L'HYPERTENSION
Une maladie sournoise ?   (19.05.05)


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1. GENERALITES
2. MESURE TENSION
3. TRAITEMENTS

 
 

TRAITEMENTS

1. Est-ce que les médecins essayent d’agir d’abord sur le mode de vie des patients ?
2. Est-ce que c’est facile de faire changer le mode de vie d’un patient ?
3. Manger moins de viande, moins de charcuterie, plus de légumes fait-il baisser la tension artérielle ?
4.
Que peut-on espérer de la naturopathie ?
5. Quels sont les effets du gui, de la quinine et puis du persil ?
6. Le médecin ne pourrait pas faire ça, aussi ?
7. Si on a une fois une tension très haute faut-il tout de suite commencer à prendre un traitement ?
8. Quels sont les médicaments pour l’hypertension ?
9. Ces médicaments sont-ils chers ?
10. On dit qu’ils représentent à peu près 12% du marché du médicament. Est-ce possible ?
11. Quels sont les effets secondaires des médicaments ?

12. La norme qui baisse n’augmente-t-elle pas le nombre de personnes sous médicaments ?
13. L’industrie pharmaceutique et les médecins eux-mêmes n’ont-ils pas intérêt à faire de l’hypertension une maladie ?
14. Si je prends un médicament pour l’hypertension est-ce que ça améliore vraiment ma chance de vivre un peu plus longtemps ?
15.
Peut-on prendre des bêtabloquants lorsque l’on fait du sport ?
16. Peut-on donner de son sang lorsqu’on est hypertendu et sous traitement ?
17. Quel est le pourcentage de patients qui prennent une seule pilule, et celui de ceux qui en prennent deux ou trois ?
18. Comment les patients prennent-ils leurs médicaments ?
19. Les patients se rendent-ils compte qu’ils vont prendre leurs médicaments à vie ?
20. Pour un hypertendu jeune de 18 ans, quand et comment commencer le traitement ?
21. Le pourcentage de patients insuffisamment traités est-il encore très élevé ?

Question : Est-ce que les médecins essayent d’agir d’abord sur le mode de vie des patients ?
GA : En tout cas, on recommande au patient d’avoir une vie saine, d’éliminer la consommation du sel, comme cela a été dit. Parce que le mode de vie joue un rôle important. Le tabac, l’alcool, la sédentarité, tout ce qu’on recommande et qu’on ne fait pas soi-même.

Question : Est-ce que c’est facile de faire changer le mode de vie d’un patient ?
GA : Ce n’est pas facile, mais, disons qu’il y a une bonne action anti-tabac actuellement qui nous aide bien. La perte de poids ; vous savez qu’au mieux on peut perdre 10% de son poids corporel en faisant des régimes qui nous font souffrir. Et, je pense qu’il faut aider avec des médicaments contre l’hypertension. D’ailleurs, les gens arrivent très rapidement à la conclusion qu’ils sont prêts à prendre un médicament.

Question : Manger moins de viande, moins de charcuterie, plus de légumes fait-il baisser la tension artérielle ?
APB : Oui, il y a d’abord la perte pondérale qui, quelle qu’elle soit, quelle que soit la façon dont elle est obtenue, permet une réduction de la pression artérielle. Ensuite, la qualité du régime, aussi. Et là, on a des données assez solides qui montrent que si on enrichit la diète en potassium, avec des fruits frais, qu’on l’enrichit en calcium, avec des laitages si possible écrémés, et que l’on réduit la teneur en viande rouge, en sodium, on obtient des baisses considérables de la tension artérielle. Sauf que ces régimes-là sont totalement invivables et asociaux. Mais ça existe et il a été montré que sur un certain nombre de mois, c’est vraiment efficace.

GA : Je crois, c’est vrai, qu’on essaye de faire maigrir nos patients et qu’on leur dit de moins manger de viande, d’avoir une vie saine. Il y a toutes ces techniques de relaxation qui sont aussi très à la mode. Tout ça, c’est favorable. Cela améliore la qualité de vie, mais c’est souvent insuffisant.

Question : Que peut-on espérer de la naturopathie ?
APB : Il y a quelques données. Par exemple, avec l’ail. Il faut en manger beaucoup, cela fait baisser la pression artérielle, un peu. Mais bon, socialement, c’est difficile. On peut peut-être faire baisser la tension avec certains aliments, herbes, plantes, encore que je me méfierais des plantes parce qu’il y avait des plantes chinoises qui devaient faire maigrir et qui conduisaient les gens en dialyse finalement. Donc il faut prendre certaines précautions. Maintenant, je n’ai pas les connaissances pour vous dire quelle plante ou quelle naturopathie va être efficace. Mais peut-être que dans la région d’Orbe on a des choses ...

GA : Il y a quelques années, je vous aurais dit que la médecine complémentaire, c’est un effet placebo, que cela n’a aucun effet. Et en fait, je crois que la médecine complémentaire vient en complément à un traitement médical, et très souvent, elle fait supporter au patient les médicaments qu’on lui prescrit. A côté de cela, il prend le médicament homéopathique ou qui lui a été prescrit par son médecin de médecine complémentaire. Et je dirais que dans ce sens, c’est probablement un soutien psychologique qui nous est très utile. Mais c’est une réponse un peu scientifique et un peu sibylline.

Public : Au sujet de médicaments dans le domaine des plantes et de l’homéopathie, je peux vous dire qu’il n’y a pas de médicaments qui sont efficaces. Par contre, des mesures, comme vous dites d’hygiène de vie, etc, ça, on est amené à en parler souvent et cela aide beaucoup les patients.

Question : Quels sont les effets du gui, de la quinine et puis du persil ?
GA : La quinine a une action défavorable sur le cytochrome, sur ces enzymes qui détruisent les médicaments. Alors, il y a des familles qui, quand elles boivent du Schweppes qui contient de la quinine, ont des médicaments dont l’effet est prolongé. Mais comme effet pharmacologique, on l’utilise soit comme anti-malarique, soit pour éventuellement décontracter les muscles. Autrement, il n’y a pas d’autres indications, me semble-t-il. Le persil, je ne sais pas. Comme vous avez entendu, je ne suis pas un optimiste né dans ce domaine, mais sûrement que cela ne fait pas de mal. Et puis contrairement à l’ail que proposait Madame, c’est moins désagréable pour l’entourage. Le gui est utilisé comme traitement adjuvant dans le cancer du sein et je ne pense pas qu’il soit utilisé pour l’hypertension. D’ailleurs je ne sais pas s’il a un effet, mais c’est souvent un support. Je ne suis pas opposé à ces utilisations parce que souvent les médecins n’accompagnent pas bien leurs malades, surtout dans les maladies chroniques. Et souvent le naturopathe a les mots, l’empathie et la patience suffisants pour faire ce complément. C’est dans ce sens que je comprends la médecine complémentaire.

Question : Le médecin ne pourrait pas faire ça, aussi ?
GA : Ecoutez, oui Madame, on devrait. On devrait idéalement. Mais je dois quand même dire que nous disposons de relativement peu de temps, même si les nouveaux systèmes tarifaires privilégient le temps consacré à la consultation. Et d’autre part, nos arguments sont des arguments souvent rationnels et je crois que l’être humain a besoin d’irrationnel. Donc, nous sommes complémentaires.

Question : Si on a une fois une tension très haute faut-il tout de suite commencer à prendre un traitement ?
GA : Je pense que nous faisons tous des poussées hypertensives. Peut-être que les trois animateurs ici ont une pression haute face au stress de la salle. C’est physiologique. C’est le chat qui voit un chien et qui doit échapper à l’agression du chien, il décharge de l’adrénaline, il a des poils qui se dressent, la pupille qui se dilate, le cœur qui va très vite et la pression qui monte. C’est sa planche de salut. Probablement que le chat qui ronronne sur le tas de bois devant la maison en sécurité a une pression normale. Je crois que l’être humain est un peu comme ça. Il faut répéter les mesures pour confirmer l’hypertension.

Question : Quels sont les médicaments pour l’hypertension ?
APB : On a beaucoup de chance pour traiter l’hypertension, parce qu’on a six familles de médicaments, et, au sein de chaque famille, il y a encore plusieurs dizaines de médications. Donc, on peut agir avec différents mécanismes et puis entraîner des synergies entre ces différentes classes. Finalement, on est assez content. C’est un peu peut-être comme l’infectiologue qui a beaucoup d’antibiotiques. On a des armes pour ça. On a d’abord des diurétiques qui vont entraîner l’élimination du sel par les urines. Cela va contribuer également à éliminer l’eau et baisser la pression artérielle. On a des médicaments qui sont les bêtabloquants, qui vont ouvrir les vaisseaux, diminuer la pression à l’intérieur et ralentir également la fréquence cardiaque. On a les médicaments qu’on appelle les anticalciques, qui vont aussi agir en dilatant les vaisseaux, mais par un autre mécanisme, via les muscles qui entourent les vaisseaux, en les ouvrant. On a des médicaments qui disent au cerveau d’ouvrir, de dilater et de baisser la pression artérielle. Il y a aussi certaines médications qui bloquent les hormones qui règlent la pression artérielle. Dans le rein, on ne sait souvent pas que sont produites des hormones qui s’appellent la rénine et l’angiotensine qui vont contribuer à monter la pression artérielle, entre autres. Et on peut agir sur cette cascade d’hormones, baisser la pression artérielle, et protéger ainsi les malades des affections cardiovasculaires. Donc, on a vraiment beaucoup d’armes et d’outils pour traiter l’hypertension.

Question : Ces médicaments sont-ils chers ?
APB : Non. Les premiers médicaments qui ont été développés, c’était après la deuxième guerre mondiale. Il y a toujours cette image de Roosevelt à Yalta qui avait une pression à 300, parce qu’on n’avait pas encore de quoi le traiter. Et puis, quelques mois ou années après, avec des diurétiques, on aurait pu épargner son attaque cérébrale. Donc, on a des médications qu’on a depuis longtemps qui ne sont pas chères du tout. Les diurétiques, ça coûte quelques centimes par jour. Ce sont les médicaments récents qui bloquent les systèmes hormonaux qui sont chers.

Question : On dit qu’ils représentent à peu près 12% du marché du médicament. Est-ce possible ?
APB : C’est tout à fait possible, oui.

GA : En complément, je dirais que les diurétiques sont recommandés par la société américaine d’hypertension et par les Anglais, parce qu’ils permettent de sauver beaucoup de vies en dépensant peu d’argent. Mais les nouveaux médicaments protègent les vaisseaux, protègent le cœur, le cerveau… C’est quand même un progrès important et je dirais qu’à choisir, je prendrais plutôt ce type de médicament, même s’il est cher comme vous le disiez.

APB : Je suis tout à fait d’accord. Et toutes les façons pour atteindre la cible que l’on veut atteindre, c'est-à-dire d’avoir une pression artérielle idéalement à 120/80, il faut de toute façon combiner les médications et on aura un diurétique avec.

Question : Quels sont les effets secondaires des médicaments ?
APB : Ils ont tous des effets secondaires, quasiment. C'est-à-dire que le fait de passer d’une pression artérielle à 230/115 à une pression normale, ça entraîne déjà un effet secondaire, de la fatigue, de la somnolence, de l’apathie, du manque d’entrain qu’on peut avoir simplement en diminuant la pression artérielle. Donc, là on doit prévenir le patient qu’il va être moins bien, mais que c’est mieux pour lui. Et puis, après, chacune de ces classes a ses effets désagréables. Je ne voudrais par les stigmatiser en les énumérant. Parce que maintenant, tout le monde lit les effets secondaires. Les patients nous disent qu’ils ont eu ça et ça et ça. De fait, c’est réel. Il y a des effets secondaires. Par exemple la baisse de la libido. C’est surtout dû aux traitements diurétiques, éventuellement aux bêtabloqueurs. Mais en fait, on a assez peu d’études et probablement que toute baisse importante de la pression artérielle entraîne ce type d’ennuis. On a encore moins de données chez la femme. C’est peut-être plus difficile à quantifier. Mais c’est une réalité. Et c’est probablement une des principales causes de non observance, c'est-à-dire de non prise des médicaments. Le patient n’étant pas enclin à parler de cela à la consultation, il faut que nous l’abordions nous-même.

GA : Le drame, disons, c’est que ça n’enlève pas l’envie, ça enlève le pouvoir.

Question : La norme qui baisse n’augmente-t-elle pas le nombre de personnes sous médicaments ?
APB : On augmente l’expression de certains malaises, ou de certains effets secondaires. Mais, ultimement, on sait quand même que, si on arrive à ces chiffres magiques, on va réduire la survenue d’une attaque cérébrale de moitié, etc. On fait ça quand même avec une idée, que j’espère bonne, derrière la tête.

GA : Je pense que vous avez beaucoup de cas sélectionnés difficiles, qu’on vous envoie. D’ailleurs, on est bien content que vous les preniez, ce qui fait qu’on a les cas plus faciles. Et la difficulté, elle est, je crois, dans le premier comprimé qu’on va donner. On va tout d’un coup faire basculer quelqu’un qui est en bonne santé, sans symptômes, dans le club des malades. Mais quand même, dans la grande majorité des cas, les traitements sont bien supportés. Si le patient est bien discipliné ou marié, parce que les dames prennent plus facilement les pastilles, les messieurs ont un peu plus de peine. Mais j’entends, s’il y a une structure de couple qui fait que, d’abord il n’est pas mis au ban de la société, que les enfants ne disent pas que papa est malade parce qu’il prend une pastille, parce qu’il faut éduquer la famille. Cela passe assez bien, et puis on peut aller progressivement jusqu’aux trois, quatre, cinq pastilles par jour. Mais, j’entends, peut-être sur une année. Il me semble que ça se passe quand même assez bien.

Question : L’industrie pharmaceutique et les médecins eux-mêmes n’ont-ils pas intérêt à faire de l’hypertension une maladie ?
APB : C’est indéniable qu’il y a un matraquage de la part des boîtes pharmaceutiques et même des fournisseurs d’appareil, parce qu’il y a un marché énorme. Donc, c’est évident qu’il y a une pression de ce côté-là, et on peut quand même garder une certaine lucidité par rapport au problème.

SR : Justement, quand on baisse la norme, on augmente le nombre de malades, donc le marché augmente aussi.

APB : C’est vrai, mais j’ose croire que ce ne sont pas les directeurs de Novartis qui établissent les guidelines.


Question : Si je prends un médicament pour l’hypertension est-ce que ça améliore vraiment ma chance de vivre un peu plus longtemps ?
APB : Il y a vraiment une relation de cause à effet entre la diminution nette de la mortalité et les antihypertenseurs sur les maladies cardiovasculaires. On a des données pour ça, je crois, qui sont vraiment bien établies.

GA : Je crois qu’il y a un élément important à savoir. C’est que l’espérance de vie en 1900, ce n’est pas si vieux que ça, était de 45 ans pour les hommes et qu’elle est passée à 76,2 ans. Donc on a pratiquement doublé l’espérance de vie, mais on a une population vieillissante. Alors maintenant vous avez raison, peut-être que c’est un choix personnel de dire : « Je préfère mourir plus jeune, je m’économise les dernières années les plus dures », c’est un choix personnel. Mais nous sommes convaincus qu’il faut traiter l’hypertension d’abord par des moyens simples, par une qualité de vie meilleure, ensuite en diminuant le sel, et en diminuant le stress. Vous vivez dans un monde de stress, comment voulez-vous le diminuer le stress ? Allez garder les moutons comme les Grecs ! Je pense que c’est sûrement favorable, mais il faut vivre avec son temps. Prenez des pilules si vous voulez vivre avec votre temps, et puis, sinon, vous êtes libre, toujours.

Question : Peut-on prendre des bêtabloquants lorsque l’on fait du sport ?
APB : Pour le sport, il est vrai que si j’ai à ma consultation un sportif, j’éviterais de lui prescrire la classe des bêtabloquants. Il va m’en vouloir, parce que dans le col, avec son VTT, il ne pourra plus augmenter sa fréquence cardiaque. Donc, il vaut mieux choisir des médications qui sont plus neutres, pour la pratique d’un sport.


Question : Peut-on donner de son sang lorsqu’on est hypertendu et sous traitement ?
GA : Je crois qu’il n’y a pas de contre-indication à donner son sang, mais les donneurs de sang deviennent de plus en plus sélectionnés s’ils prennent des médicaments. On n’a plus le droit d’être donneur pour des questions législatives, mais du point de vue physiologique, il n’y a pas tellement de problèmes.

Question : Quel est le pourcentage de patients qui prennent une seule pilule, et celui de ceux qui en prennent deux ou trois ?
APB : Environ 30% des malades hypertendus vous répondront : « Un seul médicament ». Et environ 60%, deux, voire trois médicaments.

Question : Comment les patients prennent-ils leurs médicaments ?
PH : Je me souviens de pas mal de patients qui parlaient de comment ils prenaient leurs médicaments. Et, en fait, d’un côté il y a les patients qui ont des symptômes qui, peut-être, vont décider d’eux-mêmes de prendre plus de médicaments quand ils ont plus de symptômes. Cela, c’est déjà un problème lié au traitement. D’un autre côté, il y a des patients qui n’ont pas de symptômes et quand ils prennent des médicaments, ils sont plus malades. Et il y a des patients qui disent : « Je vais prendre mes médicaments, mais je vais décider de prendre un peu moins, parce que moi je suis mieux quand j’ai la tension un peu plus élevée. Disons, moi, je suis mieux à 150, 160 ». Je pense que ce qui est intéressant, c’est de voir un peu les attentes que les patients ont des médicaments, qui ne sont pas tout à fait les mêmes que les attentes des médecins.

Question : Les patients se rendent-ils compte qu’ils vont prendre leurs médicaments à vie ?
PH : Je me souviens d’un cours qu’on avait fait pour des patients hypertendus qui avaient des hypertensions difficiles à contrôler, qui étaient suivis depuis des années. Disons des patients qui auraient dû avoir une certaine connaissance après tant d’années chez le médecin. Mais quand l’infirmière leur a expliqué que c’est une maladie qui ne se guérit pas et qu’ils allaient devoir prendre ces médicaments pour le reste de leur vie, il y avait deux ou trois de ces patients qui ont dit : « Quoi, je vais devoir prendre ces médicaments pour le reste de ma vie ? Je n’avais jamais compris ça. » Et ça m’a vraiment frappée, parce que je me suis dit que ce sont des gens qui voient leur médecin très régulièrement, qui lisent sur l’hypertension, et qui n’arrivent pas à caser cette idée-là. Et même, souvent quand j’observe des consultations, je vois qu’il y a des médecins et des patients qui parlent avec le même langage, avec les mêmes mots, mais qui probablement sont en train de parler de choses très différentes. Et je me suis posée la question de savoir ce que ça veut dire de contrôler son hypertension pour certains patients. Et je pense que contrôler, souvent, ça veut dire contrôler à tel point que je peux arrêter les médicaments. Pour le patient, c’est ça la réussite. C’est d’arrêter les médicaments, c’est de contrôler son corps, de reprendre le contrôle.

APB : Moi, je suis très humble quand j’entends cela, parce que c’est vrai que contrôler, pour nous, c’est atteindre ce chiffre le plus bas possible ; et sous-entendu avec des médicaments que vous allez prendre toute votre vie. Je pense qu’on doit vraiment être un peu critique par rapport à ce qu’on raconte et le reformuler indéfiniment parce que, vraiment, quand j’entends cela, je m’aperçois qu’on n’est pas clair.

PH : Je pense que cette idée de vouloir contrôler, disons notre corps, notre santé, c’est quelque chose qui revient souvent dans les entretiens. Pas juste autour de l’hypertension, mais pour d’autres problèmes de santé aussi. Et, ces patients qui décident comment et quand prendre leurs médicaments, ça fait partie de ça, en fait. Ils se disent : « Moi, je connais mon corps, je sais ce qu’il faut faire, alors même si le médecin me dit qu’il faut prendre trois médicaments tous les jours, moi je sais que trois médicaments, pour moi, c’est trop, alors, je ne vais en prendre que deux. Et je sais que de prendre deux médicaments en même temps le matin, ça va me faire des problèmes à l’estomac, alors je vais les espacer ». Et souvent, on n’en parle pas. Parce que le patient n’ose pas, ou parce que le médecin ne pose pas les questions. Parce que tous les deux croient que l’autre comprend ce qu’ils disent.

Question : Pour un hypertendu jeune de 18 ans, quand et comment commencer le traitement ?
GA : J’ai une histoire vécue, assez poignante, d’une maman qui vient avec son fils de 16 ans faire une visite médicale pour un examen d’apprentissage. Le papa est décédé assez jeune, il était vigneron. Et la maman fait tout pour que ce domaine puisse être remis au fils, mais il a 16 ans et encore beaucoup de choses à apprendre. Elle vient le présenter comme étant le plus beau bijou existant dans la région d’Orbe et environ. Et découverte d’une tension artérielle élevée chez un sportif, chez un jeune homme en bonne santé, qui ne fume pas, qui a une vie saine. C’était intéressant parce que ça a fait l’objet d’une discussion. Le patron du service d’hypertension à l’époque à Lausanne disait : « Mais, il faut le traiter, c’est absolument évident ». Et puis, la maman disait : « Mais si on le traite, c’est qu’il est malade ». Je crois que ça a mis trois ans pour essayer de faire accepter que l’hypertension n’est pas forcément une maladie grave, pour autant qu’on en prenne soin et qu’on la traite. Il faut évidemment éviter de donner des médicaments qui donnent des effets secondaires. Il prend actuellement un médicament qui est bien toléré, et il le prend pour pouvoir faire normalement son métier, et ça se passe bien. Mais, c’est vrai que c’est un traumatisme à 16 ans. Ffinalement, il est motivé et prend son traitement. Il prend sa pastille, c’est devenu une habitude. Il est tombé dans ma salle d’attente sur une bande dessinée qui avait été faite par une firme pharmaceutique qui déculpabilisait les gens ayant une hypertension. Il y avait un coureur automobile qui était hypertendu et qui prenait une pastille. Cela lui a fait le déclic et ensuite il a dit : « Il n’y a pas de problème, je vais prendre ma pastille et puis je serai comme tout le monde ». Là, ça c’est bien passé. Mais je trouve effectivement que c’est difficile. On se demande si en lui donnant un médicament à vie, on va lui être vraiment utile, ou est-ce qu’on va lui nuire quelque part. Donc, on choisit les molécules bien connues où les risques sont les plus faibles possibles. Et il n’a pas d’effets secondaires. Cela dépend aussi de la manière d’appréhender son traitement. Il y a une équipe, il y a la famille, il y a le médecin, il y a l’hypertendu, il faut les reconvoquer périodiquement, parce que tout le monde essaye d’arrêter le traitement. Au début on les convoque tous les mois, tous les trois mois, puis tous les six mois. Il doit refaire son ordonnance après six mois, mais sans que je le voie. L’assistante me dit qu’il a passé. Donc, j’imagine qu’il prend son médicament.


Question : Le pourcentage de patients insuffisamment traités est-il encore très élevé ?
APB : Il est élevé. En Suisse, on n’a pas des données précises à grande échelle. Souvent, en se calquant sur les pays anglo-saxons, je pense qu’on s’approche de la vérité. D’après les données américaines, on sait qu’environ deux patients sur trois, parmi les hypertendus, savent qu’ils sont hypertendus. 60% sont traités et parmi tous ceux-là, seulement 30% sont contrôlés selon ma définition, c'est-à-dire avec des valeurs de pression artérielle normale. Mais les derniers chiffres montrent une amélioration puisqu’on est maintenant à 34% pour les personnes contrôlées. On doit probablement être dans ces chiffres-là. On a quelques enquêtes, mais qui ne sont pas toujours très bien menées en Suisse. Mais ça doit être de cet ordre-là.

GA : J’aimerais quand même dire un message optimiste. C’est vrai qu’on n’arrive pas à stabiliser les pressions artérielles, mais en fait, les mêmes statistiques disent qu’une réduction de 2 millimètres sur la tension artérielle réduit les accidents vasculaires cérébraux de 10%, et les infarctus du myocarde, de 7%. Donc, même si on n’arrive pas encore à atteindre les valeurs cibles, on fait quand même du bon travail. On essaye de se rassurer comme on peut.

     
   
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