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Témoignages
diffusés pendant le débat
Premier
témoignage
Sandra,
29 ans, employée de commerce, Yverdon-les-Bains
Cela
a commencé en 1996 quand j'avais 22 ans. J'ai eu les premières
douleurs dans une hanche. Et comme je n'avais jamais eu autant de
douleurs, j'ai pris un médicament, je me suis reposée,
et ça a un peu passé. Après ça revenait.
J'ai été chez une chiropraticienne ; elle m'a dit
que j'avais le bassin démonté et elle l'a remis. Et
après ça revenait tout le temps. Puis je suis allée
chez le médecin parce que j'ai commencé à avoir
des douleurs dans une épaule, dans la nuque. Le temps de
prendre rendez-vous chez le médecin, les douleurs passaient.
Donc je me disais "C'est toi qui les invente, c'est pas grave".
Mais le médecin m'a toujours écoutée, il a
fait des radios, fait des prises de sang, tout ça. Et c'est
vrai que ça a été comme ça plusieurs
fois. Je n'allais pas chaque fois chez le médecin parce que
tout d'un coup après c'était de nouveau dans un genou,
dans une hanche, au dos. C'est vraiment des douleurs qui bougent
et qui vont d'un endroit à l'autre, et qui peuvent rester
peut-être 1 heure, 2 heures et partir. Parfois elles durent
plusieurs jours. Ça voyage beaucoup en fait.
SR : Et le médecin, qu'est-ce qu'il a trouvé ?
Rien du tout. Les examens du sang, les radios étaient toutes
parfaites. Donc il m'a rassurée en disant qu'il n'y avait
rien de grave. Au début, il m'avait renvoyée quand
même avec des anti-inflammatoire en me disant qu'il fallait
continuer à bouger. Il m'avait proposé de faire l'Ecole
du dos, où j'ai été faire des exercices et
où j'ai appris à me bouger correctement. Il m'a conseillé
aussi de commencer du stretching. Je n'étais pas vraiment
sportive avant, enfin je ne le suis pas maintenant, mais j'ai commencé
à faire du stretching en étant malade, et ça,
ça m'a fait du bien. C'est vrai qu'il y a des fois où
on peut difficilement faire des choses, mais on apprend à
les faire gentiment, et je pense que l'important c'est de rester
en mouvement justement. Malgré la douleur, de bouger, ce
que j'ai toujours fait. Alors c'est vrai que parfois je ne peux
me balader que 20 minutes et après je dois rentrer et me
reposer. Mais j’essaye de rester en mouvement, et c'est vrai
que j'ai eu un médecin qui a toujours poussé pour
ça.
SR : Est-ce que vous aviez d'autres symptômes ?
Oui, de la fatigue. Enormément de fatigue. Et la fatigue
a été en s'aggravant chez moi. Le médecin m’a
dit qu'il y avait un syndrome de fatigue chronique qui s'était
installé. La fatigue, pour moi, était devenue très,
très pénible. Elle couvrait même les douleurs.
Pendant une année et demie, j'ai énormément
souffert. Là, il a refait des prises de sang, parce que j'étais
tellement persuadée qu'il me manquait quelque chose, et puis
non. Résultat, le jour où il m'a dit "Non, il
n'y a rien. C'est juste de la fatigue chronique. Il faut l'accepter
et faire avec.", ça a été difficile parce
que là, il n'y a pas de médicaments du tout pour la
fatigue. C'était devenu au point où m'habiller était
pénible, me doucher… Tout était une montagne,
j'entends. J'avais un souper un soir, ça voulait dire que
j'étais restée couchée tout l'après-midi
du samedi. Une séance de cinéma, c'était pénible.
Tout devenait pénible : le bruit, le monde…
SR : Et le travail ?
Et le travail, j'ai continué, mais c'est pour ça que
maintenant je travaille à 90%. Le travail était devenu
difficile aussi, mais le médecin voulait que je continue
pour essayer de garder un cadre social. Mais il y a eu, pendant
plus d'une année, où je rentrais du travail, je me
douchais, je mangeais et je me couchais. Et là, le moral,
c'est difficile à vivre aussi. Alors j'ai eu des amis compréhensifs
et tout, mais c'est vrai qu'il y a plein de choses où on
doit faire des concessions, on doit prendre beaucoup sur soi-même,
en fait.
SR : Pour la vie sociale, ce n'est pas idéal ?
Non. Cela voulait dire que la semaine, je ne faisais rien d'autre
que travailler… J'avais même de la peine justement à
aller au stretching ou à faire quelque chose, parce que rentrée
du travail le soir, je ne pouvais même plus aller faire mes
courses, faire la lessive ou quelque chose comme ça. J'arrivais,
je me mettais sur le canapé, et je ne bougeais plus jusqu'à
ce que j'aille dans mon lit très tôt. Et le matin je
me levais, et j'étais toujours fatiguée, même
le week-end, en dormant 10-12 heures. On se lève le matin,
et c'est comme si on n'avait pas dormi. Avec cette fatigue, j'ai
eu énormément de peine, en fait. Mais j'ai eu un médecin
qui m'a soutenue. Il n'a rien pu me donner, effectivement, parce
qu'il n'y a pas de médicaments. Il m'a donné un peu
de vitamines et comme ça, psychiquement au moins, j'avais
l'impression que ça m'aidait. Et puis j'ai fait beaucoup
de médecine parallèle à coté : réflexologie,
sophrologie, relaxation, de l'acupuncture aussi. J'ai pris des plantes
chinoises. Je suis toujours sous traitement de plantes chinoises.
Et cela m'évite aussi de prendre des médicaments.
En fait, j'arrive à ne pas en prendre tous les jours.
SR : Et surtout vous n'avez jamais arrêté de travailler
?
Non, je n'ai jamais arrêté. Mon médecin a tout
fait pour que je continue. J'ai eu aussi des collègues compréhensifs,
qui ont vécu la maladie avec moi, qui l'ont découverte.
Parce que c'est vrai que certains matins, ils me voyaient arriver
en boitant comme une personne âgée, et des fois je
repartais à midi et tout allait bien, ou le contraire, j'arrive
le matin et tout va bien, et je repars… Alors elles ont découvert
ça avec moi et elles ont été compréhensives,
même si ce n'est pas facile, j'imagine, parce que c'est vrai
que parfois c'est difficile de croire une personne qui le matin
va bien et qui à midi ne tourne plus la tête. Mais
grâce à ça, certainement il y a eu une compréhension
de leur part, comme de ma famille et de mes amies et amis. Donc,
ça je pense que j'ai été soutenue et crue,
bien que des fois peut-être ils ont eu des doutes, je ne sais
pas, mais ils ont toujours été là, et ça
c'est important je pense.
SR : Et aujourd'hui, comment ça va ?
Alors là, maintenant, je vais beaucoup mieux. La fatigue
est partie. Elle n'est pas bien loin, je dirais, mais maintenant
disons que j'ai accepté la maladie, et je ne combats plus
contre elle. C'est vrai, il faut essayer qu'elle ne nous envahisse
pas la vie, et puis de ne pas vivre que pour ça. J'ai pris
conscience qu'elle était là, dans mon corps, et je
pense que maintenant on est amies. Je l'écoute, elle m'écoute,
elle me laisse vivre aussi différemment, et on a trouvé
un bon équilibre.
Second
témoignage
Albert,
37 ans, marié et père de trois enfants, Yverdon
En
ce qui me concerne, la maladie a progressé gentiment au fur
et à mesure des mois et des années qui passaient.
Le traitement qui m’aidait le plus pour calmer mes douleurs,
c’étaient les anti-dépresseurs. Et c'est vrai
que la première année où j'ai utilisé
les anti-dépresseurs, il y a eu une stabilisation des différents
symptômes de ma fibromyalgie. Et j'ai pu continuer à
vivre et à travailler plus ou moins normalement. Mon métier
de base c’est serrurier. C'est un métier physique,
un métier assez dur à pratiquer. Malgré mes
différents symptômes de douleur et de fatigue chronique,
j'ai pu pendant quelques années tricher un peu dans ma façon
de travailler. Je ne travaillais plus en faisant tout le temps le
même mouvement ou tout le temps la même chose pendant
plusieurs dizaines de minutes de suite. Je me suis arrangé
pour morceler le travail que je devais effectuer, pour faire pendant
une petite période tel mouvement. Parce que les mouvements
répétitifs déclenchaient de telles douleurs,
que même les anti-douleurs et les anti-inflammatoires ne faisaient
plus d'effet. Alors j'ai morcelé, j'ai essayé de faire
ce que je devais dans ma journée. Mais ça devenait
de plus en plus difficile d'arriver à faire mon travail correctement.
La CGN, mon employeur, a quand même réussi à
faire un très grand effort en disant "Puisque c'est
un pilote, qu'il a une possibilité d'avenir en devenant capitaine,
on le met à un poste plus léger pendant la période
d'hiver, et il aura quand même sa fonction et son utilité
pendant la période d'été". C'est ce qui
a été pratiqué pendant plusieurs mois, mais
la quantité d'efforts à devoir produire chaque jour
pour assurer une qualité de travail correcte et une présence,
c'était quand même trop pour moi, la maladie progressant
gentiment. Donc je ne pouvais pas assurer une sécurité
suffisante en conduisant des bateaux qui ont quand même un
volume et un tonnage importants. Et c'était trop risqué
de poursuivre dans ce domaine-là. Donc l'année 2000
a été la fin de ma vie professionnelle.
SR : Et de quoi vivez-vous maintenant ?
Dernièrement, l'AI a décidé de m'accorder une
demi rente, ce qui est une très bonne chose pour moi, parce
qu'effectivement lorsqu’on a déjà beaucoup de
difficultés à cause de la maladie, on n'a au moins
plus le souci de se dire "Comment ma famille va vivre ?".
Alors j'ai la chance d'avoir une demi rente de l'AI qui me permet
de payer mes factures, et j'ai une demi rente du deuxième
pilier qui me permet de vivre. Le mieux, c'est de se dire qu'on
peut vivre avec moins, mais vivre plutôt en famille et vivre
plutôt des moments de partage, avoir des plaisirs plus simples
dans la vie que de vouloir partir en vacances toutes les années
ou vouloir faire plein de choses. Il y a d'autres moyens de profiter
de la vie que dans le côté matériel.
Témoignages
du public pendant le débat
Premier
témoignage :
Je
voulais dire aussi que j'ai cette maladie. Mais pour moi, elle a
été diagnostiquée par un rhumatologue. Je pense
qu'un rhumatologue c’est mieux parce qu'un médecin
généraliste ne connaît pas, ou il connaît
mais ne sait pas tellement la dépister. Un rhumatologue,
il n'y a pas de problèmes. Et j'ai suivi les cours AquaFM
(piscine chaude), et je trouve que c'est très intéressant
d'y aller, parce que ça permet aux gens de ne pas mettre
seulement un nom, mais de dire vraiment que c'est une maladie. Parce
qu'au départ, on croît qu'on a quelque chose, mais
on ne veut en parler à personne parce qu'on a peur qu'on
nous dise "T'es malade de la tête ! Tu te plains tout
le temps ! Tu es pénible pour finir !". Et les amis
s'éloignent forcément. Et moi je trouve que ces cours
permettent d'être considéré comme un malade
et pas comme quelqu'un de pas normal. Et je trouve aussi que, pour
dormir, on a des aides : on peut prendre soit en homéopathie
des somnifères qui aident aussi pour avoir un repos plus
tranquille. On a tout ce qu'il faut. Mais je ne crois pas qu’on
puisse guérir en 3 mois. Moi je veux bien guérir,
enfin on est tous à espérer de guérir. Mais
en 3 mois, ce n’est pas possible.
Deuxième
témoignage
: Je suis le conjoint d'une personne atteinte de
fibromyalgie. Comme toutes les personnes qui vivent à côté
de ces personnes-là, mes enfants, moi-même, on est,
si je peux me permettre ce terme, un peu largués. On voit
qu'il faut à chaque fois expliquer aux amis ce qui se passe,
pourquoi sa femme ou son mari est dans cette situation. Donc moi,
personnellement, j'ai un esprit assez critique en général
sur tout ce que je vis et que je comprends mal. Et donc n'étant
pas moi-même atteint, j'ai quand même essayé
de comprendre, à l'Hôpital Cantonal, avec les médecins,
parce que finalement, le vrai problème, c'est qu’il
n'y a pas de reconnaissance. On a l'impression de vivre dans un
monde parallèle et d'avoir toujours besoin d'expliquer ce
que c'est… Moi, j'ai des amis médecins qui me parlent
de fibromyalgie : "Ouaih, on sait vaguement ce que c'est !",
mais on ne peut même pas compter sur eux pour une forme de
soutien.
Commentaire d'un intervenant
JLA
: Je voulais ajouter quelque chose par rapport à ce qui vient
d'être dit. Dans les groupes, énormément de
patients ont demandé, par exemple, qu'il y ait des groupes
de couples, que les conjoints puissent venir. C'était une
excellente idée, mais on n'avait pas les moyens de le faire.
Et une des choses qui a peut-être pu être utile dans
ces groupes, c'est de proposer aux patients de mieux parler de leur
maladie à leur famille, que ce soit les conjoints, les enfants,
les parents, ou même les petits-enfants. C'est-à-dire
de pas à la fois s'excuser et rendre l'autre coupable, ce
qui était quand même une attitude très fréquente.
Et au fond de communiquer, comme on dit maintenant, les informations
le plus clairement possible. Cela a amélioré les situations
de la famille et de l'entourage, y compris parfois de l'employeur,
mais cela a été peut-être plus rare. Donc je
crois qu'il faut vraiment le dire. Il faut pouvoir trouver une manière
de dire les choses.
Troisième
témoignage
: Je voulais attirer un peu l'attention sur l'importance
du diagnostic parce que, je crois, qu'on est beaucoup ici de malades
à avoir fait effectivement du tourisme médical en
s'entendant dire "Vous n’avez rien, c'est dans la tête".
On est tous passé par là, j'en suis sûre. Et
je pense qu'en tant que malade, il faut bien être conscient
que c'est TRÈS important de pouvoir mettre un mot sur quelque
chose qu'on ressent parce que, quand vous avez mal tout le temps,
et qu'on vous dit que c'est dans la tête que ça se
passe, que vous n'avez rien, il y a un moment donné où
effectivement l'inquiétude de se créer ses propres
douleurs est telle qu'on vit dans un cercle vicieux qui nous empêche
de dormir, qui nous inquiète. Et je pense que l'importance
du diagnostic est vraiment, vraiment primordiale, ne serait-ce que
pour les malades, pour qu'ils puissent avoir un pouvoir sur quelque
chose, et pouvoir dire "Je cherche des informations, je veux
des informations". Et je crois que ça, c'est quelque
chose de capital.
Commentaire d'un intervenant
TV
: Je crois que vous avez parfaitement raison de vouloir savoir ce
que vous avez, et c'est votre droit. Maintenant, il faut se méfier.
Il y a le diagnostic fibromyalgie, et des gens qui disent "Ça
va aller de pire en pire et vous ne pourrez bientôt plus marcher.
Et quand vous irez à l'AI, on va vous refuser". On vous
dit beaucoup d’horreurs, et c'est ça qui est mauvais.
Parce que tous les fibromyalgiques n'ont pas des problèmes
majeurs. Ils ont tous des problèmes, mais souvent c'est parfaitement
vivable. Et petit à petit, même ceux qui ont une fibromyalgie
très grave s'améliorent et retrouvent leur vitesse
de croisière, avec une qualité de vie tout à
fait acceptable.
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