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GENERALITES
1.
Toutes les études concernant l'efficacité des médicaments sont-elles
faites par l'industrie ?
2.
Il n'y a donc pas de contre-expertise des autorités fédérales, de
Swissmedic ou de l'OFAS, pour essayer de vérifier les études que
vous avez faites ?
3. Quel est le coût de la recherche pour un nouveau
médicament ?
4. Est-ce nous, citoyens suisses, qui devons payer
la recherche de l'industrie pharmaceutique ?
5. Qu'est-ce que la prime
à l'innovation ?
6. Pourquoi donner une
prime à l'innovation et donc un surprix pour un produit qui va garder
ce prix-là pendant quinze ans ?
7. Quelle est la stratégie
utilisée parfois par l'industrie pharmaceutique pour ne pas baisser
le prix d'un médicament quand son brevet arrive à échéance ?
8. Les quatre pays européens
de référence pour la fixation des prix ont-ils été choisis au hasard ?
9. Une bonne réglementation
permet-elle d’avoir de meilleurs prix ?
10. Qu’est-ce qu’un
médicament générique ?
11. Pourquoi n’y
a-t-il pas de médicaments génériques en France ?
12. Les médicaments
ont-ils toujours le même nom d’un pays à l’autre
ou changent-ils de dénomination ?
13. L’industrie
pharmaceutique peut-elle faire de la publicité grand public
pour des médicaments sur la liste des spécialités ?
Question
: Toutes les études concernant l'efficacité des médicaments sont-elles
faites par l'industrie ?
MG :
Ah oui, bien entendu. C'est fait par nous, par notre recherche.
Il faut peut-être, là, séparer deux choses. Il me semble important
de citer le fait qu'en Suisse nous passons à travers deux offices
différents. D'abord Swissmedic qui regarde essentiellement l'efficacité
et la sécurité d'un médicament, et ensuite nous passons à l'OFAS
dans lequel on regarde encore une fois l'efficacité et l'économicité
du produit en le comparant, d'une part aux produits qui existent
déjà sur le marché suisse, donc c'est une comparaison transversale,
et ensuite une comparaison avec les pays de référence qui sont quatre.
Et, parmi ces quatre pays, il y en a deux, en particulier le Danemark
qui comprend tous les pays européens, ce qui veut dire qu'effectivement,
quand on dit aujourd'hui que les médicaments modernes suisses ont
un prix européen, c'est effectivement le cas.
Question
: Il n'y a donc pas de contre-expertise des autorités fédérales,
de Swissmedic ou de l'OFAS, pour essayer de vérifier les études
que vous avez faites ?
MG :
Non. Mais il faut dire que les études cliniques aujourd'hui sont
quand même analysées du point de vue de l'efficacité d'une part
mais aussi de l'éthique. Aujourd'hui on ne peut plus faire une étude
sur un petit nombre uniquement. Toutes les études de phase 3, qui
servent justement à l'enregistrement, ont plusieurs milliers de
patients. Donc ce sont des résultats qui sont clairs et nets. En
fait dès qu'on soumet un dossier, on est sûr que l'efficacité est
celle qu'on a décrite dans nos dossiers.

Question
: Quel est le coût de la recherche pour un nouveau médicament
?
MG :
La recherche coûte très cher. Aujourd'hui, il faut compter pour
le développement
d'un nouveau médicament entre huit cent millions et un milliard
de francs. Donc c'est assez impressionnant comme chiffre. Tout en
ayant un risque. On n'est jamais sûr qu'un produit que vous allez
développer, d'ailleurs pour arriver à un produit il faut partir
d'à peu près dix milles molécules sur une période qui se situe entre
huit et douze ans, donc vous voyez, c'est quand même un investissement
qui est relativement colossal pour arriver à un résultat.
Question
: Est-ce nous, citoyens suisses, qui devons payer la recherche de
l'industrie pharmaceutique ?
MM :
En fait c'est très souvent l'explication qu'on obtient lorsqu'on
pose la question. En disant que pour avoir des médicaments qui sont
très efficaces, des nouveaux médicaments, ma foi, ça a un prix et
puis c'est les citoyens suisses qui vont l'assumer. Alors, effectivement,
il faut bien que quelqu'un les paie.
Par
contre, quand on se rend compte que finalement, en Suisse, on consomme
des médicaments mais que seuls 28 % des médicaments qu'on consomme
en Suisse sont fabriqués en Suisse, que 72 % des médicaments
fabriqués en Suisse sont exportés et puis qu'on constate qu'il y
a des différences de prix très importantes selon les pays, on se
demande mais pourquoi est-ce que les citoyens suisses seraient les
seuls à supporter les frais de la recherche pour des médicaments
qui vont profiter à bien d'autres pays.
Question
: Qu'est-ce que la prime à l'innovation ?
MG :
Dès que vous êtes en mesure de prouver que votre médicament a effectivement
un potentiel additionnel thérapeutique qui n'a jamais été démontré
auparavant, eh bien, on arrive, parfois, à négocier une prime à
l'innovation, à savoir un prix qui est un peu plus élevé qu'un produit
qui existe déjà sur le marché. La première phase de fixation d'un
prix en Suisse est l'analyse transversale des produits qui existent
déjà, et donc, c'est par rapport à ces produits qu'on peut avoir
une prime.
Cette
prime à l'innovation pour une entreprise comme la mienne, qui est
française, est généralement relativement petite, de l'ordre de 10
à 12% de plus qu'un produit qui existe déjà.
CR :
C'est vrai que cette prime à l'innovation donne des produits plus
chers mais ça me satisfait beaucoup plus, éthiquement parlant, qu'il
y ait une prime à l'innovation dans la mesure où, s'il y a un nouveau
produit qui apporte réellement quelque chose sur le plan thérapeutique,
je crois qu'il faut impérativement, vu les coûts de la recherche,
pouvoir le bonifier.
Question
: Pourquoi donner une prime à l'innovation et donc un surprix pour
un produit qui va garder ce prix-là pendant quinze ans ?
M.
GABELLA : Alors il y a déjà une chose qu'il faut dire. Aujourd'hui,
ce n'est plus comme avant 2001, quand le prix d'un produit était
fixé pour quinze ans. Aujourd'hui, les choses ont changé. Depuis
quelques mois, un produit qui est admis dans la liste garde ce même
prix pendant deux ans, et au bout de deux ans déjà on révise le
prix en fonction des pays de référence. Et après, pendant treize
ans effectivement le prix reste constant.
La prime à l'innovation,
elle, se fixe par rapport à un produit qui existe déjà sur le marché,
qui peut être ancien. Le nouveau produit aura une efficacité plus
grande et une sécurité plus grande et il aura coûté aussi plus cher
au développement. Aujourd'hui, il faut entre 800 millions et un milliard
pour développer un nouveau produit avec un risque naturellement. Il
y a beaucoup de produits qui n'arrivent jamais à maturité et donc
il est correct, il me semble, de payer ce médicament un peu plus cher
que ceux qui existent déjà dans le marché.
Question
: Quelle est la stratégie utilisée parfois par l’industrie
pharmaceutique pour ne pas baisser le prix d’un médicament
quand son brevet arrive à échéance ?
MM : C’est important de savoir qu’en Suisse l’industrie
pharmaceutique est favorisée pendant quelques années.
C’est un peu cette prime à l’innovation qui court
comme ça pendant quinze ans et on dit : "Ben voilà
! Vous avez découvert la molécule, vous l’avez
développée, donc vous pouvez retrouver vos investissements."
C’est le brevet. Vous pouvez en disposer et puis en tirer un
certain revenu, mais au bout de quinze ans, finalement tout ça
tombe dans le domaine public. Il est donc possible de faire des génériques.
Il est apparu que certaines industries pharmaceutiques en profitaient
pour retravailler un petit peu surtout l’emballage d’ailleurs
et remettre sur le marché quelque chose qui ressemblait méchamment
à un produit dont le brevet venait d’échoir. C’était
exactement les mêmes molécules. Donc là on se
rend compte que, même quand la loi offre des possibilités
pour que le prix du médicament baisse, finalement les entreprises
ont des parades pour quand même maintenir un niveau des prix
relativement élevé.
Question
: Les quatre pays européens de référence pour
la fixation des prix ont-ils été choisis au hasard ?
MM : Non,
je ne crois pas parce qu’en fait ce sont des pays où
les médicament sont relativement plus chers au niveau européen.
Nous, on avait demandé, à l’occasion de la modification
de l’ordonnance en question, que la France et l’Italie
deviennent aussi des pays de référence, parce que la
France a des prix de médicaments moins chers et l’Italie
beaucoup moins chers. Donc on s’était dit que si on mettait
dans le panier à la fois des pays qui sont à peu près
comme nous ou plus chers dans les pays européens, qu’on
prenne aussi le moins cher pour rééquilibrer aussi à
l’avantage des assurés et du système de santé
Suisse. Ça, on ne l’a pas obtenu vraiment, puisque la
France pourra être utilisée seulement à titre
subsidiaire.
MG : J’aimerais encore évoquer les pays
de référence qui sont donc l’Allemagne, le nouveau
c’est donc le Royaume Uni, ensuite les Pays-Bas qui est un pays
qui fixe ses prix aussi sur la base de pays de référence
qui sont l’Allemagne, le Royaume Uni, la Belgique et la France.
Ensuite le Danemark, qui lui, par contre, intègre encore un
nombre plus grand de pays : la Belgique, la Finlande, la Grèce,
les Pays-Bas, l’Irlande, l’Italie, la Norvège,
le Portugal, l’Espagne, le Royaume Uni, la Suède, l’Allemagne
et l’Autriche. Donc avec ces quatre pays on fixe un prix qui
est européen.
Question
: Une bonne réglementation permet-elle d’avoir de meilleurs
prix ?
CR : Effectivement
si on veut avoir les meilleurs prix, il faut de la réglementation.
Et c’est particulièrement vrai pour le médicament.
Le médicament n’est pas un produit de consommation comme
les autres et il ne sera jamais un produit comme les autres. On a
des médicaments actuellement qui n’ont jamais été
aussi puissants et aussi efficaces que par le passé. Et si
on a un médicament qui est efficace, ça veut dire que
nécessairement, et par définition, il a des effets secondaires.
Et s’il a des effets secondaires il faut effectivement les utiliser
avec responsabilité et précaution. Donc il faut déjà
un minimum de réglementation quant au bon usage des médicaments.
Si on veut essayer de dire que la libre concurrence c’est intéressant
parce que je vais aller choisir où je trouve le produit au
meilleur coût, si moi je décide d’acheter un vélo,
j’irai voir deux, trois magasins de vélos. A un certain
moment je vais choisir celui qui me plaît et puis je vais dire
celui-là est moins cher ; je vais le prendre parce que je l’ai
choisi et je le paie. Au niveau du médicament, ce n’est
pas vous qui choisissez votre médicament, c’est le médecin
qui pose un diagnostic et qui vous prescrit un médicament.
Ensuite ce n’est pas vous qui payez non plus – enfin indirectement
c’est l’assurance qui le paie. Alors ce qu’on constate
derrière nos comptoirs tous les jours, c’est ce que les
gens nous disent : "Est-ce que ce médicament est pris
en charge par la caisse maladie ?". Si, sur une ordonnance il
y a un médicament qui n’est pas pris en charge par la
caisse maladie ils ne le prennent pas parce qu’ils ne veulent
pas le payer. Par contre s’il est pris par la caisse maladie,
ils le prennent. Et puis d’autres disent : "Mais est-ce
que ça ce serait pris par la caisse maladie ?". Si oui,
je paie déjà tellement de cotisations à ma caisse
maladie qu’au moins j’ai un retour sur investissement.
Alors ça, on l’entend tous les jours, c’est comme
ça. Donc il y aura beaucoup plus d’influence sur les
prix en ayant une réglementation qui permette un bon approvisionnement
à toute la population aux meilleures conditions. Parce que,
si on fait de la libre concurrence, on aura de très bons prix
entre Zürich et Genève, mais je n’aimerais pas être
dans le Jura ou le Valais. Il faut savoir aussi ce que l’on
veut avec la santé.
Question
: Qu’est-ce qu’un médicament générique
?
MG : Un
générique est un produit pour lequel le brevet est arrivé
à échéance et qui donc peut être copié
sans porter préjudice à la personne ou à l’entreprise
qui a découvert la molécule. Aujourd’hui nous
avons en Suisse 3 % de génériques. C’est un des
marchés dans lequel la part du générique est
peut-être la moins grande et il y a des raisons à ça.
On pourrait avoir 25 % de génériques. Le problème
est le suivant : c’est qu’il y a un certain nombre d’entreprises
qui sont spécialisées dans ce business. Qu’ont-elles
fait ? Elles ont choisi les produits dans lesquels il y avait un volume
plus grand, où il y avait un niveau de prix qui était
plus élevé et donc les 3 % auxquels on fait référence
ce sont les génériques qui correspondent en fait à
ceux qui peuvent avoir un prix moyen de 14 francs. Alors que le 25
% qui reste a un prix moyen de 9 francs. Donc vous voyez que c’était
un choix de faire un peu d’argent encore avec des génériques.
J’aimerais dire encore un point qui me paraît important.
Un générique c’est une substance originale pour
laquelle le brevet est arrivé à échéance.
C’est donc un produit qui a été découvert
il y a 25 ans, donc c’est un produit d’une autre génération,
ça me paraît important de le citer. Aujourd’hui,
si quelqu’un de ma famille devait avoir un problème je
préférerais qu’il bénéficie plutôt
d’une nouvelle molécule.
Question
: Pourquoi n’y a-t-il pas de médicaments génériques
en France ?
MG : Il
y a des génériques mais effectivement ils n’ont
pas pris. Ils sont en train de se développer, mais ça
n’a pas encore pris l’importance que le Gouvernement français
souhaiterait qu’ils prennent. C’est vrai que le système
français avec ses limitations de volume pour les entreprises
et les taxes qu’on fait payer aux entreprises fait qu’effectivement
il n’y a pas vraiment d’intérêt à
ça. Il y a une autre chose peut-être qu’il faut
évoquer, on a parlé de coûts de la santé,
il faut bien savoir que le coût est le prix fois le volume,
il ne faut pas l’oublier. Or on s’aperçoit aujourd’hui
en France que les prix sont relativement plus bas qu’en Europe
en particulier pour les anciens médicaments. Or, la France
est le pays qui consomme le plus de médicaments ! Sur une feuille
d’ordonnance en Suisse généralement on trouve
en moyenne deux produits, en France vous arrivez jusqu’à
dix !
Question
: Les médicaments ont-ils toujours le même nom d’un
pays à l’autre ou changent-ils de dénomination
?
MG : Dans
la plupart des cas on essaie dans la mesure du possible d’avoir
le même nom. Ceci parce qu’aujourd’hui il y des
échanges entre un pays et l’autre et le patient doit
être en mesure de pouvoir s’approvisionner du même
produit dans un autre pays. Donc on essaie dans la mesure du possible
d’avoir le même nom. Ce n’est pas toujours le cas,
parfois il faut avoir la possibilité d’en changer. C’est
pourquoi lorsqu’on enregistre un produit, généralement
on peut essayer d’enregistrer deux noms différents pour
qu’on en ait un de rechange si par hasard un problème
de concurrence ou de proximité de nom avec un autre produit
peut faire qu’on en ait besoin.
Question
: L’industrie pharmaceutique peut-elle faire de la publicité
grand public pour des médicaments sur la liste des spécialités
?
MG : Non.
SR : Il y a des moyens. Vous avez vu la publicité pour le Viagra
: des annonces dans les journaux où il est écrit "problèmes
d’érection ? Parlez-en à votre médecin"
et en petit en bas de la pub on peut lire "Pfizer", le fabricant
du Viagra.
MG : Je ne sais pas du tout en fait si Pfizer a choisi en fait un
moyen comme ça. En tous cas, en ce qui concerne notre entreprise,
on n’en a pas les moyens. D’ailleurs, c’est interdit.
Il est vrai qu’aujourd’hui, quand on développe
un produit, en particulier quand on a des produits qui s’adressent
à une population relativement restreinte de patients, pour
pouvoir trouver des patients à inclure dans des études
cliniques il y a eu quelques fois l’utilisation d’annonces
dans les journaux. Il s’agit essentiellement d’études
qui sont faites pour ces patients qui sont relativement rares. La
publicité grand public est interdite.
SR : Elle est interdite mais il y a des moyens de la détourner.
MG : vous savez, il y a des moyens pour tout. Je crois que l’on
vient à parler d’un point qui me paraît extrêmement
important, en particulier pour mon entreprise, qui s’appelle
éthique et citoyenneté. C’est un des piliers de
notre philosophie et nous y tenons particulièrement. D’ailleurs
j’aurai des exemples si vous voulez, par la suite, en parler.
Je crois qu’il est du rôle de l’industrie pharmaceutique
aujourd’hui d’être éthique, d’être
une entreprise citoyenne et d’être une entreprise partenaire.
SR : La publicité indirecte, c’est quelque chose que
vous avez utilisé chez Sanofi-Synthélabo. L’année
dernière, par exemple, il y avait des panneaux dans la ville
de Genève avec le slogan "Avez-vous des problèmes
de sommeil ? Parlez-en à votre médecin". Et tout
en bas c’était écrit en petit : Sanofi-Synthélabo.
Quelque part, c’est de la publicité ça, parce
que vous fabriquez le Stillnox, qui est un médicament très
connu dans ce domaine.
MG : Absolument. Qui est un excellent médicament d’ailleurs.
Cette campagne, qui a d’ailleurs été faite pendant
quinze jours et ce n’était pas uniquement en ville de
Genève, c’était dans huit villes suisses. Elle
était en fait le reflet d’une campagne européenne
qui avait été organisée par la Société
européenne de recherche sur le sommeil et qui voulait essayer
de sensibiliser un certain nombre de personnes qui peuvent avoir des
problèmes de troubles du sommeil, qui sont dangereux d’ailleurs,
pour pouvoir les amener à consulter un médecin. Juste
pour précision : à cette campagne nous avions associé
aussi le Touring Club. Il faut savoir que 40 % des accidents de la
route qui se passent le matin sont dus aussi à des problèmes
de manque de sommeil ou alors de troubles du sommeil. Et c’est
pour ça que nous avions fait cette campagne qui a quand même
apporté un certain nombre de précisions sur cette maladie.
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