PRIX DES MEDICAMENTS
Pourquoi sont-ils si chers en Suisse ?
(06.03.03)


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1. GENERALITES
2. COMPARAISON PRIX
3. BAISSER LES PRIX
 
 


COMPARAISON PRIX

1. Pourquoi les prix des médicaments sont-ils moins chers en France qu’en Suisse ?
2. Pourquoi les anciens médicaments sont-ils plus chers en Suisse que dans le reste de l’Europe ?
3. Pourquoi les nouveaux médicaments sont-ils systématiquement plus chers ?

Question : Pourquoi les prix des médicaments sont-ils moins chers en France qu’en Suisse ?
MG : Ce sont deux systèmes de santé qui sont entièrement différents. On ne peut pas comparer notre système de santé, ici en Suisse, avec celui de la France. Moi je sais que mes collègues français, par exemple, sont obligés, à chaque fois qu’ils demandent un prix, de fournir des preuves comme quoi ils créent des places de travail supplémentaires ou alors ils ont un investissement industriel supplémentaire. Ça, c’est le premier bloc de demandes et le deuxième est la limitation des volumes, à savoir qu’à chaque fois que j’introduis un nouveau médicament en France, je suis obligé de réduire le prix d’anciens médicaments. C’est une régulation qui se fait sur la base du volume. Donc vous voyez, c’est un système qui est entièrement différent, qu’on ne peut pas comparer directement au nôtre.
Il y a une autre chose que j’aimerais ajouter : je crois que notre système de santé est un système de santé, je dirais, presque parfait, dans le sens où tous les patients ont accès à un médicament. Si je prends le cas de la France, aujourd’hui en France, un patient qui a du cholestérol, en fait 70 % des patients qui ont du cholestérol n’ont pas accès à une statine, parce que le médecin n’est pas autorisé à prescrire ce médicament comme on le prescrit ici en Suisse, car il n’est pas remboursé par la sécurité sociale d’une part, et puis il y a des règles qui fixent un peu la manière de prescription des médecins en France.

MM : Concernant la Suisse, îlot de cherté, effectivement, en comparaison européenne, tout est beaucoup plus cher en Suisse. Dans le cadre de la révision de la loi sur le cartel, les commerçants de détail ont commandé des études parce qu’en fait ils se retrouvent au bout de la chaîne. Ils aimeraient bien pouvoir aussi s’approvisionner en France pour pouvoir faire profiter les consommateurs et les consommatrices suisses de prix moins élevés qu’aujourd’hui. En fait, leur étude est très intéressante parce qu’elle montre qu’une partie de cette différence n’est pas due, comme on le croit, à nos salaires élevés, aux loyers des immeubles qu’il faut payer, aux frais de publicité qui s’ajoutent. Il y aurait plutôt un problème avec des importateurs qui se mettent des marges dans la poche. Alors qu’il y ait quelques marges, tout le monde doit bien vivre mais là il y a aussi un potentiel d’économies. Et ce qu’il ne faut pas oublier c’est que notre situation est aggravée du fait qu’on n’est pas dans l’Union européenne. Maintenant les pays membres de l’Union européenne ont des possibilités d’approvisionnement qui sont beaucoup plus grandes. C’est un marché unique et nous on reste seuls au milieu de ce marché unique et les pressions dans beaucoup de secteurs se font sentir. Et sur ce thème-là, les commerçants de détail étaient avec nous pour demander un renforcement de la loi sur les cartels pour qu’on ne soient pas les seuls finalement à faire les frais de cet isolement. Alors je crois qu’il y a encore des marges de manœuvre tout en étant bien consciente qu’en Suisse on a un niveau de vie qui n’est pas celui de la Grèce, qu’on ne peut pas obtenir des produits aux prix grecs. Ce n’est pas ce qu’on demande, mais il y a quand même là, à mon avis, une grande marge de manœuvre qu’on peut encore exploiter dans l’intérêt des consommateurs et des consommatrices.


Question : Pourquoi les anciens médicaments sont-ils plus chers en Suisse que dans le reste de l’Europe ?

CR : C’est principalement dû à des taux de change, à l’accumulation au fil des ans des taux de change. Ce que l’on constate c’est que le prix des anciens médicaments, depuis 1990, enfin déjà depuis 1980, a baissé comparativement à l’indice du prix à la consommation. Donc ils ont évolué en dessous de l’augmentation de l’indice des prix à la consommation. Mais il n’en reste pas moins vrai qu’ils sont plus chers et c’est principalement un problème de taux de change. Alors ce problème de taux de change, moi, je ne l’avais jamais compris parce que je ne suis pas économiste, jusqu’à ce que j’aille en Italie deux années consécutivement en vacances au même endroit et j’ai constaté que la deuxième année, en étant le même nombre de personnes, en payant exactement la même chose c’était 25 % meilleur marché que l’année précédente, tout simplement parce que la lire était dévaluée dans l’intervalle.
Et on a ce problème-là effectivement avec tous les pays qui nous entourent. Ce sera intéressant de voir maintenant avec l’euro. Là, il y aura certainement des changements mais c’était le cas en tous cas auparavant.

MM : Je voudrais juste préciser deux choses : Le prix du médicament en Suisse, il est déterminé par une négociation entre l’OFAS et le fabricant: Il y a toujours une marge de manœuvre pour négocier au plus bas. On doit peut-être renforcer les compétences de l’OFAS dans ce domaine. Mais je rappelle que le prix fabrique n’est pas le prix de revient, et seule l’industrie pharmaceutique connaît exactement à combien lui est revenu son médicament et à mon avis, là, on a encore une marge de manœuvre.

CR : Alors c’est vrai que dans nos pharmacies les médicaments suisses sont plus chers que dans les pharmacies françaises ou européennes. C’est tout simplement que le pharmacien suisse achète ses médicaments plus chers que ses collègues français. Il y a eu d’ailleurs un article intéressant dans le journal "Bon à savoir" du mois de janvier qui présentait un tableau de comparaison de prix d’achats. Je donne juste un exemple que tout le monde connaît : l’Immodium, un médicament contre la diarrhée, que mes collègues français achètent 4,25 francs, moi je l’achète en Suisse 8,60 francs donc inévitablement il y a une différence de prix ensuite à la vente. On dit que les médicaments sont plus chers, c’est vrai, mais c’est aussi vrai avec tous les produits originaux de consommation. Il se trouve que, maintenant, ça fait bientôt dix ou vingt ans qu’on parle du prix excessif des médicaments. Et puis, heureusement, avec l’entrée en vigueur de l’euro, on commence à pouvoir mieux comparer et on a eu des comparaisons intéressantes. Je cite trois exemples : un lit Ikea est 40 % plus cher en Suisse qu’en Allemagne, une machine AEG c’est 65 % et si je prends la viande, elle est 100 % plus cher en Suisse. Et dans cette comparaison-là les médicaments, eux, sont plus chers dans une fourchette de 16 à 25 % donc, comparativement, ils sont "moins plus chers" ! Et peut-être qu’ils sont "moins plus chers" parce que ça fait tellement longtemps qu’on en parle... Moi je me souviens toujours de Catherine Wahli qui nous présentait il y a quinze ans Voltaren et qui comparait. Ça a duré longtemps cette histoire, ça dure encore, d’ailleurs. Mais peut-être que le fait d’en parler beaucoup a eu comme conséquence qu’il y a eu beaucoup d’interventions mais uniquement au niveau budgétaire. Il y a eu d’abord les arrêtés fédéraux urgents qui ont bloqué les prix, ensuite il y a eu des baisses de prix, des baisses de marges donc tout cela a amené qu’effectivement il y a eu une pression sur les prix des médicaments.




Question : Pourquoi les nouveaux médicaments sont-ils systématiquement plus chers ?
CR : Effectivement les nouveaux médicaments qui sont sur le marché sont systématiquement beaucoup plus chers. Et on s’était posé la question de savoir pourquoi ils étaient aussi chers. Il y a, bien sûr, tout ce qui tourne autour de la recherche. Mais la revue Science et Vie a mené une très grande enquête qui a été publiée il y a deux ans et qui montrait que, finalement, une des causes majeures c’était que les entreprises industrielles qui sont mises en concurrence mettent sur le marché ce qu’on appelle des "me too", c’est-à-dire, des médicaments qui ont les mêmes indications thérapeutiques que bon nombre d’autres médicaments déjà sur le marché. Et c’est clair que, si je veux prendre des parts de marché et avoir une rentabilité, je vais choisir une classe thérapeutique qui coûte cher : antibiotiques, antidépresseurs, système cardio-vasculaire. La conséquence de cette inflation du nombre de médicaments, ce trop grand nombre de médicaments pour les mêmes indications aboutit à la situation où finalement, l’offre dépasse la demande de manière considérable, et puis l’industrie est condamnée à utiliser un marketing incroyable pour pouvoir placer son marché. Lorsqu’on applaudit, très justement d’ailleurs, au fait que la recherche et le développement sont majoritairement financés chez nous par l’industrie, elle finance beaucoup plus que les universités, la Confédération et les institutions d’Etat réunies, mais dans la vente et le marketing, ils investissent trois fois plus. Alors c’est clair que ça a des conséquences sur le prix, et sur les incitations ensuite, qu’elles soient publicitaires, qu’elles soient cliniques, etc…

MG : J’aimerais réagir sur deux points. Le premier c’est effectivement celui des coûts de marketing et le deuxième c’est celui en fait des "me too".
En ce qui concerne les "me too", ce sont des produits qui sont en fait des copies des produits qui existent déjà. C’est vrai que les deux, trois, peut-être le quatrième produit qui arrivera sur le marché aura encore une chance d’avoir un bon développement. Par contre, ceux qui arriveront après n’auront qu’une chance limitée. Donc même si le prix est plus ou moins égal à celui qui existe déjà, l’apport de ce produit va être extrêmement limité.
En ce qui concerne le marketing, je crois qu’il faut tout d’abord apporter une précision : quand on parle de marketing, on ne parle pas de publicité, ce n’est pas de la publicité comme on peut en faire pour des savonnettes par exemple. La plupart de ces coûts de marketing contiennent de l’information médicale et de la formation médicale, à savoir des études cliniques que nous appelons de phase 4 qui serviront en particulier à permettre au médecin de prendre en main le produit, de l’utiliser d’une part, et d’autre part aussi d'essayer d’évaluer un peu sur de plus grandes masses de patients encore la sécurité de ce produit. Donc je ne sais pas d’où viennent les chiffres de M. REPOND (deux à trois fois le coût du produit) mais je pense que c’est un peu exagéré. Moi je dirai que le coût de marketing c’est à peu près, si on prend une base 100 pour le prix fabrique, un tiers qui est utilisé pour la formation. J’éviterais ce terme de marketing…

 


     
   
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