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MEDICAMENTS
1.
Prenez-vous des médicaments contre le cholestérol
?
2.
Prendre des statines est-ce la solution ?
3.
Que peut faire le
médecin généraliste face à son patient
?
4. Quels
sont les effets secondaires des statines ?
5. Prévenir en prenant des médicaments
coûte-t-il cher ?
6. Quel est le coût des traitements aux
statines en Suisse ?
7. Doit-on prendre à partir de 40 ans de
l’aspirine cardio pour éviter une maladie cardio-vasculaire
?

Question
: Prenez-vous des médicaments contre le cholestérol
?
MAR : Les médicaments contre le cholestérol diminue
de 30% la probabilité de maladies cardiaques, quel que soit
le taux de cholestérol. Cela a été démontré
à peu près partout. Je ne sais pas si les experts
ici me diront le contraire, mais c’est ce que j’ai lu
de ce qu’ils ont écrit. Alors pourquoi alors qu’il
y a un médicament qui enlève 30% de risques, pourquoi
est-ce que je ne le prends pas ? Alors je vais prendre un exemple
: la ceinture de sécurité va diminuer le risque d’avoir
des ennuis, par exemple, d’être défiguré
et si vous reculez votre voiture dans votre garage, est-ce que vous
mettez votre ceinture de sécurité ? La réponse
est probablement non, mais vous avez tort parce que le risque, le
bénéfice de la ceinture de sécurité
est le même dans votre garage que sur un circuit automobile,
et de porter une ceinture de sécurité vous protège
toujours, ce qui change ça n’est pas l’efficacité
de la ceinture de sécurité, c’est le risque
d’avoir un accident et de profiter du bénéfice
d’avoir une ceinture de sécurité. Et si je ne
prends pas de statine, ça n’est pas parce que les statines,
les médicaments contre le cholestérol, ne sont pas
efficaces, c’est parce que le risque, que j’imagine
peut-être à tort être assez bas chez moi, n’est
pas suffisant pour que j’aie envie de prendre des médicaments.
Donc, quand on fixe une valeur de cholestérol, comme le font
les milieux autorisés, ils fixent une valeur du cholestérol
à partir de laquelle on prend des médicaments. Ils
ne fixent pas une valeur de cholestérol à partir de
laquelle c’est efficace, ils fixent une valeur de cholestérol
à partir de laquelle ça signifie un risque suffisant
pour mériter un traitement. Qui est-ce qui est d’accord
de suivre les avis d’un expert pour ça, c’est
une décision qui devrait être une décision politique
ou individuelle.
Question : Prendre des statines
est-ce la solution ?
MAR : J’ai un de mes patients qui a 2 ou 3 stents et qui se
bouge très régulièrement mais qui est content
parce qu’il n’a plus de cholestérol depuis qu’il
prend ses statines. Et quand je discute avec lui, je constate qu’il
mange vraiment n’importe comment, mais il est persuadé
qu’à partir du moment où il prend ses médicaments
et que la tuyauterie est réglée par un mécanicien,
il n’a plus aucun problème. Alors, je ne pense pas
que c’est aussi simple et je pense qu’il faut regarder
aussi un peu au-delà de l’aspect mécanique et
de l’aspect médicamenteux simpliste des statines que
je respecte. J’ai prescrit des statines et je crois, comme
les gens ici, qu’ils ont quand même leur place. Il ne
faut pas dire que ça ne sert à rien, je crois que
ça serait vraiment décourager les gens et peut-être
même les inquiéter à tort.
Question : Que peut faire le médecin
généraliste face à son patient ?
MAR : On a une
pression importante, des patients eux-mêmes, et on a aussi
une pression importante des milieux universitaires ou de l’hôpital.
J’ai souvent discuté avec des collègues pour
savoir comment ils prennent des décisions dans ce domaine-là,
et j’ai très souvent des réponses de ce genre
: je suis obligé de le donner, parce que quand mon patient
ira à l’hôpital, on lui dira qu’il a eu
un infarctus parce qu’il n’avait pas pris de médicaments.
Donc, on a une pression qui vient des deux côtés, du
côté des patients et du côté des milieux
universitaires qui ne comprennent pas la relativité d’une
décision qui est prise dans le dialogue singulier avec le
patient. Quand vous êtes avec un patient il ne faut pas oublier
que de prendre des médicaments, finalement c’est très
simple. On écrit quelque chose. Il faut savoir d’abord
qu’il y a beaucoup de patients qui ne prennent pas les médicaments,
même si mes patients prennent tous, tous leurs médicaments
! Disons que d’une manière générale ça
n’est pas le cas. Et puis les gens, en plus du fait que ça
coûte à la société, même si les
assurances sont là pour ça, et en plus du fait qu’il
y a peut-être des effets secondaires, même si les statines
sont quand même des médicaments qui sont bien supportés,
il y a l’étiquette de la maladie. Finalement je n’aimerais
pas être un de ceux qui prend des pastilles tous les matins.
Il y a une résistance quand même importante de la part
des patients par rapport à ça. Donc, on est dans une
complexité et dans des contradictions qui sont très
difficiles à gérer. Et je dirais que ça n’est
pas très facile pour le médecin généraliste.

Question : Quels sont les effets secondaires
des statines ?
FM : Je prescris tous les jours des statines à des malades,
parce que je pense qu’ils en ont besoin premièrement.
Et je ferais la même chose pour ma mère ou ma femme.
Mais ce sont des médicaments, et tous les médicaments
sont grevés d’un certain pourcentage d’effets
secondaires et les statines n’échappent pas à
ça, il n’y a pas de raison. Il y a des effets secondaires
avec le traitement aux statines, c’est vrai. Alors il est
chiffrable entre 2, 3, 4, 5%, ça dépend, et c’est
valable pour toutes les statines. Simplement on ne sait pas pourquoi
une personne va réagir à telle statine, à tel
dosage, et pas telle autre à la même statine. Et si
on change de statine, ça ira mieux. Alors à ça
on ne comprend rien et quand on ne comprend rien, on est un petit
peu perplexe. Les effets secondaires sont de l’ordre du pourcent,
entre 2,5% et maximum 5,7%. Ce qui est important de comprendre c’est
que l’effet secondaire principal ce sont des douleurs musculaires,
et si on a des douleurs musculaires, il faut arrêter et appeler
son médecin généraliste qui saura quoi faire
en fonction de ça. Il y a également parfois une atteinte
au niveau du foie qui est l’organe où les statines
agissent, donc c’est normal qu’il y ait une petite perturbation
des tests hépatiques, mais ça, ça ne fait pas
mal. On a remarqué aux Etats-Unis pour une statine, qui n’existe
pas en Suisse pour l’instant, des problèmes au niveau
des reins. Cette statine-là n’existe pas en Suisse
et, à ma connaissance, les statines qu’on a à
disposition en Suisse n’ont pas de problème au niveau
des reins.
MdL : La toxicité musculaire des statines pour quelqu’un
qui ne bouge pas, ça n’est pas grave, parce qu’en
fait cette toxicité musculaire elle se manifeste surtout
si on bouge. Par exemple, moi, j’ai des patients qui sont
des joggeurs. Si on leur donne une statine, au lieu de faire 10
km, ils ne feront que 5 km et le lendemain c’est courbatures
et crampes. Donc, le fait de prendre des statines et surtout des
doses élevées, va faire que ces gens-là vont
faire moins d’exercice physique et ceux qui n’en font
pas, et bien ils ne risquent pas de s’y mettre. Donc, si vous
voulez, le processus du médicament anti-cholestérol,
c’est quelque chose qui est dissuasif pour les modifications
du mode de vie. Cet effet nocif sur les muscles est d’une
certaine manière très dissuasive de faire de l’exercice
musculaire.
Question : Prévenir en prenant
des médicaments coûte-t-il cher ?
M. C. : Il existe une étude norvégienne qui démontrait
que si on appliquait les procédures européennes sur
les facteurs de risque - c’est un calcul que l’on fait
avec un petit programme informatique, on évalue pour chaque
personne, ou pour une population, quel est le risque qu’ont
ces populations en fonction disons des valeurs de cholestérol,
d’hypertension et d’événements cardiaques
– donc si on appliquait ces valeurs à notre population,
on aurait à peu près 70% de la population qui a un
risque et toutes les personnes au-dessus de 40 ans seraient à
risque, donc toutes théoriquement sous médicaments.
Mais la chose extraordinaire, c’est que la Norvège
est le pays qui a une mortalité cardio-vasculaire parmi les
plus basses, en tous cas en Europe. Finalement ces calculs que l’on
applique à des populations européennes sont faits
sur des études qui ont été faites ailleurs,
aux Etats-Unis en particulier, et donc les valeurs qu’on y
a mesurées avaient un sens peut-être culturel ou local
qu’elles n’ont plus ici. Et c’est là que
rentre aussi le cholestérol du paradoxe français ou
dans la région du Massif Central où les gens ont des
cholestérols très élevés, mais c’est
la mortalité cardio-vasculaire la plus basse de France. Donc
il n’y a pas de relation de cause à effet. Mais il
n’empêche qu’au bout du compte ça coûte
très cher si on passe de 10% de personnes à risque
à 70%. Le problème, c’est que si on dit qu’elles
sont à risque et qu’on ne fait rien, c’est une
chose mais si on les traite, alors là ça commence
à coûter cher. J’ai lu dans un article récent
américain que les conférences de consensus sur le
cholestérol avaient abaissé les seuils entre 1993
et 2004. Et donc les gens qu’il fallait traiter étaient
passés de 12 millions à 43 millions. Alors évidemment
si vous êtes dans l’industrie pharmaceutique, c’est
beaucoup plus intéressant de servir 43 millions de personnes
que 12 millions. Ce qui est grave c’est qu’on va soigner
inutilement des gens avec des médicaments et on va peut-être
les faire mourir avant leur temps et cela va coûter très
cher à tout le monde. Au Tessin, nous avons pu le démontrer,
on a dû même faire un procès à la Bayer
qui avait falsifié les résultats d’une étude
scientifique pour démontrer qu’un médicament
qu’elle avait mis sur le marché était plus efficace
qu’un autre, alors que ça n’était pas
vrai. Elle avait éliminé les mauvais résultats,
qui n’allaient pas dans le sens de l’étude, et
donc, le Conseil d’Etat a dû faire un procès
à cette entreprise.
Question : Quel est le coût
des traitements aux statines en Suisse ?
M. C. : En Suisse, il y a environ 300'000
personnes qui sont sous statines chaque année, c’est
à peu près 9% de la population de plus de 40 ans.
Moi je suis économiste de formation. Ce qui m’intéresse
de lire dans les articles, ce ne sont pas seulement les effets secondaires,
mais c’est aussi le prix des statines. Si on utilisait en
Suisse les génériques des statines à la place
des médicaments originaux, on épargnerait chaque année
62 millions de francs. On dépense pour les statines à
peu près 233 millions et si on passait aux génériques,
ce serait 62 millions. Alors, on peut discuter qu’est-ce que
c’est que 62 millions sur 40 ou 50 milliards, mais le problème
c’est qu’en tant que représentant d’un
département de la santé, on ne peut pas donner la
recommandation générale aux médecins de passer
directement tous aux génériques.
Question : Doit-on prendre à
partir de 40 ans de l’aspirine cardio pour éviter une
maladie cardio-vasculaire ?
FM : La réponse est très simple, en tout cas me concernant,
c’est non. Même si l’aspirine ne coûte vraiment
rien du tout, 15, 10 centimes d’euros par jour, malgré
ce coût bas, la réponse est non. Il n’y a pas
d’évidence du tout que quelqu’un en bonne santé
qui n’a pas de facteurs de risque à 40 ans ou plus,
ait un bénéfice en se traitant par ce médicament
ou un autre d’ailleurs.
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