TOUJOURS PLUS DE DIABETIQUES
Faut-il s'inquiéter ?   (15.05.03)


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GENERALITES

1. Qu’est-ce que le diabète ?
2. Quel est le rôle de l'insuline ?
3. Quelles sont les complications liées au diabète ?
4. Le diabète se déclenche-t-il brusquement ? ?

5. Le diabète peut-il se déclencher entre deux contrôles de glycémies espacés de 6 mois ?
6. Le stress peut-il intervenir dans le déclenchement du diabète ?

7. Quelle est la composante génétique du diabète  ?
8. Quels sont les pourcentages de populations touchées par les différents diabètes ?

9. Le diabète touche-t-il des personnes de plus en plus jeunes ?
10. Quelles sont les causes de l’augmentation de l’obésité chez les jeunes  ?

11. Quand les enfants sont gros ou obèses, est-ce que les parents ne le sont pas aussi ?
12. Quelles sont les catégories sociales les plus touchées par l’obésité et donc par le diabète ?

Question : Qu’est-ce que le diabète ?
JJG : Le mot diabète concerne plusieurs maladies qui ont une caractéristique commune : c'est que les personnes touchées ont un taux de sucre sanguin trop élevé. Il y a deux types de diabète. Le premier étant nommé de type 1, et le deuxième de type 2. Le diabète de type 1 est celui qui a été appelé aussi autrefois "juvénile", qui touche les personnes le plus souvent dans l'adolescence, au début de l'âge adulte, en général dans la première moitié de la vie. Ces personnes-là n'ont en général pas de problème de surpoids. Elles doivent être traitées d'emblée par de l'insuline, parce que la cause de cette maladie est une destruction assez rapide du pancréas, qui est l'organe qui fabrique l'insuline. En revanche, le diabète de type 2, qui touche 80 à 90 % de l'ensemble des diabétiques, est lié, dans la grande majorité des cas, à un excès de poids. Un surpoids qui peut être modéré, qui peut être important, mais il y a un problème de poids. C'est une maladie qui est très souvent familiale : on trouve plusieurs personnes touchées dans la même famille. Et c'est une affection dont les malades, les personnes atteintes n'ont en général pas besoin de piqûres d'insuline d'emblée

Question : Quel est le rôle de l'insuline ?
JJG : L'insuline est une hormone, une substance qui est fabriquée par le pancréas, qui est un petit organe qui a la grandeur d'une souris et qui est situé derrière l'estomac. C'est une substance qui est nécessaire à la vie : on ne peut pas vivre sans insuline. Son rôle est de permettre aux différents organes, et notamment les muscles, d'assimiler le sucre qui est une des principales sources d'énergie. Dans le diabète de type 1, il n'y a plus d'insuline ; il n'y a pas le choix, il faut la remplacer par des piqûres si on veut survivre. Dans le diabète de type 2, il y a suffisamment d'insuline à disposition. Il y en a souvent même beaucoup au début de la maladie, mais les organes sont résistants à l'insuline. Si vous me permettez d'utiliser une petite métaphore, si l'insuline est la clé qui permet au sucre d'entrer dans les muscles, dans le diabète de type 1, la clé a disparu ; dans le diabète de type 2, il y a un problème de compatibilité entre la clé et la serrure, mais la clé est toujours là. L'insuline est toujours là mais elle ne marche pas comme elle devrait. Et les diabétiques de type 2 ont souvent besoin de beaucoup plus d'insuline, leur pancréas produit de grandes quantités d'insuline, des quantités plus importantes que chez les sujets sains, mais elle n'arrive pas à assumer son rôle, elle n'a pas l'effet désiré..


Question : Quelles sont les complications liées au diabète ?
JJG : L'atteinte oculaire est l'une des complications les plus redoutables, parce que l’une des choses les plus précieuses que nous ayons, c'est la vue. C'est un sens important, et c'est un évènement dramatique chaque fois qu'une personne diabétique perd une partie de sa vue. C'est quelque chose qui devrait à tout prix être évité actuellement. Comme autres complications, il peut y avoir des complications rénales, des complications qui touchent les nerfs, c'est-à-dire la partie des nerfs qui donne la sensibilité, les nerfs qui vont aux muscles, qui donnent l'ordre aux muscles de se contracter. Ces troubles de la sensibilité touchent le plus souvent les pieds. Vous avez tous entendu parler du risque qui existe pour les pieds des diabétiques. Les personnes diabétiques doivent particulièrement prendre soin de leurs pieds en raison de ces complications qui touchent les nerfs. On peut voir apparaître des ulcérations au niveau des pieds, qui si on n'en prend pas soin, si on ne les soigne pas d'emblée, rapidement et correctement, peuvent s'infecter, peuvent se compliquer et conduire à des amputations. Il y a aussi des complications cardiaques. Elles ne sont pas spécifiques du diabète, mais le fait d'être diabétique augmente le risque de développer une maladie coronarienne, d'avoir des problèmes artériels au niveau du cœur. C'est peut-être la principale raison qui nous pousse actuellement à dépister le diabète le plus précocement possible, et à traiter non seulement le diabète, mais tous les autres facteurs de risque vasculaires : le cholestérol et la tension artérielle.

Question :  Le diabète se déclenche-t-il brusquement ? ?
JJG : C'est la découverte qui est brusque, mais la maladie n'est pas brusque du tout. On estime en général qu'au moment du diagnostic d'un diabète de type 2, la maladie était présente depuis plusieurs années déjà. Et c'est la raison pour laquelle nous conseillons aux médecins généralistes de rechercher déjà des complications au moment du diagnostic. Souvent cette maladie s'installe de manière insidieuse. C'est une maladie qui ne fait pas mal. On est pendant plusieurs années à ce stade intermédiaire où on n'est pas encore tout à fait diabétique, mais plus tout à fait normal. Ensuite le diabète s'installe et ça peut passer inaperçu durant des années. Ça dépend aussi du genre de personne : il y a des personnes qui sont très attentives au fonctionnement de leur corps. Je pense aux sportifs notamment qui, dès que quelque chose cloche, le remarquent. Et puis il y a le bon vivant qui a un peu d'embonpoint, qui n'est pas gêné par un peu de fatigue supplémentaire, et qui souvent passe par-dessus les symptômes qui auraient pu conduire au diagnostic. C'est souvent grâce à des facteurs favorisants que le diagnostic est posé. Parmi les facteurs favorisants on a par exemple une petite maladie en plus, un état grippal, par exemple. Une personne qui a des taux de sucre qui ne faisait pas beaucoup de symptômes, voit ses taux de sucre, sa glycémie augmenter brusquement à la faveur d'une grippe ou d'une pneumonie, ou d'un stress psychologique (un licenciement, un deuil). Tout ça, ça dérègle le diabète. Alors à ce moment-là, le diabète s'aggrave et des symptômes apparaissent qui conduisent les gens chez le médecin.


Question : Le diabète peut-il se déclencher entre deux contrôles de glycémies espacés de 6 mois ?
JJG : Le fait de contrôler sa glycémie ne met pas à l'abri du développement d'un diabète. Mais je dirais que la contrôler une fois par année, ça me paraît tout à fait raisonnable. Pas chez tout le monde. Mais si on est une personne à risque, si on a des diabétiques de type 2 dans la famille, si on a de l'embonpoint, si on a trop de cholestérol, trop d'hypertension, tout ça c'est un peu lié, alors à ce moment-là je conseillerais vivement, je dirais à partir de 50 ans, de se faire faire une glycémie par année. Si les choses se détériorent entre deux, ça n'a pas tellement de conséquences parce que, pour que les complications du diabète se développent, il faut des années. Pour les complications oculaires, il faut entre 7 et 9 ans pour que des choses visibles apparaissent. Donc on n'est pas à quelques mois près, on est vraiment à plusieurs années près.


Question : Le stress peut-il intervenir dans le déclenchement du diabète ?
MM : Effectivement, on vit avec beaucoup de stress, et ce qui est sûr, c'est que ça peut le favoriser. En plus, dans le diabète, les émotions sont très importantes. Alors c'est sûr que ça favorise. Dans les groupes de patients que je suis, ce qui est souvent évoqué comme facteur déclenchant, c'est un gros état de stress ou un évènement de vie difficile, une rupture, un deuil, qui met en état probablement de fragilité, et c'est le point de départ… Mais ce sont vraiment des états de gros stress quand les gens en parlent. Ce n’est pas le stress du quotidien. C'est vraiment un "choc émotionnel".

SR : Le stress ne peut-il pas intervenir dans l'attitude vis-à-vis de la nourriture, et peut-être créer des obésités ?

MM : Oui. Il y a beaucoup de personnes qui lorsqu’elles ont beaucoup de stress, cherchent des moyens de le libérer. Elles veulent mettre un couvercle sur leurs émotions parce qu'elles ne sont pas adéquates socialement. Et effectivement le fait de manger permet de mettre un couvercle quand il y a trop de stress, ce qui va entraîner une obésité.

JJG : Le stress, c'est certainement quelque chose de mauvais pour la santé, cela peut aggraver un diabète préexistant, et cela aggrave aussi le risque cardio-vasculaire.


Question : Quelle est la composante génétique du diabète  ?
JJG : Il y a un aspect génétique dans le diabète. Tous les obèses ne deviennent pas diabétiques, toutes les personnes stressées ne deviennent pas diabétiques, il faut avoir une prédisposition. Malheureusement cette prédisposition est très répandue. Lorsque, en tant que médecin, je pose le diagnostic de diabète de type 2 chez une personne, et que je l'interroge quant à la présence de cette même maladie dans la famille, 3 fois sur 4 on trouve un oncle, une tante, un parent ou un frère qui a aussi le diabète. Donc c'est une constellation familiale qui est fréquente, ça c'est une réalité. Maintenant la connaissance de la génétique du diabète de type 2 en est à ses débuts, parce qu'il ne s'agit probablement pas d'un seul gène mais de plusieurs gènes qui prédisposent au diabète. Et en plus de cette prédisposition familiale, il faut ce qu'on appelle des facteurs environnementaux. Il faut manger mal et devenir trop gros, il faut avoir peu d'activités physiques pour que ces gènes qui prédisposent au diabète puissent s'exprimer et que le diabète puisse apparaître. Regardez autour de vous. Le diabète est tellement fréquent que nous avons probablement tous des connaissances, des amis où l'on trouve une ou plusieurs personnes diabétiques dans la même famille.

Question : Quels sont les pourcentages de populations touchées par les différents diabètes ?
JJG : L diabète de type 1 concerne 10% de la population diabétique. Ce pourcentage n’est pas en augmentation. C'est une maladie qui touche des personnes très jeunes, souvent des enfants et qui nécessite un traitement lourd. Ce sont souvent des personnes qui vont vivre 60 ou 70 ans avec leur maladie. Le diabète de type 2 commence plus tard, mais il est dix fois plus fréquent que le diabète de type 1, et c'est donc ce diabète-là qui est un véritable problème de santé publique par le nombre de personnes touchées, par les complications, les souffrances infligées aux personnes touchées, et aussi les coûts pour la société. C’est ce diabète-là qui est en augmentation. Donc le gros problème est celui-là.

Question : Le diabète touche-t-il des personnes de plus en plus jeunes ?
JJG : Oui, malheureusement. Le diabète de type 2 est lié à l'excès de poids, et on trouve de plus en plus d'obèses dans les sociétés développées. Une étude suisse parue récemment nous a donné des chiffres : 10 % de la population adulte suisse est obèse, et 30% souffre d'un excès de poids. Si on met l'obésité et l'excès de poids ensemble, ça fait 40% qui a un poids excessif. Et comme le diabète de type 2 est favorisé par l'excès de poids, donc tous ces diabètes de type 2 qui dormaient peut-être par le passé sont réveillés, se révèlent par l'augmentation du poids d'une partie de la population. Et on décrit maintenant des diabète de type 2 chez des adolescents, voire des enfants, obèses. C'est quelque chose qui, lorsque j'ai commencé ma vie professionnelle de diabétologue, il y a 20 ans, n'existait pas. Et maintenant, il y a des publications scientifiques qui parlent du diabète de type 2 chez l'enfant. Aujourd’hui je soigne quelques enfants diabétiques de type 2. Ce sont des enfants qui ont d'énorme surpoids. Ils ont 12 ans et pèsent 100 kg.

MPT : Avec mes collègues infirmières des écoles, on en rencontre beaucoup dans les écoles, et le chiffre que Monsieur GRIMM donne s'applique aussi à la population plus jeune. Au Service santé de la jeunesse, qui fait partie de l'Instruction publique, on suit les enfants depuis l'âge de la crèche jusqu'à l'âge de la fin de scolarité post-obligatoire, jusqu'à 17-18 ans, ça représente une surveillance de 80'000 personnes à peu près. Si un quart de cette population souffre d'excès de poids, ça représente un certain nombre de jeunes. Et si 5 à 10% sont des obésités réelles, ce que l'on voit quand même, même si on n'a pas de chiffres précis sur Genève, mais enfin on a suffisamment d'études maintenant autour de nous dans les régions environnantes, ça représente un nombre de personnes qui peut être évalué à 10'000 chez les jeunes, qui ont un excès de poids. Donc ça représente beaucoup de personnes. Donc c'est inquiétant. L'OMS a décrété l'obésité comme étant une maladie et une épidémie. Donc, on est préoccupé dans notre service.

Question : Quelles sont les causes de l’augmentation de l’obésité chez les jeunes  ?
MPT : Leur problème est de plusieurs ordres, bien évidemment. Mais c'est clair que la première et la prioritaire, c'est le manque d'activités physiques, c'est clair. Et qui pourrait par moments aussi être lié avec trop de temps passé devant les écrans. Il y a une grande étude aux Etats-Unis qui nous a montré que plus de 2 heures passées devant un écran, que ce soit télévision, ordinateur, game boy ou autre, faisaient exploser le taux d'obésité chez les jeunes. Donc, plus on passe de temps devant l'écran, et moins on s'occupe de mouvements ou de jeux dehors ou d'activités physiques, simplement. Et c'est cette dynamique-là qui peut être une cause principale. Il y a aussi l'alimentation déstructurée. Il y a moins de repas en famille, il n'y a plus de transmission culinaire… Moins, pas plus, ne soyons pas quand même négatifs. Il y a beaucoup moins de transmission culinaire dans les familles. Il y a aussi des moyens qui sont aussi plus importants pour s'offrir plus de gâteries, et quand les enfants rentrent de l'école, ils n'ont pas forcément un goûter structuré. Ils passent devant l'écran, ils grignotent. Et c'est des grignotages évidemment qu'on observe beaucoup. Les boissons sucrées font pas mal de tort aussi.Je vois dans la pratique, lorsque je conseille aux parents de boire de l'eau à table, qu’ils ont l'impression qu'il s’agit d’une punition suprême si on prive un jeune de boissons sucrées, type thé froid ou autres. Alors que finalement, boire de l’eau permet la formation du goût, de façon à ce que les enfants reconnaissent le goût des pâtes et des pommes de terre, et pas seulement celui du coca-cola.

Question : Quand les enfants sont gros ou obèses, est-ce que les parents ne le sont pas aussi ?
JJG : Je vais permettre à Madame THEUBET de répondre parce que c'est son domaine, mais j'aimerais commencer par une anecdote et citer le Docteur GOLAY de l’hôpital cantonal à Genève. Lorsqu'il nous parle d'obésité, il nous passe souvent une reproduction d'un tableau de Botero où on voit les parents, les enfants et le chien qui sont obèses.

MPT : C'est vrai, mais ce n'est pas systématique, tout de même. Mais quand on interroge les enfants et les adolescents ou leur famille, il y a effectivement, comme pour le diabète, souvent des problèmes de poids dans la famille. Ce n'est pas tout le monde qui prend du poids non plus, ce ne sont pas tous les enfants qui prennent du poids de manière aussi simple et systématique. Mais enfin, c'est souvent le cas. Toutefois on a aussi parfois un enfant obèse, alors que les parents et les frères et sœurs sont minces. Ce n'est donc pas systématique. Mais que peut-on faire ? Un travail avec la famille. Si on veut accompagner un enfant pour un problème de poids, on touche la famille. Et puis, dans le cadre de nos actions, on peut organiser au sein des crèches, des écoles, des soirées de parents, des discussions, pour favoriser des interactions et pour parler d'activités physiques et d'alimentation. On a pour l'instant ces moyens-là.

MM : On est obligé de tenir compte de la famille, et je continue avec l'image du tableau de Botero. Quel courage il faut à un membre de la famille pour être différent ! C'est dans ce sens qu'il est important de travailler ensemble, parce que dans certaines familles, ça traduit aussi l'appartenance. On se ressemble aussi en étant gros. C'est dans ce sens que c'est important de tenir compte de tout le monde, car il s’agit de changer des choses profondes. Toujours dans le service du Docteur GOLAY, j'ai entendu aussi certaines dames qui venaient pour suivre un stage de 3 semaines pour lutter contre l'obésité qui racontaient combien, en plus de leur histoire personnelle, cette image de gros leur collait : quelque fois, ça va bien à leur compagnon, quelque fois ça rassure la famille et l'entourage parce qu'il y a l'image du bon gros. Il faut vraiment aller au-delà de toutes ces représentations. Là aussi, c'est changer des choses profondes.

Question : Quelles sont les catégories sociales les plus touchées par l’obésité et donc par le diabète ?
JJG : C'est dans les classes les plus défavorisées. Parce que ces personnes-là, sont les personnes qui sont les moins lettrées, qui ont le moins accès à l'information, que l'on touche le plus difficilement avec nos interventions. Ce sont les personnes qui ne participent pas à ce débat. Et justement, ce ne sont pas les businessmen les plus touchés par le stress. Les personnes pauvres ont d'autres stress ; ce sont des stress qui sont liés à la misère, à la difficulté de survivre, de faire vivre leurs familles, d'avoir assez à manger. Donc on trouve une grande proportion d’obèses parmi les classes défavorisées. Ça coûte moins cher de manger de la graisse et des pommes de terre que de manger des légumes frais.

MPT : Justement, une des grandes options pour lutter aussi contre cette épidémie, comme on l'appelle, de maladie de l'obésité, c'est bien sûr la lutte contre la précarité. C'est sûr qu'il faut lutter contre la précarité, étant donné qu'effectivement beaucoup d'études nous montrent que dans les familles plus défavorisées il y a des taux d'obésité plus importants, avec les répercussions que cela implique sur la santé. Donc c'est une des grandes pistes dans le cadre de la prévention et de la promotion de la santé, c'est la lutte contre la précarité.



     
   
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