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FATIGUE / DEPRESSION / AI
1.
La fatigue chronique est-elle la conséquence de la douleur
?
2.
En tant que fibromyalgique, vaut-il la peine de faire suivre son
sommeil dans un laboratoire du sommeil ?
3. Que penser des pertes de mémoire et du manque
de concentration ?
4. La souffrance chronique peut-elle entraîner
un état dépressif ?
5. Quelle est la proportion
de malades qui dépendent de l’assurance invalidité ?
6. Le diagnostic de fibromyalgie est-il facilement
reconnu par l'Assurance Invalidité ?

Question
: La fatigue chronique est-elle la conséquence de la douleur
?
JLA : Moi j'ai rarement vu des patients qui avaient une fibromyalgie
qui n'étaient pas éreintés, et qui se réveillaient
en bon état. Ça c'est vraiment exceptionnel.
TV : Dans la fibromyalgie, il y a un trouble du sommeil. Durant
le sommeil, il y a différentes périodes, quatre périodes
grosso modo. Une période dure environ 1h30, et on les répète
durant la nuit. Il y a une période, c'est souvent une période
relativement courte où les muscles se reposent, ils se détendent.
Cette période, qui représente environ un tiers d'une
période du sommeil, est perturbée chez les fibromyalgiques.
Et c'est quelque chose qui a été décrit il
y a déjà 20 ou 30 ans par un chercheur au Canada,
et je crois que ça tient toujours.
Juste encore une dernière remarque. Les anti-dépresseurs
ont un autre effet, en-dehors d'agir contre la dépression
: les tricycliques régularisent cette période du sommeil
en question dans la fibromyalgie.
Question : En tant que fibromyalgique, vaut-il
la peine de faire suivre son sommeil dans un laboratoire du sommeil
?
TV : Ecoutez, si vous n'avez pas de risque d'avoir autre chose,
je ne crois pas que ça vaille la peine. Par contre, ce que
vous pouvez faire, si vous avez des problèmes d’insomnies,
c’est de prendre des anti-dépresseurs. Avez-vous essayé
? Mais je vous le dis, il faut le faire comme il faut. Il ne faut
pas les jeter par la fenêtre après 3 jours.
SR : Donc vous ne conseillez pas nécessairement le Laboratoire
du sommeil ?
TV : Pour la fibromyalgie, on sait, et c'est intéressant,
qu’il y a des perturbations du sommeil. Les études
l’ont démontré. Mais je ne crois pas que ça
apporte quelque chose au patient si son diagnostic est clair. Ça
coûte dans les 2500,- francs, et il vaut mieux demander d'abord
à la caisse maladie si elle est d'accord de prendre en charge
cette dépense.
Question : Que penser des pertes de mémoire
et du manque de concentration ?
TV : Ça fait partie de la fatigue, des vertiges et de tout
ce cortège de symptômes. Et je crois que ce n'est rien
de spécifique. En plus, si on a mal, qu'on est mal dans sa
peau, qu'on souffre, on remarque ça beaucoup plus. Les troubles
de la mémoire sont très répandus. Moi, je suis
toujours rassuré quand quelqu'un de jeune a oublié
un nom, ça me remonte le moral.
Question : La souffrance chronique peut-elle
entraîner un état dépressif ?
JLA : Il y a vraiment de quoi déprimer. Et il y a aussi,
moi j'insisterais encore plus, il y a vraiment de quoi être
anxieux. Et traiter en psy l'anxiété, c'est vraiment
toute une décision réciproque, parce que si tout le
monde se donne le droit d'être anxieux, tout le monde ne se
donne pas le droit d'être déprimé, c'est plus
difficile d'avoir un diagnostic. Alors à ce moment là,
je pense qu'il faut, avec le patient et puis les médecins
qui sont en charge du traitement de la douleur, vraiment se mettre
d'accord. Au début dans les groupes que j’animais,
il y avait une énorme réticence par rapport à
tout ce qui était psy. Comme le Professeur VISCHER l'a dit
: "C'est déjà assez difficile d'être malade.
Si en plus il faut être fou, dites-le nous". Et puis
progressivement, pour des raisons qui m'échappent totalement
mais dont j'ai vu les effets, il y a eu une sorte d'apprivoisement
réciproque entre les psys et les patients. Et moi j'ai vu
dans les derniers groupes des patients disant : "Mais écoute,
va chez mon psy. T'en peux plus, tu es fatiguée ! Et puis
tu sais, le suicide, ça existe, et moi j'y pense souvent".
Des gens m'ont dit y penser tous les jours.
Les gens ont aussi envie de savoir ce qu'ils deviennent avec ces
douleurs chroniques, l'effet sur l'image d'eux-mêmes, l'effet
sur la famille… Par exemple, je me souviens d'un accidenté
qui allait tous les jours sur le chantier dire bonjour aux copains
(ça c'était extraordinaire), d'autres qui fuyaient
tout le monde, y compris la famille, parce qu'ils ne se sentaient
pas compris. Donc je pense qu'il y a un travail qui peut intéresser
les gens. Mais il faut être 3 à être d'accord.

Question : Quelle
est la proportion de malades qui dépendent de l’assurance
invalidité ?
TV : Honnêtement
je n'en n’ai aucune idée parce qu'en Suisse, on est
parmi les pays qui ont les pires statistiques au niveau de la santé.
Même à l'assurance invalidité, on ne sait pas
lesquels sont dus à une fibromyalgie. Cela varie d'un canton
à l'autre. On ne peut donc pas dire, mais j'ai l'impression
que c'est entre 10 et 20% des malades, à peu près.
Il n'y a aucune étude.
Question : Le diagnostic de fibromyalgie est-il
facilement reconnu par l'Assurance Invalidité ?
TV : (Rires dans la salle) Vous entendez la réponse.
Vous avez entendu M. Blocher parler récemment de "tous
ces faux invalides". Je pense qu'il pensait entre autres aux
fibromyalgiques parce que chez ces malades, on ne voit rien. Ils
n'ont pas une jambe qui manque, donc ce sont des faux invalides.
SR : Est-ce pour cela que beaucoup finissent avec un diagnostic
psychiatrique ?
JLA : Ben c'est-à-dire que pour finir on peut penser qu'il
y a des dépressions, des états dépressifs tellement
graves qu'ils deviennent complètement invalidants. Mais c'est
indépendant de la fibromyalgie. Un des détails qui
est relativement intéressant c'est que la fatigue chronique
a le droit d'avoir un diagnostic psychiatrique. Elle figure, je
crois, ou elle va figurer dans les troubles psychiatriques. Pour
la fibromyalgie, il est maintenant question de la faire entrer dans
les troubles somatoformes.
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