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Témoignage
et Interview diffusés pendant le débat
Premier
Témoignage
J’étais
enceinte de 7 mois, donc 28 semaines. Le 25 décembre je suis
allée faire la fête en famille, comme c’était
Noël. Et quand je suis revenue j’ai eu mal au ventre.
Le 26 je suis quand même allée travailler, mais le
soir ça n’allait toujours pas. Le 27 je suis allée
à l’hôpital où on m’a conduite dans
une chambre. Là on m'a mit une perfusion pour calmer les
contractions parce que, moi, je ne savais pas que j'avais des contractions.
Je me disais que c’était le mal au ventre que j’avais
eu le 25 qui continuait. Et en fait c’était des contractions
comme ils me l’ont dit quand je suis arrivée à
l’hôpital. Je suis restée alitée pendant
trois jours et puis le 30 décembre la petite est arrivée
très brusquement. Je ne peux pas dire exactement ce qui a
causé ça, parce même les médecins ne
m’ont pas dit ce qui a provoqué la venue aussi tôt
de ma fille. Tout ce que je sais c’est qu’ils ont essayé
de tout faire pour retarder l'accouchement, mais elle est quand
même venue. Ce qui était très dur pour moi parce
que je n’avais pas encore fini ma grossesse, je ne me voyais
pas encore accoucher. Je me voyais encore enceinte. Cela m’a
fait un coup très dur. Je ne m’attendais pas à
ça, je n’avais pas encore vu ma grossesse, qui commençait
à peine à se voir et c’est là où
la petite est venue. Il y a même certaines personnes qui ne
savaient pas que j’étais enceinte parce que justement
ils ne m’ont pas vue avec un gros ventre. C’était
mon septième mois de grossesse, c’était le mois
où je commençais à prendre plaisir d’être
enceinte. Et puis c’est là où elle est venue
d'un coup. Je me suis sentie vide d’un coup parce que je n’étais
pas encore prête à accoucher. Je ne m’attendais
pas à ça. Je me suis sentie un peu... je me suis culpabilisée,
je me suis demandé ce que j’avais pu faire de mal pour
qu’elle soit déjà là.
Je me suis posé plein de questions. Et à la naissance
quand on a essayé de me donner ma fille dans les bras, j’ai
refusé. Ce n’était pas mon bébé.
Pour moi, mon bébé devait être encore dans mon
ventre. Pour moi c’était un fœtus, ce n’était
pas un bébé. C’est maintenant que je l’appelle
un vrai bébé. Au début j’ai dit non ce
n’est pas un bébé. Quand j'en parlais, je disais
: "c’est un petit bébé, un petit truc,
c’est un fœtus, ce n’est pas un bébé".
C’est seulement maintenant, alors qu'elle a quatre mois, que
je considère que c’est un bébé. Au début
ce n’était pas un bébé pour moi.
SR
: Elle pesait combien à la naissance ?
Elle
pesait 1kg 320.
SR
: L'a-t-on mise en couveuse ?
On
l’a mise en couveuse où elle a passé un mois,
et puis un mois à l’unité de développement
dans un lit chauffant. C’était difficile de la voir
dans la couveuse parce qu’elle souffrait. Ce n’était
pas ce que je voulais pour elle. Je voulais qu’elle sorte
comme un bébé normal, sans souffrance avec toute la
joie possible. Et puis dans la couveuse avec tous ces trucs qu’elle
avait sur elle, tous les fils, tout ça, c’était
une souffrance qu’elle ne méritait pas. Du reste, je
lui disais :"Tu vois si tu étais restée dans
mon ventre tu ne serais pas en train de souffrir comme ça.
Tu ne serais pas en train de te battre. J'aurais tout fait pour
que tu puisses mieux te développer".
SR
: Mais ça c’est bien passé pour elle dans cette
période là ?
Oui,
ça c’est bien passé pour elle parce qu’elle
n’a fait aucune maladie. Tout allait bien pour elle en-dehors
de la jaunisse que tous les enfants attrapent. Sinon tout allait
très bien.
SR
: Et par rapport au lien avec elle ?
Au
début c’est vrai, je ne voulais même pas la prendre.
Je ne voulais pas la voir. Et puis après la sortie de la
couveuse, j’ai commencé à la mettre au sein
et c’est là que j’ai commencé à
avoir un contact avec elle, et j’ai commencé à
considérer que c’était un vrai bébé.
Elle avait pris des kilos. Elle avait déjà des yeux
assez formés parce qu’au début c’était
un fœtus, je ne veux même pas dire un bébé,
un fœtus donc c’était dur. C’était
dur de voir un fœtus que j’avais vu sur un écran
et de la voir en réalité. Ce n’était
pas facile pour moi en tous cas. Maintenant, c’est une vraie
petite fille. C’est un vrai bébé comme je le
dis à tout le monde. Ce n’est plus un fœtus maintenant.
Je suis assez contente parce qu’elle évolue bien. Elle
n'a pas de maladie, rien. Elle est assez forte et puis elle supporte
très bien ses vaccins, ce qui me fais plaisir. Elle ne me
fait pas des petites fièvres, des trucs comme ça.
Elle est assez forte, assez combative. Je sens qu’elle veut
vraiment se battre, elle veut vraiment avancer. Et puis ça,
ça me fais aussi plaisir.
Deuxième témoignage
Karen,
38 ans, mariée, 3 enfants dont 2 jumeaux
Quand
j’ai appris que j’attendais des jumeaux, j’avais
à peu près 4 mois de grossesse. C’était
le jour de l’amniocentèse. Je pensais avoir un enfant
et en réalité le jour de l’amniocentèse,
j’ai appris que j’avais deux bébés en
moi et que la grossesse devenait une grossesse à risque étant
donné que c’était plus compliqué avec
des jumeaux. Les contrôles étaient beaucoup plus rapprochés
que pour un enfant unique. Et là pour moi ça été
un choc. Je ne pensais pas du tout avoir des jumeaux et c’était
un choc. Ensuite, mon gynécologue m’a expliqué
qu'une grossesse gémellaire était toujours à
risque, qu'il fallait faire attention à beaucoup de choses.
Mais il ne m'a pas décrit les choses auxquelles il fallait
faire attention. Donc, j’ai continué ma vie comme elle
se déroulait. Là-dessus, on a déménagé.
Donc, avec mon mari on avait tout le déménagement
à préparer et on avait beaucoup de soucis de ce côté-là.
Côté travail, il y avait aussi un déménagement
qui se profilait à l’horizon, donc, j’étais
vraiment dans les cartons par dessus la tête. J’étais
très fatiguée pour toutes ces raisons, mais aussi
parce que je savais qu'après les deux déménagements,
à la fin du congé maternité, je n’aurais
plus de travail. Mon poste allait être supprimé. Et
quand j’allais chez mon gynécologue, et que je lui
demandais soit de m’arrêter un petit peu, soit d’essayer
de lever le pied, il me disait :"Non, non tout va bien, pas
de soucis, continuez à vivre normalement. Je vous arrêterai
au début de l’année prochaine ou dans le courant
de premier trimestre 2006."
Et les choses ont continué comme ça jusqu’au
jour où, une nuit en me levant, j’ai senti une petite
fuite. Quand j’ai regardé c’était du sang,
je perdais du sang. J’ai vite été aux toilettes
et en fait c’était une hémorragie, donc j’ai
essayé de mettre un petit peu de papier toilette. Mon mari
dormait et je l’ai appelé. Je lui ai demandé
de trouver vite le numéro de la maternité. Là-dessus
j’ai appelé la maternité qui m’a expliqué
qu’il fallait absolument venir tout de suite, ce que j’ai
fait. Je suis partie en voiture, ça devait être peut-être
deux ou trois heures du matin. Et quand je suis arrivée à
la maternité, on m’a auscultée, posé
beaucoup de questions. Et on m’a dit : "Ecoutez, vous
avez eu un décollement du placenta. Il faut donc rester tranquille
quelques jours et normalement il n’y a pas de soucis. Ce sont
des choses qu’on gère bien, ne vous inquiétez
pas pour le moment, etc."
Moi, je n’étais pas du tout prête à entendre
ça. Je devais partir le matin, j’avais des tas de choses
à faire ce matin-là. Je leur ai dit : "A neuf
heures, moi, il faut que je sois sortie, douchée, j’ai
rendez-vous pour du travail, etc." Et là, on m’a
dit : "Non, je crois que vous ne comprenez pas très
bien, il faut que vous restiez là en tous cas aujourd’hui,
au moins 24 heures."
Là-dessus, j’ai téléphoné à
mon mari pour lui expliquer donc tout ça, et lui m’a
dit : "Catastrophe, 24 heures, mais ce n’est pas possible.
Comment on va faire ?"
On fait de toute façon, on trouve les solutions. Et, ça
c’est avéré que c’était plus de
24 heures mais peut-être 2 ou 3 jours, voire 4 jours, voire
une semaine. Et finalement, je suis restée 2 mois à
l’hôpital, parce qu'il y avait une anomalie. Donc, d’abord
le sang que j’avais perdu était dû un décollement
du placenta. Et en recherchant à quel endroit du placenta
cela se produisait, ils ont découvert une autre anomalie.
C’est pour cette anomalie-là que j’ai dû
rester 2 mois en unité prénatale.
SR
: Comment avez-vous vécu cette période ?
Pas
très bien. Bon le premier choc, c’était de devoir
rester quelques jours ou même quelques heures à l’hôpital
c’était pas du tout ce que j’avais envisagé,
pas du tout ce que je voulais. Ensuite, c’était aussi
très dur d’apprendre que c’était pour
plusieurs jours et finalement pour plusieurs semaines. Donc, il
y a eu ce premier diagnostic qui était ce décollement
placentaire. Et la deuxième chose, quand ils ont découvert
cette anomalie, on me l’a expliquée mais je crois que
j’ai complètement refusé ce problème-là.
Déjà parce que je ne comprenais pas vraiment ce qu’on
m’expliquait. La gynécologue qui était en charge
des patientes cette semaine-là, arrivait tous les matins
me disant bonjour et : "Alors voilà, Madame, on a encore
gagné un jour !" Et je lui disais : "Encore gagné
un jour ? Mais c’est quoi, par rapport à quoi ? Qu’est-ce
que vous me dites là ?" Et tous les matins elle arrivait
en me disant : "Bonjour, on a encore gagné un jour !".
Jusqu’au jour, je crois à la fin de la semaine, où
j’ai demandé à une sage-femme : "Qu’est-ce
que ça veut dire "on a encore gagné un jour"?
Est-ce que je risque d’accoucher ici, ces jours ?" Et
avec des mots beaucoup plus doux, cette sage-femme m’a expliqué
concrètement quelle était cette anomalie. Elle m’a
fait un dessin. J’ai mieux compris et je crois qu’à
partir de là, j’ai dû accepter et faire mon deuil
d’une fin de maternité idéale.
Si mes souvenirs sont bons, j’ai dû arriver à
la maternité à la 27 ou 28ème semaine. Et on
avait fixé plus ou moins un accouchement à 38 semaines,
donc, ça faisait 10 semaines plus tard, donc 2 mois et demi
après. 2 mois et demi c’était inimaginable de
rester deux mois et demi dans cet hôpital, dans cette chambre,
ce n’était pas possible. Ma fille et mon mari étaient
dehors et c’était impossible d’accepter ça.
La prévention consistait en des contrôles quotidiens
de monitoring : la tension, etc. Mais il n’y avait rien à
faire. Il n’y avait pas de traitement. Il y avait simplement
un suivi. Et puis, au cas où les contractions auraient démarré,
au cas où il y aurait une perte des eaux, au moins j’étais
sur place et tout le monde pouvait intervenir très rapidement.
Finalement, cela s’est terminé le 21 février
avec un accouchement prématuré.
Les bébés sont arrivés, c’étaient
deux garçons. Ils faisaient 1kg640 et 1kg760. Ils étaient
tout petits. Moi, je les ai vus tout petits, et très vite
ils ont été pris pour être mis dans les couveuses.
Avec leurs 32 semaines, ils étaient quand même en bonne
santé. J’avais eu plusieurs piqûres de cortisone
pour la maturation des poumons et donc de ce côté-là,
je crois qu’ils ont eu très peu de masque à
oxygène. Ils ont eu aussi très peu de temps en couveuse.
Ils n'ont dû passer que quelques jours, ou une toute petite
semaine en couveuse. Après quoi ils ont passé 2 à
3 semaines dans des lits chauffants, enfin ce que l’unité
là-bas appelle des lits chauffants. Et chaque jour, c’était
un petit peu mieux. Ils prenaient un petit peu de poids, ils se
nourrissaient bien …
Aujourd’hui ils ont un peu plus d’un an, et ils vont
très biens.
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