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SYMPTÔMES
1.
Quelles sont les différentes formes que peuvent prendre les
crises d'épilepsies ?
2.
Les enfants ont-ils des symptômes particuliers ?
3. Quels sont les signes prémonitoires des
crises d’épilepsie ?
4. Que se passe-t-il au niveau du cerveau lors d'une
crise d'épilepsie ?
5. Le cerveau subit-il
des dommages lors d’une crise d’épilepsie ?
6. La crise d’épilepsie peut-elle être
unique ?
7. Comment peut-on poser le diagnostic d’épilepsie
?
8. Une crise d’épilepsie peut-elle engendrer
des symptômes cardiaques ?
9. Peut–on mourir d'une crise d’épilepsie ?
10. Lors de crises d'épilepsie, le patient peut-il s’arrêter
de respirer ?

Question
: Quelles sont les différentes formes que peuvent prendre
les crises d'épilepsies ?
CMS : Les manifestations de l'épilepsie peuvent être
très, très variables. On a parlé de crises
partielles ou généralisées. Donc, il faut bien
comprendre qu'il peut s'agir de décharges anormales qui partent
d'une petite région du cerveau ou bien qui atteignent d'emblée
tout le cerveau. Ce qui peut également se passer, c'est que
les décharges commencent à un certain endroit du cerveau,
et ensuite elles se propagent dans tout le cerveau. C'est ce qu'on
appelle des crises partielles secondairement généralisées.
La crise "grand mal" est très impressionnante.
C'est une décharge généralisée dans
tout le cerveau. Cela débute en général par
un cri. La personne se raidit, elle tombe et perd connaissance.
Et puis ensuite, elle commence à avoir des mouvements répétés.
Des espèces de contractions rythmiques des quatre membres,
qui peuvent être très violentes. C'est en général
à ce moment-là, ou un tout petit peu avant, que les
gens se mordent la langue. Et puis, il y a une phase où les
muscles se décontractent et où la personne reste inconsciente.
Tous les muscles se relâchent, y compris les muscles de la
vessie, et souvent il y a une perte d'urine. C'est la crise "grand
mal". Ensuite, ce que l'on appelle dans le langage médical
le "petit mal" - ce sont des anciennes terminologies -
c'est en fait ce qui touche les enfants. Ce sont des absences qui
se manifestent simplement sous une forme de rupture de contact.
C'est-à-dire que l'enfant tout à coup semble ne plus
faire attention. Cela peut durer quelques secondes et ça
peut survenir cent fois, deux cents fois par jour. Cela touche des
petits enfants avec un pic de fréquence autour de sept ans.
On ne les diagnostique pas forcément tout de suite. Ensuite,
il y autre chose qui est parfois appelé des absences, mais
qui en réalité porte un autre nom, ce sont des moments
où on a une rupture de contact. On n'est pas présent.
On entend un petit peu ce qui se passe, on ne peut pas répondre,
on a parfois des activités bizarres, des mâchonnements,
des automatismes, on se touche la veste, on peut se lever et déambuler
dans la pièce. Et ça, ça s'appelle une crise
partielle complexe. Pourquoi partielle ? Parce qu'en fait, c'est
seulement une partie du cerveau qui va lancer des décharges
anormales, puisqu'on reste plus ou moins conscient, on est là
et on entend, mais on ne peut pas vraiment interagir. Mais elle
est complexe parce que justement il y a cette rupture de contact,
ce manque d'interaction. Ce sont vraiment les grandes choses à
retenir. Maintenant si on veut aller un tout petit peu plus dans
le détail, il faut peut-être dire que chaque partie
du cerveau peut décharger anormalement. On peut donc avoir
des manifestations sous forme de peur, d'illusions auditives, optiques,
de sensations bizarres. Tout ce que le cerveau peut faire pratiquement
peut être présent dans une crise d'épilepsie.
Question : Les enfants ont-ils des symptômes
particuliers ?
CMS : Beaucoup d'épilepsies chez l'enfant se manifestent
autour du sommeil. Il y a une partie d’épilepsies bénignes,
donc des épilepsies qui surviennent chez les petits enfants
et qui guérissent par la suite, qui peuvent ne se manifester
que par des crises nocturnes. Cela, c'est le premier point. Et,
il y a d'autres crises d'épilepsie qui se manifestent effectivement
dans les moments qui précèdent ou qui suivent le sommeil.
Et pourquoi ? En fait, c'est parce qu'au moment où on rentre
dans le sommeil ou qu'on sort du sommeil, on a un seuil de déclenchement
des crises de l'épilepsie qui est plus bas. Le sommeil en
fait modifie le seuil limite du cerveau pour pouvoir contrôler
les crises d'épilepsie. Chez l'enfant, on a ce qu'on appelle
des syndromes épileptiques. Donc une même lésion
qui surviendrait chez un bébé de cinq mois ou chez
un enfant de quatre ans n'aura pas la même traduction clinique.
Et ça, c'est lié à la maturation cérébrale.
Donc le cerveau, selon le moment où il reçoit sa lésion,
va réagir différemment. Et quand un enfant de cinq
ou six mois aura des crises d'épilepsie, il les fera sur
un certain mode et on ne pourra pas dire le jour où on le
voit arriver à l'hôpital : "Qu'est-ce qui cause
cette crise" ? Il faut des examens complémentaires.
Quels sont les signes prémonitoires des
crises d’épilepsie ?
PJ : Aucun signe n'annonce la grande crise. Pour la grande crise
généralisée tonicoclonique, la crise "grand
mal", la seule chose que nous raconte un certain nombre de
patients, c'est un souffle intérieur qu'ils ressentent, comme
une sensation de malaise intérieur, mais qui dure une fraction
de seconde. Et ensuite il y a la perte de connaissance. Vous pensez
bien que si on avait un élément qui nous permettait
de prévoir les crises, ce serait très bien. Mais,
ce que je peux vous dire, c'est qu'il y a actuellement une équipe
à Paris et une autre à Düsseldorf, qui travaillent
sur l'électro-encéphalogramme et qui sont en train
de mettre au point un modèle mathématique qui permettrait,
dans certaines circonstances, de pouvoir prévoir les crises
entre cinq et quinze minutes avant. On l'a fait déjà
sur un modèle expérimental chez l'animal. Il est bien
clair que le passage chez l'homme n'est pas encore évident.
Mais on y travaille. Il faut être optimiste.
Question : Que se passe-t-il au niveau du cerveau
lors d'une crise d'épilepsie ?
PJ : C'est un disfonctionnement brutal au niveau des cellules qu'on
appelle les neurones. Les neurones, ce sont les cellules qui forment
la couche superficielle du cerveau. Ces neurones ont des interconnexions
entre eux et pour des raisons x ou y, difficiles à examiner
ici ce soir, ces neurones vont disjoncter d'un seul coup et donner
ce qu'on appelle une réaction hypersynchrone. Qu'est-ce que
c'est une réaction hypersynchrone ? C'est tout simple. Quand
je lève mon pouce, par exemple, il y a un milliard de neurones
qui ont fait lever mon pouce. Si j'ai une décharge épileptique,
au même niveau, mon pouce va avoir des mouvements que je ne
peux plus contrôler. C'est donc un disfonctionnement énergétique
de la cellule neuronale qui va se transmettre de neurones en neurones
et qui peut soit rester strictement localisé à une
partie du cortex cérébral, et dans ce cas-là
on parle de crise partielle, ou lorsque la décharge est réellement
très importante, on parle de crise partielle secondairement
généralisée. Les crises généralisées
sont des crises dont on ne connaît pas encore l'origine exacte.

Question : Le cerveau
subit-il des dommages lors d’une crise d’épilepsie
?
PJ : Connaissez-vous Dostoïevski ? On a estimé que Dostoïevski
avait eu 5000 crises dans sa vie. Cela ne l'a pas empêché
d'écrire tout ce qu'il a écrit. On pourrait en dire
autant de Gustave Flaubert qui avait une épilepsie partielle.
Tout ça pour dire qu'effectivement, on n'est pas dans le
cerveau pour savoir ce qui se passe. C'est vrai que la répétition
des crises n'entraîne pas des lésions, mais entraîne
des déficits intellectuels si elle se répète
d'une manière trop fréquente. De même qu'une
crise prolongée, qu'on appelle un état de mal épileptique,
peut entraîner des lésions importantes. Mais les crises
répétées au cours de la vie d'un individu n'altèrent
pas à chaque fois une partie du cerveau.
Question : La crise d’épilepsie
peut-elle être unique ?
PJ : Je dis toujours que pour être épileptique, il
faut avoir des crises d'épilepsie. C'est-à-dire qu'on
parle de maladie épileptique à partir de la deuxième
crise. Mais avoir une crise d'épilepsie dans sa vie, ne veut
pas dire qu'on est épileptique. Cela, c'est fondamental.
On peut très bien avoir une crise qui soit provoquée
ou non par des facteurs externes et suivant la situation, on pourra
dire, que cette crise peut rester isolée. Et dans d'autres
cas, on sait en revanche, que cette crise a de fortes chances, ou
de forts risques de récidiver. Et c'est dans ces cas-là
qu'on met plus facilement en route un traitement. Mais il y a des
situations où on ne met pas en route des traitements. Je
le répète à mes assistants tous les ans, on
ne traite pas une crise inaugurale. Donc, à priori, une crise
reste unique jusqu'à récidive. On ne traite jamais
une première crise, sauf dans des circonstances qui sont
rares, on ne traite qu'à partir de la deuxième crise.
Et par ailleurs, il y a un certain nombre de situations où
on sait pertinemment que la crise restera isolée, et qu'on
ne traite pas. En particulier, chez l'adolescent. Il y a un syndrome
qui a été parfaitement individualisé, qui est
le syndrome des crises isolées de l'adolescent. Et quand
on sait les reconnaître, on ne les traite pas. Si vous traitez
une première crise isolée, vous risquez d'être
traité pendant des années et des années. Il
vaut mieux attendre la deuxième crise, pour être sûr
qu'on est rentré dans un processus qui laisse redouter une
maladie épileptique.
Question : Comment peut-on poser le diagnostic d’épilepsie
?
PJ : Il y a deux choses. La première, c'est que le
diagnostic de la nature épileptique d'une crise se fait sur
le récit du patient. Alors c'est sûr que lors d'une
crise "grand mal", d'une crise généralisée,
il y a une amnésie totale de la crise. Mais il y a d'autres
crises où le patient peut parfaitement bien raconter ce qui
s'est passé. Et puis ce qui est très important, c'est
d'interroger l'entourage, de savoir ce qui s'est passé. Si
la crise a eu lieu dans un supermarché, il faut prendre le
temps de téléphoner pour savoir ce qui s'est passé
exactement, où était ce monsieur à ce moment-là,
ce qu'il a fait, s'il a eu un geste particulier. Pour nous épileptologues,
il est très important de savoir si la crise est une crise
partielle ou une crise généralisée. Le traitement,
la prise en charge, le pronostic sont totalement différents.
Question : Une crise d’épilepsie
peut-elle engendrer des symptômes cardiaques ?
PJ : Oui, dans certaines crises, et en particulier celles qui viennent
du lobe temporal, il peut y avoir des modifications du rythme cardiaque.
Et puis, bien sûr, dans la crise généralisée
tonicoclonique, la crise "grand mal", il y a une accélération
du rythme cardiaque, puisqu'il y a une dépense énergétique
extrêmement importante. Mais il peut y avoir aussi des troubles
du rythme cardiaque qui sont provoqués par les crises. C’est
très, très rare, mais cela peut arriver.
Question
: Peut–on mourir d'une crise d’épilepsie ?
PJ : Cela, c'est un énorme problème. Je crois qu'il
faut être très, très clair. On peut effectivement
observer des décès au cours d'une crise, mais je souligne
que c'est très, très rare, voire exceptionnel. En
règle générale, ce que l'on observe, ce sont
des crises où le patient, soit tombe brutalement, soit s'étouffe
et qu'il n'y a personne sur le passage pour le mettre sur le côté.
C'est, je le rappelle, le seul geste à avoir au cours d'une
crise "grand mal". Au cours d'une crise "grand mal"
; la seule chose à faire, c'est de mettre le patient sur
le côté, afin d'éviter qu'il ne se blesse la
tête et que la langue ne bascule en arrière. Ne jamais
rien mettre dans la bouche, cela ne sert rigoureusement à
rien. Cela fait mal au malade, cela fait mal à celui qui
le met, c'est donc à éviter. Je reviens au propos.
Donc, c'est relativement exceptionnel. On peut observer des décès
subits au cours des crises, mais c'est encore plus exceptionnel.
Ils sont liés à une décharge de certaines structures
médianes du cerveau qui lors de la décharge entraîne
un disfonctionnement au niveau des nerfs qui innervent le cœur
et qui entraîne un arrêt cardiaque. Mais j'insiste beaucoup
sur le fait que c'est exceptionnel.
Question
: Lors de crises d'épilepsie, le patient peut-il
s’arrêter de respirer ?
PJ : C'est un petit peu ce que je disais tout à l'heure concernant
le risque de mort au cours d'une crise. Ce risque de mort survient
soit par suffocation, soit par un processus externe, et exceptionnellement,
il peut survenir par un processus d'étouffement, mais sûrement
pas par un arrêt respiratoire. Donc, une fois de plus je le
répète, et je profite qu'il y ait un auditoire ici,
il faut toujours mettre le patient qui vient de faire une crise,
et pendant sa crise, sur le côté, de façon à
dégager ce que l'on appelle les voies aériennes respiratoires.
Mais la respiration en elle-même n'a absolument aucune raison
de s'arrêter. C'est un phénomène qui est autonome,
qui ne dépend pas des cellules qui ont déchargé
du point de vue cortical. Et cela ne dépend pas non plus
de la volonté du patient, il ne peut pas la modifier.
CMS
: Par contre, c'est une des caractéristiques de la crise
d'avoir une respiration très bruyante. Surtout après
la crise, en fait, la respiration est très impressionnante.
C'est normal. C'est lié à la crise.
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