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Témoignages
diffusés pendant le débat
Premier
témoignage
Jean-Pierre,
63 ans, retraité
Cela
s'est passé il y a 3 ou 4 ans. A l'époque j'avais
l'habitude de faire un check-up annuel, et lors de ce check-up mon
médecin généraliste m'a annoncé que
j'avais une tendance au diabète. C'était pas grave
en soit, mais il fallait en prendre conscience et agir de façon
à ne pas augmenter cette tendance. Mon médecin m'a
alors donné l'adresse d'une diététicienne que
je suis allée voir. Mais si j’avais voulu suivre ses
conseils, j'aurais dû transformer mon véhicule en camping
car et me faire mes petits menus personnels. A cause de ma profession,
j'étais représentant de commerce, si je voulais manger
à midi, c'était dans un restaurant. Et ce que vous
trouvez le plus facilement dans un restaurant, c'est un steak frites,
ou des pâtes. Ou, si vous allez dans une pizzeria, une pizza
ou des choses comme ça, ce qui était tout à
fait contraire à un régime tel qu'elle le préconisait.
Ou alors il fallait devenir un ruminant et ne manger que des salades,
ce qui n'est pas mon mets préféré.
Alors j'ai continué à vivre de la façon dont
je vivais d'habitude, c'est-à-dire que le midi, je ne mangeais
pas. Le petit-déjeuner, ce n'était pas ce qu'on pourrait
appeler un petit-déjeuner parce que c'était 5 ou 6
tasses de café bues dans l'allégresse, avec comme
assaisonnement 4 ou 5 cigarettes, et il n'y avait plus d'alimentation
avant le soir quand on se retrouvait avec mon épouse à
la maison pour faire un repas en commun. Comme, malheureusement,
dans le diabète, il n'y a pas de signes avant-coureurs, j'ai
continué comme cela jusqu'au jour où j'ai eu un petit
problème de vision. Je suis allé trouver un ophtalmologue
qui, lui, m'a conseillé d'aller revoir mon médecin,
parce qu'il pensait qu'il y avait autre chose qu'un problème
oculaire.
SR : Quand vous parlez de problème de vision, de quoi s’agit-il
?
J'ai eu des troubles de la vue, principalement sur l'œil gauche
où j'avais le centre de l'iris qui était complètement
voilé. Cela a duré 48 heures où je voyais la
périphérie mais le centre n'était absolument
plus visible.
SR : Et vous êtes retourné voir votre médecin
généraliste ?
Sur les conseils de l'ophtalmologue, oui. Et c'est là qu'on
a découvert que mon diabète était fortement
augmenté. Par la suite, mon généraliste m'a
proposé des médicaments adéquats pour stabiliser,
et même faire redescendre un peu le problème de diabète.
J'étais à 17-18 à peu près de glycémie.
SR : Ce problème aux yeux, ça vous a motivé
?
Oui, oui, oui ! Parce que le problème de la vision m'amenait
à perdre mon autonomie. C'est-à-dire que si j'avais
été vraiment handicapé par ça, je ne
pouvais plus profiter de mon véhicule, aller où je
voulais, faire mes petites balades et tout. J'aurais été
dépendant d'autres personnes pour mes déplacements,
ce qui a toujours été contre mon but final, c'est-à-dire
que je voulais m'en sortir tout seul.
SR : Donc quelque part, ça vous a motivé ?
Oui, oui ! C'est ce qui m'a amené à faire quelque
chose dans le sens d'une stabilisation. Je ne veux pas dire d'une
guérison parce que je pense qu'on ne guérit jamais
de ce problème, mais d'une stabilisation pour être
à un point où ça n'obstrue pas mes désirs.
SR : Ça vous a motivé pour le régime alimentaire
?
Je ne parlerai pas de régime. Je parlerai de différenciation
d'alimentation, qui est, je pense, plus adéquat que de régime.
Parce que simplement le mot régime me hérisse le poil.
C'est quelque chose qui m'est contraire, qui est contraire à
ma philosophie, si vous voulez.
SR : Mais vous ne prenez pas d'insuline ?
Non, non. Je crois que le jour où je devrai prendre de l'insuline,
me faire les injections d'insuline et tout, j'arrêterai totalement
le traitement, parce que je préfèrerais finir en beauté
que finir en cobaye.J’ai annoncé à mon généraliste
que je n'avais pas l'intention de mourir en bonne santé.
Chez moi, l'acharnement thérapeutique n'a jamais été
une chose valable.Le jour où on m'avertira qu'il faut commencer
à me faire des piqûres d'insuline pour pouvoir bénéficier
d'une année, deux ans, ou trois ans de ce que j'appelle la
survie, ça n'a aucun intérêt pour moi, personnellement.
Je préfère finir en beauté que de finir misérablement.
Second
témoignage
Patou,
52 ans, Genève
A
l'époque, j'avais toujours très soif. C’était
il y a 7 ans, j’avais 45 ans. Forcément, je buvais
de l'eau, mais souvent des thés froids, des Coca, tout ce
qui faisait que ça augmentait encore le sucre. J'ai appris
ce que ça signifiait après avoir su que j'avais le
diabète. A l'époque j’avais douze de glycémie,
alors que normalement on doit avoir entre 4 et 5 et demi. Tout de
suite j’ai pris un rendez-vous avec le docteur. Il m'a dit
exactement comment les choses se passaient, ce que je devais faire,
les médicaments, les contrôles dans l'urine. A l'époque,
je faisais des contrôles du taux de glycémie dans l'urine
pour savoir quel était le taux que j'avais. C'était
un contrôle journalier au début, qui s'est espacé
à 3 ou 4 contrôles dans la semaine. Et très
rapidement un rendez-vous avec une diététicienne pour
faire un plan de nourriture, donc savoir d'une part ce que j'avais
comme habitudes alimentaires, et quelles étaient les choses
que je devais prendre en charge pour une nouvelle alimentation.
J'ai dû apprendre des choses par rapport à mon alimentation.
Mais c'est vrai qu'après c'est devenu un peu une hygiène
de vie.
Au bout de, je dirais 2 ou 3 ans, peut-être 4 ans, on s'est
rendu compte que mes contrôles dans l'urine n'étaient
pas assez stricts, pas assez importants. Donc mon docteur a décidé
de faire un contrôle du sucre dans le sang, et je l'ai fait
au début deux fois par jour. Cela pourrait paraître
contraignant, mais en même temps, ça m'a donné
une information très stricte sur mes réactions à
l'alimentation. Donc ça me permettait, si un matin je dépassais,
de serrer l'après-midi, ou le soir si j'avais un repas qui
était plus important, le matin je pouvais faire plus attention.
Donc ça m'a permis de contrôler. Mais là encore,
il y a eu un débordement petit à petit. Quand je sais
que je mange trop, le lendemain j'ai plutôt tendance à
moins faire mes analyses parce que je sais qu’elles vont être
trop élevées. Ce n’est pas tout le temps évident
quand vraiment on a trop dépassé de se dire qu'il
faut faire plus attention. La réalité c'est qu'il
faudrait vraiment être strict le plus souvent possible et
sur toute la période. Alors c'est vrai que parfois, je craque
pour des bêtises. Les repas, je dirais que c'est le moins
compliqué. C'est en-dehors des repas, le moment des collations
nécessaires pour contrôler le taux d’insuline,
qui est le plus difficile à gérer. Le médecin
m’a aussi conseillé de faire du sport. Je devrais en
faire 2 à 3 fois par semaine. Ce n'est pas tout le temps
le cas, il y a des périodes où j'en fais plus facilement
que d'autres. Il y a des sports que je fais plus facilement dans
certaines saisons que d'autres, mais ce n'est pas tout le temps
évident. Très souvent j'essaie de le faire entre midi
et deux heures, mais avec le travail, des fois, c'est compliqué.
Je fais du badminton. Je fais du patin à roulettes ; ça
paraît drôle comme ça, mais quand on patine une
heure ou deux heures, régulièrement, c'est quand même
un mouvement. Et je fais énormément de marche. Ça
m'arrive régulièrement, en famille, le week-end, on
part, on se fait des marches pendant des heures. Mais il faudrait
que je bouge plus aussi, c'est clair que c'est important. Je pense
que le régime est totalement lié au mouvement physique.
Et puis, il faudrait que je perde du poids, parce que le diabète
est quand même lié au poids. Un médecin, je
crois que c'est un acupuncteur, m'avait dit qu'avec le diabète,
la perte de poids est encore plus difficile que dans un état
physique "normal". Tous ces facteurs feraient que je pourrais
ou diminuer les médicaments, ou même, au cas où
je serais arrivé à un poids beaucoup plus bas, arrêter
carrément la prise de médicaments et stabiliser le
diabète. Mais je n'arrive pas à diminuer mon poids.
Il est totalement stabilisé, je n'ai pas pris un kilo depuis
7 ou 8 ans en tout cas. Et j'arrive à stabiliser le diabète.
Quand je suis vraiment strict, j'arrive à un taux de 6, 6,5
qui est tout à fait acceptable en ayant un diabète
de type 2. Mais il suffit que je dépasse un peu et je monte
à 9 très facilement. Et puis si c'est 9 une fois de
temps en temps, c'est pas grave, mais il ne faut pas que ce soit
régulier. C'est vraiment dans cette continuité-là.
Tout d'un coup ça paraît très facile, et puis
un jour, vraiment, on craque et puis voilà. Et puis alors
quand on craque, forcément, chaque fois, je me dis : "T'aurais
pu quand même faire attention !", et je culpabilise forcément.
Témoignage
du public pendant le débat Comme
le Dr Jean-Jacques GRIMM, je suis moi-même médecin
diabétologue. Je suis très frappé, parmi mes
patients diabétiques de type 2 qui arrivent, il y a souvent
un gros sentiment de culpabilité : le médecin, le
psychologue, le diététicien, généralement
sont minces, et ils parlent au gros. Je pense que cette impression
de culpabilité n'est pas justifiée. Le diabétique
de type 1 n'y peut rien, c'est une atteinte auto-immune. A priori,
le diabétique de type 2, il a trop mangé, il n'a pas
assez bougé, c'est de sa faute. Je pense que le facteur génétique
mérite d'être rappelé à ce propos-là
pour dire : on n'est pas égaux face aux risques. Notre société
nous impose un mode de vie qui est sédentaire, où
la nourriture est omniprésente, et ce n'est pas seulement
le mauvais comportement des gens qui induit la maladie, mais également
une prédisposition..
Commentaire des intervenants
MM
: Je trouve important que vous souligniez ça parce que si
quelqu'un entre dans l'engrenage de "je culpabilise parce que
je suis malade mais en plus c'est ma faute parce que j'ai trop mangé",
effectivement, ça va augmenter son facteur de stress et il
va manger encore plus. C'est un engrenage. Donc, c'est très
important d'accompagner ces patients dans la déculpabilisation,
et de remettre en place les choses, pour ne pas leur faire porter
tout ce poids.
JJG : C'est juste, je crois, d'éviter de renforcer cette
culpabilité lorsqu'on fait partie de l'équipe soignante.
D'un autre côté, pour nous, il n'est pas très
motivant de se dire que tout est génétique et que
la prédisposition génétique explique tout.
Mais il faut bien expliquer au malade à ce moment-là
que ce n'est pas parce qu'on est prédisposé et qu'on
n'est pas coupable qu'on ne peut pas intervenir et changer le cours
des choses.
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