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NEONATOLOGIE
1.Pourquoi
chaque jour de gagné sur un accouchement prématuré
est-il si important ?
2.Comment
les prématurés sont-ils pris en charge ?
3.Le bébé prématuré
souffre-t-il dans l’incubateur ?
4.Pourquoi
fait-on une piqûre de cortisone aux prématurés
?
5.La mise de l’enfant au sein est-elle une
étape importante ?
6.Les soins intensifs aux prématurés
ne sont-ils pas très chers ?
7.Ne réanime-t-on pas des bébés
toujours plus jeunes ?
8.Est-ce qu'on ne banalise pas le problème
de la prématurité ?

Question
: Pourquoi chaque jour de gagné sur un accouchement prématuré
est-il si important ?
RP : Je crois que c’est très, très important.
Les jours de gagnés ne comptent pas toujours la même
chose. Ils peuvent compter double ou même triple lorsqu’on
est tout près de la limite de la viabilité. C’est
une définition que nous n’avons pas encore donnée
jusqu’à présent : dans la grossesse il y a une
limite que nous avons déterminée au sein d’un
groupe de néonatologues, un groupe de travail de la Société
suisse de néonatologie, et cette limite de la viabilité
on l’a déterminée entre 24 et 26 semaines. Certains
pays descendent plus bas. On peut en débattre mais à
cette limite de viabilité les risques d’un décès
et les risques d’un handicap quand on survit, sont extrêmement
élevés. A partir de 30 semaines, ce risque devient
beaucoup plus faible. En réalité, c’est une
diminution progressive et exponentielle, c’est-à-dire
que pour chaque jour de gagné autour des 24 semaines, le
gain en terme de risque de mortalité et de handicap quand
le bébé survit sont énormes alors qu’avec
la progression de la grossesse, cette diminution de risques diminue
aussi par jour qui passe.
Question : Comment les prématurés
sont-ils pris en charge ?
RP : Quand un enfant prématuré naît, la première
chose la plus difficile est la séparation de sa maman. Cette
séparation physique va durer d’autant plus longtemps
que l’enfant est né tôt. Si on imagine que la
grossesse dure 40 semaines ou neuf mois, quand on est à 28
semaines on soustrait ces 28 semaines de 40 et on calcule à
peu près le temps durant lequel l’enfant sera séparé
physiquement de ses parents. Ça ne veut pas dire que les
parents ne peuvent pas le toucher. Tout au contraire, on va se donner
toute la peine du monde pour que le bébé puisse sortir
le plus rapidement possible de l’incubateur pour qu’il
puisse être cajolé plus facilement. On a beaucoup de
technologies aujourd’hui à disposition qui nous permettent
de sortir de l’incubateur des enfants de très petits
poids, pour que ce contact puisse s’établir.
Maintenant techniquement, dans l’incubateur, dans un premier
temps tous les organes vont être immatures, donc on va devoir
s’occuper de tous les organes. Et le premier organe qui donne
de l’oxygène à tous les autres, c’est
le poumon. Puis, en fonction de la prématurité, le
tube digestif peut ne pas encore digérer même s’il
y a du lait à disposition. On utilise alors un petit cathéter
qu’on peut mettre dans l’ombilic. Ça a l’avantage
de ne pas être douloureux. Pour la prise en charge au tout
début, il n’y a pas un médecin mais plusieurs
médecins, plus une infirmière et une sage-femme. Toute
une équipe qui est là pour s’occuper de l’enfant
et faire en sorte que cette prise en charge soit la plus optimale
possible.
Question : Le bébé prématuré
souffre-t-il dans l’incubateur ?
RP : Je pense que
les bébés ont mal quand on leur fait mal. Je pense
que ça c’est quelque chose qui n’est pas tout
à fait nouveau. Depuis 10 ou 15 ans, on a fait énormément
de progrès pour éviter cette douleur. On est conscient
que certaines interventions font mal aux bébés. On
a des analgésiques qu’on utilise, par exemple pour
les petites interventions du sucrose. C’est un sucre qui agit
grâce à un mécanisme interne qui utilise une
substance un peu identique à la morphine, et qui diminue
la douleur du bébé. S’il y a des interventions
plus douloureuses, on utilise des analgésiques plus puissants.
On peut donner de la morphine par exemple, pour certaines interventions.

Question : Pourquoi fait-on une piqûre de
cortisone aux prématurés ?
RP : La piqûre de cortisone est en fait un des traitements,
peut-être un des seuls traitements qu’on a extrêmement
bien étudié et qui diminue avec évidence les
problèmes pour l’enfant qui va naître prématurément.
C’est une hormone de stress et ce stress prépare l’enfant
pour la naissance. Après la naissance ses poumons fonctionnent
un tout petit peu mieux, voire assez bien. Et en fonction de cette
hormone de stress, les autres organes aussi font une accélération
dans leur maturité et sont un tout petit peu plus prêts
pour cette vie néonatale qui est tout à fait différente
de la vie fœtale, en fait étonnamment différente.
On s’étonne que dans les situations du terme d’un
accouchement normal ça se passe toujours ou quasiment toujours
aussi bien.
Question : La mise de l’enfant au sein
est-elle une étape importante ?
PM : Le moment où enfin la mère peut avoir son bébé
au sein est probablement assimilable à une deuxième
naissance. Il est contre elle, elle le touche, elle le sent. Je
crois qu’on arrive tous à imaginer que quand, enfin,
on peut s’approprier son bébé, c’est un
sentiment qui est très fort et très important. Cela
doit compenser un manque. Et si on s’imagine toute l’attente
qu’il faut pour en arriver là, c’est d’autant
plus précieux.
ZQ : C’est vrai que les équipes infirmières
encouragent beaucoup les mamans ou les papas à faire ce qu’on
appelle "le boa" pour le contact. C’est un peu inspiré
de la méthode kangourou. D’une part c’est très
bon pour le bébé prématuré, son rythme
cardiaque se met à celui de la maman mais aussi ça
favorise bien sûr les échanges. Et, beaucoup de mamans
disent à ce moment-là : "Oh, mais dis donc qu’est-ce
qu’il est fort, je l’imaginais beaucoup plus fragile
!" Et c’est, je crois, vraiment la prise de conscience
que le bébé, même s’il est plus petit,
a finalement aussi beaucoup de force et très envie de vivre.
Question : Les soins intensifs aux prématurés
ne sont-ils pas très chers ?
RP : Oui, les soins intensifs néonataux
coûtent très chers. Certainement. Maintenant, je crois
qu’il faut mettre ceci en relation. J’essaie là
de défendre un petit peu les enfants prématurés
qui en ont le droit. Je pense que si on calcule les coûts
des soins intensifs néonataux par rapport aux années
de vie de bonne qualité qu’on peut gagner et en tenant
compte des enfants qui peut-être n’iraient pas bien
et qui coûteraient à la société, cela
vaut la peine. Et si on compare un traitement de soins intensifs
à un traitement de dilatation des coronaires par exemple
chez un adulte, ou pire encore d’un cancer curable chez l’adulte,
on est dans les 10 à 20 fois meilleur marché par année
de vie de bonne qualité qu’on peut gagner. Donc, je
pense que c’est quelque chose qui est très coûteux
mais qui est raisonnable pour un futur qui est très important.

Question : Ne réanime-t-on pas des bébés
toujours plus jeunes ?
RP : La presse a tendance à montrer les enfants les plus
petits, les plus jeunes, et je dois dire que chaque fois ça
me touche et ça me fait mal. Je pense que c’est une
mauvaise médecine de se concentrer sur ces enfants-là.
Autant, si c’est nécessaire je vais m’en occuper
et je vais faire le mieux possible. Mais cela ne concerne que quelques
enfants qui devront payer dans leur peau le fait de pouvoir vivre,
et c'est un choix de société de décider s'il
est juste qu’ils puissent vivre. Par contre, il y en a beaucoup
d’autres qui méritent la qualité de nos soins.
Mais cette qualité dépend de ce qu’on peut leur
donner. Les tout petits demandent beaucoup. Et les ressources vont
être de plus en plus limitées. Je crois que ce n’est
pas seulement des ressources au niveau argent, mais je pense que
c’est aussi une question simplement de prix que l’enfant
doit payer par la suite pour vivre. Alors, je suis assez heureux
de pouvoir dire que la Société suisse de néonatologie
est l'une des seules sociétés qui a émis des
directives écrites sur la limite de la viabilité,
qui n'est pas quelque chose de fixe mais qui est une zone qui permet
de discuter et qui donne aussi la possibilité de laisser
la nature prendre son chemin naturel. On connaît très
bien les risques qu’on prend au niveau des handicaps futurs.
Je vous ai parlé du risque de mortalité qui est entre
80 et 100% à 23-24 semaines, qui descend de façon
extrêmement raide jusqu’à 30 semaines et s’aplatit
par la suite. Pour les survivants, donc 10 à 20% autour des
23-24 semaines, les risques de handicap sont très élevés.
Ils sont de l’ordre de 50%, comme l'ont montré de grandes
études étrangères. On le sait aussi au niveau
suisse puisque ces données depuis une dizaine d’années
sont collectées de façon systématique et depuis
l’introduction d'une directive suisse en 2004, une revue de
tous les enfants qui sont nés vivants après 22 semaines,
on est en train de voir quelle est la réalité dans
notre pays.
Question : Est-ce qu'on ne banalise pas le problème
de la prématurité ?
PM : Je pense qu’on est dans une société où
on aime bien programmer les choses et peut-être que ça
va aussi dans ce sens-là de dire que la grossesse pourrait
durer moins longtemps, que ça serait peut-être plus
efficace. On pourrait imaginer que c’est comme ça que
les gens ressentent les choses. Mais, je ne sais pas s’il
y a vraiment une banalisation. Je pense qu’il y a le sentiment
aujourd’hui que, si on accouche prématurément,
c’est moins grave parce qu’on sait s’occuper des
bébés et que la plupart des bébés nés
prématurément vont bien. Donc on a une certaine confiance
et on minimise les risques parce qu’on connaît tous
autour de nous des enfants nés prématurément
qui vont très bien. On n’a peut-être une confiance
trop grande dans le fait que si on accouche prématurément
il y a quelqu’un qui va s’occuper tout à fait
bien de notre bébé.
MB
: Les 35 semaines, 36 même, ça devient "near term"
aux Etats-Unis, et il ne faut pas oublier qu’en théorie
la grossesse dure 40 semaines. 37 semaines c’est déjà
un petit peu tôt et par exemple le Dr. Pfister a fait des
études sur les risques de problèmes respiratoires
lorsqu’on fait une césarienne sans travail à
l’approche du terme, à 37 semaines et à 38 semaines.
Il y a plus d’hospitalisations pour non résorption
du liquide pulmonaire qui demande une assistance respiratoire chez
les enfants dont la mère a eu une césarienne à
37 semaines par rapport à 38 semaines, voir à 39 semaines.
Donc, même à terme, il y a un petit gain de maturité
et d’amélioration de quelques petites pathologies qu’on
pourrait banaliser parce que c’est vrai qu’elles sont
en général bien maîtrisées, mais ça
entraîne une séparation de la mère et du bébé
et des inquiétudes pour les parents. Il y a aussi la jaunisse
qui a plus de conséquences à 36 semaines qu’à
37 semaines etc.
RP
: Je vais peut-être reprendre par rapport aux risques qui
diminuent très fortement entre la limite de la viabilité
et les 30 semaines. A partir de 30 semaines, cette pente devient
très plate et donc les risques vitaux deviennent très
faibles. Maintenant, et c’est une des raisons pour lesquelles
nous commençons à parler de la durée de l’hospitalisation,
cette séparation est malheureusement très fréquente
même pour les enfants qui sont dans le "near term".
"Near term", près du terme, c’est un terme
qui est utilisé par les Américains. C’est une
catégorie d’enfants qui dans notre société
développée, parce que là il faut faire une
grosse différence avec les sociétés qui n’ont
pas nos moyens et où les risques sont alors beaucoup plus
élevés, mais dans notre société, ces
enfants ont des risques faibles de persistance d’un problème
ou de mortalité. Par contre, le risque d’être
séparé à 34-35 semaines pour un enfant prématuré
est de 50 à 60%, et encore à peu près de 30
à 40% à 35-36 semaines. Donc, c’est un risque
qui n’est pas vital qui n’est pas fondamental à
long terme. Mais c’est une séparation des parents,
que les parents réalisent tout d’un coup quand ils
sont séparés physiquement de leur enfant. Je crois
que c’est une catégorie d’enfants qu’il
ne faut pas banaliser pour cette raison.
ZQ
: C’est vrai que, tant qu’on n’est pas confronté
à la situation, il y a peut-être une méconnaissance
des parents du risque d'être séparés une à
deux semaines de leur bébé, que ça risque même
de durer plus longtemps et que peut-être l’allaitement
va mettre plus de temps à s’enclencher, ou qu'il y
aura du stress dû à la séparation. Et ça
c’est un travail que les professionnels pourraient faire,
de parler et d’informer qu’une séparation c’est
difficile.
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