TROP D'ENFANTS PREMATURES
Comment prévenir ?   (10.05.07)


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Témoignage et Interview diffusés pendant le débat

Premier Témoignage

J’étais enceinte de 7 mois, donc 28 semaines. Le 25 décembre je suis allée faire la fête en famille, comme c’était Noël. Et quand je suis revenue j’ai eu mal au ventre. Le 26 je suis quand même allée travailler, mais le soir ça n’allait toujours pas. Le 27 je suis allée à l’hôpital où on m’a conduite dans une chambre. Là on m'a mit une perfusion pour calmer les contractions parce que, moi, je ne savais pas que j'avais des contractions. Je me disais que c’était le mal au ventre que j’avais eu le 25 qui continuait. Et en fait c’était des contractions comme ils me l’ont dit quand je suis arrivée à l’hôpital. Je suis restée alitée pendant trois jours et puis le 30 décembre la petite est arrivée très brusquement. Je ne peux pas dire exactement ce qui a causé ça, parce même les médecins ne m’ont pas dit ce qui a provoqué la venue aussi tôt de ma fille. Tout ce que je sais c’est qu’ils ont essayé de tout faire pour retarder l'accouchement, mais elle est quand même venue. Ce qui était très dur pour moi parce que je n’avais pas encore fini ma grossesse, je ne me voyais pas encore accoucher. Je me voyais encore enceinte. Cela m’a fait un coup très dur. Je ne m’attendais pas à ça, je n’avais pas encore vu ma grossesse, qui commençait à peine à se voir et c’est là où la petite est venue. Il y a même certaines personnes qui ne savaient pas que j’étais enceinte parce que justement ils ne m’ont pas vue avec un gros ventre. C’était mon septième mois de grossesse, c’était le mois où je commençais à prendre plaisir d’être enceinte. Et puis c’est là où elle est venue d'un coup. Je me suis sentie vide d’un coup parce que je n’étais pas encore prête à accoucher. Je ne m’attendais pas à ça. Je me suis sentie un peu... je me suis culpabilisée, je me suis demandé ce que j’avais pu faire de mal pour qu’elle soit déjà là.
Je me suis posé plein de questions. Et à la naissance quand on a essayé de me donner ma fille dans les bras, j’ai refusé. Ce n’était pas mon bébé. Pour moi, mon bébé devait être encore dans mon ventre. Pour moi c’était un fœtus, ce n’était pas un bébé. C’est maintenant que je l’appelle un vrai bébé. Au début j’ai dit non ce n’est pas un bébé. Quand j'en parlais, je disais : "c’est un petit bébé, un petit truc, c’est un fœtus, ce n’est pas un bébé". C’est seulement maintenant, alors qu'elle a quatre mois, que je considère que c’est un bébé. Au début ce n’était pas un bébé pour moi.

SR : Elle pesait combien à la naissance ?

Elle pesait 1kg 320.

SR : L'a-t-on mise en couveuse ?

On l’a mise en couveuse où elle a passé un mois, et puis un mois à l’unité de développement dans un lit chauffant. C’était difficile de la voir dans la couveuse parce qu’elle souffrait. Ce n’était pas ce que je voulais pour elle. Je voulais qu’elle sorte comme un bébé normal, sans souffrance avec toute la joie possible. Et puis dans la couveuse avec tous ces trucs qu’elle avait sur elle, tous les fils, tout ça, c’était une souffrance qu’elle ne méritait pas. Du reste, je lui disais :"Tu vois si tu étais restée dans mon ventre tu ne serais pas en train de souffrir comme ça. Tu ne serais pas en train de te battre. J'aurais tout fait pour que tu puisses mieux te développer".

SR : Mais ça c’est bien passé pour elle dans cette période là ?

Oui, ça c’est bien passé pour elle parce qu’elle n’a fait aucune maladie. Tout allait bien pour elle en-dehors de la jaunisse que tous les enfants attrapent. Sinon tout allait très bien.

SR : Et par rapport au lien avec elle ?

Au début c’est vrai, je ne voulais même pas la prendre. Je ne voulais pas la voir. Et puis après la sortie de la couveuse, j’ai commencé à la mettre au sein et c’est là que j’ai commencé à avoir un contact avec elle, et j’ai commencé à considérer que c’était un vrai bébé. Elle avait pris des kilos. Elle avait déjà des yeux assez formés parce qu’au début c’était un fœtus, je ne veux même pas dire un bébé, un fœtus donc c’était dur. C’était dur de voir un fœtus que j’avais vu sur un écran et de la voir en réalité. Ce n’était pas facile pour moi en tous cas. Maintenant, c’est une vraie petite fille. C’est un vrai bébé comme je le dis à tout le monde. Ce n’est plus un fœtus maintenant. Je suis assez contente parce qu’elle évolue bien. Elle n'a pas de maladie, rien. Elle est assez forte et puis elle supporte très bien ses vaccins, ce qui me fais plaisir. Elle ne me fait pas des petites fièvres, des trucs comme ça. Elle est assez forte, assez combative. Je sens qu’elle veut vraiment se battre, elle veut vraiment avancer. Et puis ça, ça me fais aussi plaisir.

Deuxième témoignage

Karen, 38 ans, mariée, 3 enfants dont 2 jumeaux

Quand j’ai appris que j’attendais des jumeaux, j’avais à peu près 4 mois de grossesse. C’était le jour de l’amniocentèse. Je pensais avoir un enfant et en réalité le jour de l’amniocentèse, j’ai appris que j’avais deux bébés en moi et que la grossesse devenait une grossesse à risque étant donné que c’était plus compliqué avec des jumeaux. Les contrôles étaient beaucoup plus rapprochés que pour un enfant unique. Et là pour moi ça été un choc. Je ne pensais pas du tout avoir des jumeaux et c’était un choc. Ensuite, mon gynécologue m’a expliqué qu'une grossesse gémellaire était toujours à risque, qu'il fallait faire attention à beaucoup de choses. Mais il ne m'a pas décrit les choses auxquelles il fallait faire attention. Donc, j’ai continué ma vie comme elle se déroulait. Là-dessus, on a déménagé. Donc, avec mon mari on avait tout le déménagement à préparer et on avait beaucoup de soucis de ce côté-là. Côté travail, il y avait aussi un déménagement qui se profilait à l’horizon, donc, j’étais vraiment dans les cartons par dessus la tête. J’étais très fatiguée pour toutes ces raisons, mais aussi parce que je savais qu'après les deux déménagements, à la fin du congé maternité, je n’aurais plus de travail. Mon poste allait être supprimé. Et quand j’allais chez mon gynécologue, et que je lui demandais soit de m’arrêter un petit peu, soit d’essayer de lever le pied, il me disait :"Non, non tout va bien, pas de soucis, continuez à vivre normalement. Je vous arrêterai au début de l’année prochaine ou dans le courant de premier trimestre 2006."
Et les choses ont continué comme ça jusqu’au jour où, une nuit en me levant, j’ai senti une petite fuite. Quand j’ai regardé c’était du sang, je perdais du sang. J’ai vite été aux toilettes et en fait c’était une hémorragie, donc j’ai essayé de mettre un petit peu de papier toilette. Mon mari dormait et je l’ai appelé. Je lui ai demandé de trouver vite le numéro de la maternité. Là-dessus j’ai appelé la maternité qui m’a expliqué qu’il fallait absolument venir tout de suite, ce que j’ai fait. Je suis partie en voiture, ça devait être peut-être deux ou trois heures du matin. Et quand je suis arrivée à la maternité, on m’a auscultée, posé beaucoup de questions. Et on m’a dit : "Ecoutez, vous avez eu un décollement du placenta. Il faut donc rester tranquille quelques jours et normalement il n’y a pas de soucis. Ce sont des choses qu’on gère bien, ne vous inquiétez pas pour le moment, etc."
Moi, je n’étais pas du tout prête à entendre ça. Je devais partir le matin, j’avais des tas de choses à faire ce matin-là. Je leur ai dit : "A neuf heures, moi, il faut que je sois sortie, douchée, j’ai rendez-vous pour du travail, etc." Et là, on m’a dit : "Non, je crois que vous ne comprenez pas très bien, il faut que vous restiez là en tous cas aujourd’hui, au moins 24 heures."
Là-dessus, j’ai téléphoné à mon mari pour lui expliquer donc tout ça, et lui m’a dit : "Catastrophe, 24 heures, mais ce n’est pas possible. Comment on va faire ?"
On fait de toute façon, on trouve les solutions. Et, ça c’est avéré que c’était plus de 24 heures mais peut-être 2 ou 3 jours, voire 4 jours, voire une semaine. Et finalement, je suis restée 2 mois à l’hôpital, parce qu'il y avait une anomalie. Donc, d’abord le sang que j’avais perdu était dû un décollement du placenta. Et en recherchant à quel endroit du placenta cela se produisait, ils ont découvert une autre anomalie. C’est pour cette anomalie-là que j’ai dû rester 2 mois en unité prénatale.

SR : Comment avez-vous vécu cette période ?

Pas très bien. Bon le premier choc, c’était de devoir rester quelques jours ou même quelques heures à l’hôpital c’était pas du tout ce que j’avais envisagé, pas du tout ce que je voulais. Ensuite, c’était aussi très dur d’apprendre que c’était pour plusieurs jours et finalement pour plusieurs semaines. Donc, il y a eu ce premier diagnostic qui était ce décollement placentaire. Et la deuxième chose, quand ils ont découvert cette anomalie, on me l’a expliquée mais je crois que j’ai complètement refusé ce problème-là. Déjà parce que je ne comprenais pas vraiment ce qu’on m’expliquait. La gynécologue qui était en charge des patientes cette semaine-là, arrivait tous les matins me disant bonjour et : "Alors voilà, Madame, on a encore gagné un jour !" Et je lui disais : "Encore gagné un jour ? Mais c’est quoi, par rapport à quoi ? Qu’est-ce que vous me dites là ?" Et tous les matins elle arrivait en me disant : "Bonjour, on a encore gagné un jour !". Jusqu’au jour, je crois à la fin de la semaine, où j’ai demandé à une sage-femme : "Qu’est-ce que ça veut dire "on a encore gagné un jour"? Est-ce que je risque d’accoucher ici, ces jours ?" Et avec des mots beaucoup plus doux, cette sage-femme m’a expliqué concrètement quelle était cette anomalie. Elle m’a fait un dessin. J’ai mieux compris et je crois qu’à partir de là, j’ai dû accepter et faire mon deuil d’une fin de maternité idéale.
Si mes souvenirs sont bons, j’ai dû arriver à la maternité à la 27 ou 28ème semaine. Et on avait fixé plus ou moins un accouchement à 38 semaines, donc, ça faisait 10 semaines plus tard, donc 2 mois et demi après. 2 mois et demi c’était inimaginable de rester deux mois et demi dans cet hôpital, dans cette chambre, ce n’était pas possible. Ma fille et mon mari étaient dehors et c’était impossible d’accepter ça.
La prévention consistait en des contrôles quotidiens de monitoring : la tension, etc. Mais il n’y avait rien à faire. Il n’y avait pas de traitement. Il y avait simplement un suivi. Et puis, au cas où les contractions auraient démarré, au cas où il y aurait une perte des eaux, au moins j’étais sur place et tout le monde pouvait intervenir très rapidement.
Finalement, cela s’est terminé le 21 février avec un accouchement prématuré.
Les bébés sont arrivés, c’étaient deux garçons. Ils faisaient 1kg640 et 1kg760. Ils étaient tout petits. Moi, je les ai vus tout petits, et très vite ils ont été pris pour être mis dans les couveuses. Avec leurs 32 semaines, ils étaient quand même en bonne santé. J’avais eu plusieurs piqûres de cortisone pour la maturation des poumons et donc de ce côté-là, je crois qu’ils ont eu très peu de masque à oxygène. Ils ont eu aussi très peu de temps en couveuse. Ils n'ont dû passer que quelques jours, ou une toute petite semaine en couveuse. Après quoi ils ont passé 2 à 3 semaines dans des lits chauffants, enfin ce que l’unité là-bas appelle des lits chauffants. Et chaque jour, c’était un petit peu mieux. Ils prenaient un petit peu de poids, ils se nourrissaient bien …
Aujourd’hui ils ont un peu plus d’un an, et ils vont très biens.

     
     


   
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