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Témoignage
& Interview diffusés pendant le débat
Témoignage
d’un patient
Arthur
Pereira, 42 ans, concierge à Thônex
C’était
le 6 juillet à 5h00 du matin. Je dormais et j’ai commencé
à sentir une douleur au thorax qui me serrait tout le temps.
Je me suis levé, je suis allé boire un petit peu d’eau
fraîche en pensant que ça allait diminuer, ou atténuer
la douleur. C’était tout à fait le contraire,
ça recommençait de plus en plus. Je ne me sentais
bien nulle part, ni au lit, ni couché, ni plié, ni
au salon, ni au balcon, nulle part. Puis on a décidé
d’appeler le 144. En 20 minutes, pas plus, ils étaient
déjà chez moi et ils ont tout installé, l’oxygène,
le goutte-à-goutte, les comprimés pour atténuer
la douleur et puis on est parti à l’hôpital.
Je crois qu’ils savaient déjà ce que c’était,
puisqu’ils m’ont donné les médicaments
adéquats pour la douleur, pour l’ infarctus. C’est
l’artère principale qui était bouchée,
enfin une des artères puisqu’il y en a 3 apparemment.
C’est l’artère du milieu qui était bouchée,
et puis là donc comme j’étais dans l’ambulance,
ils savaient déjà certainement puisque j’ai
tout entendu, ils communiquaient déjà avec l’hôpital,
préparaient la salle pour que je puisse aller directement.
On a mis tous les appareils pour l’artère là
dans la chambre et puis ils ont dilaté l’artère
et ils ont mis le stent.
Avant ça, je n’avais au aucun problème, à
ce sujet. Je n’ai jamais été opéré
et je n’ai aucun antécédent. Je ne faisais jamais
de bilan sanguin, et puis l’année passée j’ai
pris la décision de commencer de faire un bilan sanguin,
parce que je me suis dit c’était important, et puis
comme on paie les assurances, elles sont là pour ça.
Je me suis dit j’allais le faire toutes les années.
Et puis effectivement l’année passée je n’avais
pas grand chose, mais le cholestérol était un peu
haut. Là le médecin m’avait averti qu’il
fallait faire progressivement attention et puis essayer de diminuer
le cholestérol. Il ne m’a rien prescrit, sauf le mode
de nourriture. Il m’a dit qu’il fallait éviter
le beurre, le gras, les glaces, et manger beaucoup de fruits, beaucoup
de légumes. Finalement nous, au jour le jour, en tous cas
moi, on n’a pas le temps de suivre une alimentation régulière.
Et puis là après l’infarctus, on m’a proposé
un traitement : je prends les comprimés pour le cholestérol,
mais à l’heure actuelle je pense que je n’en
ai plus, déjà en sortant de l’hôpital
je pense que je n’en avais plus, parce qu’ils m’ont
dit ça va durer quelques jours et après vous n’en
aurez plus, mais il faut continuer le médicament. Et je prends
2 comprimés pour le stent, pour qu’il ne bouge pas.
Je prends encore un cachet pour, comment on dit, la dissolution
du sang, pour qu’il puisse avoir beaucoup plus de facilité
à circuler. Et je prends de l’aspirine cardiaque à
vie, les autres on va voir, c’est entre 6 mois et une année
pour voir si je dois continuer ou si je dois arrêter, mais
l’aspirine cardiaque c’est à vie. On m’a
aussi conseillé l’activité physique, le sport.
D’ailleurs, j’ai parlé avec le médecin
qui m’a opéré, l’idéal c’est
le fitness, parce qu’il y a un choix vaste pour le corps.
Mais, il y a toujours un mais, ça n’est pas toujours
évident pour trouver le temps, pour quelqu’un qui travaille
8 heures par jour, ou même 9 heures par jour, c’est
fatigant. Et puis le soir on veut quoi ? On veut prendre sa douche,
se raser et rester tranquille, se reposer pour le lendemain.
Interview
Jacques-André Haury, médecin spécialiste ORL
à Lausanne qui est aussi député au Grand-Conseil
dans les rangs du Parti Libéral
Les
seuils à partir desquels on définit une situation
à risque, qu’il s’agisse des seuils du cholestérol,
pour prendre un exemple très courant, ou bien qu’il
s’agisse de la limite supérieure tolérable pour
la pression artérielle, on constate régulièrement
au cours des années une tendance à restreindre ces
normes, ce qui fait qu’il y a toujours plus de patients qui
sont considérés comme étant à risque.
C’est une démarche qui peut se comprendre, puisqu’on
aimerait au fond diminuer au maximum le risque d’accidents
cardio-circulatoires chez tous les patients. Mais on voit dans des
pays comme la Norvège, dans une étude récente
que, finalement, si on applique les nouvelles normes européennes,
il n’y a plus personne, au-delà de 40 ans, qui est
considéré comme n’étant pas à
risque, et cela pose évidemment des questions sur la validité
de ces normes, questions d’ailleurs qui se posent dans la
communauté médicale scientifique internationale. Cela
a deux conséquences. La première conséquence,
c’est que l’on a de plus en plus de patients qui prennent
de plus en plus de médicaments et nous devons, nous médecins,
être très conscients du fait que ces médicaments,
surtout quand ils sont nombreux, engendrent des effets secondaires
souvent extrêmement difficiles à supporter pour les
patients, souvent générateurs même d’ennuis
qui nécessitent à leur tour des médicaments
supplémentaires ; ça c’est un problème.
Et puis l’autre problème de santé publique,
c’est peut-être là le politicien qui vous répond,
c’est que ça a un coût considérable évidemment
; ça coûte cher deux fois. Ca coûte cher dans
la mesure où certains de ces traitements préventifs
sont donnés sans raison, ou sans bonne raison suffisante
mais sont chers. Chaque jour quelques francs par patient, ça
fait vite beaucoup plus que la prime d’assurance maladie,
et puis les effets secondaires eux-mêmes sont générateurs
de coûts, soit parce que ça entraîne des nouvelles
consultations, de nouvelles prescriptions, ou bien même parce
que ça peut entraîner des complications nécessitant
des hospitalisations. Une des attitudes que j’ai tendance
à dénoncer chez nous les médecins, c’est
la facilité avec laquelle nous rédigeons des ordonnances
par rapport aux autres mesures que nous pouvons proposer à
nos patients. Et dans le domaine de la prévention cardio-circulatoire,
on sait que la meilleure prévention -ça n’est
pas la moins chère mais c’est la meilleure- consiste
en des modifications de style de vie, et souvent des méthodes
très simples ; renoncer à l’ascenseur et monter
les escaliers, se déplacer à pied, faire 30 minutes
3 fois par semaine de marche, une vraie marche, pas du lèche-vitrines,
c’est une prévention excellente et ça a tendance
à rabaisser la pression, ça a tendance à baisser
le cholestérol et ça dispense évidemment de
beaucoup de médicaments. Tout ça, ça devrait
être la première chose qu’on propose aux patients
et, en réalité, le réflexe ordonnance et prescription
de médicaments est un peu facile. C’est facile parce
que les patients nous le demandent ; je crois que ce serait faux
de mettre entièrement la responsabilité sur les médecins.
Peu de patients acceptent, en sortant de chez le médecin,
qu’on dise et bien oui, montez les escaliers, et puis voilà
vous reviendrez me voir dans 15 jours ; on préfère
ressortir avec une ordonnance. Et puis évidemment l’industrie
pharmaceutique a un intérêt légitime - c’est
légitime je trouve que n’importe quel fabricant essaie
de vendre ses produits - mais c’est un intérêt
qui pousse forcément les médecins à prescrire.
Et puis ce sont généralement les industries pharmaceutiques
qui organisent les conférences internationales, ces conférences
où on définit les normes, ces conférences de
consensus, et évidemment elles invitent plutôt des
gens qui poussent les normes vers la restriction ; c’est naturel,
le spécialiste des maladies cardio-vasculaires qui dirait
ce que j’ai dit tout à l’heure, c’est-à-dire
faites du vélo, marchez, montez les escaliers, renoncez à
votre voiture, ont beaucoup moins de chance d’être invités
dans une conférence de consensus que ceux qui disent qu’il
faut prescrire un sartan puis un inhibiteur d’enzymes de conversion
plus un diurétique etc., etc., etc.
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