MALADIES CARDIAQUES
Quelles préventions ?   (14.09.06)


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MEDICAMENTS

1. Prenez-vous des médicaments contre le cholestérol ?
2. Prendre des statines est-ce la solution ?

3. Que peut faire le médecin généraliste face à son patient ?
4.
Quels sont les effets secondaires des statines ?
5. Prévenir en prenant des médicaments coûte-t-il cher ?
6. Quel est le coût des traitements aux statines en Suisse ?
7. Doit-on prendre à partir de 40 ans de l’aspirine cardio pour éviter une maladie cardio-vasculaire ?

Question : Prenez-vous des médicaments contre le cholestérol ?
MAR : Les médicaments contre le cholestérol diminue de 30% la probabilité de maladies cardiaques, quel que soit le taux de cholestérol. Cela a été démontré à peu près partout. Je ne sais pas si les experts ici me diront le contraire, mais c’est ce que j’ai lu de ce qu’ils ont écrit. Alors pourquoi alors qu’il y a un médicament qui enlève 30% de risques, pourquoi est-ce que je ne le prends pas ? Alors je vais prendre un exemple : la ceinture de sécurité va diminuer le risque d’avoir des ennuis, par exemple, d’être défiguré et si vous reculez votre voiture dans votre garage, est-ce que vous mettez votre ceinture de sécurité ? La réponse est probablement non, mais vous avez tort parce que le risque, le bénéfice de la ceinture de sécurité est le même dans votre garage que sur un circuit automobile, et de porter une ceinture de sécurité vous protège toujours, ce qui change ça n’est pas l’efficacité de la ceinture de sécurité, c’est le risque d’avoir un accident et de profiter du bénéfice d’avoir une ceinture de sécurité. Et si je ne prends pas de statine, ça n’est pas parce que les statines, les médicaments contre le cholestérol, ne sont pas efficaces, c’est parce que le risque, que j’imagine peut-être à tort être assez bas chez moi, n’est pas suffisant pour que j’aie envie de prendre des médicaments. Donc, quand on fixe une valeur de cholestérol, comme le font les milieux autorisés, ils fixent une valeur du cholestérol à partir de laquelle on prend des médicaments. Ils ne fixent pas une valeur de cholestérol à partir de laquelle c’est efficace, ils fixent une valeur de cholestérol à partir de laquelle ça signifie un risque suffisant pour mériter un traitement. Qui est-ce qui est d’accord de suivre les avis d’un expert pour ça, c’est une décision qui devrait être une décision politique ou individuelle.

Question : Prendre des statines est-ce la solution ?
MAR : J’ai un de mes patients qui a 2 ou 3 stents et qui se bouge très régulièrement mais qui est content parce qu’il n’a plus de cholestérol depuis qu’il prend ses statines. Et quand je discute avec lui, je constate qu’il mange vraiment n’importe comment, mais il est persuadé qu’à partir du moment où il prend ses médicaments et que la tuyauterie est réglée par un mécanicien, il n’a plus aucun problème. Alors, je ne pense pas que c’est aussi simple et je pense qu’il faut regarder aussi un peu au-delà de l’aspect mécanique et de l’aspect médicamenteux simpliste des statines que je respecte. J’ai prescrit des statines et je crois, comme les gens ici, qu’ils ont quand même leur place. Il ne faut pas dire que ça ne sert à rien, je crois que ça serait vraiment décourager les gens et peut-être même les inquiéter à tort.

Question : Que peut faire le médecin généraliste face à son patient ?
MAR : On a une pression importante, des patients eux-mêmes, et on a aussi une pression importante des milieux universitaires ou de l’hôpital. J’ai souvent discuté avec des collègues pour savoir comment ils prennent des décisions dans ce domaine-là, et j’ai très souvent des réponses de ce genre : je suis obligé de le donner, parce que quand mon patient ira à l’hôpital, on lui dira qu’il a eu un infarctus parce qu’il n’avait pas pris de médicaments. Donc, on a une pression qui vient des deux côtés, du côté des patients et du côté des milieux universitaires qui ne comprennent pas la relativité d’une décision qui est prise dans le dialogue singulier avec le patient. Quand vous êtes avec un patient il ne faut pas oublier que de prendre des médicaments, finalement c’est très simple. On écrit quelque chose. Il faut savoir d’abord qu’il y a beaucoup de patients qui ne prennent pas les médicaments, même si mes patients prennent tous, tous leurs médicaments ! Disons que d’une manière générale ça n’est pas le cas. Et puis les gens, en plus du fait que ça coûte à la société, même si les assurances sont là pour ça, et en plus du fait qu’il y a peut-être des effets secondaires, même si les statines sont quand même des médicaments qui sont bien supportés, il y a l’étiquette de la maladie. Finalement je n’aimerais pas être un de ceux qui prend des pastilles tous les matins. Il y a une résistance quand même importante de la part des patients par rapport à ça. Donc, on est dans une complexité et dans des contradictions qui sont très difficiles à gérer. Et je dirais que ça n’est pas très facile pour le médecin généraliste.



Question :
Quels sont les effets secondaires des statines ?
FM : Je prescris tous les jours des statines à des malades, parce que je pense qu’ils en ont besoin premièrement. Et je ferais la même chose pour ma mère ou ma femme. Mais ce sont des médicaments, et tous les médicaments sont grevés d’un certain pourcentage d’effets secondaires et les statines n’échappent pas à ça, il n’y a pas de raison. Il y a des effets secondaires avec le traitement aux statines, c’est vrai. Alors il est chiffrable entre 2, 3, 4, 5%, ça dépend, et c’est valable pour toutes les statines. Simplement on ne sait pas pourquoi une personne va réagir à telle statine, à tel dosage, et pas telle autre à la même statine. Et si on change de statine, ça ira mieux. Alors à ça on ne comprend rien et quand on ne comprend rien, on est un petit peu perplexe. Les effets secondaires sont de l’ordre du pourcent, entre 2,5% et maximum 5,7%. Ce qui est important de comprendre c’est que l’effet secondaire principal ce sont des douleurs musculaires, et si on a des douleurs musculaires, il faut arrêter et appeler son médecin généraliste qui saura quoi faire en fonction de ça. Il y a également parfois une atteinte au niveau du foie qui est l’organe où les statines agissent, donc c’est normal qu’il y ait une petite perturbation des tests hépatiques, mais ça, ça ne fait pas mal. On a remarqué aux Etats-Unis pour une statine, qui n’existe pas en Suisse pour l’instant, des problèmes au niveau des reins. Cette statine-là n’existe pas en Suisse et, à ma connaissance, les statines qu’on a à disposition en Suisse n’ont pas de problème au niveau des reins.


MdL : La toxicité musculaire des statines pour quelqu’un qui ne bouge pas, ça n’est pas grave, parce qu’en fait cette toxicité musculaire elle se manifeste surtout si on bouge. Par exemple, moi, j’ai des patients qui sont des joggeurs. Si on leur donne une statine, au lieu de faire 10 km, ils ne feront que 5 km et le lendemain c’est courbatures et crampes. Donc, le fait de prendre des statines et surtout des doses élevées, va faire que ces gens-là vont faire moins d’exercice physique et ceux qui n’en font pas, et bien ils ne risquent pas de s’y mettre. Donc, si vous voulez, le processus du médicament anti-cholestérol, c’est quelque chose qui est dissuasif pour les modifications du mode de vie. Cet effet nocif sur les muscles est d’une certaine manière très dissuasive de faire de l’exercice musculaire.

Question : Prévenir en prenant des médicaments coûte-t-il cher ?
M. C. : Il existe une étude norvégienne qui démontrait que si on appliquait les procédures européennes sur les facteurs de risque - c’est un calcul que l’on fait avec un petit programme informatique, on évalue pour chaque personne, ou pour une population, quel est le risque qu’ont ces populations en fonction disons des valeurs de cholestérol, d’hypertension et d’événements cardiaques – donc si on appliquait ces valeurs à notre population, on aurait à peu près 70% de la population qui a un risque et toutes les personnes au-dessus de 40 ans seraient à risque, donc toutes théoriquement sous médicaments. Mais la chose extraordinaire, c’est que la Norvège est le pays qui a une mortalité cardio-vasculaire parmi les plus basses, en tous cas en Europe. Finalement ces calculs que l’on applique à des populations européennes sont faits sur des études qui ont été faites ailleurs, aux Etats-Unis en particulier, et donc les valeurs qu’on y a mesurées avaient un sens peut-être culturel ou local qu’elles n’ont plus ici. Et c’est là que rentre aussi le cholestérol du paradoxe français ou dans la région du Massif Central où les gens ont des cholestérols très élevés, mais c’est la mortalité cardio-vasculaire la plus basse de France. Donc il n’y a pas de relation de cause à effet. Mais il n’empêche qu’au bout du compte ça coûte très cher si on passe de 10% de personnes à risque à 70%. Le problème, c’est que si on dit qu’elles sont à risque et qu’on ne fait rien, c’est une chose mais si on les traite, alors là ça commence à coûter cher. J’ai lu dans un article récent américain que les conférences de consensus sur le cholestérol avaient abaissé les seuils entre 1993 et 2004. Et donc les gens qu’il fallait traiter étaient passés de 12 millions à 43 millions. Alors évidemment si vous êtes dans l’industrie pharmaceutique, c’est beaucoup plus intéressant de servir 43 millions de personnes que 12 millions. Ce qui est grave c’est qu’on va soigner inutilement des gens avec des médicaments et on va peut-être les faire mourir avant leur temps et cela va coûter très cher à tout le monde. Au Tessin, nous avons pu le démontrer, on a dû même faire un procès à la Bayer qui avait falsifié les résultats d’une étude scientifique pour démontrer qu’un médicament qu’elle avait mis sur le marché était plus efficace qu’un autre, alors que ça n’était pas vrai. Elle avait éliminé les mauvais résultats, qui n’allaient pas dans le sens de l’étude, et donc, le Conseil d’Etat a dû faire un procès à cette entreprise.

Question : Quel est le coût des traitements aux statines en Suisse ?
M. C. : En Suisse, il y a environ 300'000 personnes qui sont sous statines chaque année, c’est à peu près 9% de la population de plus de 40 ans. Moi je suis économiste de formation. Ce qui m’intéresse de lire dans les articles, ce ne sont pas seulement les effets secondaires, mais c’est aussi le prix des statines. Si on utilisait en Suisse les génériques des statines à la place des médicaments originaux, on épargnerait chaque année 62 millions de francs. On dépense pour les statines à peu près 233 millions et si on passait aux génériques, ce serait 62 millions. Alors, on peut discuter qu’est-ce que c’est que 62 millions sur 40 ou 50 milliards, mais le problème c’est qu’en tant que représentant d’un département de la santé, on ne peut pas donner la recommandation générale aux médecins de passer directement tous aux génériques.

Question : Doit-on prendre à partir de 40 ans de l’aspirine cardio pour éviter une maladie cardio-vasculaire ?
FM : La réponse est très simple, en tout cas me concernant, c’est non. Même si l’aspirine ne coûte vraiment rien du tout, 15, 10 centimes d’euros par jour, malgré ce coût bas, la réponse est non. Il n’y a pas d’évidence du tout que quelqu’un en bonne santé qui n’a pas de facteurs de risque à 40 ans ou plus, ait un bénéfice en se traitant par ce médicament ou un autre d’ailleurs.

     
   
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