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OBLIGATION DE CONTRACTER
1.
Qu'est-ce que l'obligation de contracter ?
2.
La suppression du libre choix du médecin, n'est-elle pas
une carte blanche donnée aux assureurs ?
3. Comment le généraliste vit-il la
suppression de l'obligation de contracter ?transmettre la maladie
ŕ quelqu'un par voie sexuelle ?
4. La limitation du nombre de médecins risque-t-elle
d'entraîner du chômage ?
5. Les assureurs se sont-ils battus pour la suppression
du libre choix du médecin ?
6. Les médecins aujourd'hui sont-ils trop nombreux
?
7. Quelle est la corrélation entre le nombre
de médecins et la satisfaction des patients ?
8. La suppression de l'obligation de contracter est-elle
clairement une mesure pour limiter le nombre de médecins
?
9. Sur quels critères se baser pour choisir
les médecins remboursés ou non ?
10. Peut-on se baser sur des critères économiques
pour choisir les médecins remboursés ?
Question
: Qu'est-ce que l'obligation de contracter ?
JDH : Le fait même d'avoir un droit de pratique, qui est un
papier qu'on obtient du canton (pour cela, il faut avoir un diplôme
fédéral, etc.), ce droit de pratique donne automatiquement
le droit à ce que nos factures soient remboursées
par les assurances. Ça, c'est ce qu'on appelle l'obligation
de contracter. Ça revient en bon français au libre
choix du médecin, c'est-à-dire que vous vous installez
dans un quartier, dans un village ou quelque part, les gens ont
le droit de venir et d'envoyer leurs factures à l'assurance.
C'est ce qui produit cette espèce d'équilibre entre
les différents partenaires du système. Et cet équilibre-là
est menacé, à cause d'une mesure prise dans un mouvement
de panique. Les assureurs seront en situation de déclarer
que tel ou tel médecin sera remboursé ou pas. D'après
les chiffres qui circulent, pas à l'Assura, mais à
la caisse maladie Helsana actuellement, le but est de diminuer de
20% le nombre des médecins. Cela signifie effectivement que
le pouvoir a complètement basculé, et que tout cet
édifice de consultation et d'élaboration en commun
qu'on a mis sur pied ne pourra plus tourner. Et ça, c'est
quand même quelque chose qui me paraît extrêmement
lourd, notamment pour une mesure inadéquate.
Question
: La suppression du libre choix du médecin, n'est-elle pas
une carte blanche donnée aux assureurs ?
FG : Une carte blanche qui est quand même pas mal striée
de noir, parce qu'il y a un certain nombre de conditions qui doivent
être respectées. Je rappelle que ce qui est le plus
important, au-delà ou en-deçà de la liberté
de choisir de manière illimitée son médecin,
c'est de garantir à tous l'accès aux soins. Ça,
c'est le plus important. Et quand je dis à tous, on est dans
une situation quand même remarquable en Suisse, il faut peut-être
le rappeler, où chacun a les mêmes droits d'accès
aux soins, qu'il soit puissant ou misérable, qu'il soit pieux
ou mécréant, qu'il soit riche ou pauvre. Qu'il soit
vieux ou jeune également. C'est une chose à laquelle
on doit être attaché en priorité. Et cette accessibilité
reste dans cette révision de la LAMal puisqu'une des conditions
essentielles, c'est que dans toutes les régions de ce pays
on doit garantir la couverture des soins, c'est-à-dire qu'on
puisse avoir accès à tous ces soins, en ayant toujours
un choix. Pas le libre choix total qu'on a aujourd'hui, mais un
choix parmi les médecins qui dispensent le traitement qui
est nécessaire.
Question
: Comment le généraliste vit-il la suppression de
l'obligation de contracter ?
JDH : Je l'ai surtout vécu comme une espèce de moment
de panique. Effectivement les primes sont montées énormément
l'année dernière, elles vont encore monter probablement
autant cette année, et il y a une espèce de mouvement
de panique qui s'est fait, où notamment le monde politique
a ressenti le besoin de faire quelque chose pour qu'on ne puisse
pas dire qu'il ne faisait rien. Ils ont finalement choisi une solution
qui est facile dans un sens parce qu'elle s'attaque à des
gens qui ont de la peine à se défendre, notamment
aux patients, mais qui est, à mon avis, une extrêmement
mauvaise solution parce qu'elle prend le problème par le
mauvais bout. Une des conséquences de cette mauvaise solution,
c'est que les pouvoirs dans le système de santé vont
être complètement modifiés. On a actuellement
un système dans lequel chacun a plus ou moins trouvé
sa place, plus ou moins bien, mais on survit pas mal du tout en
discutant avec les assureurs, en discutant avec les politiques,
en discutant avec les offices fédéraux. On a chacun
sa place, on a chacun son poids. On peut menacer de descendre dans
la rue, de faire grève, de je ne sais pas quoi, ça
fait l'effet que ça fait, mais enfin on a chacun son équilibre
là-bas dedans.
Question
:La limitation du nombre de médecins risque-t-elle d'entraîner
du chômage ?
JDH : Ça représente effectivement plusieurs centaines
de médecins à Genève qui vont bêtement
être au chômage. Alors on reviendra sur le problème
des critères de choix et sur la soi-disant possibilité
de passer d'une assurance à l'autre, mais c'est clair aussi
que comme Président d'une société professionnelle,
je ne vais certainement pas appuyer, ni défendre ni arriver
à comprendre une mesure qui mette au chômage, à
Genève plusieurs centaines de médecins, et en Suisse
ce sera évidemment plusieurs milliers si on extrapole.
Question
: Les assureurs se sont-ils battus pour la suppression du libre
choix du médecin ?
FG : Oui. Il ne faut peut-être pas imaginer qu'au sein des
assureurs maladies, il y a un consensus général sur
tous les points qui relèvent de la LAMal et qui permettent
de trouver chez ces assureurs maladie une sorte de lobby qui influence
de manière déterminante la politique de santé
de ce pays. En réalité, il y a des courants très
contradictoires au sein des assureurs maladie eux-mêmes, et
cette suppression de l'obligation de contracter est une chose que
nous adoptons je dirais en désespoir de cause, confrontés
à des problèmes économiques qui nous font aller
droit dans le mur ces prochaines années si nous ne trouvons
pas des remèdes. Alors, s'il y a des remèdes, s'il
y a une potion magique qui, au lieu de dynamiser, rapetissait en
fait la charge financière en matière de soins ambulatoires
(on parle là de soins ambulatoires, ce problème ne
concerne pas les hôpitaux, pour l'instant tout au moins),
nous envisageons, et moi aussi personnellement, plutôt la
suppression de l'obligation de contracter, qui est une chose que
nous connaissons d'ailleurs déjà, cette limitation
dans le choix du médecin, dans les réseaux de santé
que nous avons en Suisse Romande.
Le mode du réseau de santé survivrait à cette
suppression de l'obligation de contracter, et je suis sûr
que ça pourrait représenter un épanouissement
dans ce domaine-là, parce qu'aujourd'hui nous avons beaucoup
de peine à convaincre les assurés, peut-être
parce que les baisses de primes ne sont pas suffisamment intéressantes.
Question
: Les médecins aujourd'hui sont-ils trop nombreux ?
FG : Effectivement, aujourd'hui, on est confronté à
un problème de prolifération du corps médical.
Il y a d'abord les gens qui font leurs études actuellement
et qui vont arriver ces prochaines années sur le marché,
et il y a aussi, en fonction des accords bilatéraux que nous
avons signés dans le cadre de l'Union Européenne,
une arrivée de médecins nouveaux qui, dans le système
actuel, pourront adhérer sans autre aux bénéfices
de l'assurance obligatoire des soins. En effet, actuellement, sauf
cas exceptionnel, on n'a aucun moyen, dans la constitution, de limiter
le nombre et l'effectif des médecins de ce pays.
Question
: Quelle est la corrélation entre le nombre de médecins
et la satisfaction des patients ?
GD : D'après notre étude, si on divise la Suisse en
5 régions, la région qui a le moins de médecins
a 10 médecins pour 10'000 habitants. Genève et Bâle
Ville sont les deux régions qui ont le plus de médecins,
c'est-à-dire 32 à 34 médecins pour 10'000 habitants,
donc c'est trois fois plus. La chose curieuse pour moi, c'est qu'à
Genève, il y a 15 ans, il y avait moins de médecins
qu'aujourd'hui, mais tout le monde était satisfait. Le nombre
était perçu comme suffisant. Dans 10 ans, peut-être
qu'ici, à Genève, il y aura 45 médecins pour
10'000 habitants, peut-être 50. Tout le monde aussi sera content.
Et si à ce moment-là on dit : " Maintenant, on
va bloquer, on va diminuer, et on va passer de 45 à 35, comme
c'est plus ou moins le cas aujourd'hui ", là aussi les
gens vont dire : " Mais on ne sera plus soigné, on n'a
plus le libre choix, etc. ". Vous comprenez ce que je veux
dire. Je veux dire qu'aujourd'hui tout le monde est satisfait en
Suisse. D'ailleurs la satisfaction est la même dans les cinq
régions de Suisse, indépendamment de la densité
médicale.La mortalité est aussi exactement la même
dans les cinq régions du pays, indépendamment du nombre
de médecins. Si on regarde les coûts à la charge
des personnes, des citoyens, évidemment, ça change.
La cotisation que l'on paye dans le canton de Saint-Gall - je ne
crois pas que ce soit un canton sous-développé - est
moins de la moitié de celle qu'on paye à Genève.
Alors je ne veux pas dire que le fait de supprimer l'obligation
de contracter soit la bonne solution, mais comment payerons-nous
les médecins quand leur nombre aura doublé dans ce
pays d'ici à 2020, d'après ce que disent certaines
estimations ?

Question
: La suppression de l'obligation de contracter est-elle clairement
une mesure pour limiter le nombre de médecins ?
FG : C'est pour limiter le nombre de médecins, c'est tout
au moins pour le contrôler. Nous avons une densité
médicale, pas dans toutes les régions de la Suisse,
mais dans certaines régions de la Suisse dont on sait qu'elle
est beaucoup trop conséquente. L'exemple qui était
donné à Neuchâtel avec des spécialistes
chirurgiens de la main est assez flagrant. C'est vrai que nous avons
constaté que, chaque fois qu'il y avait l'arrivée
dans une région d'un médecin supplémentaire,
on remarquait tout de suite le poids économique que représentait
ce médecin, indépendamment d'une amélioration
ou d'une non amélioration de la santé des citoyens
qui avaient recours à cette sur-densité médicale.
Question
: Sur quels critères se baser pour choisir les médecins
remboursés ou non ?
FG : Ces critères n'ont pas encore été définis
de manière précise. Cela va être la grande difficulté,
puisque ces critères devront être publiés de
manière transparente, ont dit les experts. Mais comment mesurer
l'efficacité d'un médecin dans sa pratique au-delà
du premier indicateur qui est le critère économique
? Je suis gestionnaire, donc c'est le premier critère. Je
ne crois pas qu'on pourra se baser sur d'autres critères
seuls dans notre tour d'ivoire d'assureur sans la collaboration
active du corps médical, par exemple, et des organes officiels
du corps médical.
JDH : Avant de parler de critères, j'avais clairement envie
de rappeler que, pour moi, c'est un refus d'entrer en matière
sur ce système-là qui renverse les pouvoirs, qui bouscule
un système, qui ne nous permettra plus de travailler correctement.
Reste que les critères économiques existent, on a
des statistiques. On sait en moyenne ce que coûte un médecin
à Genève, s'il fait de la radiologie ou pas. On a
établi des listes qui sortent chaque année. Chaque
médecin sait très bien où il en est, s'il en
est à moins 10%, à plus 30%, à plus 40%, etc.
Les caisses genevoises ont une commission paritaire avec l'Association
des médecins qui étudie tous ces cas. Tous les gens
qui dépassent trop les moyennes sont convoqués, on
leur demande des explications, on regarde ce qui se passe. On peut
parfaitement agir car les caisses ont le droit de porter plainte
et d'exiger un remboursement. Il y a actuellement à Genève
sur les 1'400 médecins membres de l'Association des médecins
4 cas qui sont en suspend. Alors c'est vrai que 4, c'est 4 de trop,
mais ce n'est pas avec cela non plus que l'on va rembourser les
primes des patients genevois.
Je pense que le critère économique, on peut l'employer,
mais c'est un critère qui est complètement sommaire,
qui ne recouvre pas la réalité du travail du médecin.
Il y a des quantités d'autres critères qu'on peut
essayer d'imaginer, que ce soit des critères de qualité.
Vous dites qu'on ne la mesure pas. En réalité, elle
se mesure la qualité. Elle se mesure en radiologie et dans
les laboratoires, il y a des contrôles de qualité qui
sont maintenant obligatoires. Ça vaut ce que ça vaut,
mais c'est vrai qu'on est régulièrement contrôlés
dans nos cabinets sur la qualité des radios qu'on a fait,
la qualité des produits, la qualité d'exposition,
l'état des machines, etc. On est contrôlé sur
nos analyses de laboratoire. On renvoie nos résultats sur
des tests dont on ne connaît pas le résultat a priori
pour voir si on tombe juste ou faux. Le contrôle de qualité
au niveau de la consultation est beaucoup plus difficile mais on
a des projets. On a un système qui fonctionne actuellement,
qu'on a proposé à une ou deux caisses maladie. Elles
n'ont pas voulu entrer en matière, mais c'est un projet qui
existe où on demande aux patients leur estimation de la qualité
des consultations.
GD : Comme Monsieur DE HALLER l'a dit, ça vaut ce que ça
vaut. Moi, je dis toujours que la qualité, ce n'est pas seulement
de faire une prestation selon les règles de l'art, mais il
faut aussi que la prestation soit adéquate au besoin. C'est
essentiel. On peut faire une hystérectomie inutile, mais
d'une qualité absolument exceptionnelle.
JDH : C'est absolument clair, je me souviens parfaitement de votre
étude sur les hystérectomies, et je peux la rappeler
parce que je crois qu'il faut aussi qu'on assume ce que vous trouvez
dans les statistiques. Votre étude a consisté à
démontrer que les femmes de gynécologues et de médecins
en général, mais de gynécologues en particulier,
subissent beaucoup moins d'ablations de la matrice que les autres
femmes, ce qui est quand même assez gênant comme découverte.
Et ça, c'est vous qui l'avez mis en évidence, je suis
absolument d'accord. Mais ce n'est pas une raison, me semble-t-il,
pour entrer dans un système qui renverse les pouvoirs de
cette manière-là. Il y a des contrôles que l'on
peut faire, il y a une information des patients ...
Question
: Peut-on se baser sur des critères économiques pour
choisir les médecins remboursés ?
GD : La loi de marché ne joue pas dans le domaine sanitaire,
et on ne peut pas utiliser des critères économiques
pour faire le choix des médecins, notamment les critères
économiques qu'on utilise aujourd'hui. Si vous permettez
un exemple : il y a 15 ans, nous avions un médecin généraliste
dans le canton du Tessin qui faisait un chiffre d'affaire de 800'000
francs. Il faisait 25'000 consultations par année. Ce médecin-là
était économique selon les critères des caisses,
parce que si vous divisez les 800'000 francs par 25'000 consultations,
la moyenne d'une consultation est de 32,? francs.
JDH
: Oui, mais on a évolué depuis.
GD
: Oui, quand même, mais pas beaucoup. Vous voyez, si l'on
ne fixe pas de critères clairs, les assureurs (je le dis
d'un point de vue théorique, mais cela pourrait arriver)
peuvent faire une sélection des médecins en fonction
des coûts et en fonction des patients qu'ils ont. Par exemple,
un gériatre, on ne va pas le prendre parce qu'il va coûter
trop cher. Les patients ne sont pas équivalents. L'idéal,
c'est de prendre en charge les médecins qui soignent seulement
les biens portants, parce qu'aujourd'hui il y en a. Moi, je suis
sûr qu'aujourd'hui il y a de plus en plus de patients qui
sont biens portants.
JDH : L'idée que les médecins soignent les biens portants
c'est un vieux rêve du Docteur Knock. Je m'élève
assez fortement contre cela. Ce n'est pas nous qui allons chercher
les patients. Je ne fais pas les bistrots pour distribuer ma carte.
Les gens qui téléphonent chez le médecin, effectivement
on peut considérer que ce sont des ânes qui téléphonent
pour rien. C'est une optique. Ils n'ont rien, ils téléphonent
quand même, ils viennent se faire soigner, en plus le médecin
est le deuxième âne de l'histoire parce qu'il les soigne
alors qu'ils n'ont rien. OK ! C'est quand même un peu court,
parce que finalement les gens qui téléphonent et qui
viennent et qui explicitent un problème, il n'est pas forcément
chirurgical, il n'est pas forcément vital au sens des soins
intensifs dans les deux heures, cela n'empêche que les gens
qui consultent à Genève plus qu'en Appenzell consultent
en demandant une prestation pour 36'000 raisons qui sont propres
à la manière de vivre ici. C'est quand même
un élément que je trouve relativement important de
savoir que les gens qui téléphonent chez le médecin
ne sont pas des gens qui téléphonent pour le plaisir.
GD : On a fait une enquête sur 1'000 personnes en Suisse et
on l'a divisée en deux parties. Dans la première partie,
on a demandé à 1'000 Suisses : est-ce que pour vous
la santé est l'absence de maladie ou bien est-ce un état
de complet bien-être physique, mental et social, qui est la
définition de la santé de l'OMS ? Pour moi, si j'avais
eu à répondre, cela aurait été suffisant
de dire : ne pas avoir de maladies. Mais pour 90% des Suisses, la
réponse était un état de complet bien-être
physique, mental et social. C'est pour cela que je dis que la demande
est potentiellement illimitée. Vous comprenez ce que je veux
dire ? Autrefois, le réseau social était autre. Aujourd'hui,
on va trouver un contact comme vous dites, quelqu'un à qui
téléphoner, parce qu'on peut parler. On peut simplement
se demander si la totalité de ce type de contacts - et je
suis tout à fait d'accord avec vous pour dire qu'il est très
difficile de faire le tri - doit être payé par tout
le monde. C'est très bien si c'est payé par tout le
monde, il suffit que tout le monde soit en mesure de payer.
FG : Il n'est pas question d'attaquer le corps médical en
général, et Monsieur DE HALLER en particulier, comme
un raccoleur de gens en bonne santé qu'on vient inquiéter
dans les bistrots - c'est peut-être d'ailleurs déjà
mauvais signe s'ils sont dans les bistrots - pour remplir son cabinet.
On est d'accord. J'ai bien compris qu'on a un seuil de bien-être
sous tous rapports très élevé dans ce pays,
et qu'effectivement lorsqu'on se sent peu bien, comme on dit dans
le canton de Vaud, on ne va plus vers sa grand-mère, sa maman
ou sa famille, parce que la famille est éclatée aujourd'hui,
il y a peu de monde dans les églises, donc on va, pourquoi
pas, chez le médecin pour essayer d'établir un dialogue,
pour savoir pourquoi on n'est pas bien. C'est une clientèle
et elle doit être assurée. Je ne parle pas des hypocondriaques
qui sont des cas pathologiques.
JDH : Il y a un problème tout à fait important, c'est
celui du tri de ces gens-là. Moi, je n'ose pas trier. Quand
les gens téléphonent en me disant : " J'ai mal
à la tête. Cela ne va pas. ", je ne peux pas prendre
sur moi et leur dire " Non, parce que d'habitude vous n'avez
rien du tout. Au revoir ! ". Je ne peux pas leur dire ça.
Et puis l'autre chose, c'est le problème de l'accessibilité
aux soins, parce que c'est aussi une forme de soin. La médecine,
ce n'est pas seulement des actes techniques. C'est aussi une forme
de soin, et l'accessibilité aux soins, à ce moment-là,
serait limitée. Ce qui me dérange beaucoup, c'est
le moment où les assurances complémentaires deviendraient
nécessaires pour avoir accès à ces soins-là.
Et c'est ce que je sens poindre là-derrière.
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