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ACCOUCHEMENT
PREMATURE
1. Qu’est-ce
qu’un accouchement prématuré ?
2. Quelle
est la fréquence de l’accouchement prématuré
?
3. Le taux de prématurité a-t-il
tendance à augmenter ou reste-t-il stable ?
4. Les grossesses multiples ne sont-elles pas en augmentation
et avec elles, les accouchements prématurés ?
5. La femme qui accouche prématurément
a-t-elle eu le temps de se sentir enceinte ?
6. La mère doit-elle faire le deuil d’un
accouchement normal ?

Question
: Qu’est-ce qu’un accouchement prématuré
?
MB : La grossesse dure théoriquement 40 semaines et la période
que l’on appelle le terme va de 37 semaines à 42 semaines.
Il y a des variations dans la durée de la gestation. Par
convention, c’est 40 semaines à partir du premier jour
des dernières règles et on rajoute 15 jours puisque
la conception a lieu 14 jours après les dernières
règles dans un cycle de 28 jours. Donc avant 37 semaines,
c’est par définition avant terme, et une part des enfants
ne sont pas encore matures à ce moment-là et on appelle
ça un accouchement prématuré. Le gros problème
c’est qu’on ne connaît pas le mécanisme
exact de la mise en route du travail à terme et encore moins
celui de la mise en route du travail d’accouchement avant
terme. Il y a de très nombreuses causes et il n’y a
probablement pas un seul mécanisme mais tous aboutissent
à cette naissance avant terme, donc avant les 37 semaines.
Question : Quelle est la fréquence de
l’accouchement prématuré ?
MB : Disons que les chiffres sont assez stables. Ils sont assez
stables même d’un pays à l’autre. Les estimations
fluctuent de 7 à 10% : 10% aux Etats-Unis, 7% à peu
près en Suisse. On n’a pas les chiffres exacts parce
que ce n’est que très récemment qu’a été
introduite dans le certificat de naissance la notion d’accouchement
prématuré ou la durée de la grossesse. Par
contre, aux Hôpitaux Universitaires de Genève, 10%
des accouchements ont lieu avant terme. Mais c’est aussi parce
que nous recevons des transferts du canton, de France voisine ou
éventuellement d’autres cantons via le réseau
des hôpitaux de néonatologie. En fait, il y a beaucoup
de personnel autour de ces enfants. Les places de néonatologie
coûtent très cher et donc pour optimiser l’occupation,
les néonatologues se sont mis en réseau de manière
à pouvoir trouver des places quand il n’y en a pas
dans l’hôpital.
RP : Durant les 40 dernières années, la mortalité
des grands prématurés, au-dessous de 1000 grammes
ou au-dessous de 1500 grammes a diminué de 20 à 40
fois. Et donc, ces très grands prématurés vont
être des prématurés qui restent longtemps, et
ce temps qui se prolonge pour les enfants les plus petits va faire
qu’on aura plus de bébés dans nos unités.
Donc, une des raisons pour lesquelles au niveau des néonatologues
suisses on s’est mis en réseau, c’est pour que
le nombre limité de places de soins intensifs qui sont d’une
soixantaine au niveau suisse, puissent être utilisées
de façon la meilleure possible. On préfère
toujours, et on fait des grandes concessions par rapport au personnel,
et je dois remercier les infirmières et les médecins
qui travaillent avec moi, pour faire des grands efforts pour ne
pas transférer des mamans dans d’autres cantons dans
d’autres hôpitaux. Et ça fait qu’on a des
taux d’occupation qui sont très élevés
pour éviter justement que des mamans doivent accoucher prématurément
dans un endroit non familier et loin d’un soutien potentiel
de la famille.
Question : Le taux de prématurité
a-t-il tendance à augmenter ou reste-t-il stable ?
MB : C’est l’un des gros problèmes, c’est
que le pourcentage de grossesses qui aboutissent à une naissance
avant 37 semaines est en tous les cas tout à fait stable.
On voit même une augmentation légère dans certains
pays. Aux Etats-Unis notamment, dans les dix dernières années,
le pourcentage de naissances prématurées a augmenté
de 1%. Et ce que l’on voit aussi dans beaucoup de pays, c’est
une augmentation de l’âge des prématurités
extrêmes, de la prématurité entre 24 et 28 semaines.
D’une part, parce qu’elle est plus souvent prise en
charge et donc comptée dans les statistiques et d’autre
part, parce que grâce aux améliorations des soins néonataux
on peut éventuellement, en accord avec les néonatologues
et après de longues discussions et pas du tout le cœur
léger, dans certaines situations qui mettent en danger la
vie du bébé in-utéro, le faire naître
avant que ça n’ait des conséquences pour lui.
Ou, si vous voulez, troquer une situation sub-optimale in-utéro
contre une prise en charge néonatale aux limites éventuellement
de la viabilité.

Question : Les grossesses multiples ne sont-elles
pas en augmentation et avec elles, les accouchements prématurés
?
MB : On constate une petite augmentation des grossesses multiples
qui est due aux traitements de procréation médicalement
assistée et aux traitements de la stérilité.
Les uns stimulent l’ovulation et donc l’ovulation peut
être multipliée par deux, voire plus, et lors de fécondation
in vitro, ça peut également arriver si on replace
plusieurs embryons dans l’utérus. L’augmentation
des accouchements prématurés qui y est liée
représente approximativement 1 à 2% des 7 à
8% d’accouchements prématurés.
RP : La fécondation médicalement assistée a
amené dans les années 90 quand même une augmentation
très importante des grossesses de plusieurs bébés.
Les néonatologues ont constaté une augmentation des
triplés, des quadruplés et plus, et c’est quelque
chose de très pénible parce qu’on sait qu’avec
la prématurité les risques augmentent. Et je crois
que là il y a eu une discussion qui a conduit très
rapidement à une décision d’éviter, dans
la mesure du possible, ce type de grossesse multiple, qu’on
voit beaucoup moins aujourd’hui.
Question : La femme qui accouche prématurément
a-t-elle eu le temps de se sentir enceinte ?
ZQ: La mère parle souvent de sentiment de vide. C’est
vrai qu’une grossesse c’est normalement programmé
pour neuf mois, et quand le bébé arrive trop tôt,
alors elle n’est pas préparée pour ça.
On sait que c’est plutôt dans la dernière partie
de la grossesse, dans les trois derniers mois que les parents, plus
les mamans mais les papas aussi, commencent à se dire en
voyant le ventre grossir : "Mon bébé ressemble
à qui ? Est-ce qu’il va ressembler à moi ou
à toi ? Est-ce que ce sera une fille ou un garçon
?". Et pour ceux qui n’ont pas voulu savoir :" Est-ce
qu’il va être en bonne santé ?" En même
temps ils s’occupent des préparatifs très concrets
de la chambre, enfin, de tout ce qu’il faut. Ce sont des processus
importants pour la parentalité, pour se dire : "Maintenant
ça y est, je vais être mère ou je vais être
père". Non seulement pour les mamans cette étape-là
ne peut pas se vivre, il y a aussi le choc d’avoir un bébé
plus petit que les autres et il y a tout ce sentiment de dire :
"Est-ce que je suis vraiment maman ?" Beaucoup de mères
disent : "Mais je ne me sens pas mère. Il est sorti
trop tôt. J’ai de la peine à entrer en contact
avec mon bébé."
Question : La mère doit-elle faire le
deuil d’un accouchement normal ?
PM : Probablement que toute femme qui est enceinte rêve de
son accouchement. Et là, elle se trouve brusquement dans
la situation de devoir accoucher sans qu’il y ait eu tout
le processus des contractions qui arrivent progressivement et dont
on avait parlé avant à un contrôle, où
l’on avait dit : "Voilà bientôt vous allez
accoucher." Tout ça ne se passe pas. Donc, la mère
se retrouve dans un milieu où tout de suite c’est quelque
chose de grave d’accoucher alors que l’accouchement
c’est quelque chose de normal. On s’attend à
accoucher. La mère qui accouche prématurément
doit faire le deuil de tout ce processus. La maman a peut-être
aussi le sentiment qu’elle est accouchée puisqu’elle
n’est pas vraiment prête à le faire. Et puis,
son bébé est dans une situation où il va être
pris en charge par les médecins. On va devoir s’occuper
de lui. Elle ne peut donc pas être mère au moment de
la naissance, elle ne peut pas caresser ce bébé, en
plus, il n’a pas la représentation qu’elle a,
elle, d’un bébé.
RP
: La grossesse c’est quelque chose de normal, l’accouchement
aussi et je crois que toute la population s’imagine que c’est
toujours comme ça et que c’est le meilleur moment que
l’on puisse imaginer. Mais dans un certain nombre de situations,
et c’est quand même à peu près 7 à
10%, cela n’aboutit pas exactement à ce que l’on
s’imaginait. Et la naissance d’un enfant prématuré,
par définition au-dessous des 37 semaines, arrive à
6 à 7% de la population. C’est perçu comme une
maladie, quand ça n’arrive pas comme les 93% qui devraient
aller bien.
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