| GENERALITES
1.
Qu’est-ce qu’un infarctus ?
2.
Combien de personnes sont-elles touchées par les maladies
cardio-vasculaires ?
3. Quels sont les facteurs de risque de faire une
maladie cardiovasculaire ?
4. Les femmes sont-elles protégées une
partie de leur vie ?
5. L’obésité représente-t-elle
un risque ?
6 .Le stress est-il un facteur de risque ?
7. Existe-t-il une méthode non invasive pour
déceler l’état des artères ?
8. Quelle est l’espérance de vie des
patients qui portent des stents ?

Question
: Qu’est-ce qu’un infarctus ?
FM : Nos vaisseaux sanguins c’est un peu de la tuyauterie.
Et dans ces vaisseaux se développent des plaques, un peu
comme du calcaire dans la machine à laver. Et tout d’un
coup ça se bouche parce que cette plaque de calcium, de cholestérol,
fait bouchon. On a tous des plaques, je vous rassure tout de suite,
on a tous un certain degré de plaques d’artériosclérose.
Il y en a malheureusement qui cumulent les risques d’avoir
des plaques, ce sont les fumeurs, les diabétiques, les hypertendus,
les gens qui se nourrissent mal et les gens qui ne font pas assez
d’activité physique. Ceci favorise malheureusement
ces plaques qui, tout d’un coup, on ne sait pas tellement
pourquoi, à telle heure, à telle date, vont boucher
un vaisseau sanguin. Si ce vaisseau est une artère du cœur,
c’est l’infarctus. Il n’y a plus d’alimentation
en oxygène, en sucre, tout ce que le sang amène, et
l’organe en question, le cœur, meurt à l’endroit
après l’occlusion, ou plutôt ce sont certaines
cellules du cœur qui meurent. Les gens qui passent à
travers un infarctus, si je puis dire un peu vulgairement, ont de
la chance. Malheureusement, pour beaucoup de gens, c’est à
ce moment-là que leur vie s’arrête. L’infarctus,
c’est la principale cause, non seulement de morbidité,
d’arrêt du travail et d’hospitalisation, mais
c’est aussi et surtout la première cause de mortalité.
Les personnes n’arrivent pas toujours jusqu’à
l’hôpital le plus proche pour pouvoir bénéficier,
soit d’une opération à l’aide d’un
cathéter pour mettre en place un stent, une petite prothèse
que l’on met dans l’artère pour qu’elle
ne se rebouche plus, soit un pontage que nos collègues chirurgiens
peuvent faire. Malheureusement, trop souvent encore, les artères
qui se bouchent, qui amènent à l’infarctus,
amènent très rapidement dans les minutes qui suivent,
à l’arrêt cardiaque et au décès.
Question : Combien
de personnes sont-elles touchées par les maladies cardio-vasculaires
?
M. C. : C’est la première cause de mortalité
en Suisse. Elles représentent à peu près 40%
des causes de décès. C’est nettement plus que
les tumeurs qui représentent environ 25% des décès.
L’évolution a été plutôt positive
ces dix dernières années, mais maintenant c’est
en train de changer. Ça vaut pour tous les âges et
pour les deux sexes, sauf pour les femmes entre 45 et 65 ans, où
là, les tumeurs ont la prévalence dans la cause de
mortalité. En Suisse, environ 50'000 personnes meurent chaque
année d’un infarctus, d’un ictus ou d’un
arrêt cardiaque, c’est un nombre assez important.
Question : Quels sont les facteurs de risque
de faire une maladie cardiovasculaire ?
MdL : Il y a les
facteurs de risque traditionnels que l’on peut mesurer facilement,
que l’on connaît bien et que l’on peut corriger
avec des médicaments. Ce sont le cholestérol ou la
pression artérielle, par exemple, pour lesquels on a des
très bons médicaments qui sont assez bien tolérés
en général. Il y a aussi le diabète qui est
un facteur de risque qui devient de plus en plus important dans
nos populations. Le tabac bien sûr est très important
aussi, surtout dans le risque de mourir subitement. Il y a aussi
évidemment des antécédents familiaux qui sont
souvent négligés malheureusement, mais qui sont très
importants. Les antécédents familiaux peuvent se distinguer
: soit la génétique, soit des habitudes de vie qui
se transmettent de génération en génération,
et quelquefois c’est un peu difficile de faire la part des
choses. Et puis il y a les facteurs de risque qui sont beaucoup
plus difficiles à évaluer, qui sont la sédentarité
et les habitudes alimentaires. C’est très difficile
de savoir pour un individu quel est son degré de sédentarité.
Les médecins n’ont généralement pas le
temps de les évaluer, alors qu’on pourrait le faire
avec un questionnaire très simple et avoir une idée
rapide, si un patient donné se nourrit correctement ou pas,
et ces habitudes alimentaires là sont probablement le principal
facteur. Malheureusement, elles sont en général très
mal évaluées.

Question : Les femmes sont-elles protégées
une partie de leur vie ?
MdL : C’était vrai jusqu’à assez récemment
et puis on voit maintenant de plus en plus de jeunes femmes faire
des infarctus à un âge relativement jeune et même
avant la ménopause. C’est quelque chose qu’on
voit de plus en plus aux soins intensifs de Grenoble. Chez ces femmes
jeunes, on n’avait pas l’habitude de voir autrefois
un infarctus. On pensait qu’elles étaient protégées
par leurs hormones. C’est une théorie qui est en train
d’être rejetée, car probablement ça n’était
pas ça qui les protégeait. C’était probablement
un mode de vie beaucoup plus prudent.
Question : L’obésité représente-t-elle
un risque ?
MdL : L’obésité pour le moment c’est un
facteur de risque relatif. Je veux dire qu’on insiste beaucoup
aujourd’hui sur l’épidémie d’obésité
parce qu’on se dit qu’on va avoir des diabètes
après. Pour le moment, ce que l’on voit aux Etats-Unis
c’est une courbe de la fréquence de l’obésité,
qui s’envole littéralement, c’est épouvantable.
Mais on voit la mortalité cardio-vasculaire qui descend.
C’est une espèce de plateau, mais ça diminue
tout le temps, à cause de la modification du mode de vie.
Le pic des maladies cardio-vasculaires aux Etats-Unis, c’était
au milieu des années 60. Et, dès cette époque-là,
où il n’y avait pas de médicaments anti-cholestérol,
on a vu une chute vraiment très rapide de la mortalité
cardio-vasculaire. C’était avant l’intervention
des béta-bloquants, avant l’introduction de l’aspirine,
et avant l’introduction de tous les médicaments. Donc,
c’est vraiment le mode de vie qui a tout changé aux
Etats-Unis et récemment on a vu en Pologne l’épidémiologie
des maladies cardio-vasculaires complètement se modifier
en moins de 10 ans sans qu’ils aient pris de médicaments
(statine) parce qu’ils n’ont pas les moyens.
Question : Le stress est-il un facteur de risque
?
FM : C’est une très bonne question
et malheureusement on ne peut pas y répondre facilement.
Le fait d’être stressé augmente certains risques
d’avoir des maladies, notamment les maladies cardio-vasculaires.
Le problème, c’est que c’est très difficile
à démontrer. C’est très difficile à
démontrer pourquoi la personne qui était à
côté de vous, qui était stressée, est
décédée ce jour-là et pourquoi est-ce
que quelqu’un d’autre de stressé va vivre plus
longtemps. Moi je suis convaincu que le stress est un facteur de
risque, notamment pour les maladies cardio-vasculaires. Il y a certaines
études, mais ça n’est pas très facile
à démontrer. Mais c’est vrai le stress est un
facteur de risque qui fait monter la tension artérielle,
fait battre le cœur plus rapidement, et tout ceci n’est
pas bon pour les plaques de cholestérol qui amènent
malheureusement à l’infarctus.
M. C. : La difficulté justement c’est d’intervenir,
parce qu’on doit intervenir sur une société.
Parce que les relations entre les hommes et les femmes sur le lieu
de travail, le rendement qu’on doit avoir dans l’entreprise,
etc. est déterminé par les choix de l’entreprise,
par les choix du marché, par les choix des concurrents. Et
donc tout le monde résiste plus ou moins et admet plus ou
moins ceci, et on se trouve maintenant dans des situations où
en particulier les gens de plus de 50 ans sont sujets à ce
stress. Ils perdent leur emploi, parce qu’ils n’arrivent
pas à y résister. Il faut dire la vérité.
Ils ne sont plus assez résistants, ils ne sont plus assez
intéressants pour l’entreprise. Ils sont un risque
pour l’employeur et donc c’est un problème de
société. Ils ont un risque de maladie mentale, un
risque de séparation, de crise familiale, disons tous les
risques. Et malheureusement la solution n’est pas simple,
parce que c’est une population qui vit dans une société
qui admet que ça se passe ainsi et qui ne fait rien.

Question : Existe-t-il une méthode non
invasive pour déceler l’état des artères
?
FM : La cardiologie, c’est de savoir comment aller regarder
de manière non invasive et non traumatique, les artères
du cœur. Pendant une trentaine d’années maintenant,
on a développé de fantastiques techniques, mais un
peu invasives quand même. Le patient est conscient, et on
va voir avec des tuyaux dans les artères du cœur, c’est
assez fantastique. Il y a depuis maintenant quelques mois, quelques
années, d’autres techniques, parce que la micro-informatique
s’est améliorée, et par des techniques de scanner
tout bêtement, par des techniques de résonance magnétique
qui sont je pense relativement peu invasives, même s’il
faut quand même supporter le scanner, la résonance
magnétique qui fait du bruit, et qui peut créer une
claustrophobie. Donc ça n’est pas totalement non invasif,
mais on n’a pas besoin de faire de piqûre, et on peut
aller voir l’état des artères maintenant avec
un certain degré de précision qui s’améliore
tout le temps, parce que les scanners s’améliorent
tout le temps. C’est fait très rapidement. On peut
faire un scanner du cœur en 20 secondes maintenant. Donc, vous
gardez votre respiration, vous faites ce qu’on appelle une
apnée de 20 secondes, et on a balayé le scanner. Vous
rentrez à la maison et le médecin peut vous répondre
dans quelques jours et vous donner le degré de vos calcifications.
Ce qu’on ne sait pas encore exactement, c’est d’établir
le risque. S’il y a plusieurs calcifications, que faut-il
faire avec ça ?
Question : Quelle est l’espérance
de vie des patients qui portent des stents ?
FM : Les stents améliorent et prolongent la vie des personnes
qui les portent. Cela permet à l’artère de ne
plus se reboucher. Je ne veux pas donner de chiffres, je ne peux
pas dire que ça prolonge de 5 ans, de 15 ans, de 20 ans,
ça dépend bien sûr à quel âge on
a mis le stent. Parfois on va en mettre plusieurs, il y a des personnes
qui ont ce qu’on appelle un « full-metal jacket »,
qui ont les artères toutes pleines de stents partout. Cela
arrive parfois. Quand il faut, on peut en mettre plusieurs. Il n’y
a pas de doute que ça prolonge la vie du cœur et donc
de la personne qui a le stent.
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