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DESCRIPTION THERAPIES
1.
Quel est l'objectif d'une psychothérapie psychanalytique?
2.
Peut-il y avoir un dialogue entre le patient et le thérapeute
dans l’analyse classique ?
3. Combien de temps dure une thérapie analytique
?
4. Quelles sont les applications de la thérapie
systémique ?
5. Comment se déroule
une thérapie de type familiale ou systémique ?
6. Combien de temps dure
une thérapie systémique ?
7.
La thérapie systémique s'intéresse-t-elle
aux adultes et à la psycho-généalogie ?
8.
Qu'est ce qu’une thérapie
cognitivo-comportementale ?
9.
Quel rapport entre médicaments et psychothérapie ?
10.
Que penser des thérapies par l'art
?
Question
: Quel est l'objectif d'une psychothérapie psychanalytique?
FQ : Je crois qu'il y a trois points essentiels qui peuvent définir
l'objectif de la psychothérapie psychanalytique : c'est tout
d’abord de se sentir mieux et c'est quand même la moindre
des choses compte tenu de la souffrance de départ. Le patient
doit être, sinon guéri, du moins soigné. Et
puis, le patient en sait plus sur lui-même. C'est-à-dire
qu'au fond, il a eu le temps de prendre en compte beaucoup de choses
qui se passaient pour lui. Il ne s'agit pas du tout simplement -
comme il y a une espèce d'image d'Epinal qui le fait croire
- d'aller chercher dans le passé ce qui n'aurait pas été.
Il y a des liens qui se font entre l'actualité, ce qui s'est
passé ou se passe encore, et ce qu'on peut faire aujourd'hui.
C'est donc une espèce de réorganisation de la problématique.
Puis le troisième point, qui est peut-être le point
essentiel et qui me semble être très spécifique
à toute psychothérapie psychanalytique, c'est qu'elle
permet de savoir autrement quelque chose sur soi. Ce n'est pas seulement
plus, mais c'est un autre savoir ; on a un autre regard sur son
enfance, sur ce qui s'est passé, sur les liens à soi-même
et à son existence. Il y a donc une espèce de changement
qui n'est pas seulement en mieux, qui serait du quantitatif, mais
il y a vraiment un changement qualitatif.
Question
: Peut-il y avoir un dialogue entre le patient et le thérapeute
dans l’analyse classique ?
FQ : Alors, j'espère qu'après cette soirée,
s'il y a encore quelques personnes qui imaginent les analystes silencieux,
cela ne sera plus le cas. C'est une image d'Epinal, c'est une image
qui est liée à une histoire sur laquelle on n'a pas
le temps de revenir maintenant. L'analyste est là pour potentialiser
la parole. Donc, il y a des moments où il ne va pas parler.
Mais il est là pour qu'il y ait le plus de libertés
possibles dans la parole et qu'il y ait le plus de choses qui puissent
être au fond exprimées. Alors, ça implique par
moment de laisser l'autre aller son train. Mais ça n'implique
pas de ne rien dire. Il peut être silencieux, mais son silence
est un silence d'accueil. Ce n'est pas du tout ne rien dire, c'est
une autre qualité de dialogue, une qualité très
inédite. Ce n'est pas que c'est mieux, c'est différent.
Il y a là quelque chose d'inédit.

Question
: Combien de temps dure une thérapie analytique ?
FQ : Cela peut durer relativement longtemps. Mais généralement,
on n'a pas besoin d’arrêter son travail. Ce n'est donc
pas quelque chose qui empêche la vie et qui rend la vie impossible
ou qui se fait quand on est en arrêt maladie. C'est quelque
chose qui est complètement intégré à
la vie. Mais il est vrai que l'être humain est assez complexe
et donc pour que des changements subviennent, ça ne se fait
pas d'un coup ni d'un seul tenant. Cela implique des allers et des
retours. Cela implique de prendre du temps, de sentir son angoisse,
de la métaboliser, donc tout un processus qui ne peut pas
aller très vite. On peut dire qu'aujourd'hui les psychothérapies
psychanalytiques d'une année, deux ans sont souvent des durées
possibles et suffisantes. Cela dit, on peut toujours reprendre une
psychothérapie après quelques années. Quelqu'un
peut en effet souhaiter recommencer une thérapie, et donc
comme ça on est plus congruent avec le monde actuel, l'économie
et les occupations des uns et des autres, tout en étant efficace.
Question
: Quelles sont les applications de la thérapie systémique
?
CA
: Pour répondre en deux mots, il faut peut-être caricaturer
les approches systémiques. Et je vais recourir, comme je
m'occupe le plus souvent d'enfants, à un exemple peut-être
un peu naïf. On va prendre un exemple faux qui pourrait être
vrai. Prenons le parlement anglais qui décide de s'aligner
sur l'Europe, et décide qu'à partir d'une certaine
date tous les véhicules doivent circuler à droite.
Grand débat. Les lobbys des automobilistes sont tout à
fait d'accord. Les lobbys des transporteurs de camions ou de cars
sont absolument contre. Et on arrive, en fin de compte, à
une solution de compromis : "le premier janvier 2005, toutes
les voitures circuleront à droite et quinze jours plus tard,
ça sera le cas des camions". Tout ça pour vous
montrer qu'il peut y avoir des hécatombes, des souffrances,
des problèmes monumentaux par rapport au système dans
lequel on est. Et quand on s'occupe de systémique, c'est
sûr que la famille, surtout avec des enfants petits, est l'endroit
même où - la famille se construisant autour d'un enfant
qui se développe - on peut voir comment le système
peut bien ou mal fonctionner. Dans ce sens-là, de même
qu'un ouvrier a des instruments dans sa boîte à instruments,
c'est au médecin systémicien de savoir si ce qui se
passe dans la souffrance d’une famille correspond à
ce qu'il sait faire. Et ce qu'il sait faire, c'est essayer de situer
les problèmes dans les relations entre les gens, de savoir
si l'anxiété d’un enfant vient au moment d'aller
au lit, au moment d'aller à l'école, après
le fait que papa et maman se soient disputés, etc, etc.
Question
: Comment se déroule une thérapie de type familiale
ou systémique ?
CA
: Le but dans la thérapie systémique, c'est d'abord
d'avoir tout le monde, tout le groupe familial. Alors là,
il y a un mythe qu'on peut détruire, qui dit que les pères
ne viennent jamais. Les pères viennent toujours. La dernière
fois que j'ai affirmé ça, le lendemain, il y avait
un père qui refusait de venir. Cela peut arriver, mais c'est
extrêmement rare. Donc ensuite, on essaye de voir vivre la
famille devant soi, en essayant de situer les problèmes et
très souvent, et ça c'est un peu de la thérapie
cognitivo-comportementale, c'est d'essayer de reformuler les choses.
Par exemple, lorsqu'un parent dit : "Mon enfant est extrêmement
angoissé et il est dans tous ses états", alors
on dit : "Mais à quel moment votre enfant est-il tellement
angoissé ?", "Ah, c'est quand je prends le téléphone".
Alors on peut se dire : "Quel est le lien entre l'angoisse
et la prise de téléphone ?" Et on apprend un
peu plus loin qu'au moment où maman prend le téléphone,
l'enfant apparemment fait une crise d'angoisse, et se précipite
vers le petit frère pour le tabasser. Ensuite on se dit que
quand les enfants – d'ailleurs les grandes personnes aussi
- font quelque chose, c'est à priori intelligent. On ne dit
pas que c'est souhaitable, on ne dit pas que c'est permis, on dit
que c'est intelligent ; on essaye de comprendre quel est le sens
de ce comportement dans le contexte. Et donc, là, on a bien
sûr des connaissances globales sur comment les systèmes
peuvent fonctionner, mais on n'a pas du tout de connaissances par
rapport à la famille qui est devant nous parce que c'est
la première fois qu'elle existe. Donc, on est obligé
de faire sans arrêt un aller-retour entre des connaissances
qu'on pourrait avoir et une réalité qui est tout le
temps changeante.
Question
: Combien de temps dure une thérapie systémique ?
CA
: Quand il s'agit d'enfants petits et qu'on comprend relativement
vite là où on pourrait améliorer les choses,
ça peut être traité en trois ou quatre séances.
Mais ça signifie, à ce moment-là, que nous
prenons les parents comme, au fond, les experts de la famille à
qui on donne des indications en disant : "Ecoutez, la prochaine
fois qu'il se passera ça, essayez quelque chose, vous allez
faire ça. Et puis, vous revenez dans une semaine, deux semaines,
trois semaines, plutôt quatre semaines et vous nous direz
comment ça se passe". Donc, au fond, avec les enfants,
on a un avantage considérable, c'est que les parents sont
en charge en tant qu'experts, mais aussi en tant que parents. Par
rapport à une grande personne, les entretiens systémiques
pour les situations de ce genre, je pense que c'est beaucoup, beaucoup
plus compliqué.
FQ
: Je voudrais ajouter quelque chose qui me semble important pour
dessiner un peu le thème de ce soir. Je pense qu'on est en
train de bien clairement dire que nous avons chacun notre boîte
à outils. Je dis ça parce qu'il y a une certaine mode
de l'éclectisme, de faire un peu de tout. Et vous voyez que
Claude Aubert a défini très précisément
sa pratique. Nous, nous travaillons sur ce que quelqu'un ressent
de son histoire et donc c'est tout à fait une autre situation
de celle décrite par Claude Aubert. Et en principe, le mélange
des genres n'est pas forcément souhaitable.
Question
: La thérapie systémique s'intéresse-t-elle
aux adultes et à la psycho-généalogie ?
CA
: Il peut y avoir des loyautés ou des trahisons qui se transmettent
de générations en générations. Je pense
que ma collègue vous le dira beaucoup mieux que moi. Si vous
voulez parler de ce qui s'est passé ou de ce que vous pensez,
ça sera probablement dans des thérapies individuelles,
et je pense qu'en psychanalyse c'est quelque chose qui doit se faire
certainement. Si vous venez chez un systémicien, c'est avec
votre famille. Et ça, c'est un facteur limitant, car on ne
s'occupe pas forcément de tout ce qu'on pense, mais on s'occupe
des relations actuelles entre les gens, à l'occasion de quoi
on peut s'occuper de révéler des secrets ou différentes
choses. Mais la thérapie de famille, par définition,
c'est en famille.
FQ
: Il y a peut-être une précision que je peux donner.
Effectivement, il y a des thérapies de familles où
l'enfant est un adulte. C'est-à-dire où il y a un
enfant qui présente de très, très gros problèmes.
Il est toujours l'enfant qu'il est dans la famille, mais ça
peut être un adolescent ou un jeune adulte, et on peut faire
une thérapie de famille avec. C'est clair qu'il n'y a pas
nécessité d'enfant petit, c'est la famille qui compte.
CA
: Tout à fait. Mais c'est un facteur limitant, parce que
très souvent, quand on est une grande personne, en ce qui
concerne les frères et sœurs ou les parents, il y a
peut-être quelqu'un qui n'est plus là. Donc ça
peut se faire, mais disons que c'est plus compliqué du point
de vue pratique.
Question
: Qu'est ce qu’une thérapie cognitivo-comportementale
?
TH
: Si j'entends du bruit, la nuit dans la maison, et que je me dis
que c'est le vent qui fait grincer les volets, je me rendors paisiblement.
Si je me dis que c'est un cambrioleur armé d'un coutelas
qui va massacrer la famille, je m'alarme et donc je vais agir différemment.
C'est un exemple tout simple pour vous dire que la thérapie
cognitivo-comportementale s'intéresse à comment on
interprète, comment on appréhende, comment on entend
certains évènements. Le bruit, ce qui en est dit et
ce qui en a résulté. C'est d'ailleurs ma fille, qui
est une latiniste distinguée, qui m'avait appris que cognoscere
en latin est un verbe très complexe qui veut dire apprendre
à connaître. Ce n'est ni apprendre, ni connaître,
mais c'est le processus. Donc, il y a des gens qui effectivement
ont des problèmes psychiatriques tout à fait sérieux,
parce que leur manière d'appréhender certains évènements,
par exemple ce qui leur arrive dans la rue quand ils marchent, qu'ils
ont des vertiges, etc, est alarmante. Au lieu de se dire : "J'ai
un vertige parce que je suis anxieux", ils se disent : "Je
vais avoir une crise cardiaque". Et à ce moment-là,
ils alimentent leur anxiété et puis ils se précipitent
à l'hôpital et ils se disent : "J'ai échappé
à la mort parce que j'ai eu ce comportement-là".
La thérapie cognitivo-comportementale s'intéresse
d'abord à la cognition, c'est-à-dire à comment
les patients cogitent sur ce qui leur arrive. Elle révise
des idées fausses sur ce qui leur arrive, leur enseigne une
alternative plus rationnelle, et puis surtout, et c'est ça
le volet comportemental, commence à changer des comportements
qui s'étaient construits autour des idées alarmantes.
Par exemple, ne sortir qu'avec quelqu'un, ne sortir qu'avec un téléphone,
toujours avoir son tranquillisant sur soi, etc. Ce sont des comportements
qui finalement entretiennent la maladie, mais qui peuvent être
changés avec, en moyenne, une vingtaine de séances
hebdomadaires
Question
: Quel rapport entre médicaments et psychothérapie
?
TH
: Le rapport entre les médicaments et la psychothérapie,
donc la pharmacothérapie et la psychothérapie sont
des rapports de vieux couples, si on peut dire. Souvent un peu conflictuels.
Il y a, à ce propos, une idée reçue, la vieille
idée que la pharmacothérapie est délétère,
nocive et contrecarre la psychothérapie. En fait, cette idée
part d'un concept de mécanisme de formation des symptômes
qui est un concept psychanalytique bien établi et très
utile, qui dit qu'au fond les symptômes renvoient toujours
à quelque chose d'autre. Et donc, à ce moment-là,
si on vient soulager les symptômes, on va interférer
avec leur mécanisme de formation et on va perdre la trace,
si vous voulez, de ce qui se passe en dessous. Et on va aussi démotiver
le patient de faire ce travail qui est un travail parfois très
demandant. Certaines personnes aussi préfèrent ne
pas aller trop loin, et donc d'aller chez leur généraliste
plutôt que faire ce travail interne. Donc, il y a cette idée
reçue qu'en soulageant les symptômes, on va à
ce moment-là démobiliser et fausser l'observation
et n'obtenir que des résultats partiels. Rien n'a prouvé
cette théorie. Par exemple, dans la dépression, on
sait que soulager les symptômes n'a fait qu'améliorer
la compliance à la psychothérapie. Pour que quelqu'un
puisse réfléchir sur lui-même, réorganiser
sa vie, encore faut-il qu'il en ait les moyens intellectuels. Et
lorsque la dépression dépasse un certain degré
de sévérité, on ne peut pas mener une psychothérapie
avec cette personne. Donc on voudrait bien qu'elle puisse accéder
aux racines profondes, mais si elle n'a pas les moyens de sortir
du lit, de réfléchir, d'avoir de la concentration
et d'avoir de l'espoir, la psychothérapie est compromise.
Donner des médicaments dans le cadre de certaines maladies
n'est donc pas, comme on peut le penser, défavorable à
la psychothérapie. Cela peut, au contraire, même, favoriser
l'adhésion au traitement et la compréhension du traitement.
FQ
: Très brièvement sur cette question des médicaments.
Je pense qu'il ne faut pas du tout faire un discours soft à
ce sujet, ni consensuel. Je crois qu'aujourd'hui il faut savoir
très bien prescrire des médicaments, et que c'est
nécessaire de les utiliser. Mais il faut mener une lutte
pied à pied contre l'idéologie du médicament.
Je crois qu'en tout cas pour nous psychiatres, c'est un point très
important, parce que les médicaments sont des médicaments
qui ne sont pas du tout l'équivalent de médicaments
dans d'autres branches de la médecine et qu'il faut être
absolument précis sur la manière dont on propose le
médicament, et très précis sur ce sur quoi
il va agir Je crois en tout cas qu'il faut être très,
très vigilant sur ce que représentent les anti-dépresseurs.
Ils ne représentent pas tout d'une dépression. Ils
sont une aide, souvent une aide, mais ils ne sont absolument pas
tout de la dépression, et il ne faut absolument pas croire
que l'on peut traiter une dépression comme on traite une
bronchite.
Question
: Que penser des thérapies par l'art ?
YB
: C'est extrêmement important. Ce sont des ressources qu'il
y a autour de nous, les ressources des autres, les ressources de
la nature, les ressources de l'art, les ressources de l'activité
physique. Et je m'aperçois, quand on parle d'art thérapie,
qu'on n'a pas parlé d'un domaine important qui intéresse
les généralistes et les internistes, beaucoup d'entre
nous se forment dans ce domaine, ce sont les approches physiques.
Comme les difficultés de la vie et de l'esprit ont des retentissements
souvent néfastes sur notre santé physique, l'exercice
de notre corps peut nous aider à aller mieux. Ceux qui font
une bonne balade en montagne ou du yoga, savent que dans un certain
sens cela peut aider. Et je pense que l'art thérapie est
un des exemples de ces ressources qu'on peut trouver. Il y a des
art-thérapeutes formés dans ce domaine ; il y a une
palette de thérapeutes de tout poil.
FQ
: Moi, je voudrais vraiment plaider pour qu'on ne raisonne pas en
termes ni de chapelle, ni de dogmatisme. On a présenté
des modèles précis, qui sont des modèles qui
nécessitent une technique, une pratique et une formation
très précises et particulières. Mais, ce ne
sont pas du tout les seules thérapies possibles. Et c'est
vrai qu'aujourd'hui, en particulier en Suisse, et à Genève,
il y a un large panorama d'aides possibles. Je crois vraiment qu'il
est absolument essentiel de dire que l'art thérapie est une
chose très bien codifiée et qui est très, très
utile. Et, c'est important comme thérapeute, d'avoir en tête
ces palettes-là, et de savoir qu'on est le représentant
de quelque chose, mais que cela ne veut pas dire qu'on ne doit pas,
encore une fois, indiquer à quelqu'un : "Voilà
ce qui serait utile". Je ne pense pas du tout qu'il n'y ait
qu'une chose à un seul moment, et que les indications sont
souvent relatives et qu'il faut vraiment utiliser tous les moyens
qui sont à disposition. Simplement, il faut qu'ils soient
utilisés d'une manière claire, sans amateurisme et
sans une espèce d'emprise des uns sur les autres.
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