai reçu de l'hôpital cantonal le résultat de ma mammographie de 1996 avec une copie de cette mammographie où il était marqué  en dessous : il est recommandé de faire un contrôle dans six mois. Et j'ai quand même été assez choquée de voir qu'il y avait des signes sur mes seins qui pouvaient demander un contrôle dans les six mois et que je n'avais rien reçu.

Commentaire d'un intervenant

JD : Ecoutez, si vous me permettez, mais ça fait aussi partie de l'assurance de qualité, c'est le suivi. Dans le cadre d'un programme organisé, toutes les personnes chez qui il y a une mammographie positive, il va y avoir un suivi. C'est-à-dire que, nous, si on veut évaluer l'impact de notre programme, on est bien obligé d'être informés sur les résultats des investigations qui sont faites. En l'occurrence, il s'agit d'une investigation spontanée qui a été faite des années avant, si je comprends... mais j'ose espérer que, dans le cadre d'un programme, on n'aurait pas attendu quatre ans pour se demander où était le résultat de votre mammographie.

 


     
     


   
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