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MODES
DE VIE
1. Quel
est l’impact des interventions nutritionnelles ?
2. Changer
son alimentation, est-ce efficace ?
3. Qu’est-ce qu’il faut manger ?
4. Que
penser des omégas 3, et des omégas 6, et vaut-il la
peine de les doser ?
5. Que penser de l’huile de tournesol ?
6. Faire de l’exercice n’est-il pas
important pour la prévention ?
7. Quand on parle d’activité physique,
que faut-il faire ?
8. L’activité physique a-t-elle un effet
cardio-protecteur, notamment sur l’augmentation du HDL ?
9. Comment faire changer le mode de vie d’un
patient ?
10. Comment peut-on agir au niveau de la population
?

Question
: Quel est l’impact des interventions nutritionnelles
?
MdL : C’est très efficace pour diminuer le risque cardio-vasculaire
même si elles augmentent le cholestérol. Si par exemple
vous prenez des huiles de poisson, vous avez un effet extraordinaire
sur la mortalité cardio-vasculaire, notamment sur la mortalité
subite. Les études montrent une diminution de 30 à
50% du risque de mort subite qui représente la moitié
de la mortalité cardiaque totale dans nos pays. Dans certaines
populations, cela monte jusqu’à 70%. Aux Etats-Unis,
en fonction des tranches d’âge, la mortalité
subite c’est presque 70% chez les hommes jeunes. Et quand
vous donnez des huiles de poisson, vous diminuez le risque de mourir
subitement et dans le même temps, vous augmentez le cholestérol,
le mauvais cholestérol, l’HDL cholestérol. Est-ce
qu’il y a quelque chose dans le mode de vie plus efficace
contre la mortalité cardio-vasculaire que la consommation
modérée d’alcool ? Il n’y en a pas. C’est
absolument extraordinaire sur la mortalité totale. Les courbes
dans tous les pays du monde montrent toujours la même chose,
sauf excusez-moi en Russie et en Ecosse, où ils ont une façon
de boire qui est suicidaire, donc on va les écarter. Mais
chez les gens qui boivent à peu près normalement et
modérément, on a une extraordinaire diminution du
risque de mourir et les études les plus récentes montrent
qu’il y a une augmentation de l’espérance de
vie. Pourtant quand on boit modérément, on augmente
son cholestérol. Il faut savoir que, dans certaines populations,
il n’y aucune relation entre le cholestérol et l’espérance
de vie ou le risque cardio-vasculaire. Chez les Japonais, la courbe
est plate. C’est eux qui ont découvert les statines,
ils n’en avaient rien à foutre des statines, sauf s’en
débarrasser. Ils les ont vendues à une compagnie américaine.
Au Japon, le cholestérol n’est pas un facteur de risque.
En Russie, la relation est inverse. Il y a une grande étude
qui a été conduite à Moscou et à Leningrad,
à la grande époque, où la relation est inverse.
Ce sont ceux qui avaient le cholestérol le plus élevé
qui avaient la meilleure espérance de vie. Donc, ça
dépend de beaucoup d’autres facteurs.
Question : Changer son alimentation,
est-ce efficace ?
MdL : Il y a des populations dans le monde qui, pendant très
longtemps, ont été protégées. Il n’y
avait pas d’infarctus. Le plus grand épidémiologiste
de l’histoire des maladies cardio-vasculaires, c’est
un américain de Chicago, Ansel Kiss. Il avait une femme qui
était passionnée par l’Antiquité, c’était
avant la guerre de 1939-1945. Alors quand elle voulait aller en
vacances, elle disait on part en Italie et on va voir Paestum et
Pompei. Et quand lui, le Prof. Kiss arrivait en Italie, il rencontrait
des collègues et parlaient des maladies qu’ils voyaient.
Ils parlaient de leur profession évidemment. Chez lui, à
Chicago dans les années 1930, l’infarctus c’était
une catastrophe, c’était déjà une épidémie.
Et quand il arrivait à Naples et qu’il discutait avec
ses copains italiens, l’infarctus, ils n’en voyaient
pas. Ansel Kiss ensuite a été recruté par l’armée
américaine pour la 6ème flotte, il était nutritionniste
et biochimiste, pour aller s’occuper des problèmes
nutritionnels des populations méditerranéennes après
la guerre. Et il a été affecté à Heraklion
en Crète, en Grèce. Et qu’est-ce qu’il
a vu ? Les médecins ne voyaient pas d’infarctus là-bas.
Bon les gens avaient des problèmes de nutrition, ils étaient
un peu dénutris, surtout après la guerre, mais ils
ne connaissaient pas l’infarctus, il n’y avait pas de
cardiologue car il n’y en avait pas besoin. Il y avait des
maladies cardiaques, il y avait des valvulopathies, il y avait toutes
sortes de trucs comme ça mais l’infarctus lui-même,
ils n’en voyaient pas. Alors, il a fait une très grande
étude épidémiologique, la plus belle étude
épidémiologique que l’on connaisse, qui est
la Seven Countries Study, où il a regardé différentes
populations. Et il a constaté effectivement, après
25 ans de suivi de milliers de sujets, qu’il y avait des populations
qui étaient totalement protégées. Alors, ce
que je voulais dire simplement, c’est qu’il y a un mode
de vie que beaucoup d’épidémiologistes ont étudié
qui est protecteur d’une manière extraordinaire. Les
Japonais, par exemple, notamment les fameux pêcheurs-fermiers
japonais qui sont à la fois pêcheurs et fermiers. Eux
non plus ne connaissaient pas l’infarctus. Mais pour les Crétois,
les Méditerranéens en général, qui avaient
une probabilité de faire un infarctus qui était très
basse, ça a beaucoup changé au cours de ces dernières
années. Parce que MacDonalds et le beurre de la Communauté
Européenne, quasiment bradé en Grèce et en
Italie du Sud, font qu’ils ont changé leurs habitudes
alimentaires et qu’ils vivent à la mode américaine
: plus de beurre, ou bien, comme Unilever le leur disait, plus de
margarine de tournesol. Ils ont abandonné progressivement
leurs habitudes alimentaires et c’est quasi catastrophique.
Question : Qu’est-ce qu’il faut
manger ?
MdL :
On a plusieurs exemples possibles. Moi je préfère
le régime méditerranéen parce qu’il est
très proche de nous Européens, c’est beaucoup
plus facile. Je ne sais pas si vous avez mangé comme des
Japonais, mais ça n’est rien le matin, rien le midi,
rien le soir, du poisson à midi, du poisson le soir, c’est
terrible, c’est deux fois du poisson par jour. Tandis que
le régime méditerranéen, on peut s’y
adapter très facilement. On l’a essayé sur des
populations qui n’avaient absolument pas d’habitudes
méditerranéennes, dans la région de Lyon qui
est le pays du beurre et du saucisson, et les gens s’y adaptent
assez facilement. Et finalement on voit très nettement qu’ils
sont protégés quand il le faut, c’est-à-dire
que leur risque de faire des récidives après un infarctus
est diminué de manière très significative.
Et surtout sans aucun effet sur leur cholestérol. Le cholestérol
du groupe expérimental et le cholestérol du groupe
contrôle est exactement le même après 4 ans de
suivi. Pourtant leur mortalité est diminuée de 30
à 50%, et leur risque de faire un infarctus est diminué
de près de 70%.
SR : Et que mangent-ils ?
MdL : Ils ne mangent pas de beurre. Ils mangent de l’huile
d’olive. Ils mangent du poisson. Ils mangent des fruits et
des légumes. Les fruits et les légumes, ça
pose un problème, parce qu’avec les pesticides, maintenant,
on commence à avoir de sérieux problèmes et
des doutes. Il vaut mieux avoir son jardin et son potager. Et ils
mangent du pain complet. Ils mangent aussi des œufs, mais regardez
la contradiction. La première chose du régime anti-cholestérol
qu’on dit aux gens, c’est pas d’œufs. C’est
idiot. Le cholestérol de l’œuf n’a aucun
effet sur le cholestérol du sang. On a fait des études
là-dessus, on a donné 6 œufs à des gens,
et leur cholestérol est resté stable. Mais les lipides
qu’il y a dans l’œuf sont très importants.
Ils dépendent de la façon dont on nourrit les poules.
Si vous donnez du tournesol à vos poules, ou du maïs,
elles vont faire un œuf riche en omégas 6, pas bons
pour la santé, tandis que si la poule est laissée
à l’état sauvage et qu’elle mange les
petits insectes, les petits vers, les petites graines sauvages qui
sont riches en omégas 3, alors votre poule aura un œuf
qui est riche en omégas 3, et vous allez manger des œufs
riches en omégas 3.
Nous, on donne des conseils très simples à nos patients:
plus du tout de beurre, ni de crème, voilà. Cela ne
rentre plus à la maison. Mais le fromage est autorisé,
parce que le fromage c’est des matières grasses tout
à fait différentes, des matières grasses fermentées.
Donc le yaourt et le fromage, par exemple, c’est tout à
fait différent du beurre et de la crème. Ensuite,
il faut des lipides, contrairement à ce que disent beaucoup
de médecins, le gras ça n’est pas du poison,
on a besoin de gras, il en faut. On a toutes sortes d’études
où on a diminué de manière radicale les apports
en lipides et on a totalement échoué à réduire
le risque cardio-vasculaire. En général, on a augmenté
le risque de cancer. Donc il faut des lipides dans son alimentation,
pas trop mais il en faut. Il faut les choisir et ça c’est
très simple aussi. Il n’y a que deux matières
grasses qui sont bonnes pour notre cœur et pour la prévention
du cancer, qui ont fait leurs preuves : l’huile de colza et
l’huile d’olive.

Question : Que penser des omégas
3, et des omégas 6, et vaut-il la peine de les doser ?
FM : Maintenant on a la possibilité de doser les omégas
3 et les omégas 6. A ma connaissance, ça ne vaut pas
un bon conseil d’un bon nutritionniste ou d’un bon médecin
spécialiste ou généraliste. Et c’est
un des messages aujourd’hui. La nutrition de base, on l’a
répété, n’exclut ni les œufs, ni
de manger de façon équilibrée. Je n’aime
pas le mot régime, je ne crois pas que c’est ça
qu’il faut dire aux patients ou à nous-mêmes
d’ailleurs. Il faut simplement privilégier la diète
méditerranéenne. Et nous en tous cas, au niveau des
sociétés savantes suisses, nous estimons qu’il
ne faut pas doser les omégas 3 et les omégas 6, mais
je ne sais pas ce que pensent les sociétés savantes
françaises par rapport à cela. Pour nous en Suisse
il n’y a pas de raisons actuellement de le faire, si ce n’est
dans les études épidémiologiques et de recherches,
mais pas dans la population générale.
Question : Que penser de l’huile
de tournesol ?
MdL : L’huile de tournesol prise en grande quantité,
ça diminue le cholestérol. Malheureusement, ça
n’a aucun effet sur le risque cardio-vasculaire. C’es
la même chose avec l’huile de pépins de raisin,
l’huile de maïs etc. Aucune huile poly-insaturée,
riche en acides gras omégas 6 n’est bonne pour le cœur.
Je sais que c’est embêtant, parce que pendant des années,
on a dit que c’était celle-là qu’il fallait.
On s’est trompé et on a dit des bêtises. C’était
basé sur des études qui étaient mauvaises.
En fait, quand les études ont été finies, on
a vu que ça ne marchait pas. Au contraire.
Question : Faire de l’exercice n’est-il
pas important pour la prévention ?
FM : Je pense qu’il ne faut pas parler
de sport, mais il faut parler d’activité physique,
qu’il faut pratiquer de façon régulière.
Et le drame qui nous arrive, ce sont les jeunes entre 10 et 15 ans,
nos enfants, vos enfants, vos petits-enfants qui sont en train de
ne rien fiche devant la télévision ou l’ordinateur.
Ils sont en train parfois de prendre le ketchup avec la mayonnaise
et ça c’est l’explosion. Mais le drame est lié
à cette petite boîte. Je sais qu’au Tessin, une
personne dont je ne me rappelle plus le nom a fait une étude
très jolie sur la relation directe entre le taux de surcharge
pondérale et l’obésité des jeunes enfants
tessinois –4'000 enfants- et le nombre d’heures par
jour, 2, 3, 4 heures, passées devant la télévision.
Un peu naïvement, je lui avais dit, que c’était
magnifique, mais qu’il fallait faire l’étude
interventionnelle, qu’il fallait interdire la télévision.
Et on m’a dit : "mais tu n’y penses même
pas, c’est le noyau familial la télévision !
". C’est vrai qu’un des problèmes qui va
nous arriver en pleine figure, c’est ce qu’on appelle
la diabésité, le diabète et l’obésité.
Nos enfants commencent à devenir de plus en plus gros, et
ça va être un drame énorme parce que ce sont
des bombes ambulantes tous ces gens là. Déjà
en Amérique du Nord mais cela arrive aussi chez nous.

Question : Quand on parle d’activité
physique, que faut-il faire ?
FM : Prendre l’escalier et non pas l’ascenseur,
par exemple, se déplacer à pied plutôt que de
prendre la voiture. Voilà le genre d’activité
physique. Le fitness est bien sûr quelque chose de positif
et devrait être remboursé par les assurances pour autant
qu’on y aille. La personne qui va faire du fitness tous les
jours, va perdre un peu de poids, elle va forcément arrêter
de fumer et il n’y a pas tellement de doute d’après
moi que ceci a un rapport coût-bénéfice fantastique
pour la société. On ne parle pas forcément
de sport. L’activité physique doit être régulière
: 3 fois une demi-heure par semaine. Tout le monde peut le faire.
Question : L’activité
physique a-t-elle un effet cardio-protecteur, notamment sur l’augmentation
du HDL ?
FM : C’est une constatation que l’activité physique
augmente, pour ceux qui ne le savent pas, le bon cholestérol
HDL. Le H c’est high en anglais, le H doit être élevé,
il faut qu’il soit le plus élevé possible. Maintenant,
à ma connaissance, il n’y a pas beaucoup d’études
qui ont démontré qu’avec des médicaments
on augmentait le cholestérol HDL suffisamment pour protéger
des maladies cardio-vasculaires. L’activité physique
augmente le bon HDL et on sait que ce bon HDL est protecteur, mais
au niveau d’actions thérapeutiques de type médicaments,
à ma connaissance, les médicaments actuels ne permettent
pas de démontrer que ça augmente et protège.
MdL : Il y a plusieurs questions : est-ce que les HDL sont un facteur
protecteur ? C’est un facteur de risque. Et est-ce que c’est
prédictif ? La réponse est : trcs mauvais, ça
n’est pas prédictif. Si on regarde l’histoire
de l’étude des facteurs de risque, on est parti du
cholestérol ou de la pression artérielle ou du diabcte.
Pour le diabcte ou pour la pression artérielle, si vous voulez
il n’y a pas trop de discussions, parce que ce sont de vraies
maladies, c’est-r-dire que quand vous avez une pression artérielle
élevée, dans un certain nombre de cas, vous avez des
symptômes. Vous avez mal r la tete, vous avez des trucs dans
les oreilles, vous voyez mal, vous etes fatigué. Le diabcte,
c’est la meme chose. Vous n’etes pas bien dans votre
peau et quand on corrige votre diabcte, vous allez mieux. Le cholestérol,
ça ne fait rien du tout, au contraire, vous vous sentez plus
mal quand on corrige votre cholestérol. Donc, il faut distinguer
ces facteurs de risques, ça n’est pas du tout la meme
chose. L’hypertension c’est une vraie maladie, le cholestérol
élevé, quel que soit le seuil autorisé, ça
n’est pas une maladie, c’est un chiffre sur un papier
de biologie. Alors, depuis toujours, les médecins ont un
problcme avec le cholestérol, ça n’est pas nouveau.
Et pourquoi on a un problcme ? Parce que ça n’est pas
prédictif. Alors, toute l’histoire de la théorie
du cholestérol c’est d’essayer de trouver des
substituts au dosage du cholestérol qui soient plus prédictifs.
La premicre phase a été de séparer le cholestérol
total en lipoprotéines, le bon et le méchant. Vous
voyez bien que quand des scientifiques en viennent r parler de bon
et de méchant, ça veut dire qu’ils nagent. C’est
un concept tellement nadf. C’est vrai qu’on pourrait
imaginer qu’on utilise ces concepts pour l’expliquer
aux patients. Mais le 95% des médecins que je connais fonctionnent
exactement comme ça, c’est bon ou c’est méchant.
C’est ridicule. Alors, quand on a séparé les
HDL des LDL, est-ce qu’on a été plus prédictifs
? La réponse est non. C’est un échec. Pendant
trcs longtemps les assurances maladie ne remboursaient meme pas
le HDL. Cela n’apportait rien en termes prédictifs.
Aprcs on est passé aux protéines accolées au
cholestérol. On a regardé l’APB, l’apo-protéine
B, puis l’apo-protéine A, puis la LPA. On a fait toutes
sortes de trucs comme ça en espérant qu’au lieu
de mesurer les lipides dans la lipo-protéine en mesurant
la protéine, on serait plus prédictif. Ca ne marche
pas, c’est mauvais. Après, au milieu des années
80 on a dit que ce qui était important, n’était
pas le bon ou le mauvais cholestérol, le LDL, mais c’était
si ces lipo-protéines étaient altérées
ou oxydées. Alors on a dit : il faut mesurer l’oxydation
des LDL. C’était le miracle dans les années
90. On avait tout compris et ça sauvait la théorie
du cholestérol, parce qu’enfin on comprenait pourquoi
le cholestérol peut être mauvais : il est oxydé,
altéré, alors il rentre dans l’artère
et là on ne sait pas s’en débarrasser, il s’accumule
et ça fait une plaque. Alors qu’est-ce qu’on
a fait ? On a donné des anti-oxydants à nos patients,
des vitamines de toutes sortes, la A, la C, la E, des caroténoïdes
etc. On a modifié l’oxydation des lipo-protéines,
et qu’est-ce que ça a fait au point de vue cardio-vasculaire
? Rien. Alors on a dit, ça n’est pas l’oxydation
des lipo-protéines qui est importante, c’est le processus
inflammatoire vasculaire qui, lui, entraîne l’oxydation
des lipo-protéines et qui entraîne les accidents cardio-vasculaires.
Alors, on a donné des anti-inflammatoires à nos patients,
des corticoïdes, des non-stéroïdes, des spécifiques,
des non-spécifiques, on a fait des essais en double-aveugle
randomisés magnifiques et qu’est-ce que ça a
donné sur le point cardio-vasculaire ? Une augmentation du
risque. Et c’est l’état actuel des choses.
FM : La dernière étude fantastique publiée
dans un très grand journal que tout le monde cite, l’étude
Interheart, c’est 50'000 personnes dans le monde. On prend
des Chinois, des jeunes, des femmes, des ménopausées,
on prend tout ça et on démontre par A+B qu’on
peut sortir 9 facteurs de risques cardio-vasculaires. Un des facteurs
de risque le plus important c’est la sédentarité,
mais c’est aussi l’apo-protéine A1. C’est
un très bon facteur de risque en prévention primaire
pour dire qui risque de faire un infarctus. Tout comme le tabac
et le diabète. Alors, on va me dire que c’est une étude
biaisée, ça n’est pas vrai, il ne faut pas laisser
dire ça. Il y a des très bonnes études qui
ont été très bien faites et qui démontrent
par A+B qu’il existe des facteurs de risque cardio-vasculaires.
Et aussi dire qu’on peut vivre avec un cholestérol
élevé. Ca n’est pas tout à fait vrai
que ça n’est pas une maladie. L’hyper-cholestérolémie,
c’est une maladie. Comme ça n’est pas tout à
fait vrai qu’on peut vivre normalement avec une hypertension
artérielle. Avant de voir les mouches voler et de tomber
dans le coma, il faut déjà avoir 250 de tension artérielle,
ce que l’on ne souhaite à personne. Mais si vous avez
180/120 de pression artérielle, vous êtes clairement
hypertendu, vous allez pouvoir vivre pendant 15 ans comme ça.
Les gens de l’hypertension ont compris ça bien avant
les gens des lipides, alors il y a bien sûr un débat
par rapport à ceci. Moi je pense quand même fondamental
de prendre tout ceci globalement, l’hypertension, le diabète
et le poids mais aussi un peu le cholestérol.
Question : Comment faire changer le mode de
vie d’un patient ?
MAR : Je me rappelle quand on parlait de la cigarette. On disait
que ça ne servait à rien de dire aux gens d’arrêter
de fumer et puis après on a fait des études. Quand
on dit quelque chose, on a un taux de non-fumeurs qui augmente.
Et puis si on le dit de manière vigoureuse, c’est encore
un peu mieux, les gens arrêtent un peu plus de fumer. Et si
on est très bien organisé et qu’on arrive à
leur proposer un vrai programme, c’est encore mieux. Je m’occupe
de formation continue, dans des cercles qui réunissent des
médecins, et on s’intéresse beaucoup aux entretiens
motivationnels, c’est-à-dire comment amener les gens
à changer d’attitude. Et ça n’est pas
seulement valable pour l’exercice physique, le tabac ou l’alimentation,
c’est aussi valable pour les médicaments. Le problème
des médicaments, à mon avis, c’est qu’il
y a une connotation de maladie, alors que quand on parle de comportement,
on est dans le positif malgré tout. Et je crois que c’est
probablement vaniteux de dire : les médicaments, c’est
facile et les comportements c’est impossible. On a aussi un
problème en médecine, c’est qu’on ne s’occupe
que de maladies aiguës. Les gens sont de nouveau dans le binaire,
dans le simplisme. Je suis malade, je vais chez le docteur, je suis
guéri. J’ai peur de quelque chose, je fais un check-up,
je ne vais plus jamais mourir. J’ai du cholestérol,
je n’en ai pas, les gens sont très binaires. On se
rend compte maintenant qu’on est passé d’une
ère de traitement des infections aiguës à la
prise en charge des maladies chroniques et ça, ça
veut dire que le but ça n’est pas que les gens changent
dans les 2 semaines qui suivent l’hospitalisation. Les gens
changent dans les années qui suivent, et c’est là
qu’il y a l’importance des médecins généralistes
ou médecins de famille qui suivent les gens de manière
continue sur un long terme. Et on obtient des résultats.
Cela n’est pas immédiat, ça n’est pas
total mais, si on n’est pas organisé pour le faire,
on ne le fait pas. Donc, il y a d’abord une idéologie
qui nous empêche un peu de le faire, ensuite il y a des savoir-faire
qu’on n’a pas acquis à l’université,
qu’on peut acquérir ailleurs en travaillant sur les
entretiens motivationnels.
Question : Comment peut-on agir
au niveau de la population ?
M. C. : Alors là c’est tout simple. Le principe c’est
de faire changer un peu toute une population, et cela a des effets
très importants sur la santé et sur la maladie des
gens. Je peux raconter l’expérience tessinoise qui
a eu lieu il y a à peu près 20 ans. On avait décidé
d’agir sur les facteurs de risque : tabac, alimentation et
sédentarité. L’idée c’était
qu’il ne fallait pas seulement donner de bons conseils aux
gens mais qu’il fallait leur faire voir les résultats.
Il fallait organiser des démonstrations, des cours de formation
pour les gens qui voulaient s’inscrire. Il fallait avoir des
foires de démonstration, des restaurants qui montraient ce
qu’était un plat équilibré. Il fallait
avoir, dans le canton, les distributeurs qui jouent le jeu, qui
mettent des produits dans les rayons à des prix acceptables
: des légumes, des pains complets. Il fallait des producteurs
qui soient d’accord aussi de jouer le jeu. Avec des commerçants,
par exemple, on a eu des gros problèmes au début,
en tous cas, avec les bouchers, puisqu’on disait : il faut
manger moins de viande et moins gras évidemment, et il faut
manger plus de poisson. Et les bouchers nous ont dit qu’ils
ne vendaient pas de poisson. On leur a suggéré de
vendre du poisson, et quelqu’un a essayé d’en
vendre. Donc, il fallait créer un environnement favorable
au changement. C’est clair que si on adopte la stratégie
individuelle, c’est plus difficile. Tout le monde sait, dans
une famille, surtout la maman, ce qui est bon pour la santé.
Elle sait en général que les frites et la saucisse
ne sont pas nécessairement bons pour la santé, mais
pour la paix du ménage à 7 heures du soir, quand le
mari rentre, et avec les enfants, il fallait prendre le truc qui
satisfaisait tout le monde. Il fallait quelque chose qui soit le
meilleur dénominateur commun, et ça n’était
ni des salades, ni des légumes, mais des frites ou des pâtes,
et de la saucisse et du fromage. Elle savait très bien que
ça n’était pas nécessairement la chose
la meilleure. Mais quelle était l’alternative ? C’était
se disputer avec sa famille. En ayant un mouvement derrière
elle, tout le monde parlait de la nécessité de changer
les habitudes, que c’était bon pour la santé,
que c’était facile, que l’on pouvait faire des
bonnes choses avec des légumes, et pas seulement avec des
viandes, ça rentrait dans un mouvement. Ceci a permis à
un certain nombre de personnes - et cela a été démontré
par l’étude MONICA au Tessin - de changer d’habitudes
alimentaires. Ce changement a concerné à peu près
1/3 ou 40% de la population. Malheureusement, il aurait fallu continuer.
Cela dépendait des politiciens. Ils arrivent et ils s’en
vont, et ce ne sont pas les mêmes qui arrivent et ils ne sont
pas toujours convaincus. Ce que je peux vous dire, c’est que,
politiquement, ça ne paie pas nécessairement. Le politicien
qui nous a soutenus, il a été pratiquement battu aux
élections pour un problème de margarine. Dans une
des fiches qu’on avait préparée, on parlait
de la margarine comme alternative au beurre. Et il y a eu une campagne
contre lui qui disait qu’il voulait assassiner sa population,
parce que la margarine hydrogénée était très
mauvaise pour le cœur et que sûrement il avait été
payé par l’industrie. Et ça a été
fini. Donc ça, c’est évidemment un risque. Si
on prend beaucoup d’initiatives au niveau politique, on a
aussi beaucoup de risques. Cela dépend des politiciens :
il y a ceux qui veulent prendre le risque et ceux qui ne veulent
pas le prendre.
MdL : C’est extraordinaire ce qu’il vient de décrire,
ça veut dire que çe n’est pas forcément
un problème de médecins. C’est un problème
social, c’est un problème éducationnel, c’est
un problème très large et qui ne concerne pas que
les médecins. On sait que la durée moyenne d’une
consultation aux Etats-Unis, et c’est la même chose
en France d’ailleurs, est de 7 minutes, alors on est loin
évidemment de pouvoir faire l’éducation des
patients ou des familles.
M. C. : Les médecins ont voulu participer à la campagne
en étant informés avant le lancement de la campagne
pour pouvoir être préparés à répondre
aux questions des patients sur l’alimentation, ils n’avaient
pas toujours les bonnes réponses. Donc, on a dû collaborer
avec eux, leur produire des dossiers, des classeurs et des sessions
d’information.
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