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BAISSER LES PRIX
1
.Pourrait-on introduire plus de concurrence dans le marché
des médicaments ?
2.
Qu’est-ce que les importations parallèles ?
3. Pourquoi avoir mis en place un nouveau système
de rémunération des pharmaciens ?
4. La nouvelle rémunération des pharmaciens
n’est-elle pas passée assez mal auprès des patients
?
5. Si les patients étaient mieux informés,
utiliseraient-ils plus de génériques ?
6. Quelle pourrait être l’influence sur
les prix des ventes de médicaments par Internet ?
7. Ne pourrait-on pas vendre les médicaments
en plus petites unités ?
8. Qu’est-ce que les cercles de qualité
et en quoi sont-ils intéressants pour faire baisser les coûts
de la santé ?
9. Les cercles de qualité qui ont commencé
dans le canton de Fribourg se sont-ils étendus à d’autres
cantons ?

Question
: Pourrait-on introduire plus de concurrence dans le marché
des médicaments ?
MM : Je
trouve quand même curieux que, dans ce domaine de la santé,
où depuis maintenant deux ou trois ans (depuis l’introduction
de la LAMal, mais ça s’amplifie) on entend des autorités,
des politiques, des caisses maladies, qu’on veut plus de concurrence
dans le système, plus de concurrence entre les caisses maladies,
ça va faire baisser les prix. Nous on voit les effets que
ça a, la concurrence entre caisses maladies. On avait imaginé
que les caisses allaient se concurrencer sur la qualité de
leurs services. En fait elles se concurrencent en essayant de se
piquer les bons patients, ce qui fait que souvent les assurés
se retrouvent dans des situations vraiment problématiques.
Alors on a essayé de mettre de la concurrence partout et
puis le seul produit médicament, où pour moi la concurrence
peut jouer sans problème, alors là on n’arrive
pas à entrer en matière. Même les parlementaires
de droite qui sont pour la concurrence, sauf dans le domaine des
médicaments parce que là il y a quand même une
industrie à protéger. Alors, effectivement, on a intérêt
à avoir un bon approvisionnement en médicaments, d’avoir
de nouvelles molécules qui soignent les nouvelles maladies.
Mais quand même, on a en Suisse une législation qui
permet à M. Vasela, le directeur général de
Novartis, de toucher un salaire annuel de 20 millions. Il ne les
vole pas ces 20 millions, c’est le système en place,
c’est notre législation qui le permet. Alors entre
20 millions de revenu et peut-être un petit peu moins, moi
je pense qu’il y a encore de la marge, qu’on peut encore
négocier des prix plus intéressants parce qu’au
bout du compte ce sont nous les assurés qui payons une grosse
partie des coûts de la santé.
CR : Je suis obligé d’intervenir sur le plus de concurrence
pour faire baisser les prix. On a un exemple parfait qui est les
Etats-Unis où il y a une concurrence, effectivement importante,
dans le domaine des médicaments. On constate qu’ils
ont des coûts de la santé de 30 % supérieurs
aux nôtres, et pour les coûts des médicaments
c’est beaucoup plus. Cela a été publié
dans le Temps du 16 février 2003. Le prix des médicaments
originaux, si on prend la valeur 100 comme valeur de référence
pour la Suisse, on est à 83 pour l’Allemagne, 75 pour
la Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ils sont à 270, parce
que justement c’est la libre concurrence. Je vous cite ici
le vice-président de l’entreprise Monsanto qui se plaint
de la croissance de la vente des médicaments qui a stagné
en Europe. Elle a stagné parce qu’elle a fait une progression
de 7 %. Il cite comme cause de cette stagnation de l’évolution
du marché des médicaments, la forte régulation
qu’il y a en Europe. Effectivement dans tous les pays y compris
chez nous il y a une forme d’administration. Alors qu’aux
Etats-Unis où le marché est libre une belle augmentation
de 16 % est observée. Alors la libéralisation sur
le médicament ça donnera ça. On a dit tout
à l’heure aussi qu’une des causes du prix élevé
des nouveaux médicaments c’est qu’il y en a trop.
C’est clair que si on libéralise plus, il y en aura
d’autant plus. Cela va être quelque chose d’absolument
infernal.
MG : Un médicament n’est pas un produit comme un autre,
ce n’est pas une savonnette. C’est un produit qui doit
être utilisé pour un bénéfice thérapeutique
et il doit être utilisé selon des consignes prescrites
par le médecin et contrôlées par le pharmacien.
Question : Qu’est-ce que les importations
parallèles ?
MM : Alors
en fait les importations parallèles n’ont de sens que
s’il y a des prix différenciés, c’est-à-dire,
si le prix du médicament "x" est différent
en France, en Italie, en Espagne… L’idée c’est
qu’un grossiste suisse ira s’approvisionner sur le marché
espagnol, par exemple, pour pouvoir vendre ce médicament
en Suisse à un prix inférieur à celui qu’il
a en Suisse et supérieur à celui qu’il a en
Espagne. Pour les médicaments ce n'est pas possible mais
j’ai pris un mauvais exemple. L’idée c’est
d’aller à l’étranger, là où
c’est le moins cher pour pouvoir vendre le produit en Suisse
à un prix légèrement inférieur au marché.
Alors c’est clair qu’en ce qui concerne les médicaments,
c’est quelque chose qu’on souhaiterait. C’est
un élément qui permettrait aussi de faire baisser
les prix. Il faut savoir que le marché du médicament
ce n’est pas un marché comme les autres, et puis c’est
quand même un marché un petit peu comme les autres
puisqu’il y a du marketing, puisqu’il y a des techniques
de vente. Et puis on s’est demandé pourquoi il y a
ces différences de prix. Est-ce que c’est dû
à des facteurs économiques ? Est-ce qu’on paie
mieux nos employés ici qu’à l’étranger
? Mais on se rend compte que ça n’explique pas vraiment
la différence. Après on s’est demandé
si la structure du marché suisse est différente. Finalement,
c’est un petit pays, peut-être que ça a aussi
une influence sur cette différence de prix. En fait non !
Ce qui explique la majeure partie des différences de prix
que l’on constate aujourd’hui, c’est vraiment
nos lois, c’est la législation, en particulier les
règles liées à la fixation des prix. C’est
aussi le droit des brevets qui concerne les médicaments et
qui empêche justement les importations parallèles.
Il fait même plus, en fait, il cloisonne le marché,
il empêche aussi la concurrence à l’intérieur
d’un pays. Et puis c’est aussi d’autres règles
liées à l’admission des produits. Donc en fait,
c’est la législation suisse qui est en partie responsable
de ces prix si élevés.
Alors avec les importations parallèles qui sont aujourd’hui
impossibles, mais comme le Parlement est en train de réviser
la loi sur les cartels, nous on demande aussi que cette loi soit
un peu renforcée, que des sanctions soient prises à
l’encontre des entreprises qui ne jouent pas le jeu. On aimerait
aussi que la question des brevets soit réglée pour
permettre une certaine ouverture du marché des médicaments.
Parce que si Novartis met un médicament sur le marché
français à un certain prix, il paraît un peu
contradictoire qu’on nous interdise d’aller l’acheter
en France alors que c’est l’entreprise qui a déterminé
le prix pour pouvoir le vendre en Suisse. Ce serait en fait une
façon de créer un peu de concurrence dans ce marché
des médicaments. Mais pour l’instant, ce n’est
malheureusement pas possible parce que la loi nous l’interdit.
MG : Les importations parallèles ne feraient pas vraiment
baisser les prix. Je vais vous donner deux exemples. Si je prends
le pays dans lequel cette importation parallèle est la plus
développée, c’est le Danemark. Le Danemark qui
va chercher des médicaments en Espagne, en Grèce,
au Portugal, là où les anciens médicaments
sont le meilleur marché. En 2002, le Danemark a eu une croissance
des coûts des médicaments de 12 %. En Suisse on a eu
6.6 % et on n’a pas d’importation parallèle.
MM : Il y a quand même un potentiel d’économies.
Le Conseil Fédéral a fait réaliser une étude
sur la question, relativement exhaustive, aussi à la demande
du Parlement. L’étude a été livrée
en novembre de l’année dernière. Et là,
les économistes évaluent le potentiel de baisse de
prix à 5 %. Ce qui est quand même intéressant.
MG : Il ne faut pas oublier qu’en Suisse nous avons depuis
1995 une ordonnance et des moyens de réviser les produits.
Au bout de quinze ans de liste des spécialités, on
reprend la liste des produits, on regarde le prix que nous avons
par rapport aux pays de référence. Et, le cas échéant
– et dans la plupart des cas, c’est le cas - le prix
est diminué. Ce qui fait que, depuis 1995 jusqu’en
2002, nous avons déjà pu réduire le coût
des médicaments de 250 millions de francs. Ce qui fait plus
que les 5 % d’économie des importations parallèles.
Ça fait presque 10 % du marché pharmaceutique de la
liste des spécialités.
CR : Je voudrais ajouter que, par exemple avec notre nouvelle rémunération,
on a déjà (depuis dix-huit mois) fait faire une économie
aux caisses maladies de 150 millions.
Question : Pourquoi avoir mis en place un nouveau
système de rémunération des pharmaciens ?
CR
: Brièvement, je crois qu’il faut préciser que
le système qui prévalait avant était basé
uniquement sur les marges et puis il avait atteint depuis très
longtemps ses limites. Pourquoi ? C’est parce qu’il
n’avait aucun effet incitatif sur les coûts. Effectivement,
le pharmacien avait tout intérêt à se voir prescrire
des médicaments chers et en plus grand nombre possible, parce
que je rappelle quand même que les pharmaciens n’interviennent
pas dans les coûts de la santé publique puisque, pour
que l’assurance paie ces médicaments, il faut qu’ils
soient prescrits, et on a vu que c’était l’OFAS
ou l’industrie qui fixait les prix et pas le pharmacien. Mais
enfin, il n’y avait pas d’effet incitatif ni sur le
prix, ni sur les volumes. Et puis ensuite il était aussi
inéquitable vis-à-vis des assurés parce qu’on
a constaté qu’avec l’ancien système le
17 % des médicaments (donc les médicaments chers)
généraient le 50 % du revenu du travail du pharmacien.
Et ça veut dire que c’étaient les assurés
qui avaient la malchance d’être en mauvaise santé
ou qui avaient besoin de médicaments chers qui finalement
subventionnaient pour une bonne part ceux qui avaient la chance
d’être en bonne santé. Enfin c’était
parce que c’était un système qui nous mettait
dans une situation extrêmement inconfortable parce que justement
avec l’introduction de nouveaux médicaments chers sur
le marché, on voyait nos revenus, le chiffre d’affaire
des pharmacies augmenter sans que notre travail augmente, et ça
c’est indéniable, en valeur absolue c’était
le cas.
Alors c’était très confortable économiquement
pour nous mais c’était très inconfortable politiquement,
raison pour laquelle on a adopté et on a proposé ce
nouveau modèle de rémunération qui a mis un
certain nombre d’années à arriver et qui comprend,
en gros, une part de marge, malgré tout, calculée
à partir du prix de fabrique, cette part de marge couvre
les frais financiers et la partie logistique aussi bien du grossiste
que du pharmacien, des frais qui sont indépendants du produit,
n’importe quel produit a aussi ces coûts-là.
Par contre, le travail du pharmacien, lui, est rémunéré
de manière forfaitaire, c’est-à-dire que le
pharmacien touchera la même chose quel que soit le volume
ou le prix du médicament. Si vous venez chez moi avec une
ordonnance pour un médicament à 300 francs ou à
6 francs, ma rémunération sera la même. Et si
vous prenez dix boîtes en même temps, on ne comptera
également qu’une fois ce revenu. Alors l’intérêt
du système c’est qu’il est tout à fait
transparent parce qu’il y a un organisme de contrôle
entre Santésuisse (les assureurs) et la Société
Suisse de Pharmacie qui contrôle qu’effectivement il
ne fallait pas qu’on profite de l’introduction d’un
nouveau modèle de rémunération pour gagner
encore plus. Il était surtout non incitatif, je crois que
vous l’avez compris puisque c’est indépendant
du volume et puis surtout et c’est peut-être pour ça
qu’il a moins bien passé dans la population, il respectait
le principe de solidarité, c’est-à-dire que
les gens qui effectivement avait des médicaments chers, ceux-là
ont vu leur participation diminuer. Un médicament qui coûtait
300 francs avant l’entrée en vigueur au 1er juillet
2001 de ce nouveau mode de rémunération, eh bien après
est passé à 230 francs, c’est l’ordre
de grandeur. Mon prix d’achat, lui, n’a pas changé.
Par contre, la personne qui est en bonne santé et puis qui
de temps en temps a un problème et qui a besoin d’un
Ponstan (analgésique)... On a vu ça dans les journaux
à x reprises, alors c’était le scandale parce
que les pharmaciens profitent à nouveau de se remplir les
poches avec le nouveau système puisque ce médicament
bon marché (environ 12 francs) n’a pas changé
de prix mais il y avait cette taxe en plus.

Question : La nouvelle rémunération
des pharmaciens n’est-elle pas passée assez mal auprès
des patients ?
MM : Alors,
effectivement le nouveau système est entré en vigueur
en juillet 2001 et je crois qu’on a été submergé
d’appels, à notre permanence téléphonique,
d’assurés qui ne savaient plus trop comment ça
se passait, pourquoi est-ce qu’il y avait ces taxes. En plus,
tous les pharmaciens n’avaient pas tout à fait compris
comment le système fonctionnait. Donc il y avait une phase
d’adaptation et on se rendait compte qu’il y avait des
pratiques aussi différentes. Quelqu’un qui avait oublié
quelque chose à la pharmacie et qui y allait après
six heures et demie se retrouvait encore avec une taxe beaucoup
plus élevée. Donc c’est vrai, les gens se sont
dit, et notamment les gens qui ont une assurance maladie de base
avec une franchise très élevée, qui avaient
besoin de consommer des médicaments qui auparavant étaient
très peu chers et puis qui étaient très rarement
malades, eux, trouvaient que le nouveau système était
particulièrement défavorable à leur situation.
Alors c’est clair que là il y a un effort d’information
qui s’est fait, il y a des pratiques qui se sont uniformisées
et puis nous on avait quand même à cœur que ce
nouveau système permette une stabilisation de l’augmentation
des coûts, notamment dans le domaine des médicaments.
C’était l’objectif qui devait atteindre ce système
et si on arrive à l’atteindre, effectivement il y aura
de nouveau une certaine forme de solidarité entre assurés
ce qu’on pouvait tout à fait accepter. S’est
greffé encore par là-dessus, et ça on est aussi
intervenu au niveau fédéral, c’est l’autorité
fiscale qui a décidé que finalement cette taxe ,ça
pouvait être un bon moyen pour remplir ses caisses puisque
maintenant elles sont soumises à TVA donc elles ont augmenté,
en catimini presque, parce que nous on s’en est rendu compte
grâce à la sagacité d’un de nos membres
qui nous a fait parvenir un décompte de caisse en disant
mais pourquoi est-ce que le prix de ces taxes ont augmenté
et en fait, M. Villiger a décrété qu’on
pouvait soumettre les prestations des pharmaciens à la TVA.
Question
: Si les patients étaient mieux informés, utiliseraient-ils
plus de génériques ?
MM : Sans doute, mais l’information à qui ? Souvent
on dit que c’est les patients. Je rappelle qu’on est
dans le cadre des médicaments qui sont prescrits par un médecin,
donc sans ordonnance vous ne pouvez pas les obtenir. Donc là
il y a un gros travail à faire de sensibilisation auprès
des médecins. Les pharmaciens ont maintenant cette possibilité
de substituer, d’ailleurs il y a même un incitatif qui
est prévu lorsqu’ils le proposent. Une enquête
française montrait qu’en fait les pharmaciens pouvaient
se répartir en trois catégories : les convaincus de
la substitution qui chaque fois leur proposaient le générique
qu’ils estimaient être le plus adapté et le plus
économique, il y avait les indifférents (si le patient
demandait un générique, ils le lui donnaient), et
puis les réfractaires. Alors, il n’y a pas d’étude
comme ça en Suisse qui le montre mais je peux m’imaginer
que ce soit pareil et puis idem finalement chez les médecins,
parce qu’on constate aussi que, pour une personne qui est
habituée à un médicament qui a été
prescrit par son médecin, arriver à la pharmacie,
être face à un pharmacien qui va lui dire : "Je
vous propose autre chose", il y a peut-être aussi un
problème de confiance : "Mon médecin ne m’a
pas prescrit ce qu’il fallait". Donc je crois vraiment
que pour cette part de marché, c’est vrai les génériques
sont à 3 % en Suisse, en Allemagne c’est 17 % donc
là on a un potentiel de croissance intéressant et
d’économies aussi. Non seulement les patients doivent
être sensibilisés et les pharmaciens doivent accentuer
leur travail, mais les médecins aussi.
En ce qui concerne les patients, dans notre journal on aborde régulièrement
les problèmes de santé et la problématique
des génériques est présentée, notamment
aussi pour les médicaments qui ne sont pas remboursés
par les caisses maladies. Là chacun d’entre nous peut
réaliser une économie en prenant conseil auprès
du pharmacien. Finalement il aura un produit tout aussi efficace
et à coût moindre. Donc ça c’est quelque
chose qu’on fait effectivement.
CR : Ce qui est vrai par rapport aux génériques c’est
qu’en Suisse ils représentent 3 % des coûts
: sur 100 francs payés par la caisse maladie il y a 3 francs
pour les génériques. Mais c’est faux de dire
que c’est très peu en termes de génériques
proposés et que les médecins et les pharmaciens le
font très peu. Pourquoi ? Parce que le 60 % des médicaments
suisses n’ont pas de générique, enfin c’est
des originaux, on n’est pas à l’échéance
du brevet. Donc il ne reste que 40 % des médicaments qui
pourraient être au bénéfice d’un générique.
Et sur ces 40 %, il y a 27 % du solde qui n’a tout simplement
pas de générique. Donc on a 10 % de l’ensemble
des médicaments utilisés, prescrits en Suisse qui
ont un générique et sur ce 10 % effectivement on a
déjà 3 % des coûts. Ça veut dire qu’en
termes de coûts on fait 30 % de la substitution possible en
termes de coûts mais en termes d’unités c’est
beaucoup plus. Pourquoi ? Parce qu’effectivement un générique
est justement meilleur marché qu’un produit original,
donc en coût je peux vendre plus de génériques
que d’originaux. Le calcul a été fait, en 2001
le nombre d’unités de génériques possibles
substituables en Suisse est 42 %. Alors il faut arrêter de
dire que ça ne se fait pas. Ce qui est vrai, par contre,
c’est qu’on pourrait augmenter le nombre de génériques
et ça va venir.
On pourrait au maximum faire le 40 % des médicaments tombés
à échéance. Et je pense que ça ira beaucoup
plus vite parce qu’au début, c’est vrai que notre
industrie pharmaceutique freinait. Elle n’avait pas intérêt
à avoir des génériques et elle se protégeait.
On ne reviendra pas sur les moyens qu’elle a utilisés
mais cette même industrie maintenant a constaté que
c’est le marché qui évolue le plus au niveau
des médicaments. A tel point que l’industrie pharmaceutique
maintenant rachète des filiales qui fabriquent des génériques.
Novartis, par exemple, fait renaître de ses cendres la marque
Sandoz avec comme objectif stratégique d’en faire le
leader mondial des génériques. Alors je pense que
ça va aller plus vite, tout dépendra ensuite de ce
qui sera accepté par l’OFAS.
Question : Quelle pourrait être l’influence
sur les prix des ventes de médicaments par Internet ?
MM : Les
ventes de médicaments par Internet ou par correspondance
font partie des mesures pouvant faire baisser les prix. Mais il
y a des problèmes au niveau éthique. Un médicament
n’est pas un produit banal et je crois que le conseil à
la pharmacie est quand même nécessaire parce qu’il
peut y avoir des contre-indications, donc je ne crois pas qu’on
doit accepter de baisser les coûts à n’importe
quel prix et pas si on met en danger la sécurité des
patients. Je crois que c’est important.
CR : Sur Internet en général les gens s’approvisionnent
avec des médicaments qui ne sont pas autorisés à
la vente en Suisse, parce que c’est ça qui est intéressant
surtout, et il y en a beaucoup. Mais vous n’avez aucune garantie
que ce que vous recevez à la maison est bien le produit commandé.
Il y a plusieurs études qui ont été faites
en Suisse, aux Etats-Unis et en Europe qui ont montré que
dans plus de 50 % des commandes qui sont faites par Internet, on
ne reçoit pas le produit commandé. En plus dans les
produits reçus, il n’y a pas d’information pour
les patients. Il n’y a pas de mise en garde, parfois il y
a des produits qui ne sont pas déclarés, il n’y
a pas de composition, etc. Il y a eu "x" études
qui ont montré que c’était, en termes de sécurité,
incroyable.
A partir du moment où on multiplie les canaux de distribution,
il n’y a plus un regard qui permet de filtrer l’ensemble
des informations. Aux Etats-Unis, on sait que c’est le marché
le plus concurrentiel au niveau des médicaments, 15 % des
admissions dans les hôpitaux sont dues au mauvais usage des
médicaments. 15 % c’est considérable et ça
a plutôt tendance à augmenter. Donc si on veut faire
des économies, le médicament c’est l’outil
thérapeutique le meilleur marché dont on dispose.
C’est moins cher qu’une journée à l’hôpital,
qu’une journée en EMS, etc. Ça permet donc des
économies directes car on soigne, et indirectes car on retourne
plus vite au travail. Et puis des économies au niveau social,
qualité de vie et tout…
Ce qui manque c’est une coordination entre le milieu ambulatoire
et le milieu institutionnel pour permettre des économies.
Les économies on va les obtenir si on ne gaspille pas et
si on utilise le bon médicament pour la bonne personne au
bon moment.
Question
: Ne pourrait-on pas vendre les médicaments en plus petites
unités ?
CR : Je peux apporter un élément de réponse
parce que, dans le cadre de cette nouvelle rémunération
basée sur la prestation, on analyse l’ordonnance. Ce
n’est pas seulement le conseil, il y a aussi cette analyse
de l’adéquation de la bonne quantité de produit
pour le traitement en question. Et la question qu’on pose
systématiquement, en tous cas dans une pharmacie digne de
ce nom, c’est : "Est-ce que vous connaissez déjà
le médicament ou pas ?" Parce que si c’est la
première fois, on ne va jamais, ou on ne devrait pas vendre
une boîte de deux cents. On donne une petite boîte en
précisant de l’essayer et si ça convient bien,
on renouvelle et on met une grande boîte. Alors par contre,
après, il y a le problème des emballages. Effectivement
dans le système américain ou dans d’autres pays,
on compte à l’unité ce qui, pour des raisons
d’hygiène et pour "X" raisons, n’est
plus admis en Suisse depuis très longtemps. Il y a l’obligation
d’avoir des emballages hygiéniques et qui protègent
le médicament dans un conditionnement adéquat. Il
y a eu une amélioration quand même dans la grandeur
des emballages, notamment pour les traitements courts parce qu’il
est clair que pour les traitements chroniques, on sait qu’on
va le prendre longtemps et donc c’est important que le patient
soit compliant, discipliné s’il veut un succès
thérapeutique. Par contre, typiquement les antibiotiques,
on a pour un même antibiotique au même dosage des boîtes
de un, trois, sept, quatorze, quarante-deux comprimés. Selon
l’indication, on va vous donner la boîte qui correspond
à la durée du traitement. Donc il y a dans ce sens-là
un effort qui est fait. Mais si effectivement c’est la première
fois que vous utilisez un médicament et que vous repartez
tout de suite avec la grande boîte, demandez à votre
pharmacien, dites-lui : "Je vais d’abord essayer avec
une petite boîte."
Question : Qu'est-ce que les cercles de qualité
et en quoi sont-ils intéressants pour faire baisser les coûts de
la santé ?
CR : Le principe de base d’un cercle de qualité c’est
de réunir cinq à six médecins autour d’un
pharmacien qui est l’animateur du groupe. Pour animer ce groupe,
le pharmacien a deux outils. Un outil c’est l’ensemble
des prescriptions rétroactivement sur l’année
précédente de l’ensemble des médecins
de son groupe, l’ensemble des prescriptions, donc ça
veut dire qu’il faut les acheter ces données. Et puis
le deuxième outil c’est un dossier pharmacologique,
scientifique et surtout pharmaco-économique qui compare classe
thérapeutique par classe thérapeutique les coûts
journaliers pour chacun des médicaments. Et lorsqu’on
réunit, quand je réunis mes médecins pour discuter
par exemple du système cardio-vasculaire ou des antidépresseurs,
prenons un système plus simple, je vais d’abord leur
présenter le panier de la ménagère, chacun
verra exactement quel est le top ten de ces médicaments qui
coûtent le plus aux caisses maladies. Alors c’est déjà
une découverte pour eux parce qu’ils savent très
bien ce qu’ils prescrivent mais ils ne se rendent pas compte
de ce que ça coûte aux caisses maladies et ce qu’il
y a d’intéressant c’est qu’en comparant
leurs données tout à coup ils constatent, et on a
constaté ça dans toutes les classes thérapeutiques,
alors que c’est des médecins de la même région,
qu’on a des différences de un à trois pour une
même classe thérapeutique. C’est-à-dire
qu’un médecin dans mon groupe prescrira pour 60'000
francs d’antidépresseurs pour l’année
2002 et puis un autre aussi dans la même région prescrira
pour 20'000 francs. On a des différences considérables.
Alors c’est clair que ça les interpelle. Après,
on passe en revue, selon aussi ce qu’ils désirent,
les effets secondaires, ce qui les intéresse beaucoup, c’est
les effets secondaires et les interactions, il faut donc rappeler
ces choses-là, sans refaire de la pharmacologie fondamentale.
Mais surtout après, les guidelines internationales : quels
sont, pour cette classe thérapeutique, les médicaments,
qui, selon les normes internationales, sont prioritairement recommandés.
C’est le but justement, parce que c’est très
difficile d’avoir une information neutre, simple, parce que
l’essentiel de l’information est donnée par l’industrie…
Je voudrais citer un exemple : il y a une classe de médicaments
contre l’hypertension qui est excellente mais qui, chez 10
% des gens, provoque un effet secondaire qui est la toux. On est
obligé de changer. Et puis il est sorti une nouvelle classe
après, très intéressante, avec les mêmes
avantages et qui ne donne pas de toux. Mais c’est clair que
comme ils sont sortis après, ils sont plus chers. Ceux qui
les vendent ont dit : prescrivez ce médicament vous serez
tranquilles, plus aucun problème. Alors c’est juste
de prescrire ces médicaments-là chez les gens qui
toussent mais pas chez les autres. Donc il y a une autre possibilité
et là c’est un exemple simple. L’idée
ensuite c’est qu’une fois que les médecins voient
ces tableaux pharmaco-économiques, ce sont eux qui décident,
de manière consensuelle, entre eux s’ils veulent changer
ou pas leurs habitudes de prescriptions. Alors à ce niveau-là,
il y a deux cas de figure qui se présentent : soit ils font
une substitution générique, soit ils font un transfert
thérapeutique, c’est-à-dire ils remplacent un
médicament d’une classe par un autre original de la
même classe mais qui est nettement meilleur marché.
Et grâce à ça, on a observé qu’on
a pu faire plus d’économies en faisant un transfert
thérapeutique.
Les résultats montrent de réelles économies
: pour la dernière étude d’impact qui compare
2000 et 1999, c’était 36'000 francs d’économie
par année par médecin. Sur 26 médecins, on
a fait quasi 1'960'000 francs d’économie pour les caisses
maladies fribourgeoises cette année-là. Ce n’est
pas négligeable, même si dans les milliards des coûts
de la santé, ça reste dérisoire, mais je crois
que toutes les pistes sont bonnes. Ce qui était surtout intéressant,
c’était de constater que le travail en réseau
est possible. Il apporte énormément aux deux parties
en termes de sécurité et de formation continue et
pour les patients. Parce que, ce qu’il faut dire, c’est
qu’on ne cherche pas à faire de l’économie
à tout prix. M. GABELLA citait tout à l’heure
l’exemple des statines qui ont une limitation de prescription
en France. Eh bien dans notre cas de figure, ces statines figurent
dans la classe thérapeutique lorsqu’on l’a analysé
comme étant les médicaments les plus chers. Et d’après
toutes les recommandations et l’intérêt de ces
médicaments, on a recommandé à nos médecins
de prescrire ceux-là parce qu’en termes de prévention
primaire et secondaire, ils sont nettement supérieurs aux
autres. Donc on était contre-productifs par rapport à
ce qu’on voulait. On ne cherche donc pas l’économie
à tout prix, on cherche la meilleure qualité dans
l’intérêt du patient.
MM : Ce qu’on apprécie vraiment dans ces cercles de
qualité, c’est que d’une façon tout à
fait concrète, sur une base volontaire, les médecins
qui discutent entre eux arrivent en fait à prescrire pour
des malades donnés, le médicament le plus adapté
et on voit qu’au bout du compte, c’est des économies
qui arrivent même si c’était pas l’objectif
au départ. Alors effectivement, c’est quelque chose
qui est intéressant. Je veux dire les coûts de la santé
on en parle beaucoup, les parlementaires en sont très préoccupés,
les assurés c’est surtout en automne mais après
toute l’année ils le sentent chaque fois qu’ils
font leurs paiements à la fin du mois. Donc même si
ce sont des économies qui ont l’air minime, mais si
on les imagine faites à grande échelle, on aura des
médecins qui auront une auto-formation continue permanente.
Il y aura des médicaments qui seront vraiment bien utilisés
et puis ça générera alors des économies
beaucoup plus élevées. En tous cas, nous, on préfère
ce type de démarches, même si elles sont longues, pas
faciles et complexes, à des mesures plus incisives que proposent
les parlementaires aujourd’hui comme la suppression de l’obligation
de contracter ou des choses comme ça.
Question : Les cercles de qualité
qui ont commencé dans le canton de Fribourg se sont-ils étendus
à d’autres cantons ?
CR : Oui,
il y a eu un énorme intérêt dans beaucoup d’autres
cantons. Il faut préciser que c’est possible surtout
dans les cantons romands puisque c’est là où
l’on trouve des pharmacies. Dans la majorité des cantons
suisses alémaniques les médecins vendent les médicaments.
Mais effectivement, Genève est partie dans ce domaine-là,
le Valais est parti, il y a Vaud qui se tâte depuis un moment
mais je pense qu’il va partir. La difficulté pour partir
c’est qu’il faut qu’il y ait un petit groupe qui
pilote l’opération. Il n’y a pas besoin de beaucoup
de monde : il faut un médecin et un pharmacien mais qui s’engagent.
Mais ça va venir, le problème c’est les caisses
maladies : il faudrait qu’elles participent mieux, disons.
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