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Témoignages
diffusés pendant le débat
Premier
témoignage
Véronique,
39 ans, assistante médicale, Genève
Petit
à petit, on commence à vivre dans un milieu d'angoisse.
Cela prend de plus en plus d'emprise sur vous et puis la vie devient
une peau de chagrin, elle se rétrécit. Hormis le travail,
vous ne sortez pas, vous n'allez pas au cinéma parce que
vous allez vous évanouir ; le bus, c'est terminé,
faire ses courses, c'est l'horreur, c'est un supplice. En fait,
les choses banales de la vie représentent une angoisse incroyable.
Et les gens ne comprennent pas, donc on est d'autant plus malheureux
qu'on souffre alors que les gens disent : "Mais elle est
folle, elle ne peut pas prendre le bus, n'importe qui peut le prendre.
Qu'est-ce qui lui arrive ? Ma fille est folle ! Mon amie est
folle !" C'est très lourd, parce qu'à côté
de la peur, de l'angoisse de vivre, on a un sentiment de culpabilité
parce qu'on se dit : "Je suis nulle, comment je vais m'en sortir ?"
SR
: Comment vous en êtes-vous sortie ?
Je
m'en suis sortie parce qu'en fait je trouvais un peu bizarre d'être
comme ça. J’ai d’abord pensé demander
de l’aide à mes parents, parce que ma mère,
ayant souffert de dépression et d’angoisses, je pensais
trouver un appui auprès d’elle, parce qu’elle
aurait dû pouvoir comprendre mes angoisses. Et puis en fait
non, elle les a rejetées assez violemment en me condamnant.
Je me suis alors tournée vers mon médecin interniste
pour voir si, somatiquement, tout allait bien, parce que je me disais :
"J'ai peut-être quelque chose au cœur parce que
mon cœur tape très fort". J’avais des tachycardies,
et je me disais qu'il fallait prendre des médicaments. Le
médecin m’a fait un check-up et m’a dit que physiquement
j’étais bien. Alors pour moi, c'était évident
que mentalement ça n'allait pas. Il y avait quelque chose
de plus fort que moi que je n'arrivais pas à combattre.
J'en
ai parlé deux ou trois fois avec ce médecin traitant.
Et puis après avoir lu deux, trois livres sur l'angoisse
et l'anxiété, je me suis dit qu'un psy pourrait beaucoup
m'aider et j'ai pris rendez-vous chez un psychiatre que je connaissais
de nom. Quand je suis allée le voir la première fois,
je lui ai raconté d'un jet ma vie, mon enfance, mes angoisses.
Il m'a écoutée pendant une heure et puis il m'a dit :
"C'est pas pour moi, il faut que vous alliez voir quelqu'un
d'autre. Le problème, c'est votre mère". Moi,
ça m'a beaucoup choquée, parce que j'ai trouvé
un peu agressif comme réponse. Il m'avait écoutée
pendant une heure, donc je me suis dit : "Je vais être
protégée, on va me prendre en charge". Et puis
là on me dit : "Non, ce n'est pas pour moi". Donc
je suis ressortie de là un petit peu déçue,
et c'est pourquoi après je suis allée voir mon médecin
traitant. Je lui en ai parlé et, lui, m'a donné le
nom d'un psychiatre qu'il connaissait. Puis j'ai commencé
les séances, à raison d'une séance par semaine.
Dès la première séance, cela a été
facile, parce que je n'ai pas d'à priori vis-à-vis
des psychiatres, alors que beaucoup de gens peuvent avoir des préjugés.
Et puis il y a le feeling, les atomes crochus. J'aurais pu ne pas
m'entendre avec lui. Mais je l'ai vu dans son bureau et je lui ai
aussi raconté ma vie, mon enfance, ma mère, mes angoisses
et ce que je vivais actuellement. Et même, l'heure de consultation
était trop courte parce que, je ne sais pas, on se dévoile,
on a confiance et d'un jet ça part. D'ailleurs lui-même
a dit : "hou la, la, il y a beaucoup de choses à
écouter".
C'était
un dialogue qui a duré trois à quatre ans. C'était
un peu long, mais on a résolu beaucoup de choses. Et le principal,
c'est que quelqu'un vous écoute, vous comprenne, ne vous
juge pas, ne vous condamne pas et ne vous donne pas d'ordre :
"Il faut faire ceci maintenant". Mais il vous donne une
sorte de confiance en vous, et peu à peu les peurs lâchent
prise. Donc on ne va pas du jour au lendemain sauter dans le bus,
grimper l'Everest ; mais on sait que dans la ville où
l’on vit, il y a quelqu'un qui est là, qui est plus
fort que vous, plus fort que vos peurs et qui va vous écouter
et vous prendre spirituellement dans ses bras, sans connotation.
Cela veut dire que quand vous sortez de la séance, vous ressentez
de l'espoir, ce qui est très important. Une petite lueur,
et après, quand les jours s'égrènent –
parce que c'est une consultation par semaine - ça redonne
de la force, parce qu'on se dit : "Je vais le voir la
semaine prochaine". Et petit à petit, le lien se tisse
et puis on arrive à appréhender ses peurs.
SR
: Vous avez pris des médicaments ?
Non.
Le psychiatre voulait en fait que j'en prenne parce que cela enlève
les effets somatiques, donc on peut mieux travailler mentalement,
mais j'avais très peur que cela change ma personnalité,
et puis j'avais envie de trouver les ressources au fond de moi,
pour qu’une fois la thérapie finie, je me dise :
"OK, j'y suis arrivée sans artifice médicamenteux".
Bon, c'est peut-être ça qui explique que la thérapie
a duré quatre ans. Peut-être qu'elle aurait été
plus courte ? Peut-être que maintenant, si ça
m'arrivait à nouveau, je prendrais un médicament.
SR
: Comment allez-vous maintenant ?
Maintenant,
je vais bien. Je reste toujours fragile, toujours sensible. Mais
la psychothérapie, c'est comme un vaccin. C'est-à-dire
qu'un psy vous a donné une dose d'anti-corps pour gérer
votre vie. Cela ne veut pas dire qu'on ne va plus être en
contact avec la maladie, mais on a fabriqué ses propres défenses,
et puis, si j'ai une peur, une pseudo attaque de panique, une angoisse
parce que la vie n'est pas facile, je peux gérer.
Second
témoignage
Stella,
53 ans, secrétaire à Genève
Cela
a commencé il y a dix-sept ans, quand j'étais dans
mon pays, en Uruguay. Je n’ai pas compris d'abord ce qui m'arrivait,
parce que je me sentais mourir avec des symptômes partout
: mal au cœur, à la tête, évanouissements,
envies de vomir, plusieurs choses comme ça. Le médecin
qui m’a reçue m'a envoyée chez un psychiatre
freudien et j'ai commencé une thérapie avec lui. Il
me donnait un anxiolytique, mais pas à une très haute
dose. Mais j'ai continué à me sentir mal. La thérapie
peut-être m'a servi pour d'autres problèmes dans ma
vie, mais pas pour les crises de panique et d'angoisse. Après,
je suis arrivée en Suisse – cela fait déjà
treize ans. J’ai d’abord dû m'installer et j’ai
laissé un petit peu de côté ces problèmes,
mais j'ai continué à me sentir mal, avec toujours
des crises qui allaient et revenaient. J'allais alors à l'hôpital,
à la permanence, ou chez mon médecin généraliste.
Grâce à lui, j'ai commencé une deuxième
thérapie ici, aussi freudienne. Cela n'a pas marché
non plus. J'avais d'autres médicaments anti-dépresseurs,
mais ça ne marchait pas non plus, parce qu'avec les médicaments
et la thérapie, je continuais à aller aussi mal qu'avant.
Je prenais des médicaments, mais la crise continuait quand
même. Alors je me suis posée des questions et je me
suis dit : "Bon stop, je ne fais plus rien". Mais quelque
temps après, je me suis dit quand même, peut-être
que je devrais essayer une fois de plus, mais avec un autre. Mais
avec cet autre thérapeute, cela ne marchait pas non plus.
Le troisième, je peux vous dire, qu'en plus que ça
ne marchait pas, ça été très court parce
que j'ai senti qu'il n'y avait pas de feeling entre lui et moi.
Et ça c'est une chose très importante, je trouve,
parce qu'on doit avoir confiance en la personne pour pouvoir dire
tout ce qu'on a dedans. Je trouvais en plus que lui, peut-être
que ce n'était pas le cas, mais pour moi, c'était
comme s'il m'agressait quelque part. Alors je lui ai expliqué
par lettre pourquoi je voulais arrêter la thérapie.
Mais ma situation empirait, parce que cela faisait quinze ans que
je vivais ça. Jusqu'à ce qu’il y a deux ans,
ou un petit peu plus peut-être, à travers une amie,
j'ai vu un article qui annonçait un forum à l'hôpital
psychiatrique de Lausanne, justement sur ce thème-là
de l’angoisse et de l’attaque de panique. Alors j'ai
appelé, je me suis renseignée et j'y suis allée.
Durant le mois d'attente avant le forum, c'était comme si
je commençais déjà quelque chose pour moi,
parce que je m'étais dit : "Comme ça, je ne peux
plus vivre, ce n'est plus une vie parce que je ne peux plus rien
faire". Alors bon, je suis allée à la conférence.
Je me suis vue dans tous les cas qui étaient exposés.
C'est vrai qu'il y avait pas mal de monde. Il n'y avait pas seulement
les gens malades comme moi, mais la famille, le mari ou les enfants,
parce que c'est aussi difficile de vivre avec quelqu'un comme nous,
les proches ne savent pas quoi faire. Parfois le mot qu'ils nous
disent pour nous aider, ça nous fait plus de mal que de bien
et on se fâche avec notre famille et avec nos amis. On se
sent impuissant, on ne sait pas quoi faire. Alors là au forum,
il y avait un excellent professeur. Et je me suis dit : "Je
veux une thérapie avec cet homme-là, parce qu'il a
dit que la thérapie comportementale et cognitive était
la seule qui marchait dans les cas d’angoisses et d’attaques
de panique, que c’était prouvé. Quand la conférence
a été finie, je suis allée vers lui et je lui
ai dit : "Je veux une thérapie avec vous, parce qu'après
presque dix-sept ans de souffrances, je veux le meilleur et, vous,
vous êtes le meilleur". Alors, il m'a expliqué
que ce n'était pas facile de faire une thérapie, parce
que j'habitais à Genève et que lui était à
Lausanne. En plus il était très occupé. Mais
il a pris le temps de m'envoyer par mail la liste des psychiatres
comportementalistes à Genève, et il m'en a même
conseillé quelques-uns. J'ai eu de la chance, le premier,
ou le deuxième, je ne me souviens pas, m'a dit : "Oui".
Et j'ai débuté cette thérapie, où on
ne commence pas par se demander si vous étiez un enfant voulu,
ou si vous aviez des problèmes avec votre maman quand vous
étiez petite. On fait l'inverse, je ne suis pas médecin,
mais en tout cas c'est ce que j'ai ressenti. On commence avec ce
qui vous arrive aujourd’hui, et on se demande ce qu'on devrait
changer pour arriver à ce que vous vous sentiez mieux et
pour comprendre votre comportement. Le thérapeute vous explique
vraiment comment ça se passe, la maladie, même avec
des dessins. Mon médecin m’a dessiné la courbe
de la crise de panique, comment elle débute, comment elle
commence à monter jusqu'à la partie la plus haute
de la crise et comment après elle redescend. Ce sont des
explications qui nous aident, parce que quand on est dans la montée
de la crise, c'est là qu'on se dit : "Je vais à
l'hôpital, j'appelle quelqu'un qui vient me chercher parce
que je ne peux pas conduire, et toutes ces choses-là".
Et après on croit que c’est parce qu'on est allé
à l'hôpital, qu’on est soulagé. Alors
que non, c'est la vraie crise qui commence à descendre naturellement
avec hôpital, sans hôpital, avec un ami, sans un ami,
qu’importe… Et ça, on le comprend grâce
à ce style de thérapie. C'est une vraie différence.
Je n'avais jamais abordé des choses pareilles dans les autres
thérapies. Et aujourd’hui, grâce à la
thérapie cognitive et comportementale je peux vous dire que
je suis absolument guérie, je suis une autre personne, je
découvre le monde autrement, un peu comme quand j'étais
petite et que je commençais à découvrir, à
marcher. Maintenant, quand je rentre dans un supermarché,
je prends le temps de regarder les légumes. Pour les gens,
c'est stupide, mais pour moi c'est fantastique. Parfois je vais
au supermarché pour acheter une seule chose, je fais tout
le tour et je regarde tous les rayons, alors qu'avant, je ne pouvais
pas, parce que je remplissais mon chariot à moitié
et je sortais vite. Parfois, je n'y allais même pas, je n'achetais
pas les choses qu’il me fallait parce que j'avais peur. Et
c’est grâce à cette thérapie-là
que je suis aujourd'hui comme je suis. Mais c'est vrai que ce n'est
pas facile de la choisir. On ne sait pas comment. Dans mon cas,
c'était un hasard.
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