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Témoignages
diffusés pendant le débat
Premier témoignage
Serge,
infirmier à Genève
Autant
que je puisse m'en souvenir, je pense avoir toujours été sujet à
des petits maux de tête, car j'ai une personnalité qui ne supporte
pas trop les contrariétés. Mais je peux vraiment parler de céphalées
intenses à partir d'une période de ma vie qui concerne la préparation
du baccalauréat à l'âge de 17 ans - donc cela fait 25 ans déjà
- et le début de mes études universitaires. C'était une période
de stress, où il y avait des examens à préparer. Après j'ai dû quitter
la Martinique pour aller en France, avec le déracinement, la vie
seule, chose que je ne connaissais pas. Et je pense que tout cela
était quand même une source de stress qui a contribué à intensifier
ces maux de tête.
SR :
Comment est-ce que cela se manifeste ?
J'ai
l'impression d'avoir la tête très lourde, il me semble qu'elle éclate,
avec plein de choses dedans, avec une prédominance peut-être du
côté gauche. J'ai mal à l'oil gauche, ça irradie à la mâchoire,
cela ressemble à des douleurs dentaires, et chose très importante,
j'ai également très mal à la nuque. Je me suis rendu compte que
pour diminuer ces douleurs, il fallait que je fasse des pressions
très importantes au niveau de la nuque. J'avais l'impression d'avoir
la nuque assez dure, et quand je fais des pressions très importantes,
des massages très profonds, cela diminuait la douleur. Donc, à partir
de là, j'ai commencé à quasiment ne plus consulter et à faire de
l'automédication avec tous les médicaments que je connaissais. Je
vivais tous les jours avec cette douleur, elle m'accompagnait, elle
faisait partie de ma vie. Et ce qui m'interpellait, c'est vraiment
une crise, une douleur très aiguë. A ce moment-là, je prenais des
médicaments. Et puis, était-ce l'effet des médicaments, était-ce
l'effet du repos ? Au bout d'une heure ou deux, cela allait
mieux. Travaillant dans un hôpital universitaire, j'ai pu me faire
prescrire une IRM parce que je me suis dit qu'il fallait éliminer
une éventuelle anomalie organique. Cette IRM a été négative, n'a
rien montré, et j'ai été rassuré. Mais à quoi sont dus ces maux
de tête ? J'ai eu vent d'une consultation en neurologie, toujours
dans cet hôpital universitaire, et avec une spécificité pour le
traitement des céphalées. J'ai donc consulté, et là c'est la première
fois où j'ai fait l'objet d'une anamnèse très poussée, d'un examen
clinique qui englobait bilan neurologique et bilan ORL, et c'est
la première fois où j'ai entendu parler de céphalées de tension,
car ils se sont rendus compte que j'avais la nuque très raide. On
a donc décidé de débuter un traitement. Paradoxalement, le début
du traitement a été la suppression de tout antalgique. Je ne devais
plus prendre de médicaments, il fallait que je fasse un sevrage,
car il m'a été dit que parfois ces médicaments antalgiques pouvaient
entretenir et provoquer de nouvelles douleurs. C'était un peu théorique
tout cela, mais j'ai décidé d'essayer et de les suivre. J'étais
bien pris en charge, cela me plaisait cette façon de procéder, donc
j'ai supprimé tout antalgique. Ils m'avaient prévenu, que cela risquait
d'être difficile, et que, parfois, certaines personnes avaient été
hospitalisées pour effectuer ce sevrage. Je me croyais assez fort,
mais au bout d'une semaine j'ai eu l'impression d'avoir de plus
en plus mal, et c'était très intense, d'autant plus que j'ai focalisé
sur cette douleur. J'ai téléphoné, ils m'ont reçu en urgence, rapidement,
et ils ont décidé de débuter un traitement de fond plus tôt que
prévu. Donc cela a commencé par la prescription d'un médicament
que je devais prendre au maximum deux fois par semaine lors de crises
aiguës : un antalgique avec un petit peu d'aspirine et d'autres
choses dedans, je ne m'en souviens plus très bien. C'était accompagné
d'un traitement de fond, un autre médicament que je devais prendre
par palier, c'est-à-dire l'augmenter progressivement, tous les 15 jours.
J'ai très vite regardé la notice, et j'ai vu écrit antidépresseur.
Alors, je me suis dit : « Tiens, on ne m'a pas prévenu.
Je ne me sens pas déprimé. » J'ai demandé tout de suite au
médecin ce qu'était ce médicament, et il m'a expliqué que ce médicament
avait des vertus antidépressives à partir d'une certaine dose, et
nous, le créneau thérapeutique qu'on s'était fixé n'avait aucun
effet antidépresseur. Bon, j'étais partiellement rassuré. On m'a
donc prescrit un traitement pour les crises aiguës, un traitement
de fond, et également un traitement de physiothérapie dite de posture.
SR
: Est-ce que maintenant vous allez mieux ?
Alors,
cela va beaucoup mieux. Je dois dire qu'en moyenne j'ai une crise
aiguë par semaine qui est bien calmée par mon antalgique, d'ailleurs
je ne prends plus qu'un sachet par semaine. Je suis le traitement
de fond qu'on a monté à sa dose maximale, me semble-t-il. Mais j'ai
quand même une crise par semaine, et pour moi, cela me va très bien.
Je me considère comme quelqu'un de normal, et comme mon traitement
de fond a apparemment des vertus antidépressives, je pense que depuis
que je le prends, je dors davantage. Je dors 6 à 7 heures par
nuit, ce qui est d'ailleurs trop pour moi quand je vais travailler.
Tellement que j'ai tendance à oublier ces fortes douleurs, et mon
objectif maintenant ce serait d'arrêter tout traitement.
Deuxième témoignage
Dominique,
professeur de musique à Genève
Mes
migraines ont commencé quand j'étais enfant, j'évalue cela aux alentours
de 8 ou 9 ans, et ce qui était caractéristique c'est que je
me plaignais d'avoir très, très mal aux yeux, au fond des yeux,
derrière les sourcils, et j'avais très mal au cour. A l'époque,
on n'articulait pas le mot de mal de tête, et le remède radical
c'était de tout arrêter et d'aller se coucher dans l'obscurité parce
que la lumière était vraiment insupportable. Et à l'époque, enfant,
j'avais la chance de m'endormir quand même, et au bout d'une heure
je me réveillais fraîche et dispose. Je n'avais pas eu recours à
un remède, et c'était extraordinaire, c'était vraiment « l'auto
thérapie ».
Un
jour, un médecin a articulé le mot de migraine, alors qu'on m'avait
amenée chez un ophtalmologue, et d'autres spécialistes. Mes parents
ne savaient pas très bien que faire. Plus le temps a passé et moins
le remède qui consistait à aller se coucher et dormir a fonctionné.
Donc, il a fallu avoir recours aux médicaments. Malheureusement,
je n'arrivais plus à m'endormir parce que les douleurs étaient trop
intenses. Et la durée des migraines s'est prolongée jusqu'à durer
d'un à trois jours.
SR :
Quels sont les facteurs déclenchants de la migraine aujourd'hui ?
Témoin :
Très difficile de répondre. Il y a l'alcool. Je n'en ai jamais abusé,
mais disons qu'un verre de vin blanc peut-être pas très bien choisi
peut être vraiment un facteur déclenchant au point que j'ai renoncé
à toute boisson alcoolisée. Sur le point de la convivialité, c'est
dommage, mais si vraiment cela peut aider, ce n'est pas un trop
gros sacrifice. Les ambiances bruyantes, enfumées, par exemple,
c'est redoutable. L'excès de lumière : faire un voyage et avoir
une réverbération des heures durant, sur l'autoroute, par exemple.
A coup sûr, en fin de journée, j'ai des tensions derrière les yeux
et risques de migraine. C'est des douleurs dans la tête qui sont
en général d'un côté. Chez moi cela peut être à gauche, ou cela
peut être à droite. Elles sont pulsatiles, partent de l'arcade sourcilière
et rayonnent jusque dans la nuque. Et qui donnent des nausées très
fortes qui peuvent aller jusqu'aux vomissements. Alors , je me mets
des glaçons sur la tête, et puis surtout, le temps est très long.
Cela génère une anxiété, parce que j'ai beau savoir que cela ne
va pas me laisser des séquelles, que je ne vais pas devenir anormale,
on ne sait pas combien de temps cela va durer. Je ne sais pas. Et
ça, c'est dur, c'est très long.
SR :
Et à ce moment-là, vous prenez quoi comme médicament ?
Témoin :
Alors maintenant on est quand même aidé, et je prends des médicaments
de la famille des triptans. J'essaie de les prendre le plus tôt
possible, quand je sens vraiment que ce n'est pas un mal de tête
mais que cela tourne en migraine.
SR :
Il n'y a donc pas que les migraines, il y a autre chose maintenant ?
Témoin :
Oui, il y a des céphalées de tension qui sont devenues chroniques
et qui sont liées, enfin, que moi je relie à une hernie cervicale
qui a été diagnostiquée il y a 4 ans maintenant. Cela s'ajoute
aux migraines. Alors je dirais qu'aujourd'hui je souffre peut-être
plus d'apprendre à gérer ces céphalées chroniques et mes maux de
nuque, que des migraines qui me clouent trois jours dans l'obscurité,
parce que ces céphalées durent tout le temps, dès le réveil. Mais
maintenant, j'ai un remède qui me soulage, et je trouve que depuis
un ou deux mois, cela va mieux. Mais l'état général n'est pas très
bon, au niveau fatigue. Les médecins articulent le mot d'état dépressif,
et cela me préoccupe parce que cela me fait très peur, évidemment.
Et pour l'instant, je n'ai pas accepté d'être traitée pour cela.
Je trouve que je me bats et que j'ai l'espoir de rebondir avec mes
ressources. Mais disons que le capital ressources est bien entamé
parce que cela fait maintenant 5 ou 6 ans que c'est chronique.
Témoignages
du public pendant le débat
Premier
témoignage : Je souffre de migraines et de céphalées
depuis aussi loin que je me souvienne. J'avais dix ou huit ans peut-être
et j'ai toujours pensé que c'était dû au fait que ma mère, la pauvre,
souffrait terriblement. Et parmi ses cinq enfants, nous étions quatre
qui avons eu ce terrible handicap. J'ai réalisé que mes maux de
tête sont liés aux changements de temps La haute pression me tue.
On m'a fait toutes sortes de test . Je suis en parfait état de conservation
à mon âge, un fossile en parfait état. Mais ma vie a été un drame.
Je n'ai pas de qualité de vie, ça ne me sert à rien de me trouver
en pleine forme. Je suis très handicapée. Et cela augmente avec
l'âge.
Aussitôt
que je vois le "h" de la haute pression des Açores sur
le petit écran TV, je décommande mes rendez-vous. Je sais que je
suis terrassée, au moins pendant un jour et demi. C'était un horrible
drame pendant que je travaillais, car malheureusement je ne pouvais
pas m'allonger. Mais heureusement, il y a quelques années, j'ai
pu aller en Hollande chercher des triptans. C'est ce qui m'a aidée
à arriver à la retraite.
Deuxième
témoignage : Je n'aimerais décourager personne,
mais ça fait en tout cas trente-cinq ans que je souffre de migraines
avec des nausées, des vomissements, enfin... Une vie gâchée, surtout
dans ma jeunesse avec les enfants ... Et j'ai jamais accepté en
somme, le fait de vivre une vie d'handicapée. J'ai toujours essayé
de vivre normalement. Bon, j'ai pris des médicaments, tous les traitements
existants. Ensuite ça s'est transformé, petit à petit, en maux de
tête chroniques. Actuellement, on me traite avec des antidépresseurs
parce qu'on me dit que j'ai un manque de biochimie dans le sang.
Ca n'agit absolument pas sur les maux de tête. Par contre, il y
a un autre phénomène, qui pour moi est très angoissant, c'est que
j'ai presque tous les jours mal à la tête, je prends des calmants
et il semble, d'après ce que j'ai entendu, que ça entretient pour
finir les maux de tête. Mais j'ai une telle angoisse que les migraines
reviennent .
Troisième
témoignage : Cela fait en tout cas quarante ans
que j'ai des maux de tête. Je ne pense pas qu'ils aient été pris
très au sérieux par mes parents dans un premier temps. On disait
c'était dans la famille. Des deux côtés j'avais des grands-parents
qui avaient des maux de tête. Depuis l'âge de 22-23 ans, j'ai décidé
de me prendre en charge moi-même. J'ai vu un nombre impressionnant
de médecins spécialistes, de médecins généralistes, j'ai fait de
l'acupuncture, j'ai fait de l'homéopathie, j'ai fait plein de choses
en médecine parallèle et je ne regrette pas de les avoir faites,
mais sans réels résultats. Je pouvais facilement avoir des crises
qui duraient 10 jours trois fois par mois, donc j'avais mal tout
le temps, tout le temps.
J'ai
été hospitalisée pendant 10 jours suite à un spasme coronarien en
division de neurologie à l'hôpital cantonal. On m'a prescrit alors
un antidépresseur. Au début ça a changé ma vie, j'en prenais environ
trente à quarante milligrammes par jour comme traitement de fond
et en cas de crise l'Hôpital cantonal m'avait proposé de prendre
un médicament pour l'estomac et une demi-heure après deux antalgiques.
Et ça c'est vraiment un truc qui a bien marché. Ce qui s'est passé
l'année dernière c'est que j'ai arrêté l'antidépresseur en me disant
que ce n'était plus efficace et j'ai commencé à avoir des insomnies.
Je n'ai pas fait le lien directement, car j'ai arrêté progressivement.
Mes maux de tête étaient à peu près les mêmes mais je n'ai plus
du tout dormi. J'ai fait 7 mois d'insomnies et là j'ai réellement
fait une dépression, parce que les maux de tête, plus les insomnies
pendant 7 mois, plus un travail, plus deux enfants, plus tout le
reste, on craque. J'ai recommencé à prendre mon antidépresseur sur
le conseil de mon médecin qui m'a dit que c'était mieux effectivement
parce que j'avais pris plein de somnifères et des neuroleptiques
puissants l'année dernière qui ne me faisaient pas dormir et c'est
vrai que dès que j'ai recommencé l'antidépresseur j'ai recommencé
à dormir.
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