MALADIES CARDIAQUES
Quelles préventions ?   (14.09.06)


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Témoignage & Interview diffusés pendant le débat

Témoignage d’un patient

Arthur Pereira, 42 ans, concierge à Thônex

C’était le 6 juillet à 5h00 du matin. Je dormais et j’ai commencé à sentir une douleur au thorax qui me serrait tout le temps. Je me suis levé, je suis allé boire un petit peu d’eau fraîche en pensant que ça allait diminuer, ou atténuer la douleur. C’était tout à fait le contraire, ça recommençait de plus en plus. Je ne me sentais bien nulle part, ni au lit, ni couché, ni plié, ni au salon, ni au balcon, nulle part. Puis on a décidé d’appeler le 144. En 20 minutes, pas plus, ils étaient déjà chez moi et ils ont tout installé, l’oxygène, le goutte-à-goutte, les comprimés pour atténuer la douleur et puis on est parti à l’hôpital. Je crois qu’ils savaient déjà ce que c’était, puisqu’ils m’ont donné les médicaments adéquats pour la douleur, pour l’ infarctus. C’est l’artère principale qui était bouchée, enfin une des artères puisqu’il y en a 3 apparemment. C’est l’artère du milieu qui était bouchée, et puis là donc comme j’étais dans l’ambulance, ils savaient déjà certainement puisque j’ai tout entendu, ils communiquaient déjà avec l’hôpital, préparaient la salle pour que je puisse aller directement. On a mis tous les appareils pour l’artère là dans la chambre et puis ils ont dilaté l’artère et ils ont mis le stent.
Avant ça, je n’avais au aucun problème, à ce sujet. Je n’ai jamais été opéré et je n’ai aucun antécédent. Je ne faisais jamais de bilan sanguin, et puis l’année passée j’ai pris la décision de commencer de faire un bilan sanguin, parce que je me suis dit c’était important, et puis comme on paie les assurances, elles sont là pour ça. Je me suis dit j’allais le faire toutes les années. Et puis effectivement l’année passée je n’avais pas grand chose, mais le cholestérol était un peu haut. Là le médecin m’avait averti qu’il fallait faire progressivement attention et puis essayer de diminuer le cholestérol. Il ne m’a rien prescrit, sauf le mode de nourriture. Il m’a dit qu’il fallait éviter le beurre, le gras, les glaces, et manger beaucoup de fruits, beaucoup de légumes. Finalement nous, au jour le jour, en tous cas moi, on n’a pas le temps de suivre une alimentation régulière. Et puis là après l’infarctus, on m’a proposé un traitement : je prends les comprimés pour le cholestérol, mais à l’heure actuelle je pense que je n’en ai plus, déjà en sortant de l’hôpital je pense que je n’en avais plus, parce qu’ils m’ont dit ça va durer quelques jours et après vous n’en aurez plus, mais il faut continuer le médicament. Et je prends 2 comprimés pour le stent, pour qu’il ne bouge pas. Je prends encore un cachet pour, comment on dit, la dissolution du sang, pour qu’il puisse avoir beaucoup plus de facilité à circuler. Et je prends de l’aspirine cardiaque à vie, les autres on va voir, c’est entre 6 mois et une année pour voir si je dois continuer ou si je dois arrêter, mais l’aspirine cardiaque c’est à vie. On m’a aussi conseillé l’activité physique, le sport. D’ailleurs, j’ai parlé avec le médecin qui m’a opéré, l’idéal c’est le fitness, parce qu’il y a un choix vaste pour le corps. Mais, il y a toujours un mais, ça n’est pas toujours évident pour trouver le temps, pour quelqu’un qui travaille 8 heures par jour, ou même 9 heures par jour, c’est fatigant. Et puis le soir on veut quoi ? On veut prendre sa douche, se raser et rester tranquille, se reposer pour le lendemain.

Interview

Jacques-André Haury, médecin spécialiste ORL à Lausanne qui est aussi député au Grand-Conseil dans les rangs du Parti Libéral

Les seuils à partir desquels on définit une situation à risque, qu’il s’agisse des seuils du cholestérol, pour prendre un exemple très courant, ou bien qu’il s’agisse de la limite supérieure tolérable pour la pression artérielle, on constate régulièrement au cours des années une tendance à restreindre ces normes, ce qui fait qu’il y a toujours plus de patients qui sont considérés comme étant à risque. C’est une démarche qui peut se comprendre, puisqu’on aimerait au fond diminuer au maximum le risque d’accidents cardio-circulatoires chez tous les patients. Mais on voit dans des pays comme la Norvège, dans une étude récente que, finalement, si on applique les nouvelles normes européennes, il n’y a plus personne, au-delà de 40 ans, qui est considéré comme n’étant pas à risque, et cela pose évidemment des questions sur la validité de ces normes, questions d’ailleurs qui se posent dans la communauté médicale scientifique internationale. Cela a deux conséquences. La première conséquence, c’est que l’on a de plus en plus de patients qui prennent de plus en plus de médicaments et nous devons, nous médecins, être très conscients du fait que ces médicaments, surtout quand ils sont nombreux, engendrent des effets secondaires souvent extrêmement difficiles à supporter pour les patients, souvent générateurs même d’ennuis qui nécessitent à leur tour des médicaments supplémentaires ; ça c’est un problème. Et puis l’autre problème de santé publique, c’est peut-être là le politicien qui vous répond, c’est que ça a un coût considérable évidemment ; ça coûte cher deux fois. Ca coûte cher dans la mesure où certains de ces traitements préventifs sont donnés sans raison, ou sans bonne raison suffisante mais sont chers. Chaque jour quelques francs par patient, ça fait vite beaucoup plus que la prime d’assurance maladie, et puis les effets secondaires eux-mêmes sont générateurs de coûts, soit parce que ça entraîne des nouvelles consultations, de nouvelles prescriptions, ou bien même parce que ça peut entraîner des complications nécessitant des hospitalisations. Une des attitudes que j’ai tendance à dénoncer chez nous les médecins, c’est la facilité avec laquelle nous rédigeons des ordonnances par rapport aux autres mesures que nous pouvons proposer à nos patients. Et dans le domaine de la prévention cardio-circulatoire, on sait que la meilleure prévention -ça n’est pas la moins chère mais c’est la meilleure- consiste en des modifications de style de vie, et souvent des méthodes très simples ; renoncer à l’ascenseur et monter les escaliers, se déplacer à pied, faire 30 minutes 3 fois par semaine de marche, une vraie marche, pas du lèche-vitrines, c’est une prévention excellente et ça a tendance à rabaisser la pression, ça a tendance à baisser le cholestérol et ça dispense évidemment de beaucoup de médicaments. Tout ça, ça devrait être la première chose qu’on propose aux patients et, en réalité, le réflexe ordonnance et prescription de médicaments est un peu facile. C’est facile parce que les patients nous le demandent ; je crois que ce serait faux de mettre entièrement la responsabilité sur les médecins. Peu de patients acceptent, en sortant de chez le médecin, qu’on dise et bien oui, montez les escaliers, et puis voilà vous reviendrez me voir dans 15 jours ; on préfère ressortir avec une ordonnance. Et puis évidemment l’industrie pharmaceutique a un intérêt légitime - c’est légitime je trouve que n’importe quel fabricant essaie de vendre ses produits - mais c’est un intérêt qui pousse forcément les médecins à prescrire. Et puis ce sont généralement les industries pharmaceutiques qui organisent les conférences internationales, ces conférences où on définit les normes, ces conférences de consensus, et évidemment elles invitent plutôt des gens qui poussent les normes vers la restriction ; c’est naturel, le spécialiste des maladies cardio-vasculaires qui dirait ce que j’ai dit tout à l’heure, c’est-à-dire faites du vélo, marchez, montez les escaliers, renoncez à votre voiture, ont beaucoup moins de chance d’être invités dans une conférence de consensus que ceux qui disent qu’il faut prescrire un sartan puis un inhibiteur d’enzymes de conversion plus un diurétique etc., etc., etc.

 

 

     
     


   
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