MALADIES CARDIAQUES
Quelles préventions ?   (14.09.06)


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1. GENERALITES
2. CHOLESTEROL
3. MODES DE VIE

4. MEDICAMENTS

 
 

MODES DE VIE

1. Quel est l’impact des interventions nutritionnelles ?
2. Changer son alimentation, est-ce efficace ?
3. Qu’est-ce qu’il faut manger ?
4
. Que penser des omégas 3, et des omégas 6, et vaut-il la peine de les doser ?
5. Que penser de l’huile de tournesol ?
6. Faire de l’exercice n’est-il pas important pour la prévention ?
7. Quand on parle d’activité physique, que faut-il faire ?
8. L’activité physique a-t-elle un effet cardio-protecteur, notamment sur l’augmentation du HDL ?
9. Comment faire changer le mode de vie d’un patient ?
10. Comment peut-on agir au niveau de la population ?

Question : Quel est l’impact des interventions nutritionnelles ?
MdL : C’est très efficace pour diminuer le risque cardio-vasculaire même si elles augmentent le cholestérol. Si par exemple vous prenez des huiles de poisson, vous avez un effet extraordinaire sur la mortalité cardio-vasculaire, notamment sur la mortalité subite. Les études montrent une diminution de 30 à 50% du risque de mort subite qui représente la moitié de la mortalité cardiaque totale dans nos pays. Dans certaines populations, cela monte jusqu’à 70%. Aux Etats-Unis, en fonction des tranches d’âge, la mortalité subite c’est presque 70% chez les hommes jeunes. Et quand vous donnez des huiles de poisson, vous diminuez le risque de mourir subitement et dans le même temps, vous augmentez le cholestérol, le mauvais cholestérol, l’HDL cholestérol. Est-ce qu’il y a quelque chose dans le mode de vie plus efficace contre la mortalité cardio-vasculaire que la consommation modérée d’alcool ? Il n’y en a pas. C’est absolument extraordinaire sur la mortalité totale. Les courbes dans tous les pays du monde montrent toujours la même chose, sauf excusez-moi en Russie et en Ecosse, où ils ont une façon de boire qui est suicidaire, donc on va les écarter. Mais chez les gens qui boivent à peu près normalement et modérément, on a une extraordinaire diminution du risque de mourir et les études les plus récentes montrent qu’il y a une augmentation de l’espérance de vie. Pourtant quand on boit modérément, on augmente son cholestérol. Il faut savoir que, dans certaines populations, il n’y aucune relation entre le cholestérol et l’espérance de vie ou le risque cardio-vasculaire. Chez les Japonais, la courbe est plate. C’est eux qui ont découvert les statines, ils n’en avaient rien à foutre des statines, sauf s’en débarrasser. Ils les ont vendues à une compagnie américaine. Au Japon, le cholestérol n’est pas un facteur de risque. En Russie, la relation est inverse. Il y a une grande étude qui a été conduite à Moscou et à Leningrad, à la grande époque, où la relation est inverse. Ce sont ceux qui avaient le cholestérol le plus élevé qui avaient la meilleure espérance de vie. Donc, ça dépend de beaucoup d’autres facteurs.

Question : Changer son alimentation, est-ce efficace ?
MdL : Il y a des populations dans le monde qui, pendant très longtemps, ont été protégées. Il n’y avait pas d’infarctus. Le plus grand épidémiologiste de l’histoire des maladies cardio-vasculaires, c’est un américain de Chicago, Ansel Kiss. Il avait une femme qui était passionnée par l’Antiquité, c’était avant la guerre de 1939-1945. Alors quand elle voulait aller en vacances, elle disait on part en Italie et on va voir Paestum et Pompei. Et quand lui, le Prof. Kiss arrivait en Italie, il rencontrait des collègues et parlaient des maladies qu’ils voyaient. Ils parlaient de leur profession évidemment. Chez lui, à Chicago dans les années 1930, l’infarctus c’était une catastrophe, c’était déjà une épidémie. Et quand il arrivait à Naples et qu’il discutait avec ses copains italiens, l’infarctus, ils n’en voyaient pas. Ansel Kiss ensuite a été recruté par l’armée américaine pour la 6ème flotte, il était nutritionniste et biochimiste, pour aller s’occuper des problèmes nutritionnels des populations méditerranéennes après la guerre. Et il a été affecté à Heraklion en Crète, en Grèce. Et qu’est-ce qu’il a vu ? Les médecins ne voyaient pas d’infarctus là-bas. Bon les gens avaient des problèmes de nutrition, ils étaient un peu dénutris, surtout après la guerre, mais ils ne connaissaient pas l’infarctus, il n’y avait pas de cardiologue car il n’y en avait pas besoin. Il y avait des maladies cardiaques, il y avait des valvulopathies, il y avait toutes sortes de trucs comme ça mais l’infarctus lui-même, ils n’en voyaient pas. Alors, il a fait une très grande étude épidémiologique, la plus belle étude épidémiologique que l’on connaisse, qui est la Seven Countries Study, où il a regardé différentes populations. Et il a constaté effectivement, après 25 ans de suivi de milliers de sujets, qu’il y avait des populations qui étaient totalement protégées. Alors, ce que je voulais dire simplement, c’est qu’il y a un mode de vie que beaucoup d’épidémiologistes ont étudié qui est protecteur d’une manière extraordinaire. Les Japonais, par exemple, notamment les fameux pêcheurs-fermiers japonais qui sont à la fois pêcheurs et fermiers. Eux non plus ne connaissaient pas l’infarctus. Mais pour les Crétois, les Méditerranéens en général, qui avaient une probabilité de faire un infarctus qui était très basse, ça a beaucoup changé au cours de ces dernières années. Parce que MacDonalds et le beurre de la Communauté Européenne, quasiment bradé en Grèce et en Italie du Sud, font qu’ils ont changé leurs habitudes alimentaires et qu’ils vivent à la mode américaine : plus de beurre, ou bien, comme Unilever le leur disait, plus de margarine de tournesol. Ils ont abandonné progressivement leurs habitudes alimentaires et c’est quasi catastrophique.

Question : Qu’est-ce qu’il faut manger ?
MdL : On a plusieurs exemples possibles. Moi je préfère le régime méditerranéen parce qu’il est très proche de nous Européens, c’est beaucoup plus facile. Je ne sais pas si vous avez mangé comme des Japonais, mais ça n’est rien le matin, rien le midi, rien le soir, du poisson à midi, du poisson le soir, c’est terrible, c’est deux fois du poisson par jour. Tandis que le régime méditerranéen, on peut s’y adapter très facilement. On l’a essayé sur des populations qui n’avaient absolument pas d’habitudes méditerranéennes, dans la région de Lyon qui est le pays du beurre et du saucisson, et les gens s’y adaptent assez facilement. Et finalement on voit très nettement qu’ils sont protégés quand il le faut, c’est-à-dire que leur risque de faire des récidives après un infarctus est diminué de manière très significative. Et surtout sans aucun effet sur leur cholestérol. Le cholestérol du groupe expérimental et le cholestérol du groupe contrôle est exactement le même après 4 ans de suivi. Pourtant leur mortalité est diminuée de 30 à 50%, et leur risque de faire un infarctus est diminué de près de 70%.


SR : Et que mangent-ils ?


MdL : Ils ne mangent pas de beurre. Ils mangent de l’huile d’olive. Ils mangent du poisson. Ils mangent des fruits et des légumes. Les fruits et les légumes, ça pose un problème, parce qu’avec les pesticides, maintenant, on commence à avoir de sérieux problèmes et des doutes. Il vaut mieux avoir son jardin et son potager. Et ils mangent du pain complet. Ils mangent aussi des œufs, mais regardez la contradiction. La première chose du régime anti-cholestérol qu’on dit aux gens, c’est pas d’œufs. C’est idiot. Le cholestérol de l’œuf n’a aucun effet sur le cholestérol du sang. On a fait des études là-dessus, on a donné 6 œufs à des gens, et leur cholestérol est resté stable. Mais les lipides qu’il y a dans l’œuf sont très importants. Ils dépendent de la façon dont on nourrit les poules. Si vous donnez du tournesol à vos poules, ou du maïs, elles vont faire un œuf riche en omégas 6, pas bons pour la santé, tandis que si la poule est laissée à l’état sauvage et qu’elle mange les petits insectes, les petits vers, les petites graines sauvages qui sont riches en omégas 3, alors votre poule aura un œuf qui est riche en omégas 3, et vous allez manger des œufs riches en omégas 3.
Nous, on donne des conseils très simples à nos patients: plus du tout de beurre, ni de crème, voilà. Cela ne rentre plus à la maison. Mais le fromage est autorisé, parce que le fromage c’est des matières grasses tout à fait différentes, des matières grasses fermentées. Donc le yaourt et le fromage, par exemple, c’est tout à fait différent du beurre et de la crème. Ensuite, il faut des lipides, contrairement à ce que disent beaucoup de médecins, le gras ça n’est pas du poison, on a besoin de gras, il en faut. On a toutes sortes d’études où on a diminué de manière radicale les apports en lipides et on a totalement échoué à réduire le risque cardio-vasculaire. En général, on a augmenté le risque de cancer. Donc il faut des lipides dans son alimentation, pas trop mais il en faut. Il faut les choisir et ça c’est très simple aussi. Il n’y a que deux matières grasses qui sont bonnes pour notre cœur et pour la prévention du cancer, qui ont fait leurs preuves : l’huile de colza et l’huile d’olive.



Question :
Que penser des omégas 3, et des omégas 6, et vaut-il la peine de les doser ?
FM : Maintenant on a la possibilité de doser les omégas 3 et les omégas 6. A ma connaissance, ça ne vaut pas un bon conseil d’un bon nutritionniste ou d’un bon médecin spécialiste ou généraliste. Et c’est un des messages aujourd’hui. La nutrition de base, on l’a répété, n’exclut ni les œufs, ni de manger de façon équilibrée. Je n’aime pas le mot régime, je ne crois pas que c’est ça qu’il faut dire aux patients ou à nous-mêmes d’ailleurs. Il faut simplement privilégier la diète méditerranéenne. Et nous en tous cas, au niveau des sociétés savantes suisses, nous estimons qu’il ne faut pas doser les omégas 3 et les omégas 6, mais je ne sais pas ce que pensent les sociétés savantes françaises par rapport à cela. Pour nous en Suisse il n’y a pas de raisons actuellement de le faire, si ce n’est dans les études épidémiologiques et de recherches, mais pas dans la population générale.

Question : Que penser de l’huile de tournesol ?
MdL : L’huile de tournesol prise en grande quantité, ça diminue le cholestérol. Malheureusement, ça n’a aucun effet sur le risque cardio-vasculaire. C’es la même chose avec l’huile de pépins de raisin, l’huile de maïs etc. Aucune huile poly-insaturée, riche en acides gras omégas 6 n’est bonne pour le cœur. Je sais que c’est embêtant, parce que pendant des années, on a dit que c’était celle-là qu’il fallait. On s’est trompé et on a dit des bêtises. C’était basé sur des études qui étaient mauvaises. En fait, quand les études ont été finies, on a vu que ça ne marchait pas. Au contraire.

Question : Faire de l’exercice n’est-il pas important pour la prévention ?
FM : Je pense qu’il ne faut pas parler de sport, mais il faut parler d’activité physique, qu’il faut pratiquer de façon régulière. Et le drame qui nous arrive, ce sont les jeunes entre 10 et 15 ans, nos enfants, vos enfants, vos petits-enfants qui sont en train de ne rien fiche devant la télévision ou l’ordinateur. Ils sont en train parfois de prendre le ketchup avec la mayonnaise et ça c’est l’explosion. Mais le drame est lié à cette petite boîte. Je sais qu’au Tessin, une personne dont je ne me rappelle plus le nom a fait une étude très jolie sur la relation directe entre le taux de surcharge pondérale et l’obésité des jeunes enfants tessinois –4'000 enfants- et le nombre d’heures par jour, 2, 3, 4 heures, passées devant la télévision. Un peu naïvement, je lui avais dit, que c’était magnifique, mais qu’il fallait faire l’étude interventionnelle, qu’il fallait interdire la télévision. Et on m’a dit : "mais tu n’y penses même pas, c’est le noyau familial la télévision ! ". C’est vrai qu’un des problèmes qui va nous arriver en pleine figure, c’est ce qu’on appelle la diabésité, le diabète et l’obésité. Nos enfants commencent à devenir de plus en plus gros, et ça va être un drame énorme parce que ce sont des bombes ambulantes tous ces gens là. Déjà en Amérique du Nord mais cela arrive aussi chez nous.


Question : Quand on parle d’activité physique, que faut-il faire ?
FM : Prendre l’escalier et non pas l’ascenseur, par exemple, se déplacer à pied plutôt que de prendre la voiture. Voilà le genre d’activité physique. Le fitness est bien sûr quelque chose de positif et devrait être remboursé par les assurances pour autant qu’on y aille. La personne qui va faire du fitness tous les jours, va perdre un peu de poids, elle va forcément arrêter de fumer et il n’y a pas tellement de doute d’après moi que ceci a un rapport coût-bénéfice fantastique pour la société. On ne parle pas forcément de sport. L’activité physique doit être régulière : 3 fois une demi-heure par semaine. Tout le monde peut le faire.

Question : L’activité physique a-t-elle un effet cardio-protecteur, notamment sur l’augmentation du HDL ?
FM : C’est une constatation que l’activité physique augmente, pour ceux qui ne le savent pas, le bon cholestérol HDL. Le H c’est high en anglais, le H doit être élevé, il faut qu’il soit le plus élevé possible. Maintenant, à ma connaissance, il n’y a pas beaucoup d’études qui ont démontré qu’avec des médicaments on augmentait le cholestérol HDL suffisamment pour protéger des maladies cardio-vasculaires. L’activité physique augmente le bon HDL et on sait que ce bon HDL est protecteur, mais au niveau d’actions thérapeutiques de type médicaments, à ma connaissance, les médicaments actuels ne permettent pas de démontrer que ça augmente et protège.

MdL : Il y a plusieurs questions : est-ce que les HDL sont un facteur protecteur ? C’est un facteur de risque. Et est-ce que c’est prédictif ? La réponse est : trcs mauvais, ça n’est pas prédictif. Si on regarde l’histoire de l’étude des facteurs de risque, on est parti du cholestérol ou de la pression artérielle ou du diabcte. Pour le diabcte ou pour la pression artérielle, si vous voulez il n’y a pas trop de discussions, parce que ce sont de vraies maladies, c’est-r-dire que quand vous avez une pression artérielle élevée, dans un certain nombre de cas, vous avez des symptômes. Vous avez mal r la tete, vous avez des trucs dans les oreilles, vous voyez mal, vous etes fatigué. Le diabcte, c’est la meme chose. Vous n’etes pas bien dans votre peau et quand on corrige votre diabcte, vous allez mieux. Le cholestérol, ça ne fait rien du tout, au contraire, vous vous sentez plus mal quand on corrige votre cholestérol. Donc, il faut distinguer ces facteurs de risques, ça n’est pas du tout la meme chose. L’hypertension c’est une vraie maladie, le cholestérol élevé, quel que soit le seuil autorisé, ça n’est pas une maladie, c’est un chiffre sur un papier de biologie. Alors, depuis toujours, les médecins ont un problcme avec le cholestérol, ça n’est pas nouveau. Et pourquoi on a un problcme ? Parce que ça n’est pas prédictif. Alors, toute l’histoire de la théorie du cholestérol c’est d’essayer de trouver des substituts au dosage du cholestérol qui soient plus prédictifs. La premicre phase a été de séparer le cholestérol total en lipoprotéines, le bon et le méchant. Vous voyez bien que quand des scientifiques en viennent r parler de bon et de méchant, ça veut dire qu’ils nagent. C’est un concept tellement nadf. C’est vrai qu’on pourrait imaginer qu’on utilise ces concepts pour l’expliquer aux patients. Mais le 95% des médecins que je connais fonctionnent exactement comme ça, c’est bon ou c’est méchant. C’est ridicule. Alors, quand on a séparé les HDL des LDL, est-ce qu’on a été plus prédictifs ? La réponse est non. C’est un échec. Pendant trcs longtemps les assurances maladie ne remboursaient meme pas le HDL. Cela n’apportait rien en termes prédictifs. Aprcs on est passé aux protéines accolées au cholestérol. On a regardé l’APB, l’apo-protéine B, puis l’apo-protéine A, puis la LPA. On a fait toutes sortes de trucs comme ça en espérant qu’au lieu de mesurer les lipides dans la lipo-protéine en mesurant la protéine, on serait plus prédictif. Ca ne marche pas, c’est mauvais. Après, au milieu des années 80 on a dit que ce qui était important, n’était pas le bon ou le mauvais cholestérol, le LDL, mais c’était si ces lipo-protéines étaient altérées ou oxydées. Alors on a dit : il faut mesurer l’oxydation des LDL. C’était le miracle dans les années 90. On avait tout compris et ça sauvait la théorie du cholestérol, parce qu’enfin on comprenait pourquoi le cholestérol peut être mauvais : il est oxydé, altéré, alors il rentre dans l’artère et là on ne sait pas s’en débarrasser, il s’accumule et ça fait une plaque. Alors qu’est-ce qu’on a fait ? On a donné des anti-oxydants à nos patients, des vitamines de toutes sortes, la A, la C, la E, des caroténoïdes etc. On a modifié l’oxydation des lipo-protéines, et qu’est-ce que ça a fait au point de vue cardio-vasculaire ? Rien. Alors on a dit, ça n’est pas l’oxydation des lipo-protéines qui est importante, c’est le processus inflammatoire vasculaire qui, lui, entraîne l’oxydation des lipo-protéines et qui entraîne les accidents cardio-vasculaires. Alors, on a donné des anti-inflammatoires à nos patients, des corticoïdes, des non-stéroïdes, des spécifiques, des non-spécifiques, on a fait des essais en double-aveugle randomisés magnifiques et qu’est-ce que ça a donné sur le point cardio-vasculaire ? Une augmentation du risque. Et c’est l’état actuel des choses.


FM : La dernière étude fantastique publiée dans un très grand journal que tout le monde cite, l’étude Interheart, c’est 50'000 personnes dans le monde. On prend des Chinois, des jeunes, des femmes, des ménopausées, on prend tout ça et on démontre par A+B qu’on peut sortir 9 facteurs de risques cardio-vasculaires. Un des facteurs de risque le plus important c’est la sédentarité, mais c’est aussi l’apo-protéine A1. C’est un très bon facteur de risque en prévention primaire pour dire qui risque de faire un infarctus. Tout comme le tabac et le diabète. Alors, on va me dire que c’est une étude biaisée, ça n’est pas vrai, il ne faut pas laisser dire ça. Il y a des très bonnes études qui ont été très bien faites et qui démontrent par A+B qu’il existe des facteurs de risque cardio-vasculaires. Et aussi dire qu’on peut vivre avec un cholestérol élevé. Ca n’est pas tout à fait vrai que ça n’est pas une maladie. L’hyper-cholestérolémie, c’est une maladie. Comme ça n’est pas tout à fait vrai qu’on peut vivre normalement avec une hypertension artérielle. Avant de voir les mouches voler et de tomber dans le coma, il faut déjà avoir 250 de tension artérielle, ce que l’on ne souhaite à personne. Mais si vous avez 180/120 de pression artérielle, vous êtes clairement hypertendu, vous allez pouvoir vivre pendant 15 ans comme ça. Les gens de l’hypertension ont compris ça bien avant les gens des lipides, alors il y a bien sûr un débat par rapport à ceci. Moi je pense quand même fondamental de prendre tout ceci globalement, l’hypertension, le diabète et le poids mais aussi un peu le cholestérol.

Question : Comment faire changer le mode de vie d’un patient ?
MAR : Je me rappelle quand on parlait de la cigarette. On disait que ça ne servait à rien de dire aux gens d’arrêter de fumer et puis après on a fait des études. Quand on dit quelque chose, on a un taux de non-fumeurs qui augmente. Et puis si on le dit de manière vigoureuse, c’est encore un peu mieux, les gens arrêtent un peu plus de fumer. Et si on est très bien organisé et qu’on arrive à leur proposer un vrai programme, c’est encore mieux. Je m’occupe de formation continue, dans des cercles qui réunissent des médecins, et on s’intéresse beaucoup aux entretiens motivationnels, c’est-à-dire comment amener les gens à changer d’attitude. Et ça n’est pas seulement valable pour l’exercice physique, le tabac ou l’alimentation, c’est aussi valable pour les médicaments. Le problème des médicaments, à mon avis, c’est qu’il y a une connotation de maladie, alors que quand on parle de comportement, on est dans le positif malgré tout. Et je crois que c’est probablement vaniteux de dire : les médicaments, c’est facile et les comportements c’est impossible. On a aussi un problème en médecine, c’est qu’on ne s’occupe que de maladies aiguës. Les gens sont de nouveau dans le binaire, dans le simplisme. Je suis malade, je vais chez le docteur, je suis guéri. J’ai peur de quelque chose, je fais un check-up, je ne vais plus jamais mourir. J’ai du cholestérol, je n’en ai pas, les gens sont très binaires. On se rend compte maintenant qu’on est passé d’une ère de traitement des infections aiguës à la prise en charge des maladies chroniques et ça, ça veut dire que le but ça n’est pas que les gens changent dans les 2 semaines qui suivent l’hospitalisation. Les gens changent dans les années qui suivent, et c’est là qu’il y a l’importance des médecins généralistes ou médecins de famille qui suivent les gens de manière continue sur un long terme. Et on obtient des résultats. Cela n’est pas immédiat, ça n’est pas total mais, si on n’est pas organisé pour le faire, on ne le fait pas. Donc, il y a d’abord une idéologie qui nous empêche un peu de le faire, ensuite il y a des savoir-faire qu’on n’a pas acquis à l’université, qu’on peut acquérir ailleurs en travaillant sur les entretiens motivationnels.

Question : Comment peut-on agir au niveau de la population ?
M. C. : Alors là c’est tout simple. Le principe c’est de faire changer un peu toute une population, et cela a des effets très importants sur la santé et sur la maladie des gens. Je peux raconter l’expérience tessinoise qui a eu lieu il y a à peu près 20 ans. On avait décidé d’agir sur les facteurs de risque : tabac, alimentation et sédentarité. L’idée c’était qu’il ne fallait pas seulement donner de bons conseils aux gens mais qu’il fallait leur faire voir les résultats. Il fallait organiser des démonstrations, des cours de formation pour les gens qui voulaient s’inscrire. Il fallait avoir des foires de démonstration, des restaurants qui montraient ce qu’était un plat équilibré. Il fallait avoir, dans le canton, les distributeurs qui jouent le jeu, qui mettent des produits dans les rayons à des prix acceptables : des légumes, des pains complets. Il fallait des producteurs qui soient d’accord aussi de jouer le jeu. Avec des commerçants, par exemple, on a eu des gros problèmes au début, en tous cas, avec les bouchers, puisqu’on disait : il faut manger moins de viande et moins gras évidemment, et il faut manger plus de poisson. Et les bouchers nous ont dit qu’ils ne vendaient pas de poisson. On leur a suggéré de vendre du poisson, et quelqu’un a essayé d’en vendre. Donc, il fallait créer un environnement favorable au changement. C’est clair que si on adopte la stratégie individuelle, c’est plus difficile. Tout le monde sait, dans une famille, surtout la maman, ce qui est bon pour la santé. Elle sait en général que les frites et la saucisse ne sont pas nécessairement bons pour la santé, mais pour la paix du ménage à 7 heures du soir, quand le mari rentre, et avec les enfants, il fallait prendre le truc qui satisfaisait tout le monde. Il fallait quelque chose qui soit le meilleur dénominateur commun, et ça n’était ni des salades, ni des légumes, mais des frites ou des pâtes, et de la saucisse et du fromage. Elle savait très bien que ça n’était pas nécessairement la chose la meilleure. Mais quelle était l’alternative ? C’était se disputer avec sa famille. En ayant un mouvement derrière elle, tout le monde parlait de la nécessité de changer les habitudes, que c’était bon pour la santé, que c’était facile, que l’on pouvait faire des bonnes choses avec des légumes, et pas seulement avec des viandes, ça rentrait dans un mouvement. Ceci a permis à un certain nombre de personnes - et cela a été démontré par l’étude MONICA au Tessin - de changer d’habitudes alimentaires. Ce changement a concerné à peu près 1/3 ou 40% de la population. Malheureusement, il aurait fallu continuer. Cela dépendait des politiciens. Ils arrivent et ils s’en vont, et ce ne sont pas les mêmes qui arrivent et ils ne sont pas toujours convaincus. Ce que je peux vous dire, c’est que, politiquement, ça ne paie pas nécessairement. Le politicien qui nous a soutenus, il a été pratiquement battu aux élections pour un problème de margarine. Dans une des fiches qu’on avait préparée, on parlait de la margarine comme alternative au beurre. Et il y a eu une campagne contre lui qui disait qu’il voulait assassiner sa population, parce que la margarine hydrogénée était très mauvaise pour le cœur et que sûrement il avait été payé par l’industrie. Et ça a été fini. Donc ça, c’est évidemment un risque. Si on prend beaucoup d’initiatives au niveau politique, on a aussi beaucoup de risques. Cela dépend des politiciens : il y a ceux qui veulent prendre le risque et ceux qui ne veulent pas le prendre.


MdL : C’est extraordinaire ce qu’il vient de décrire, ça veut dire que çe n’est pas forcément un problème de médecins. C’est un problème social, c’est un problème éducationnel, c’est un problème très large et qui ne concerne pas que les médecins. On sait que la durée moyenne d’une consultation aux Etats-Unis, et c’est la même chose en France d’ailleurs, est de 7 minutes, alors on est loin évidemment de pouvoir faire l’éducation des patients ou des familles.


M. C. : Les médecins ont voulu participer à la campagne en étant informés avant le lancement de la campagne pour pouvoir être préparés à répondre aux questions des patients sur l’alimentation, ils n’avaient pas toujours les bonnes réponses. Donc, on a dû collaborer avec eux, leur produire des dossiers, des classeurs et des sessions d’information.

     
   
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