L'EPILEPSIE
Une maladie comme les autres ?   (18.11.04)


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4. VIE SOCIALE

 
 


VIE SOCIALE

1. Quelles sont les réactions de l’entourage face à la crise d’épilepsie ?
2. Quelle est l’attitude des parents vis-à-vis de leur enfant épileptique ?
3. Quelle qualité de vie peut avoir un patient épileptique ?
4. Quels deuils doivent faire les patients ?

5. Un patient épileptique peut-il conduire ?
6. Est-ce qu'il y a un encadrement pour les personnes épileptiques qui souffrent ?

Question : Quelles sont les réactions de l’entourage face à la crise d’épilepsie ?
MH : Il n'y a pas que la première crise qui soit impressionnante. C'est impressionnant, c'est bouleversant, cela déclenche une angoisse importante qui est aussi en écho avec celle de la personne qui a la crise. Je dirais que très vite il y a aussi le regard des autres. Comme on ne connaît pas cette maladie, quand ça arrive, les gens autour s'agglutinent, posent le diagnostic : "Cette personne est prise d'alcool, ou bien elle est droguée, ou bien elle est folle". Et donc, c'est vrai que c'est aussi quelque chose de difficile à supporter et à gérer.

Question : Quelle est l’attitude des parents vis-à-vis de leur enfant épileptique ?
MH : Il y a d'abord la culpabilité et le souci de savoir s'ils sont responsables génétiquement. Et puis ça, je pense, ce n'est pas la bonne question. C'est une question que tout le monde se pose quand on est face à une grave maladie. Mais finalement, il vaut mieux aller de l'avant. Mais je dirais aussi que c'est une responsabilité tout au long du développement de l'enfant qui grandit. Tout d'abord au niveau de la scolarité. S'il est stabilisé sous médicaments, peut-être qu'il n'a plus beaucoup de crises, il pourra suivre une scolarité normale. Mais il aura quand même des petits retards. Et à un moment donné, s'il n'est pas très stabilisé, il y aura le choix entre école spécialisée et pas école spécialisée. Cela change l'avenir d'un enfant, son avenir professionnel et son avenir tout court. Et je crois que c'est important. Je viens de passer une journée avec des parents d'enfants épileptiques et je dois saluer leur amour et leur disponibilité. Et puis c'est vrai, on a envie de les protéger, de leur éviter certaines humiliations, certains refus. Parce qu'il y a certains enfants ou parents qui n'acceptent plus à une fête d'anniversaire un enfant qui a eu une crise ou dont on sait qu'il est épileptique. Il y a plein de choses comme ça, d'humiliations, auxquelles il faut faire face. Mais la difficulté, je dirais, c'est quand même de construire avec lui son socle de confiance. J'ai vu que les personnes qui se stabilisaient sous médicaments ou suite à une opération chirurgicale, et qui ont pu reprendre confiance en elles, aidées par leurs parents, j’ai vu qu’elles arrivaient à vivre normalement. Mais cela demande de surmonter beaucoup, beaucoup de difficultés. Et je vois des mamans qui ont une fille adulte qui pourrait décider toute seule de son avenir, mais qui gardent ce souci parce qu’elles sont inquiètes de l’avenir qui attend leur fille.

Question : Quelle qualité de vie peut avoir un patient épileptique ?

PJ : La qualité de vie s'apprécie sur différents éléments, sur différents symptômes. Mais je crois que ce qu'on vise quand on voit un patient en consultation, c'est que finalement, le rapport bénéfice du médicament sur risque soit le minimum possible, se rapproche le plus de un. Donc, on sait qu'avec les médicaments antiépileptiques, on ne va pas supprimer les crises dans 100 % des cas, sinon on aurait le prix Nobel, ce qui n'est pas le cas, du moins pas à ma connaissance ce soir. On va supprimer les crises, comme je le disais tout à l'heure, dans environ 80% des cas, mais avec des effets secondaires, donc avec des risques. Je crois que c'est toujours cet équilibre qu'il faut rechercher en permanence. Et au niveau de la cellule familiale, au niveau de la vie professionnelle, c'est un peu la même chose. Le patient épileptique doit jouer un petit peu avec tout ça, et avec sa maladie. Il faut qu'il apprenne à vivre avec cette maladie, comme on apprend à vivre avec toute autre maladie chronique. On peut continuer à faire du sport, par exemple. J'espère que mes malades, qui sont montés avec moi au Bisshorn, sont là. On est monté donc avec quatre patients, dont Marion Clignier qui est championne cycliste. Il y avait aussi trois autres patients, un Valaisan et puis deux autres avec qui nous sommes montés à quatre mille mètres cet été avec des guides de haute montagne. Le sport, il faut en faire au maximum. Mais pas n'importe quel sport. C'est une question de bon sens. On ne va pas envoyer un patient faire du sport automobile, ou de la moto ou être premier de cordée dans une ascension. Mais le sport en lui-même est vraiment un moyen d'intégration de l'épileptique, un moyen de se mettre au même niveau que les autres. Il y en a d'autres, et en particulier les sports collectifs. Ils sont très, très importants pour les malades et je les encourage toujours au maximum à les pratiquer.

MH : Je voudrais dire qu'il faut essayer de vivre avec cette épilepsie le plus normalement possible. Et on a vu que dans le sport, mais aussi dans les activités créatrices, que ça soit la musique, la peinture, la lecture ou autres, quand une personne se concentre et qu'elle est bien dans sa tête et dans son corps, elle a moins de crises. Il faut les encourager. Mais pour les parents, c'est aussi difficile, parce qu'on dit : "Ouh, mais tu vas avoir un accident". L'autre jour, il y a eu une dame infirmière qui a dit : "Vous faites de la haute montagne, Monsieur, mais vous vous rendez compte des risques que vous prenez ? " Finalement, tout le monde prend des risques mesurés. Bon, l'épileptique un peu plus que les autres. Et ce jeune homme a témoigné : "Mais vous savez, Madame, j'ai fait plusieurs quatre mille et six mille, mais je me suis démis une épaule lors d'une crise d'épilepsie, la nuit dans mon lit". C'est peut-être ça. C'est oser prendre des risques calculés ; ça me semble important. Et puis oser parler. Les groupes, c'est fait pour ça. Quand on peut parler de ses soucis, quand on peut parler des moments de révolte, des questions qu'on a sur le cœur, on échange avec d'autres personnes qui sont dans la même situation, et c'est une grande aide.

Question : Quels deuils doivent faire les patients ?
MH : Je crois que c'est vraiment une maladie qui oblige à faire des deuils par rapport à l'état d'avant. Mais ce n'est pas seulement le patient qui fait son deuil, c'est aussi toute la famille. Et puis, c'est un deuil à faire au niveau de la profession, même si un certain nombre de personnes peuvent garder leur profession. C'est une chance. Il y en a d'autres qui doivent trouver une autre profession moins dangereuse, et d'autres encore pour qui la maladie est tellement forte, qu'elles n'ont plus la possibilité d'exercer un métier. La société est très difficile, et de nos jours encore plus. Quand on apprend que quelqu'un est épileptique, généralement il reçoit son congé. Et on ne va pas dire que c'est parce qu'il est épileptique, mais on va dire que c'est parce qu'on restructure. Donc, même les personnes qui ont envie de travailler, ont beaucoup de peine. On n'est pas tolérant avec les gens qui par moment peuvent être fatigués, avoir peut-être des petits troubles de la mémoire, mais qui ne sont pas incompatibles avec une activité professionnelle. Il y a aussi des deuils à faire par rapport à sa vie active, et en particulier si on a eu une vie où on avait l'habitude de faire des nuits blanches, de boire de l'alcool, de conduire, de faire la fête. Je crois qu'une des premières informations que chaque patient reçoit de son médecin, c'est : "Il vous faut une vie réglée, il vous faut beaucoup de sommeil". Et ce n'est pas toujours évident de gérer tout ça, surtout quand on est jeune ou adolescent, parce qu'on a envie justement de ne pas obéir aux adultes. Il faut aussi peut-être quand même ne pas faire le deuil de tout. Je pense qu'à certains moments, la personne doit arriver à se dire : "Je fais avec, je fais comme avant, mais avec ces limites-là". A un moment donné, les crises sont toujours tellement imprévisibles que c'est comme une épée de Damoclès et la personne n'ose plus rien faire. Alors, c'est sûr, elle n'ose pas aller dans les transports publics toute seule. Elle a besoin de quelqu'un pour l'accompagner. Vous savez que si elle a une crise et qu'elle va à l'hôpital et qu'il ne lui est rien arrivé, qu'elle n'a pas eu d'accident, les frais d'ambulances seront à sa charge. Elle ne peut plus sortir seule. Elle a peur d'avoir une crise en public, parce qu'on ne peut pas savoir quand viendra la suivante.


Question : Un patient épileptique peut-il conduire ?

PJ : Concernant le permis de conduire, il y a effectivement une réglementation qui est propre à chaque pays. Il y a des pays qui sont extrêmement tolérants, d'autres qui ne le sont pas du tout. Et puis, il y a des pays, comme la Suisse et la France, qui ont mis en place une réglementation qui est relativement complexe, mais qui, en gros, dit qu'après une crise inaugurale, il ne faut pas conduire pendant une période de trois à six mois. Et dans le cas d'une épilepsie avérée, il y a une suspension du permis de conduire, tant qu'il y a persistance des crises. Mais bien sûr, il y a des applications de cette réglementation qui sont différentes pour les poids lourds, pour les taxis, … La règle générale, si vous voulez, c'est que devant une crise inaugurale qui peut rester unique, je dis au patient qu'il ne faut pas qu'il utilise son véhicule pendant trois à six mois. Si en revanche, je m'aperçois que j'ai affaire à une personne qui prend son véhicule, ou que j'apprends par sa famille qu'il prend son véhicule, je le dénonce au Bureau des Autos. Il est dangereux. Une crise peut survenir à n'importe quel moment. Et c’est la même chose pour n’importe quel véhicule à moteur, moto ou autres.

Question : Est-ce qu'il y a un encadrement pour les personnes épileptiques qui souffrent ?
CMS : Pour l'encadrement des personnes épileptiques qui souffrent, je pense que ça doit être organisé par le médecin traitant de la personne. Il faut lui organiser un encadrement. Cela pourrait certainement l'aider.

     
   
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