PRIX DES MEDICAMENTS
Pourquoi sont-ils si chers en Suisse ?
(06.03.03)


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1. GENERALITES
2. COMPARAISON PRIX
3. BAISSER LES PRIX
 
 


BAISSER LES PRIX

1 .Pourrait-on introduire plus de concurrence dans le marché des médicaments ?
2. Qu’est-ce que les importations parallèles ?
3. Pourquoi avoir mis en place un nouveau système de rémunération des pharmaciens ?
4. La nouvelle rémunération des pharmaciens n’est-elle pas passée assez mal auprès des patients ?

5. Si les patients étaient mieux informés, utiliseraient-ils plus de génériques ?
6. Quelle pourrait être l’influence sur les prix des ventes de médicaments par Internet ?
7. Ne pourrait-on pas vendre les médicaments en plus petites unités ?
8. Qu’est-ce que les cercles de qualité et en quoi sont-ils intéressants pour faire baisser les coûts de la santé ?
9. Les cercles de qualité qui ont commencé dans le canton de Fribourg se sont-ils étendus à d’autres cantons ?

Question : Pourrait-on introduire plus de concurrence dans le marché des médicaments ?
MM : Je trouve quand même curieux que, dans ce domaine de la santé, où depuis maintenant deux ou trois ans (depuis l’introduction de la LAMal, mais ça s’amplifie) on entend des autorités, des politiques, des caisses maladies, qu’on veut plus de concurrence dans le système, plus de concurrence entre les caisses maladies, ça va faire baisser les prix. Nous on voit les effets que ça a, la concurrence entre caisses maladies. On avait imaginé que les caisses allaient se concurrencer sur la qualité de leurs services. En fait elles se concurrencent en essayant de se piquer les bons patients, ce qui fait que souvent les assurés se retrouvent dans des situations vraiment problématiques. Alors on a essayé de mettre de la concurrence partout et puis le seul produit médicament, où pour moi la concurrence peut jouer sans problème, alors là on n’arrive pas à entrer en matière. Même les parlementaires de droite qui sont pour la concurrence, sauf dans le domaine des médicaments parce que là il y a quand même une industrie à protéger. Alors, effectivement, on a intérêt à avoir un bon approvisionnement en médicaments, d’avoir de nouvelles molécules qui soignent les nouvelles maladies. Mais quand même, on a en Suisse une législation qui permet à M. Vasela, le directeur général de Novartis, de toucher un salaire annuel de 20 millions. Il ne les vole pas ces 20 millions, c’est le système en place, c’est notre législation qui le permet. Alors entre 20 millions de revenu et peut-être un petit peu moins, moi je pense qu’il y a encore de la marge, qu’on peut encore négocier des prix plus intéressants parce qu’au bout du compte ce sont nous les assurés qui payons une grosse partie des coûts de la santé.

CR : Je suis obligé d’intervenir sur le plus de concurrence pour faire baisser les prix. On a un exemple parfait qui est les Etats-Unis où il y a une concurrence, effectivement importante, dans le domaine des médicaments. On constate qu’ils ont des coûts de la santé de 30 % supérieurs aux nôtres, et pour les coûts des médicaments c’est beaucoup plus. Cela a été publié dans le Temps du 16 février 2003. Le prix des médicaments originaux, si on prend la valeur 100 comme valeur de référence pour la Suisse, on est à 83 pour l’Allemagne, 75 pour la Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ils sont à 270, parce que justement c’est la libre concurrence. Je vous cite ici le vice-président de l’entreprise Monsanto qui se plaint de la croissance de la vente des médicaments qui a stagné en Europe. Elle a stagné parce qu’elle a fait une progression de 7 %. Il cite comme cause de cette stagnation de l’évolution du marché des médicaments, la forte régulation qu’il y a en Europe. Effectivement dans tous les pays y compris chez nous il y a une forme d’administration. Alors qu’aux Etats-Unis où le marché est libre une belle augmentation de 16 % est observée. Alors la libéralisation sur le médicament ça donnera ça. On a dit tout à l’heure aussi qu’une des causes du prix élevé des nouveaux médicaments c’est qu’il y en a trop. C’est clair que si on libéralise plus, il y en aura d’autant plus. Cela va être quelque chose d’absolument infernal.

MG : Un médicament n’est pas un produit comme un autre, ce n’est pas une savonnette. C’est un produit qui doit être utilisé pour un bénéfice thérapeutique et il doit être utilisé selon des consignes prescrites par le médecin et contrôlées par le pharmacien.


Question :  Qu’est-ce que les importations parallèles ?
MM : Alors en fait les importations parallèles n’ont de sens que s’il y a des prix différenciés, c’est-à-dire, si le prix du médicament "x" est différent en France, en Italie, en Espagne… L’idée c’est qu’un grossiste suisse ira s’approvisionner sur le marché espagnol, par exemple, pour pouvoir vendre ce médicament en Suisse à un prix inférieur à celui qu’il a en Suisse et supérieur à celui qu’il a en Espagne. Pour les médicaments ce n'est pas possible mais j’ai pris un mauvais exemple. L’idée c’est d’aller à l’étranger, là où c’est le moins cher pour pouvoir vendre le produit en Suisse à un prix légèrement inférieur au marché. Alors c’est clair qu’en ce qui concerne les médicaments, c’est quelque chose qu’on souhaiterait. C’est un élément qui permettrait aussi de faire baisser les prix. Il faut savoir que le marché du médicament ce n’est pas un marché comme les autres, et puis c’est quand même un marché un petit peu comme les autres puisqu’il y a du marketing, puisqu’il y a des techniques de vente. Et puis on s’est demandé pourquoi il y a ces différences de prix. Est-ce que c’est dû à des facteurs économiques ? Est-ce qu’on paie mieux nos employés ici qu’à l’étranger ? Mais on se rend compte que ça n’explique pas vraiment la différence. Après on s’est demandé si la structure du marché suisse est différente. Finalement, c’est un petit pays, peut-être que ça a aussi une influence sur cette différence de prix. En fait non ! Ce qui explique la majeure partie des différences de prix que l’on constate aujourd’hui, c’est vraiment nos lois, c’est la législation, en particulier les règles liées à la fixation des prix. C’est aussi le droit des brevets qui concerne les médicaments et qui empêche justement les importations parallèles. Il fait même plus, en fait, il cloisonne le marché, il empêche aussi la concurrence à l’intérieur d’un pays. Et puis c’est aussi d’autres règles liées à l’admission des produits. Donc en fait, c’est la législation suisse qui est en partie responsable de ces prix si élevés.
Alors avec les importations parallèles qui sont aujourd’hui impossibles, mais comme le Parlement est en train de réviser la loi sur les cartels, nous on demande aussi que cette loi soit un peu renforcée, que des sanctions soient prises à l’encontre des entreprises qui ne jouent pas le jeu. On aimerait aussi que la question des brevets soit réglée pour permettre une certaine ouverture du marché des médicaments. Parce que si Novartis met un médicament sur le marché français à un certain prix, il paraît un peu contradictoire qu’on nous interdise d’aller l’acheter en France alors que c’est l’entreprise qui a déterminé le prix pour pouvoir le vendre en Suisse. Ce serait en fait une façon de créer un peu de concurrence dans ce marché des médicaments. Mais pour l’instant, ce n’est malheureusement pas possible parce que la loi nous l’interdit.

MG : Les importations parallèles ne feraient pas vraiment baisser les prix. Je vais vous donner deux exemples. Si je prends le pays dans lequel cette importation parallèle est la plus développée, c’est le Danemark. Le Danemark qui va chercher des médicaments en Espagne, en Grèce, au Portugal, là où les anciens médicaments sont le meilleur marché. En 2002, le Danemark a eu une croissance des coûts des médicaments de 12 %. En Suisse on a eu 6.6 % et on n’a pas d’importation parallèle.

MM : Il y a quand même un potentiel d’économies. Le Conseil Fédéral a fait réaliser une étude sur la question, relativement exhaustive, aussi à la demande du Parlement. L’étude a été livrée en novembre de l’année dernière. Et là, les économistes évaluent le potentiel de baisse de prix à 5 %. Ce qui est quand même intéressant.

MG : Il ne faut pas oublier qu’en Suisse nous avons depuis 1995 une ordonnance et des moyens de réviser les produits. Au bout de quinze ans de liste des spécialités, on reprend la liste des produits, on regarde le prix que nous avons par rapport aux pays de référence. Et, le cas échéant – et dans la plupart des cas, c’est le cas - le prix est diminué. Ce qui fait que, depuis 1995 jusqu’en 2002, nous avons déjà pu réduire le coût des médicaments de 250 millions de francs. Ce qui fait plus que les 5 % d’économie des importations parallèles. Ça fait presque 10 % du marché pharmaceutique de la liste des spécialités.

CR : Je voudrais ajouter que, par exemple avec notre nouvelle rémunération, on a déjà (depuis dix-huit mois) fait faire une économie aux caisses maladies de 150 millions.


Question : Pourquoi avoir mis en place un nouveau système de rémunération des pharmaciens ?

CR : Brièvement, je crois qu’il faut préciser que le système qui prévalait avant était basé uniquement sur les marges et puis il avait atteint depuis très longtemps ses limites. Pourquoi ? C’est parce qu’il n’avait aucun effet incitatif sur les coûts. Effectivement, le pharmacien avait tout intérêt à se voir prescrire des médicaments chers et en plus grand nombre possible, parce que je rappelle quand même que les pharmaciens n’interviennent pas dans les coûts de la santé publique puisque, pour que l’assurance paie ces médicaments, il faut qu’ils soient prescrits, et on a vu que c’était l’OFAS ou l’industrie qui fixait les prix et pas le pharmacien. Mais enfin, il n’y avait pas d’effet incitatif ni sur le prix, ni sur les volumes. Et puis ensuite il était aussi inéquitable vis-à-vis des assurés parce qu’on a constaté qu’avec l’ancien système le 17 % des médicaments (donc les médicaments chers) généraient le 50 % du revenu du travail du pharmacien. Et ça veut dire que c’étaient les assurés qui avaient la malchance d’être en mauvaise santé ou qui avaient besoin de médicaments chers qui finalement subventionnaient pour une bonne part ceux qui avaient la chance d’être en bonne santé. Enfin c’était parce que c’était un système qui nous mettait dans une situation extrêmement inconfortable parce que justement avec l’introduction de nouveaux médicaments chers sur le marché, on voyait nos revenus, le chiffre d’affaire des pharmacies augmenter sans que notre travail augmente, et ça c’est indéniable, en valeur absolue c’était le cas.

Alors c’était très confortable économiquement pour nous mais c’était très inconfortable politiquement, raison pour laquelle on a adopté et on a proposé ce nouveau modèle de rémunération qui a mis un certain nombre d’années à arriver et qui comprend, en gros, une part de marge, malgré tout, calculée à partir du prix de fabrique, cette part de marge couvre les frais financiers et la partie logistique aussi bien du grossiste que du pharmacien, des frais qui sont indépendants du produit, n’importe quel produit a aussi ces coûts-là. Par contre, le travail du pharmacien, lui, est rémunéré de manière forfaitaire, c’est-à-dire que le pharmacien touchera la même chose quel que soit le volume ou le prix du médicament. Si vous venez chez moi avec une ordonnance pour un médicament à 300 francs ou à 6 francs, ma rémunération sera la même. Et si vous prenez dix boîtes en même temps, on ne comptera également qu’une fois ce revenu. Alors l’intérêt du système c’est qu’il est tout à fait transparent parce qu’il y a un organisme de contrôle entre Santésuisse (les assureurs) et la Société Suisse de Pharmacie qui contrôle qu’effectivement il ne fallait pas qu’on profite de l’introduction d’un nouveau modèle de rémunération pour gagner encore plus. Il était surtout non incitatif, je crois que vous l’avez compris puisque c’est indépendant du volume et puis surtout et c’est peut-être pour ça qu’il a moins bien passé dans la population, il respectait le principe de solidarité, c’est-à-dire que les gens qui effectivement avait des médicaments chers, ceux-là ont vu leur participation diminuer. Un médicament qui coûtait 300 francs avant l’entrée en vigueur au 1er juillet 2001 de ce nouveau mode de rémunération, eh bien après est passé à 230 francs, c’est l’ordre de grandeur. Mon prix d’achat, lui, n’a pas changé.

Par contre, la personne qui est en bonne santé et puis qui de temps en temps a un problème et qui a besoin d’un Ponstan (analgésique)... On a vu ça dans les journaux à x reprises, alors c’était le scandale parce que les pharmaciens profitent à nouveau de se remplir les poches avec le nouveau système puisque ce médicament bon marché (environ 12 francs) n’a pas changé de prix mais il y avait cette taxe en plus.



Question :
La nouvelle rémunération des pharmaciens n’est-elle pas passée assez mal auprès des patients ?
MM : Alors, effectivement le nouveau système est entré en vigueur en juillet 2001 et je crois qu’on a été submergé d’appels, à notre permanence téléphonique, d’assurés qui ne savaient plus trop comment ça se passait, pourquoi est-ce qu’il y avait ces taxes. En plus, tous les pharmaciens n’avaient pas tout à fait compris comment le système fonctionnait. Donc il y avait une phase d’adaptation et on se rendait compte qu’il y avait des pratiques aussi différentes. Quelqu’un qui avait oublié quelque chose à la pharmacie et qui y allait après six heures et demie se retrouvait encore avec une taxe beaucoup plus élevée. Donc c’est vrai, les gens se sont dit, et notamment les gens qui ont une assurance maladie de base avec une franchise très élevée, qui avaient besoin de consommer des médicaments qui auparavant étaient très peu chers et puis qui étaient très rarement malades, eux, trouvaient que le nouveau système était particulièrement défavorable à leur situation. Alors c’est clair que là il y a un effort d’information qui s’est fait, il y a des pratiques qui se sont uniformisées et puis nous on avait quand même à cœur que ce nouveau système permette une stabilisation de l’augmentation des coûts, notamment dans le domaine des médicaments. C’était l’objectif qui devait atteindre ce système et si on arrive à l’atteindre, effectivement il y aura de nouveau une certaine forme de solidarité entre assurés ce qu’on pouvait tout à fait accepter. S’est greffé encore par là-dessus, et ça on est aussi intervenu au niveau fédéral, c’est l’autorité fiscale qui a décidé que finalement cette taxe ,ça pouvait être un bon moyen pour remplir ses caisses puisque maintenant elles sont soumises à TVA donc elles ont augmenté, en catimini presque, parce que nous on s’en est rendu compte grâce à la sagacité d’un de nos membres qui nous a fait parvenir un décompte de caisse en disant mais pourquoi est-ce que le prix de ces taxes ont augmenté et en fait, M. Villiger a décrété qu’on pouvait soumettre les prestations des pharmaciens à la TVA.


Question : Si les patients étaient mieux informés, utiliseraient-ils plus de génériques ?
MM : Sans doute, mais l’information à qui ? Souvent on dit que c’est les patients. Je rappelle qu’on est dans le cadre des médicaments qui sont prescrits par un médecin, donc sans ordonnance vous ne pouvez pas les obtenir. Donc là il y a un gros travail à faire de sensibilisation auprès des médecins. Les pharmaciens ont maintenant cette possibilité de substituer, d’ailleurs il y a même un incitatif qui est prévu lorsqu’ils le proposent. Une enquête française montrait qu’en fait les pharmaciens pouvaient se répartir en trois catégories : les convaincus de la substitution qui chaque fois leur proposaient le générique qu’ils estimaient être le plus adapté et le plus économique, il y avait les indifférents (si le patient demandait un générique, ils le lui donnaient), et puis les réfractaires. Alors, il n’y a pas d’étude comme ça en Suisse qui le montre mais je peux m’imaginer que ce soit pareil et puis idem finalement chez les médecins, parce qu’on constate aussi que, pour une personne qui est habituée à un médicament qui a été prescrit par son médecin, arriver à la pharmacie, être face à un pharmacien qui va lui dire : "Je vous propose autre chose", il y a peut-être aussi un problème de confiance : "Mon médecin ne m’a pas prescrit ce qu’il fallait". Donc je crois vraiment que pour cette part de marché, c’est vrai les génériques sont à 3 % en Suisse, en Allemagne c’est 17 % donc là on a un potentiel de croissance intéressant et d’économies aussi. Non seulement les patients doivent être sensibilisés et les pharmaciens doivent accentuer leur travail, mais les médecins aussi.
En ce qui concerne les patients, dans notre journal on aborde régulièrement les problèmes de santé et la problématique des génériques est présentée, notamment aussi pour les médicaments qui ne sont pas remboursés par les caisses maladies. Là chacun d’entre nous peut réaliser une économie en prenant conseil auprès du pharmacien. Finalement il aura un produit tout aussi efficace et à coût moindre. Donc ça c’est quelque chose qu’on fait effectivement.

CR : Ce qui est vrai par rapport aux génériques c’est qu’en Suisse ils représentent 3 % des coûts : sur 100 francs payés par la caisse maladie il y a 3 francs pour les génériques. Mais c’est faux de dire que c’est très peu en termes de génériques proposés et que les médecins et les pharmaciens le font très peu. Pourquoi ? Parce que le 60 % des médicaments suisses n’ont pas de générique, enfin c’est des originaux, on n’est pas à l’échéance du brevet. Donc il ne reste que 40 % des médicaments qui pourraient être au bénéfice d’un générique. Et sur ces 40 %, il y a 27 % du solde qui n’a tout simplement pas de générique. Donc on a 10 % de l’ensemble des médicaments utilisés, prescrits en Suisse qui ont un générique et sur ce 10 % effectivement on a déjà 3 % des coûts. Ça veut dire qu’en termes de coûts on fait 30 % de la substitution possible en termes de coûts mais en termes d’unités c’est beaucoup plus. Pourquoi ? Parce qu’effectivement un générique est justement meilleur marché qu’un produit original, donc en coût je peux vendre plus de génériques que d’originaux. Le calcul a été fait, en 2001 le nombre d’unités de génériques possibles substituables en Suisse est 42 %. Alors il faut arrêter de dire que ça ne se fait pas. Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’on pourrait augmenter le nombre de génériques et ça va venir.
On pourrait au maximum faire le 40 % des médicaments tombés à échéance. Et je pense que ça ira beaucoup plus vite parce qu’au début, c’est vrai que notre industrie pharmaceutique freinait. Elle n’avait pas intérêt à avoir des génériques et elle se protégeait. On ne reviendra pas sur les moyens qu’elle a utilisés mais cette même industrie maintenant a constaté que c’est le marché qui évolue le plus au niveau des médicaments. A tel point que l’industrie pharmaceutique maintenant rachète des filiales qui fabriquent des génériques. Novartis, par exemple, fait renaître de ses cendres la marque Sandoz avec comme objectif stratégique d’en faire le leader mondial des génériques. Alors je pense que ça va aller plus vite, tout dépendra ensuite de ce qui sera accepté par l’OFAS.

Question : Quelle pourrait être l’influence sur les prix des ventes de médicaments par Internet ?
MM : Les ventes de médicaments par Internet ou par correspondance font partie des mesures pouvant faire baisser les prix. Mais il y a des problèmes au niveau éthique. Un médicament n’est pas un produit banal et je crois que le conseil à la pharmacie est quand même nécessaire parce qu’il peut y avoir des contre-indications, donc je ne crois pas qu’on doit accepter de baisser les coûts à n’importe quel prix et pas si on met en danger la sécurité des patients. Je crois que c’est important.

CR : Sur Internet en général les gens s’approvisionnent avec des médicaments qui ne sont pas autorisés à la vente en Suisse, parce que c’est ça qui est intéressant surtout, et il y en a beaucoup. Mais vous n’avez aucune garantie que ce que vous recevez à la maison est bien le produit commandé. Il y a plusieurs études qui ont été faites en Suisse, aux Etats-Unis et en Europe qui ont montré que dans plus de 50 % des commandes qui sont faites par Internet, on ne reçoit pas le produit commandé. En plus dans les produits reçus, il n’y a pas d’information pour les patients. Il n’y a pas de mise en garde, parfois il y a des produits qui ne sont pas déclarés, il n’y a pas de composition, etc. Il y a eu "x" études qui ont montré que c’était, en termes de sécurité, incroyable.
A partir du moment où on multiplie les canaux de distribution, il n’y a plus un regard qui permet de filtrer l’ensemble des informations. Aux Etats-Unis, on sait que c’est le marché le plus concurrentiel au niveau des médicaments, 15 % des admissions dans les hôpitaux sont dues au mauvais usage des médicaments. 15 % c’est considérable et ça a plutôt tendance à augmenter. Donc si on veut faire des économies, le médicament c’est l’outil thérapeutique le meilleur marché dont on dispose. C’est moins cher qu’une journée à l’hôpital, qu’une journée en EMS, etc. Ça permet donc des économies directes car on soigne, et indirectes car on retourne plus vite au travail. Et puis des économies au niveau social, qualité de vie et tout…
Ce qui manque c’est une coordination entre le milieu ambulatoire et le milieu institutionnel pour permettre des économies. Les économies on va les obtenir si on ne gaspille pas et si on utilise le bon médicament pour la bonne personne au bon moment.

Question :  Ne pourrait-on pas vendre les médicaments en plus petites unités ?
CR : Je peux apporter un élément de réponse parce que, dans le cadre de cette nouvelle rémunération basée sur la prestation, on analyse l’ordonnance. Ce n’est pas seulement le conseil, il y a aussi cette analyse de l’adéquation de la bonne quantité de produit pour le traitement en question. Et la question qu’on pose systématiquement, en tous cas dans une pharmacie digne de ce nom, c’est : "Est-ce que vous connaissez déjà le médicament ou pas ?" Parce que si c’est la première fois, on ne va jamais, ou on ne devrait pas vendre une boîte de deux cents. On donne une petite boîte en précisant de l’essayer et si ça convient bien, on renouvelle et on met une grande boîte. Alors par contre, après, il y a le problème des emballages. Effectivement dans le système américain ou dans d’autres pays, on compte à l’unité ce qui, pour des raisons d’hygiène et pour "X" raisons, n’est plus admis en Suisse depuis très longtemps. Il y a l’obligation d’avoir des emballages hygiéniques et qui protègent le médicament dans un conditionnement adéquat. Il y a eu une amélioration quand même dans la grandeur des emballages, notamment pour les traitements courts parce qu’il est clair que pour les traitements chroniques, on sait qu’on va le prendre longtemps et donc c’est important que le patient soit compliant, discipliné s’il veut un succès thérapeutique. Par contre, typiquement les antibiotiques, on a pour un même antibiotique au même dosage des boîtes de un, trois, sept, quatorze, quarante-deux comprimés. Selon l’indication, on va vous donner la boîte qui correspond à la durée du traitement. Donc il y a dans ce sens-là un effort qui est fait. Mais si effectivement c’est la première fois que vous utilisez un médicament et que vous repartez tout de suite avec la grande boîte, demandez à votre pharmacien, dites-lui : "Je vais d’abord essayer avec une petite boîte."



Question : Qu'est-ce que les cercles de qualité et en quoi sont-ils intéressants pour faire baisser les coûts de la santé ?
CR : Le principe de base d’un cercle de qualité c’est de réunir cinq à six médecins autour d’un pharmacien qui est l’animateur du groupe. Pour animer ce groupe, le pharmacien a deux outils. Un outil c’est l’ensemble des prescriptions rétroactivement sur l’année précédente de l’ensemble des médecins de son groupe, l’ensemble des prescriptions, donc ça veut dire qu’il faut les acheter ces données. Et puis le deuxième outil c’est un dossier pharmacologique, scientifique et surtout pharmaco-économique qui compare classe thérapeutique par classe thérapeutique les coûts journaliers pour chacun des médicaments. Et lorsqu’on réunit, quand je réunis mes médecins pour discuter par exemple du système cardio-vasculaire ou des antidépresseurs, prenons un système plus simple, je vais d’abord leur présenter le panier de la ménagère, chacun verra exactement quel est le top ten de ces médicaments qui coûtent le plus aux caisses maladies. Alors c’est déjà une découverte pour eux parce qu’ils savent très bien ce qu’ils prescrivent mais ils ne se rendent pas compte de ce que ça coûte aux caisses maladies et ce qu’il y a d’intéressant c’est qu’en comparant leurs données tout à coup ils constatent, et on a constaté ça dans toutes les classes thérapeutiques, alors que c’est des médecins de la même région, qu’on a des différences de un à trois pour une même classe thérapeutique. C’est-à-dire qu’un médecin dans mon groupe prescrira pour 60'000 francs d’antidépresseurs pour l’année 2002 et puis un autre aussi dans la même région prescrira pour 20'000 francs. On a des différences considérables. Alors c’est clair que ça les interpelle. Après, on passe en revue, selon aussi ce qu’ils désirent, les effets secondaires, ce qui les intéresse beaucoup, c’est les effets secondaires et les interactions, il faut donc rappeler ces choses-là, sans refaire de la pharmacologie fondamentale. Mais surtout après, les guidelines internationales : quels sont, pour cette classe thérapeutique, les médicaments, qui, selon les normes internationales, sont prioritairement recommandés. C’est le but justement, parce que c’est très difficile d’avoir une information neutre, simple, parce que l’essentiel de l’information est donnée par l’industrie… Je voudrais citer un exemple : il y a une classe de médicaments contre l’hypertension qui est excellente mais qui, chez 10 % des gens, provoque un effet secondaire qui est la toux. On est obligé de changer. Et puis il est sorti une nouvelle classe après, très intéressante, avec les mêmes avantages et qui ne donne pas de toux. Mais c’est clair que comme ils sont sortis après, ils sont plus chers. Ceux qui les vendent ont dit : prescrivez ce médicament vous serez tranquilles, plus aucun problème. Alors c’est juste de prescrire ces médicaments-là chez les gens qui toussent mais pas chez les autres. Donc il y a une autre possibilité et là c’est un exemple simple. L’idée ensuite c’est qu’une fois que les médecins voient ces tableaux pharmaco-économiques, ce sont eux qui décident, de manière consensuelle, entre eux s’ils veulent changer ou pas leurs habitudes de prescriptions. Alors à ce niveau-là, il y a deux cas de figure qui se présentent : soit ils font une substitution générique, soit ils font un transfert thérapeutique, c’est-à-dire ils remplacent un médicament d’une classe par un autre original de la même classe mais qui est nettement meilleur marché. Et grâce à ça, on a observé qu’on a pu faire plus d’économies en faisant un transfert thérapeutique.
Les résultats montrent de réelles économies : pour la dernière étude d’impact qui compare 2000 et 1999, c’était 36'000 francs d’économie par année par médecin. Sur 26 médecins, on a fait quasi 1'960'000 francs d’économie pour les caisses maladies fribourgeoises cette année-là. Ce n’est pas négligeable, même si dans les milliards des coûts de la santé, ça reste dérisoire, mais je crois que toutes les pistes sont bonnes. Ce qui était surtout intéressant, c’était de constater que le travail en réseau est possible. Il apporte énormément aux deux parties en termes de sécurité et de formation continue et pour les patients. Parce que, ce qu’il faut dire, c’est qu’on ne cherche pas à faire de l’économie à tout prix. M. GABELLA citait tout à l’heure l’exemple des statines qui ont une limitation de prescription en France. Eh bien dans notre cas de figure, ces statines figurent dans la classe thérapeutique lorsqu’on l’a analysé comme étant les médicaments les plus chers. Et d’après toutes les recommandations et l’intérêt de ces médicaments, on a recommandé à nos médecins de prescrire ceux-là parce qu’en termes de prévention primaire et secondaire, ils sont nettement supérieurs aux autres. Donc on était contre-productifs par rapport à ce qu’on voulait. On ne cherche donc pas l’économie à tout prix, on cherche la meilleure qualité dans l’intérêt du patient.

MM : Ce qu’on apprécie vraiment dans ces cercles de qualité, c’est que d’une façon tout à fait concrète, sur une base volontaire, les médecins qui discutent entre eux arrivent en fait à prescrire pour des malades donnés, le médicament le plus adapté et on voit qu’au bout du compte, c’est des économies qui arrivent même si c’était pas l’objectif au départ. Alors effectivement, c’est quelque chose qui est intéressant. Je veux dire les coûts de la santé on en parle beaucoup, les parlementaires en sont très préoccupés, les assurés c’est surtout en automne mais après toute l’année ils le sentent chaque fois qu’ils font leurs paiements à la fin du mois. Donc même si ce sont des économies qui ont l’air minime, mais si on les imagine faites à grande échelle, on aura des médecins qui auront une auto-formation continue permanente. Il y aura des médicaments qui seront vraiment bien utilisés et puis ça générera alors des économies beaucoup plus élevées. En tous cas, nous, on préfère ce type de démarches, même si elles sont longues, pas faciles et complexes, à des mesures plus incisives que proposent les parlementaires aujourd’hui comme la suppression de l’obligation de contracter ou des choses comme ça.

Question : Les cercles de qualité qui ont commencé dans le canton de Fribourg se sont-ils étendus à d’autres cantons ?
CR : Oui, il y a eu un énorme intérêt dans beaucoup d’autres cantons. Il faut préciser que c’est possible surtout dans les cantons romands puisque c’est là où l’on trouve des pharmacies. Dans la majorité des cantons suisses alémaniques les médecins vendent les médicaments. Mais effectivement, Genève est partie dans ce domaine-là, le Valais est parti, il y a Vaud qui se tâte depuis un moment mais je pense qu’il va partir. La difficulté pour partir c’est qu’il faut qu’il y ait un petit groupe qui pilote l’opération. Il n’y a pas besoin de beaucoup de monde : il faut un médecin et un pharmacien mais qui s’engagent. Mais ça va venir, le problème c’est les caisses maladies : il faudrait qu’elles participent mieux, disons.

 

 

     
   
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