L'EPILEPSIE
Une maladie comme les autres ?   (18.11.04)


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TRAITEMENTS

1 Quels sont les traitements médicamenteux proposés ?
2. Quels sont les effets secondaires de ce genre de médicaments ?
3. Certains épileptiques éliminent mieux les médicaments que d’autres. Pourquoi ?
4. Pourquoi, même avec des médicaments, continue-t-on de tomber en marchant dans la rue ?

5. La résistance aux médicaments est-elle fréquente  ?
6. L'adolescence pose-t-elle des problèmes particuliers ?
7. Quelles règles adopter pour le sevrage des anti-épileptiques ?
8. Comment se déroule l’opération chirurgicale  ?
9. A quel pourcentage des patients s’adresse la chirurgie ?
10 .Quel est le taux d'échec des opérations chirurgicales ?
11. Quel traitement proposé en cas d’épilepsie post-traumatique ?
12. Les épileptiques peuvent-ils rééduquer leur mémoire ?
13. Que peut apporter la médecine parallèle  ?

Question : Quels sont les traitements médicamenteux proposés  ?
PJ : Il y a des médicaments qu'on appelle les médicaments antiépileptiques. Pendant un certain nombre d'années, on a fonctionné avec quatre médicaments antiépileptiques. Et depuis maintenant une vingtaine d'années, on a heureusement élargi le choix, puisque la pharmacopée s'est enrichie de huit molécules nouvelles. Elles ne sont pas spécialement plus efficaces que les anciennes, encore que cela reste à prouver, mais surtout elles ont beaucoup moins d'effets secondaires.



Question :  Quels sont les effets secondaires de ce genre de médicaments ?
PJ : Je crois que c'est aux patients de s'exprimer là-dessus. Je les connais bien sûr, parce que ce sont leurs doléances habituelles qui sont tout à fait normales, tout à fait logiques. Ce médicament qui agit sur les crises, qui empêche les crises de survenir, il est bien clair qu'il agit sur l'ensemble des structures cérébrales. Cela peut donc agir effectivement sur les facteurs de concentration, sur les facteurs d'acquisition, de la cognition, etc. Il ne faut pas se voiler la face. Un médicament actif est un médicament qui a des effets secondaires. C'est clair et net
.

MH : J'ai envie de dire que pour trouver le chemin de la bonne posologie, c'est difficile et c'est long. Cela demande un dialogue entre le médecin et le patient et j'aurais envie de dire, et ça ne s'adresse pas à tous les médecins, qu'il y a des médecins avec qui on aurait besoin d'un véritable dialogue et qui devraient prendre en compte les remarques des patients sur les effets secondaires des médicaments sans penser que c'est de l'angoisse et de la panique. Il ne s'agit pas toujours d'augmenter les doses. Il faut peut-être aussi trouver un chemin avec les médicaments, et peut-être aussi avec la médecine alternative. Moi j'y crois assez à ce domaine-là.



Question : Certains épileptiques éliminent mieux les médicaments que d’autres. Pourquoi  ?
PJ : Le médicament est métabolisé par le foie et si le foie ne fonctionne pas d'une manière tout à fait normale, le médicament risque de s'accumuler un petit peu dans le sang. Et puis, il y en a d'autres qui au contraire éliminent la drogue plus facilement. Mais en règle générale, le médicament suit ce qu'on appelle une cinétique qui lui est propre et le métabolisme interfère relativement peu dessus. C'est assez généralisé, c'est pour tout le monde un peu la même chose
.


Question :
 Pourquoi, même avec des médicaments, continue-t-on de tomber en marchant dans la rue ?
PJ : C'est le problème de la pharmacorésistance. Il y a effectivement un certain nombre de patients épileptiques qu'on n'arrive pas à stabiliser par le traitement. Moi, je préfère, à la limite, que mes patients aient quelques crises, même dans la rue comme vous le dites, plutôt que de les assommer par un traitement et les mettre dans le coma. Si je voulais être tranquille, moi, mes patients je les mettrais dans le coma, ils ne feraient plus de crises, même dans leur lit. Mais c'est la qualité de vie que l'on cherche. Il est bien clair que si on veut supprimer toutes les crises, à ce moment-là, on utilisera tous les médicaments qui seront possibles et il y aura une multiplication des effets secondaires. Donc, ce qu'on essaye de faire, c'est ce que je disais tout à l'heure, c'est que le patient ait un bénéfice, je dirais, qui peut être de 60, 80 ou 100% pour le mieux, avec des risques qui soient au minimum. Si on n'a pas encore trouvé le bon médicament pour votre épilepsie, il faut souhaiter qu'on le trouve à un moment ou l'autre, ou avec une association de médicaments. Et ça, ça ne se trouve pas comme ça sous la botte d'un cheval. Cela peut prendre des années
.



Question : La résistance aux médicaments est-elle fréquente  ?
PJ : Cela arrive dans 20% des cas. C'est important, mais cela veut aussi dire que 80% des malades sont équilibrés par un traitement qui est parfaitement bien pris et parfaitement prescrit. Stabiliser une maladie dans 80% des cas, ce n'est pas donné. Il n'y en a pas beaucoup. Prenez le diabète, l'hypertension artérielle, l'infarctus du myocarde, etc. 80% de patients équilibrés, c'est quand même très important. Il est clair que le challenge qui nous est offert à nous, médecins hospitaliers, ce sont ces 20%. Mais il faut être très précis. Dans ces 20%, il y en a la moitié où la maladie épileptique n'est pas la maladie épileptique en elle-même. C'est-à-dire qu'elle accompagne une encéphalopathie gravissime qui s'accompagne de crises. Et dans ce cas-là, l'épilepsie n'est qu'un des symptômes de cette encéphalopathie. Donc, il reste environ 10 à 12% de patients qui ont une épilepsie nue, entre guillemets, sans aucun autre signe d'encéphalopathie, et là effectivement ils sont résistants au traitement. Alors pourquoi sont-ils résistants au traitement ? Parce que soit il y a une lésion sous-jacente qu'on ne peut pas aborder d'une manière chirurgicale, soit parce qu'il y a un problème génétique qui fait qu'il y a un auto-entretien des crises. Il y a de multiples raisons pour la pharmacorésistance. Et, ce qu'il faut dire, c'est que cette pharmacorésistance est quand même en train de diminuer depuis l'acquisition de nouveaux médicaments antiépileptiques qui réussissent dans un certain nombre de cas à baisser ce taux de pharmacorésistance. Et puis on a quand même la chirurgie de l'épilepsie qui nous permet d'essayer chez ces patients, où les médicaments ne marchent plus, d'enlever la zone responsable des crises.

CMS : Je voudrais juste ajouter quelque chose sur les épilepsies pharmacorésistantes et dire que chez l'enfant, c'est encore plus important d'essayer de trouver un traitement efficace, parce que la répétition des crises peut entraîner ce que le Docteur Jallon décrivait comme une encéphalopathie épileptique. Puisque le cerveau est en développement, si l'enfant a énormément de crises épileptiques, son développement risque d'être ralenti. Donc, si on arrive à trouver un bon traitement, que ce soit par les médicaments ou par la chirurgie, on assiste ensuite à une reprise du développement cérébral.
Question : A quel pourcentage des patients s’adresse la chirurgie.

PJ : C'est vrai que c'est très, très limité à un nombre très peu important de patients qui ont tous une épilepsie partielle par définition. Sans ça, on ne pourrait pas opérer. On opère certaines épilepsies généralisées, mais c'est une chirurgie qui est totalement différente. C'est une chirurgie palliative qui n'intervient pas sur la suppression des crises. Donc ce sont des patients qui ont une épilepsie partielle, dans une zone où la chirurgie n'entraînera pas des dégâts fonctionnels. Parce que ça aussi c'est très important. Donc la cible est extrêmement limitée. Mais elle existe, il ne faut pas l'oublier. Cela représente je dirais entre 2 et 6 % des patients .


Question : L'adolescence pose-t-elle des problèmes particuliers ?
CMS : C'est un âge difficile pour plusieurs raisons. D'une part, il y a de grands changements chez l'enfant qui devient adolescent. Les changements hormonaux, les changements du métabolisme des médicaments qui peuvent faire que des médicaments qui fonctionnaient avant, vont moins bien fonctionner. Donc tout un bouleversement biologique. Ensuite, il y a un changement des habitudes de vie. L'adolescent devient plus indépendant, il n'a plus envie d'être un malade, il n'a plus envie de prendre des médicaments, il ne veut pas être différent de ses copains, donc il peut refuser de prendre un traitement. Et il peut aussi tout simplement oublier de prendre son traitement, parce qu'il a un mode de vie qui change. Plus de sorties, des repas à l'extérieur de la maison. C'est aussi l'âge où on commence à faire la fête, donc moins de sommeil, on teste l'alcool pour la première fois ; toutes sortes de facteurs qui peuvent contribuer à péjorer l'épilepsie. C'est délicat à gérer en tant que médecin. Je crois que c'est vraiment un traitement à la carte qu'il faut proposer à ces enfants-là. Il faut surtout pouvoir garder le contact, pouvoir dialoguer, leur rendre confiance en eux, parce que des études ont montré que quand l'adolescent reprend confiance en lui, il va automatiquement avoir une meilleure adhésion à son traitement.

Question :  Quelles règles adopter pour le sevrage des anti-épileptiques  ?
PJ : Je suis extrêmement prudent, et plus je vieillis, plus je deviens prudent. Donc, avant je proposais au patient, sans crise depuis deux ans avec un électro-encéphalogramme rigoureusement normal, de diminuer le traitement. Et puis j'ai eu des surprises. Maintenant, j'attends trois ans. Mais surtout, je connais beaucoup mieux les syndromes épileptiques. Il y a un certain nombre d'épileptiques où je n'arrête jamais le traitement, même si le patient me supplie de l'arrêter et que le patient n'a plus de crises. Donc, il y a un certain nombre de syndromes épileptiques où je sais que je prends peu de risques en arrêtant le traitement, et il y en a d'autres, où je sais que je prendrais de gros risques. Mais la règle générale, entre guillemets, c'est un patient trois ans sans crise avec un électro-encéphalogramme de 24 heures normal. Mais, cela dépend beaucoup, beaucoup du syndrome épileptique.

CMS : Je peux peut-être ajouter quelque chose. Ce que je dis généralement aux parents de mes patients, c'est que le médicament ne va pas guérir l'épilepsie, il va seulement permettre d'arrêter les crises et permettre que le cerveau entre temps ait l'évolution qu'il doit avoir. Donc, ça peut être effectivement un arrêt des crises ou une persistance des crises qui va faire que, quand on arrête les médicaments, les crises vont réapparaître. Ce n'est pas un médicament qui va vraiment soigner la cause, ça va simplement avoir un effet suppresseur.


Question : Comment se déroule l’opération chirurgicale  ?
PJ : C'est un petit peu difficile. Le principe même de l'intervention, comme je l'ai dit tout à l'heure, c'est quand on est sûr que les crises d'épilepsie partent d'une partie bien précise du cerveau. Une fois qu'on a bien délimité la zone qui est responsable des crises, à ce moment-là, on demande au chirurgien de faire l'ablation de cette zone, soit qui est en rapport avec une lésion, soit qu’il n'y a pas de lésion visible. Et là, c'est beaucoup plus difficile, parce qu'il faut faire des explorations beaucoup plus prolongées, beaucoup plus lourdes ; ce que l'on appelle une phase deux où on met des électrodes dans le cerveau, etc. On n'a pas le droit à l'erreur. Quand on aborde un cerveau qui est à priori sain, sans lésion, mais qui est épileptogène, il faut que fonctionnellement on aille délimiter exactement cette zone et essayer de l'enlever. Et c'est vrai que quand cette exploration pré-chirurgicale est bien faite, qu'on a bien délimité la lésion ou la zone responsable des crises, on a 80 à 90% de succès.


Question : A quel pourcentage des patients s’adresse la chirurgie ?
PJ : C'est vrai que c'est très, très limité à un nombre très peu important de patients qui ont tous une épilepsie partielle par définition. Sans ça, on ne pourrait pas opérer. On opère certaines épilepsies généralisées, mais c'est une chirurgie qui est totalement différente. C'est une chirurgie palliative qui n'intervient pas sur la suppression des crises. Donc ce sont des patients qui ont une épilepsie partielle, dans une zone où la chirurgie n'entraînera pas des dégâts fonctionnels. Parce que ça aussi c'est très important. Donc la cible est extrêmement limitée. Mais elle existe, il ne faut pas l'oublier. Cela représente je dirais entre 2 et 6 % des patients.

Question :   Quel est le taux d'échec des opérations chirurgicales   ?
PJ : Vous êtes optimiste vous… Tout à l'heure, j'ai dit entre 80 et 90% de succès. Bien évidemment, cela dépend beaucoup du type de chirurgie qui a été pratiquée. Quand on parle de chirurgie du lobe temporale, on a d'excellents résultats. Quand c'est extratemporal, c'est-à-dire le lobe frontal, pariétal ou occipital, les résultats sont beaucoup moins probants. Cela approche les 50% à peine. Et ça, on le dit de toute façon au moment où on propose l'intervention.

Question : Quel traitement proposé en cas d’épilepsie post-traumatique ?
PJ : L'épilepsie qu’on appelle en règle générale post-traumatique, est liée à des traumatismes importants subis par le cerveau, par exemple des plaies crâniocérébrales directes avec des lésions extrêmement importantes. Elles sont difficiles à traiter médicalement. Donc on propose souvent une solution chirurgicale, mais il est bien clair que cette solution chirurgicale n'a pas 100% de chances de réussir, surtout si les lésions sont suffisamment importantes. Dans le cas de l'épilepsie post-traumatique, en règle générale, les indications de la chirurgie sont quand même relativement limitées, parce qu'il y a eu traumatisme direct et que finalement l'intervention est un second traumatisme qui entretient un phénomène qui quelques fois n'est pas forcément maîtrisable.


Question : Les épileptiques peuvent-ils rééduquer leur mémoire ?
PJ : A ma connaissance, il n'y a pas de structure qui permette de lutter contre les troubles de la mémoire dont peuvent se plaindre les patients, soit en rapport avec leur maladie épileptique, parce que la décharge se passe dans le système qui est responsable de la mémoire, soit à cause des effets des médicaments.


Question : Que peut apporter la médecine parallèle  ?
MH : Je ne suis pas sure qu'on puisse guérir toutes les épilepsies avec la médecine parallèle. Ce qui a été dit, c'est que chaque épilepsie est différente. Mais ça peut aider à être mieux dans sa tête et mieux dans son corps. Et puis pour certaines personnes effectivement, de n'avoir plus besoin de médicaments, ou moins de médicaments. Mais c'est quand même encore une maladie mystérieuse. Il y a aussi la piste de la sophrologie, la piste des arts martiaux, semble-t-il et puis la piste de l'alimentation. Certaines personnes pensent qu'en faisant un régime, on peut peut-être arriver à stopper les crises. Je ne suis pas spécialiste sur le sujet, mais je trouve que c'est une ouverture à avoir, une complémentarité pour un bien-être.
CMS : Je vais ajouter quelque chose à propos des régimes. C'est vrai qu'il y a des régimes qui permettent de diminuer les crises d'épilepsie. Il y a en fait un régime qu'on utilise surtout chez les enfants chez lesquels aucun médicament n'a marché. C'est le régime cétogène. Et ça, c'est peut-être quelque chose dont vous entendrez parler, donc je voulais le mentionner. C'est un régime très contraignant, très difficile à suivre, qui ne marche pas dans toutes les épilepsies et qui ne s'utilise que dans les formes vraiment très, très graves, quand on a vraiment plus autre chose qu'on peut tenter. C'est un régime qui simule le jeûne. On a remarqué que quand on est en état de jeûne, on a parfois moins de crises. C'est un régime qui est très riche en graisse, très pauvre en glucides et qui met le corps dans un état de pseudo-jeûne. Je ne crois pas que ce soit tellement utilisé chez les adultes parce que c'est quand même très, très difficile, c'est vraiment un régime réservé aux petits enfants.

PJ : Je ne suis pas contre la médecine parallèle, je suis ouvert à tout. Quand mes patients me disent : "J'ai pris un homéopathe, etc", la seule chose que je demande c'est qu'ils n'arrêtent pas les médicaments que j'ai donnés. Mais effectivement, cela améliore quelques fois la qualité de vie, et dans certains cas, ça peut marcher. Concernant l'acupuncture, lorsque je suis allé faire des conférences en Chine, il y a des médecins chinois qui m'ont certifié qu'ils avaient traité des épileptiques par l'acupuncture. Pourquoi pas ? Je ne suis pas du tout dans l'obscurantisme en disant : "Il n'y a que moi qui ai raison". Je suis ouvert. Si on me montre effectivement un cas d'épilepsie avérée guéri par l'acupuncture, je suis tout à fait d'accord de l'accepter. J'ai quelques doutes, c'est tout.

     
   
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