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COMPARAISON PRIX
1.
Pourquoi les prix des médicaments sont-ils moins chers en
France qu’en Suisse ?
2.
Pourquoi les anciens médicaments sont-ils plus chers en Suisse
que dans le reste de l’Europe ?
3. Pourquoi les nouveaux médicaments sont-ils
systématiquement plus chers ?

Question
: Pourquoi les prix des médicaments sont-ils moins chers
en France qu’en Suisse ?
MG : Ce sont deux systèmes de santé qui sont entièrement
différents. On ne peut pas comparer notre système
de santé, ici en Suisse, avec celui de la France. Moi je
sais que mes collègues français, par exemple, sont
obligés, à chaque fois qu’ils demandent un prix,
de fournir des preuves comme quoi ils créent des places de
travail supplémentaires ou alors ils ont un investissement
industriel supplémentaire. Ça, c’est le premier
bloc de demandes et le deuxième est la limitation des volumes,
à savoir qu’à chaque fois que j’introduis
un nouveau médicament en France, je suis obligé de
réduire le prix d’anciens médicaments. C’est
une régulation qui se fait sur la base du volume. Donc vous
voyez, c’est un système qui est entièrement
différent, qu’on ne peut pas comparer directement au
nôtre.
Il y a une autre chose que j’aimerais ajouter : je crois que
notre système de santé est un système de santé,
je dirais, presque parfait, dans le sens où tous les patients
ont accès à un médicament. Si je prends le
cas de la France, aujourd’hui en France, un patient qui a
du cholestérol, en fait 70 % des patients qui ont du cholestérol
n’ont pas accès à une statine, parce que le
médecin n’est pas autorisé à prescrire
ce médicament comme on le prescrit ici en Suisse, car il
n’est pas remboursé par la sécurité sociale
d’une part, et puis il y a des règles qui fixent un
peu la manière de prescription des médecins en France.
MM : Concernant la Suisse, îlot de cherté, effectivement,
en comparaison européenne, tout est beaucoup plus cher en
Suisse. Dans le cadre de la révision de la loi sur le cartel,
les commerçants de détail ont commandé des
études parce qu’en fait ils se retrouvent au bout de
la chaîne. Ils aimeraient bien pouvoir aussi s’approvisionner
en France pour pouvoir faire profiter les consommateurs et les consommatrices
suisses de prix moins élevés qu’aujourd’hui.
En fait, leur étude est très intéressante parce
qu’elle montre qu’une partie de cette différence
n’est pas due, comme on le croit, à nos salaires élevés,
aux loyers des immeubles qu’il faut payer, aux frais de publicité
qui s’ajoutent. Il y aurait plutôt un problème
avec des importateurs qui se mettent des marges dans la poche. Alors
qu’il y ait quelques marges, tout le monde doit bien vivre
mais là il y a aussi un potentiel d’économies.
Et ce qu’il ne faut pas oublier c’est que notre situation
est aggravée du fait qu’on n’est pas dans l’Union
européenne. Maintenant les pays membres de l’Union
européenne ont des possibilités d’approvisionnement
qui sont beaucoup plus grandes. C’est un marché unique
et nous on reste seuls au milieu de ce marché unique et les
pressions dans beaucoup de secteurs se font sentir. Et sur ce thème-là,
les commerçants de détail étaient avec nous
pour demander un renforcement de la loi sur les cartels pour qu’on
ne soient pas les seuls finalement à faire les frais de cet
isolement. Alors je crois qu’il y a encore des marges de manœuvre
tout en étant bien consciente qu’en Suisse on a un
niveau de vie qui n’est pas celui de la Grèce, qu’on
ne peut pas obtenir des produits aux prix grecs. Ce n’est
pas ce qu’on demande, mais il y a quand même là,
à mon avis, une grande marge de manœuvre qu’on
peut encore exploiter dans l’intérêt des consommateurs
et des consommatrices.
Question : Pourquoi les anciens médicaments
sont-ils plus chers en Suisse que dans le reste de l’Europe ?
CR : C’est principalement dû à des taux de change,
à l’accumulation au fil des ans des taux de change.
Ce que l’on constate c’est que le prix des anciens médicaments,
depuis 1990, enfin déjà depuis 1980, a baissé
comparativement à l’indice du prix à la consommation.
Donc ils ont évolué en dessous de l’augmentation
de l’indice des prix à la consommation. Mais il n’en
reste pas moins vrai qu’ils sont plus chers et c’est
principalement un problème de taux de change. Alors ce problème
de taux de change, moi, je ne l’avais jamais compris parce
que je ne suis pas économiste, jusqu’à ce que
j’aille en Italie deux années consécutivement
en vacances au même endroit et j’ai constaté
que la deuxième année, en étant le même
nombre de personnes, en payant exactement la même chose c’était
25 % meilleur marché que l’année précédente,
tout simplement parce que la lire était dévaluée
dans l’intervalle.
Et on a ce problème-là effectivement avec tous les
pays qui nous entourent. Ce sera intéressant de voir maintenant
avec l’euro. Là, il y aura certainement des changements
mais c’était le cas en tous cas auparavant.
MM : Je voudrais juste préciser deux choses : Le prix du
médicament en Suisse, il est déterminé par
une négociation entre l’OFAS et le fabricant: Il y
a toujours une marge de manœuvre pour négocier au plus
bas. On doit peut-être renforcer les compétences de
l’OFAS dans ce domaine. Mais je rappelle que le prix fabrique
n’est pas le prix de revient, et seule l’industrie pharmaceutique
connaît exactement à combien lui est revenu son médicament
et à mon avis, là, on a encore une marge de manœuvre.
CR : Alors c’est vrai que dans nos pharmacies les médicaments
suisses sont plus chers que dans les pharmacies françaises
ou européennes. C’est tout simplement que le pharmacien
suisse achète ses médicaments plus chers que ses collègues
français. Il y a eu d’ailleurs un article intéressant
dans le journal "Bon à savoir" du mois de janvier
qui présentait un tableau de comparaison de prix d’achats.
Je donne juste un exemple que tout le monde connaît : l’Immodium,
un médicament contre la diarrhée, que mes collègues
français achètent 4,25 francs, moi je l’achète
en Suisse 8,60 francs donc inévitablement il y a une différence
de prix ensuite à la vente. On dit que les médicaments
sont plus chers, c’est vrai, mais c’est aussi vrai avec
tous les produits originaux de consommation. Il se trouve que, maintenant,
ça fait bientôt dix ou vingt ans qu’on parle
du prix excessif des médicaments. Et puis, heureusement,
avec l’entrée en vigueur de l’euro, on commence
à pouvoir mieux comparer et on a eu des comparaisons intéressantes.
Je cite trois exemples : un lit Ikea est 40 % plus cher en Suisse
qu’en Allemagne, une machine AEG c’est 65 % et si je
prends la viande, elle est 100 % plus cher en Suisse. Et dans cette
comparaison-là les médicaments, eux, sont plus chers
dans une fourchette de 16 à 25 % donc, comparativement, ils
sont "moins plus chers" ! Et peut-être qu’ils
sont "moins plus chers" parce que ça fait tellement
longtemps qu’on en parle... Moi je me souviens toujours de
Catherine Wahli qui nous présentait il y a quinze ans Voltaren
et qui comparait. Ça a duré longtemps cette histoire,
ça dure encore, d’ailleurs. Mais peut-être que
le fait d’en parler beaucoup a eu comme conséquence
qu’il y a eu beaucoup d’interventions mais uniquement
au niveau budgétaire. Il y a eu d’abord les arrêtés
fédéraux urgents qui ont bloqué les prix, ensuite
il y a eu des baisses de prix, des baisses de marges donc tout cela
a amené qu’effectivement il y a eu une pression sur
les prix des médicaments.
Question : Pourquoi les nouveaux médicaments
sont-ils systématiquement plus chers ?
CR : Effectivement les nouveaux médicaments qui sont sur
le marché sont systématiquement beaucoup plus chers.
Et on s’était posé la question de savoir pourquoi
ils étaient aussi chers. Il y a, bien sûr, tout ce
qui tourne autour de la recherche. Mais la revue Science et Vie
a mené une très grande enquête qui a été
publiée il y a deux ans et qui montrait que, finalement,
une des causes majeures c’était que les entreprises
industrielles qui sont mises en concurrence mettent sur le marché
ce qu’on appelle des "me too", c’est-à-dire,
des médicaments qui ont les mêmes indications thérapeutiques
que bon nombre d’autres médicaments déjà
sur le marché. Et c’est clair que, si je veux prendre
des parts de marché et avoir une rentabilité, je vais
choisir une classe thérapeutique qui coûte cher : antibiotiques,
antidépresseurs, système cardio-vasculaire. La conséquence
de cette inflation du nombre de médicaments, ce trop grand
nombre de médicaments pour les mêmes indications aboutit
à la situation où finalement, l’offre dépasse
la demande de manière considérable, et puis l’industrie
est condamnée à utiliser un marketing incroyable pour
pouvoir placer son marché. Lorsqu’on applaudit, très
justement d’ailleurs, au fait que la recherche et le développement
sont majoritairement financés chez nous par l’industrie,
elle finance beaucoup plus que les universités, la Confédération
et les institutions d’Etat réunies, mais dans la vente
et le marketing, ils investissent trois fois plus. Alors c’est
clair que ça a des conséquences sur le prix, et sur
les incitations ensuite, qu’elles soient publicitaires, qu’elles
soient cliniques, etc…
MG : J’aimerais réagir sur deux points. Le premier
c’est effectivement celui des coûts de marketing et
le deuxième c’est celui en fait des "me too".
En ce qui concerne les "me too", ce sont des produits
qui sont en fait des copies des produits qui existent déjà.
C’est vrai que les deux, trois, peut-être le quatrième
produit qui arrivera sur le marché aura encore une chance
d’avoir un bon développement. Par contre, ceux qui
arriveront après n’auront qu’une chance limitée.
Donc même si le prix est plus ou moins égal à
celui qui existe déjà, l’apport de ce produit
va être extrêmement limité.
En ce qui concerne le marketing, je crois qu’il faut tout
d’abord apporter une précision : quand on parle de
marketing, on ne parle pas de publicité, ce n’est pas
de la publicité comme on peut en faire pour des savonnettes
par exemple. La plupart de ces coûts de marketing contiennent
de l’information médicale et de la formation médicale,
à savoir des études cliniques que nous appelons de
phase 4 qui serviront en particulier à permettre au médecin
de prendre en main le produit, de l’utiliser d’une part,
et d’autre part aussi d'essayer d’évaluer un
peu sur de plus grandes masses de patients encore la sécurité
de ce produit. Donc je ne sais pas d’où viennent les
chiffres de M. REPOND (deux à trois fois le coût du
produit) mais je pense que c’est un peu exagéré.
Moi je dirai que le coût de marketing c’est à
peu près, si on prend une base 100 pour le prix fabrique,
un tiers qui est utilisé pour la formation. J’éviterais
ce terme de marketing…
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