PSYCHOTHERAPIES
Quelle thérapie choisir ?   (16.09.04)


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1. DESCRIPTION THERAPIES
2. CHOIX THERAPIES

 
 


CHOIX THERAPIES

1. Comment les patients choisissent-ils aujourd'hui leur thérapeute  ?
2. Quel est le rôle du médecin généraliste dans le choix d'une psychothérapie  ?
3. Un médecin généraliste a-t-il beaucoup de malades psychiques dans sa consultation ?
4. Les patients veulent-ils tous aller chez le psychiatre  ?

5. Un psychiatre peut-il refuser un patient  ?
6.Arrive-t-il parfois que le lien entre patient et thérapeute ne se fasse pas ?
7.Que faire lorsque la thérapie choisie n'a pas d'effets ?
8. Comment le patient peut-il avoir des garanties sur les compétences de son thérapeute ?

9.L'évaluation scientifique de l'efficacité d'une psychothérapie est-elle possible ?

10. Est-ce qu'on peut évaluer les résultats d'une psychothérapie psychanalytique ?

11. Est-il bon d'additionner les thérapies ?

12. Comment le patient peut-il savoir s'il a affaire à une thérapie fantaisiste ou sérieuse ?

13. Quand faut-il arrêter sa psychothérapie ?

14. Les psychothérapies sont-elles remboursées par les assurances maladies ?

Question : Comment les patients choisissent-ils aujourd'hui leur thérapeute  ?
CA : Ce qu'il faut peut-être mettre en évidence, c'est qu'actuellement, il est quand même très rare que des gens prennent le bottin et mettent le doigt sur un médecin et puis décident. En général, les gens qui consultent les psychiatres et les psychothérapeutes sont des gens courageux. Ce sont des gens qui recherchent. Et il est absolument évident qu'avant de consulter, il y a déjà tout un réseau de connaissances qui est mis en œuvre tout à fait intuitivement et que si, au bout de quelques années on fait de la thérapie systémique, par exemple, on s'aperçoit que les gens qui viennent correspondent de plus en plus à ce que vous savez faire. Par conséquent, la question : "Comment choisir une thérapie ? ", est une question d'une certaine manière assez abstraite parce que dans le concret, il y a un foisonnement d'évaluations qui font que les gens savent que ce sera plutôt ceci ou plutôt ça. L'essentiel, c'est vraiment d'écouter ce que les gens disent, d'essayer de comprendre ce qu'ils veulent et ce qu'ils se veulent, d'essayer patiemment de se demander ce qui se passe là-dessous et, à ce moment-là, on peut dire : "oui, cela correspond à ce que je peux faire, ou bien non".

TH : Il y a aussi cette notion aujourd'hui de la préférence du consommateur pour ses soins, dont on tient de plus en plus compte. Et quand on disait "choisir une thérapie", dans une première compréhension, on se disait : "Est-ce que le médecin doit choisir celle-ci ou celle-là ? " Mais vous voyez finalement que c'est le patient qui choisit sa thérapie. Et là, on choisit sa thérapie comme on choisit un peu son alimentation. Ce n'est pas toujours pour la valeur nutritive des aliments que nous les mangeons. On mange certains aliments parce qu'on les aime bien, même si parfois ils ne sont pas très nutritifs. Alors, si vous voulez savoir si une thérapie fonctionne ou ne fonctionne pas, il y a des études pour ça. Vous avez certainement entendu parler de cette étude de l'INSERM qui a fait beaucoup de bruit en France, qui voulait réglementer les psychothérapies, et déterminer ce qui est remboursable, de ce qui ne l'est pas. Elle a paru en février dernier et on y comparait la psychanalyse, les approches systémiques, les thérapies cognitivo-comportementales pour un certain nombre de maladies. Environ huit ou dix maladies, allant de la schizophrénie aux attaques de panique, ont été répertoriées, et on sait ce qui marche, et pourquoi, et ce qui ne marche pas. Cela, c'est, si vous voulez, le choix du médecin, ce que le médecin peut proposer de sa boîte à outils, etc. Maintenant, il y a, le choix du patient. Et si le patient a envie de consommer telle chose parce qu'il en aime bien le goût, c'est son choix. Ensuite, il y a le choix du législateur ou des pouvoirs publics. Est-ce qu'au fond, si le patient a envie de consommer quelque chose qui a bon goût mais qui n'est pas nécessairement efficace, faut-il que les deniers publics paient cette consultation ? Alors là, effectivement chez nous l'ordonnance est claire, on rembourse ce qui est efficace dans certaines maladies.

CA : Il faut dire, qu'en principe, en Suisse, une personne sur dix a connu un problème, disons psychologique majeur, donc ça veut dire qu'il y a probablement deux ou trois personnes autour de cette personne-là qui ont une connaissance de ces problèmes. De même qu'en médecine pendant une centaine d'années, on s'est concentré sur les maladies aigues, sur les épidémies, sur des choses absolument massives, maintenant, ces maladies aigues étant jugulées le plus souvent, la médecine s'occupe du problème des maladies dites chroniques. Alors, en psychiatrie, pendant très, très longtemps, il y avait les gros syndromes psychiatriques qui allaient quasiment tous en clinique psychiatrique ; maintenant les choses se sont bien modifiées. Mais quand le patient se pose la question d'aller ou non en psychothérapie, ce n'est pas simplement du luxe. Les gens maintenant, quand ils vont chez un psychiatre ou un psychothérapeute, c'est qu'ils en ont vraiment besoins.

Commentaire (personne dans le public) : J'ai récemment fait une petite expérience par curiosité, parce que je m'occupe beaucoup d'art en général. Je suis enseignante, et je suis allée assister à une séance de musicothérapie pour savoir ce que c'était, mais pas parce que je cherchais une thérapie. J'ai bien sûr, à mon âge, fait beaucoup d'expériences dans la vie dans beaucoup de domaines. Je pense qu'on peut dire que la personne elle-même reste capable de discernement. Je pense qu'on peut voir si un thérapeute ou une thérapie sont valables ou non. Et je crois que de ne pas complètement abandonner son sens critique et de faire confiance aussi au patient est très important. Donc, j'aimerais dire : "N'ayez pas peur d'aller explorer, mais ne croyez pas d'entrée que vous avez trouvé votre bouée de sauvetage, et rendez-vous compte par vous-même, si ça peut vous apporter quelque chose". Je trouve ça très important et toutes mes expériences de vie ont confirmé que c'était le principal.


Question : Quel est le rôle du médecin généraliste dans le choix d'une psychothérapie  ?

YB : Je crois que nous avons besoin, d'abord, d'avoir des personnes de confiance qui ont les connaissances nécessaires et avec qui on peut établir un réseau de collaboration. J'ai beaucoup interrogé mes confrères avant de venir ici, pour ne pas dire seulement ce que je pense moi, mais recueillir des témoignages. La plupart d'entre eux disent : "Finalement, la personnalité du thérapeute est plus importante que sa boîte à outils. Faisons confiance aux personnes que nous respectons, avec qui nous collaborons pour utiliser la bonne boîte à outils. J'aimerais rappeler aussi que certains médecins généralistes et médecins internistes sont formés dans ces techniques. Je connais des internistes ou des généralistes qui ont une formation psychanalytique et qui peuvent travailler dans ce domaine. J’en connais aussi qui pratiquent la thérapie cognitivo-comportementale qui est très attractive aussi. Mais j'aimerais peut-être rappeler quelque chose d'important pour tout le monde ici. Pour les médecins qui sont ici et pour les patients potentiels. Quand on est chez le bon, honnête généraliste et que le généraliste fait dérouler les évènements de l'existence, les étapes importantes, les conditions de l'enfance, la scolarité, le sevrage de la famille, la constitution de nouvelles familles, les deuils, etc. Finalement, il fait quelque chose qui est très important, qui ne peut pas être de la psychothérapie ou de la psychanalyse, mais qui est importante. Quand on se donne la peine d'expliquer à un patient quelque chose, et qu'on lui propose une expérience, un changement de comportement : "Quel objectif allez-vous avoir ? Je vous encourage à ça et quand vous reviendrez après les vacances, ça sera intéressant de voir les effets", on fait aussi quelque chose qui est important, même si on ne peut pas s'intituler cognitivo-comportementaliste. Et puis, quand on dit aussi : "Votre femme, comment a-t-elle réagi à ça ? " ou bien "Comment ça va avec votre mari, et les enfants ? Est-ce qu'ils ont fait des remarques ? ". On est aussi dans une dimension systémique. Quand on fait une anamnèse familiale, qu'on reconstruit l'arbre familial pour savoir un peu comment ça marche et quelles sont les ressources, pour savoir aussi quelles sont les affaires héréditaires, on a en main, finalement - comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans trop le savoir - des choses qui sont extrêmement importantes. Et de le penser, cela illumine pas mal le travail quotidien qui est un travail parfois très éprouvant, très difficile, mais qui peut être un boulot absolument merveilleux - je parle au nom des généralistes.


Question : Un médecin généraliste a-t-il beaucoup de malades psychiques dans sa consultation ?
YB : Beaucoup. Avant de venir ici, j'ai fait un exercice cet après-midi. J'ai pris mon bouquin de rendez-vous et j'ai compté cent consultations en arrière, en classant les consultations somatiques et techniques, les consultations psy, c’est-à-dire celles que je noterais dans ma facturation comme étant de nature psychologique ou psychosociale. Je me suis vite aperçu que c'était difficile de dissocier les choses et qu'il fallait faire une catégorie mixte. J'ai vu aussi qu'il fallait rajouter une catégorie que je n'avais pas imaginée, c'est le problème des personnes très âgées où vraiment les problèmes sont sociaux, très psychologiques et aussi physiques avec des particularités. Alors, sur les cent consultations examinées, j'ai trouvé quarante consultations que j'ai considérées comme vraiment purement somatiques, des check-up, des gens qui venaient avec une maladie précise, pour qui j’avais l'impression que leur réaction était assez attendue, assez normale - Mais qu'est-ce que la normalité ? Surtout qu'on ne devrait pas savoir ce qu'est la normalité dans un cabinet médical, c'est un des derniers endroits où on a le droit de ne pas être dans la norme - Revenons à mes comptages : il y avait dix consultations que je trouvais très mixtes, où les aspects somatiques étaient importants, mais avec de grosses répercussions psychologiques, de type anxieux ou dépressif. Les choses étaient vraiment liées entre elles. Il y avait trente consultations de nature vraiment psy, et puis il y avait vingt consultations de gériatrie. J'aimerais faire un hommage et un plaidoyer pour l'écoute, pour la communication et pour la relation ; ces trois mots qui sont importants. C'est tellement important. Ce n'est pas la seule chose qui existe dans la boîte à outils qui doit être très vaste, effectivement, d'un médecin de famille, d'un médecin généraliste. Mais c'est une partie qui est extrêmement importante. Les gens qui viennent et qui sont en souffrance psychologique, psychosociale ou familiale - et il nous semble qu'il y en a de plus en plus parce que notre société semble quand même pas mal le favoriser, mais c'est un autre débat – ces gens viennent au cabinet avec des attentes. Alors la grande question c'est : "Qu'est-ce qu'on fait de ça ? " Alors, on a évidemment un immense sentiment de responsabilité. Déjà, on a besoin d'avoir à côté de nous les experts en relation que sont les psychiatres, et il faut établir avec ces spécialistes, un réseau et une méthode de collaboration. Mais on ne peut pas envoyer à nos confrères psychiatres toutes les personnes qui viennent avec une souffrance psychique, psychologique, familiale ou psychosociale. Donc on doit le faire nous-même, et la question c'est : "comment le fait-on ? ". Si je réfléchis, je me rends compte à quel point notre profession de généraliste, ou d'interniste généraliste, se forme, s'intéresse, se passionne, fait des investissements de temps et d'argent pour se former, pour se faire superviser, travaille avec les psychiatres, mais aussi fait un travail qui est à l'interne, entre nous, pour essayer de se former, pour essayer de ne pas juste improviser, parce que pour la relation, il faut avoir du goût pour ça, il faut avoir du talent pour ça, mais il faut aussi beaucoup de travail ; ça s'apprend et ça se perfectionne.

Question : Les patients veulent-ils tous aller chez le psychiatre ?
YB : Là, il faut aussi voir quelle est la force de conviction éventuellement du médecin. Mais indiscutablement, il y a des patients, beaucoup de patients, qui ont fait le pas d'aller chez un docteur pour parler de cette souffrance-là, mais qui veulent s'arrêter chez le généraliste et qui ne sont pas prêts à faire le pas d'aller chez un psychiatre. Et, il y a aussi des gens qui sont venus à notre cabinet, qui ont essayé un ou des psychiatres et qui préfèrent revenir chez le généraliste, peut-être à cause de ces spécificités, mais peut-être aussi parce qu'à cause d'un certain manque de connaissance, ça fait peut-être moins mal, on va peut-être moins loin, cela implique peut-être moins de remise en question.

CA : Je voudrais juste ajouter - c'est peut-être un petit peu grivois, mais bon - il y a une phrase très importante dans l'outillage des systémiciens : "Tant qu'on fait ça, on ne fait pas autre chose". C'est-à-dire que, par exemple, un enfant qui ne veut pas manger, on peut se dire que tant qu'il ne mange pas, il ne fait pas autre chose. Alors qu'est-ce qu'il pourrait faire d'autre ? C'est le problème de l'alternative. Par exemple, les gens qui vont consulter leur médecin interniste ou généraliste, ou qui vont consulter leur gynécologue ou quelqu'un d'autre, à la base il y a quand même une décision par rapport à un choix possible que les gens connaissent. Donc, le problème, c'est pourquoi dans cette alternative-là, aller plutôt chez l'un que chez l'autre, mais tant qu'on n'a pas compris pourquoi la personne ne s'oriente pas différemment, cela ne sert absolument à rien de la brusquer.

Question : Un psychiatre peut-il refuser un patient  ?

Non, je ne comprendrais pas une attitude de refus d’un ou d’une patiente. Je comprendrais beaucoup mieux une attitude de réorientation d’un patient. Si on reçoit quelqu'un pour un bilan, on l'informe que c'est un bilan, on met en évidence un diagnostic, et puis on propose une thérapie. Et si ce n'est pas nous-mêmes qui implémentons cette thérapie, on doit à ce moment-là orienter le patient vers quelqu'un, et donner un rendez-vous de contrôle pour s'assurer que cela a été bien suivi. Maintenant, ça c'est comme les choses devraient se passer côté médecin. Donc pour répondre à votre question, refuser un patient n'est pas médical. Orienter et s'assurer d'une bonne orientation, c'est ce qu'il faut faire.


Question : Arrive-t-il parfois que le lien entre patient et thérapeute ne se fasse pas ?

TH : On peut tout à fait imaginer cela. Si vous voulez, il y a trois couches dans une intervention, pas seulement psychiatrique ou psychothérapeutique, mais aussi dans une intervention médicale. A la base, il y a des connaissances, c'est le savoir. D'ailleurs c'est intéressant que nous soyons là ce soir à discuter de "choisir sa psychothérapie". C'est un luxe que nous nous posions cette question. Prenons un autre syndrome psychiatrique : la maladie d'Alzheimer décrite par Aloïs Alzheimer. Pendant un siècle, on ne s'est pas posé la question de choisir le traitement de l'Alzheimer. Tout ce que l'on pouvait faire, c'était assister impuissant à cette détérioration. Si on peut donc dire aujourd'hui "choisir sa psychothérapie", c'est, qu'en fait, on connaît mieux certaines maladies psychiatriques, et qu'on a des traitements, et même plusieurs traitements, pour qu'il y ait une concurrence. Il y a donc à la base un savoir qui est une des couches. Là-dessus, il y a un savoir faire. C'est-à-dire que ce n'est pas la même chose d'avoir soigné une fois une maladie que d'en avoir soigné mille. Là-dessus en plus, il y a un savoir être : "Comment se sent-on avec telle ou telle personne ?" Dans une discipline médicale telle que l'anesthésiologie, par exemple, la base du savoir est très large, la base du savoir faire est assez large et le savoir être est une pointe qui est agréable au moment où l'anesthésiste vient vous serrer la main, vous dire de respirer dans ce masque ou vous dire : "Bonjour coucou, vous êtes réveillé". Mais ce n'est pas très important pour la performance de l'anesthésiste. Donc on est dans une pyramide. Dans la psychiatrie, tristement, pendant un siècle, on était dans une pyramide à l'envers, c'est-à-dire que nos connaissances sur la maladie mentale étaient très faibles, donc la base des connaissances techniques était faible. Là-dessus, il y avait un savoir faire : plus on avait côtoyé, soigné, pris soin de malades mentaux, plus on développait des manières de faire, on gérait la maladie. Et puis, le savoir être, donc, devient très important. Ceci est un commentaire par rapport à : "Est-ce qu'il y a une notion d'affinité personnelle ? " Cette affinité est de part et d'autre. C'est une cooptation entre le patient et le psychiatre. Elle est très importante au déroulement de la thérapie. Maintenant, si un psychiatre n'est pas sélectionné, il a les épaules assez solides pour le supporter. Si un patient n'est pas sélectionné, il peut, lui, se sentir éconduit, et c'est ce qui est regrettable. C'est pour ça qu'il y a une procédure pour éviter ce genre de vécu.


Question : Que faire lorsque la thérapie choisie n'a pas d'effets ?
FQ : Chaque thérapie n'est pas pour tout le monde. Et il y a la question de l'indication. Cela m'arrive tout à fait de dire à quelqu'un : "Ecoutez, moi je ne pratique pas la thérapie cognitive, mais c'est en tout cas ce qui va d'abord vous aider. Si ensuite vous souhaitez entreprendre une thérapie psychanalytique, vous le ferez si vous en avez envie ou besoin. Mais en tout cas, d'abord soulagez-vous de ces symptômes". Je crois que c'est quand même quelque chose qui se fait beaucoup aujourd'hui et qu'il n'y a vraiment pas de raisons de ne pas le faire. Moi je ne vois pas qu'il y ait des raisons de ne pas essayer de trouver des solutions à la souffrance et à l'angoisse. Mais il peut arriver que le thérapeute considère qu'il y a quand même des progrès d'un certain genre, ou qu'en continuant on arriverait à des progrès. Donc, il faut trouver une espèce d'équilibre, et quelques fois il faut en effet ne pas s'entêter avec un traitement qui mettrait très longtemps à avoir des effets. Parce que cela arrive, que quelqu'un poursuive longtemps une thérapie psychanalytique et que cela ait des effets. En tout cas, moi je comprends très bien, encore une fois, que quelqu'un se dise : "Cela ne me va pas" et cherche autre chose. Franchement, dans une ville comme Genève, ce n'est pas très compliqué de chercher autre chose. Il y a une pléthore de gens.

Question : Comment le patient peut-il avoir des garanties sur les compétences de son thérapeute ?
FQ : Il faut savoir que les médecins se forment, les psychiatres aussi, grâce à des formations continues, et que, c'est vrai que le titre de psychothérapeute est un titre protégé, mais pas celui d'analyste, et qu'il faut avoir des garanties. Il faut savoir si quelqu'un fait partie d'une école reconnue, si c'est quelqu'un dont on connaît la manière de travailler, dans quel cadre et dans quel contexte. Je pense que pour n'importe quel métier, on procède un peu de la même manière. Il faut aussi savoir qu'il y a différents courants de psychothérapies, et il faut vraiment dire si cela ne va pas. Cela, moi je trouve que c'est vraiment très, très important. Parce qu'une psychothérapie, ce n'est justement pas un traitement qu'on subit. C'est un traitement où il faut pouvoir vraiment se situer, et dire au thérapeute : "Ecoutez, moi ça me convient, ou ça ne me convient pas, je continue ou je ne continue pas". Et libre au patient de ne pas continuer.


Question : L'évaluation scientifique de l'efficacité d'une psychothérapie est-elle possible ?

TH : Pour nous, oui, elle est possible. Tout à fait. Il y a des études qui essayent de mesurer les résultats d'une thérapie. C'est sûr qu'on voit beaucoup mieux les résultats, lorsqu'on a défini les objectifs à l'avance. Si on définit comme objectif la disparition des attaques de panique et la réduction de l'agoraphobie, c'est-à-dire cette crainte de sortir dans la rue ou de s'éloigner de chez soi à cause des attaques de panique, on peut faire une mesure avant la thérapie et une mesure à la fin de la thérapie ; et à ce moment-là, évaluer l'efficacité. On peut aussi faire des études d'efficacité, par exemple, avec une thérapie cognitivo-comportementale par comparaison avec une pharmacothérapie. Comme je vous le disais, il n'y a pas nécessairement, sans du tout vouloir polémiquer là-dessus, une incompatibilité entre les deux. Je n'ai jamais dit, en fait, qu'une pharmacothérapie était une réponse pour toutes les dépressions. On peut aussi faire des monothérapies. C'est-à-dire, une psychothérapie cognitivo-comportementale et une pharmacothérapie, et puis voir, au fond, si on a atteint des résultats comparables, combiner les deux thérapies et voir si on obtient de meilleurs résultats. Donc il y a des études qui sont tout à fait publiées et qui permettent d'évaluer.

Question : Est-ce qu'on peut évaluer les résultats d'une psychothérapie psychanalytique ?

FQ : Alors, ça, c'est un grand débat qui est actuellement en cours dans le monde psychanalytique. Je parlais l'autre jour avec des collègues qui s'intéressent, au niveau européen, à des études qui vont se faire à grande échelle pour donner des évaluations qui tiennent compte des particularités de la psychothérapie psychanalytique. Donc, c'est tout à fait en cours. Cela dit, je pense qu'il ne nous faut pas entrer dans une espèce d'esprit scientifique dans lequel on aimerait nous mettre, qui serait un esprit scientifique un petit peu à la petite semaine. Ce n'est pas parce qu'on mesure, qu'on est scientifique. Et la science a quand même beaucoup, beaucoup évolué au cours du 20e siècle, mais la discussion scientifique s'arrête encore un petit peu pour ce qui concerne les psychothérapies à quelque chose de : "Si c'est mesurable, c'est scientifique". Comme si l'objectivable était scientifique. On en est, aujourd'hui, sur des discussions beaucoup plus compliquées sur lesquelles je ne vais pas revenir ici, mais qui tiennent compte de l'évolution de la connaissance scientifique elle-même. Et, je pense qu'on pourra faire un certain nombre d'études intéressantes. Cela dit, prenons un exemple : un patient qui serait traité par un professeur aurait toutes les chances de participer à une étude standardisée parce que les professeurs aiment bien ça. S'il allait en privé, il n'aurait aucune chance, on peut dire, mais chance au sens statistique du terme, d'être pris dans une étude standardisée. Je dois dire que cela n'a pas une énorme importance, au regard du patient. L'important pour lui est que les choses marchent bien, et que la psychothérapie soit efficace. Et il n'a pas besoin de faire une étude standardisée pour le savoir. Alors, vous voyez, il y a un énorme fossé.

CA : Par rapport à ça, il y a, en thérapie systémique, une sorte d'autocontrôle du fait que lorsque les parents viennent avec leurs enfants, ils ont un certain nombre de questions et de problèmes. Si, nous, nous avons l'impression qu'on peut faire une suggestion, là on est actif, c'est-à-dire qu'on leur dit : "Je vous propose par exemple de faire ça". Ensuite, on clôt la séance en disant : "Essayez pendant le mois qui vient cette méthode". Et, si cette méthode a été choisie judicieusement, le mois d'après, les parents reviennent en disant : "Là, on a le sentiment que ça va beaucoup mieux et qu'il n'y a pas forcément besoin de continuer". Donc, dans ce sens-là, à chaque moment, la thérapie peut s'arrêter, si les parents estiment que ça n'est pas un choix possible. Mais évidemment, c'est très, très différent par rapport à des thérapies d'adultes.

Question :  Est-il bon d'additionner les thérapies ?

CA : Vous parlez d'un point qui me semble extrêmement important sur deux aspects : un aspect que j'appellerai les coûts de la santé, et un autre aspect que j'appellerai la cohérence. Il est assez fréquent – et je ne parle pas seulement ici des psychiatres d'exercice privé ; ça se passe aussi dans les institutions – que quand on voit, par exemple, une famille, on s'aperçoive qu'il y a un enfant en logopédie, un enfant en psychomotricité, que les parents ont eu ou sont en train d'avoir accès à une psychothérapie personnelle, et qu’il y a eu en plus une thérapie de couple. Et on arrive en thérapie de famille. En termes de coûts de la santé, c'est un énorme problème. Et je pense qu'il faudrait que la faculté ou nos têtes savantes se prononcent, non pas en termes d'argent, mais se posent ces questions : "Qu'est-ce que ça signifie pour des gens d'être éclatés dans différentes thérapies ? ". C'est vrai que quand quelqu'un est en thérapie et ne parle que de son conjoint, il y a bien un moment où on dit : "Il faudrait que votre conjoint aille en thérapie ou que vous alliez en couple". Par conséquent, il y a des influences qui se font progressivement et, j'allais dire, un terme de voile : "Cela faseille". Donc, nous avons à mieux élaborer une sorte de charte pour savoir : "Est-ce que du point de vue psychiatrique – que ce soit du point de vue psychanalytique, que ce soit du point de vue cognitivo-comportemental, du point de vue systémique ou encore du point de vue d' internistes généralistes – cela a-t-il du sens et quelle en est la répercussion sur les gens ?" J'ai l'impression que, si on arrivait à résoudre ça, cela permettrait aux psychiatres de mieux préciser ce qu'ils savent faire et où ils s'arrêtent. C'est une question que Florence Quartier a évoquée : "Un des risques majeurs des thérapeutes, c'est qu'ils pensent qu'ils ont tous les systèmes thérapeutiques dans leur mallette et qu'ils peuvent tout faire". Je trouve que c'est extrêmement dangereux. Il faut faire extrêmement attention aux gens qui pourraient nous faire penser que, eux, ont la solutionl.

Question : Comment le patient peut-il savoir s'il a affaire à une thérapie fantaisiste ou sérieuse ?

CA : On doit situer cette question parmi plusieurs grands pièges. Et ces pièges, vous pouvez les rencontrer tout aussi bien chez des psychiatres ou des psychothérapeutes, tout ce qu'il y a de plus diplômés, que chez d'autres gens qu'on appellera fantaisistes. Quels sont ces pièges ? Un des pièges serait, par exemple, la mystification. C'est-à-dire que quelqu'un essaye d'avoir une emprise sur vous en vous racontant des choses qui vous plaisent, et vous trouvez cette personne tellement fantastique que vous en oubliez que vous avez des idées personnelles et que vous avez à progresser. Un autre piège, c'est ce qu'on pourrait appeler la subordination. C'est-à-dire que vous avez des thérapeutes qui peuvent, tranquillement, mais sûrement, amener une sorte d'assujettissement des patients avec un train-train et une sorte de routine qui font que plus rien ne se passe, mais qu'on est heureux ensemble. Par conséquent, je dirais que si vous êtes trop heureux chez un thérapeute, c'est le piège, et que si vous avez perdu votre sens critique, c'est le signal d'alarme.

FQ : On a parlé du feeling, on a parlé de la relation, du fait qu'il faut être bien avec son thérapeute. Cela, c'est très bien du côté du patient, mais il ne faudrait quand même pas, je crois, penser que le thérapeute est, comme ça, dans une certaine spontanéité, et que s'il est bien, si sa personnalité est bien, tout va bien. Mais pas du tout. Une très grande part de la formation analytique consiste à d'abord être capable d'écouter durablement, ce qui est très, très difficile dans notre vie actuelle, même en arrêtant les portables. Ensuite il faut travailler justement ce qu'est le feeling et ne pas en rester au feeling, mais travailler cette question-là dans ce que ça représente dans l'intimité d'une relation. Là, il y a un très grand professionnalisme, et il faut vraiment veiller à ne pas simplement être bien avec son thérapeute. On peut ne pas être bien du tout et pas en phase avec son thérapeute et faire beaucoup d'avance. Il ne faut pas penser qu'on va voir son thérapeute pour être dorloté et pour être comme un nourrisson dans les bras de sa mère. Ce sont de vieilles images de la thérapie.

Question : Quand faut-il arrêter sa psychothérapie ?

FQ : Comme médecin, on ne sait plus toujours, aujourd'hui jusqu'où doit aller un traitement, à quel moment on se met à ronronner dans un traitement. Toute la question du traitement interminable est posée, là. Et ça, je crois que c'est un débat qui nous concerne tous comme citoyens. En tout cas pas seulement comme médecin. Ces idées-là sont générales, donc on doit réfléchir nous tous, mais d'abord en tant que personne, à ce qu'on entend aujourd'hui sous ce terme, un peu galvaudé quand même, de thérapie qui, en même temps, ne doit pas du tout être galvaudé.

TH : Ce que j'aimerais dire, c'est que la thérapie, c'est un processus. Des gens qui font de la psychothérapie, parfois même, peuvent se poser la question : "Est-ce que je suis vraiment dans un processus psychothérapeutique ou simplement encore en train de chercher ou en train de choisir ? " Pour moi, la question du processus est très importante, et je pense que c'est une chose qu'il faut avoir à l'esprit. J'aimerais également le mettre en parallèle avec la peur, dont certaines personnes parlent : "J'ai peur d'y aller", ou "Je risque quelque chose d'aller voir un psychothérapeute". Je crois que beaucoup de peurs viennent des gens qui ne sont pas allés encore en psychothérapie, et qui disent donc : "Méfiez-vous des psychothérapeutes". Et je crois, de ma pratique et de toutes mes expériences, que ce sont plutôt les gens qui sont allés en psychothérapie qui diront : "Oui, ce qui importe, c'est la relation que j'ai pu établir avec ce praticien". On a parlé peut-être peu de déontologie, mais une des choses importantes, c'est qu'on peut arrêter une psychothérapie à n'importe quel moment. Et il faut aussi se méfier d'un psychothérapeute qui ne tient pas ce langage-là.

Question : Les psychothérapies sont-elles remboursées par les assurances maladies?

TH : En Suisse, les psychothérapies ne sont pas remboursées en fonction de la technique utilisée. C’est assez simple. Les trois types de psychothérapies, psychanalytique, cognitivo-comportementale ou systémique, sont remboursés de la même manière, à la condition, pour l’assurance de base, qu’elles soient pratiquées par un médecin psychiatre. En fait c'était déjà le cas dans l'ancienne LAMal, et c'est resté dans le nouveau système tarifaire. Seulement, ce temps a été saucissonné en tranches de cinq minutes, alors qu'avant il était calculé selon des tranches de quinze minutes. Mais finalement, ce que fait le thérapeute pendant le temps qu'il passe avec le patient est rétribué, qu'il fasse du systémique, de la psychanalyse ou du cognitivo-comportementale, à la même valeur.

CA : Je voudrais apporter une petite note désagréable. Est-ce qu'il faut choisir une psychothérapie parce qu'elle est remboursée ? Est-ce que ce sont forcément des médecins qui doivent faire des psychothérapies ? Est-ce que des psychothérapeutes, non médecins, qui sont tout à fait formés, doivent être remboursés ou non ? Ce sont des aspects sociaux qui sont très importants, et, en tant que citoyennes et citoyens, vous aurez peut-être, un jour, à vous prononcer sur ces sujets-là, parce que c'est un sujet tout ce qu'il y a d'actualité. Rien ne serait pire que de choisir d'aller chez un médecin simplement parce qu'il est remboursé.

FQ : L'art thérapie et la musicothérapie, par exemple, ne sont pas remboursées.

Commentaire (personne dans le public) : Je suis psychothérapeute en gestalt-thérapie. Je ne suis pas médecin, j'ai un cabinet à Genève. Et j'interviens également comme consultant extérieur au Trois-Chênes qui est un service d'enseignement thérapeutique aux Hôpitaux Universitaires de Genève. On utilise l'art thérapie dans ce service. Donc en l'occurrence, certaines formes d’art thérapies sont prises en charge puisqu'elles sont prises dans le cadre de la thérapie ou dans l'admission dans ce service de certains patients. Donc, l'art thérapie, dans certains cas, peut être remboursée, ou disons, ne rien coûter.

     
   
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