PSYCHOTHERAPIES
Quelle thérapie choisir ?   (16.09.04)


m
 
 
 
 
 
 
 

Menu
En quelques mots
Intervenants
Témoignages
Questions /
Réponses
Documents
 
 
 
 
 
 
 
Liste Forums
 

Témoignages diffusés pendant le débat

Premier témoignage

Véronique, 39 ans, assistante médicale, Genève

Petit à petit, on commence à vivre dans un milieu d'angoisse. Cela prend de plus en plus d'emprise sur vous et puis la vie devient une peau de chagrin, elle se rétrécit. Hormis le travail, vous ne sortez pas, vous n'allez pas au cinéma parce que vous allez vous évanouir ; le bus, c'est terminé, faire ses courses, c'est l'horreur, c'est un supplice. En fait, les choses banales de la vie représentent une angoisse incroyable. Et les gens ne comprennent pas, donc on est d'autant plus malheureux qu'on souffre alors que les gens disent : "Mais elle est folle, elle ne peut pas prendre le bus, n'importe qui peut le prendre. Qu'est-ce qui lui arrive ? Ma fille est folle ! Mon amie est folle !" C'est très lourd, parce qu'à côté de la peur, de l'angoisse de vivre, on a un sentiment de culpabilité parce qu'on se dit : "Je suis nulle, comment je vais m'en sortir ?"

SR : Comment vous en êtes-vous sortie ?

Je m'en suis sortie parce qu'en fait je trouvais un peu bizarre d'être comme ça. J’ai d’abord pensé demander de l’aide à mes parents, parce que ma mère, ayant souffert de dépression et d’angoisses, je pensais trouver un appui auprès d’elle, parce qu’elle aurait dû pouvoir comprendre mes angoisses. Et puis en fait non, elle les a rejetées assez violemment en me condamnant. Je me suis alors tournée vers mon médecin interniste pour voir si, somatiquement, tout allait bien, parce que je me disais : "J'ai peut-être quelque chose au cœur parce que mon cœur tape très fort". J’avais des tachycardies, et je me disais qu'il fallait prendre des médicaments. Le médecin m’a fait un check-up et m’a dit que physiquement j’étais bien. Alors pour moi, c'était évident que mentalement ça n'allait pas. Il y avait quelque chose de plus fort que moi que je n'arrivais pas à combattre.

J'en ai parlé deux ou trois fois avec ce médecin traitant. Et puis après avoir lu deux, trois livres sur l'angoisse et l'anxiété, je me suis dit qu'un psy pourrait beaucoup m'aider et j'ai pris rendez-vous chez un psychiatre que je connaissais de nom. Quand je suis allée le voir la première fois, je lui ai raconté d'un jet ma vie, mon enfance, mes angoisses. Il m'a écoutée pendant une heure et puis il m'a dit : "C'est pas pour moi, il faut que vous alliez voir quelqu'un d'autre. Le problème, c'est votre mère". Moi, ça m'a beaucoup choquée, parce que j'ai trouvé un peu agressif comme réponse. Il m'avait écoutée pendant une heure, donc je me suis dit : "Je vais être protégée, on va me prendre en charge". Et puis là on me dit : "Non, ce n'est pas pour moi". Donc je suis ressortie de là un petit peu déçue, et c'est pourquoi après je suis allée voir mon médecin traitant. Je lui en ai parlé et, lui, m'a donné le nom d'un psychiatre qu'il connaissait. Puis j'ai commencé les séances, à raison d'une séance par semaine.
Dès la première séance, cela a été facile, parce que je n'ai pas d'à priori vis-à-vis des psychiatres, alors que beaucoup de gens peuvent avoir des préjugés. Et puis il y a le feeling, les atomes crochus. J'aurais pu ne pas m'entendre avec lui. Mais je l'ai vu dans son bureau et je lui ai aussi raconté ma vie, mon enfance, ma mère, mes angoisses et ce que je vivais actuellement. Et même, l'heure de consultation était trop courte parce que, je ne sais pas, on se dévoile, on a confiance et d'un jet ça part. D'ailleurs lui-même a dit : "hou la, la, il y a beaucoup de choses à écouter".

C'était un dialogue qui a duré trois à quatre ans. C'était un peu long, mais on a résolu beaucoup de choses. Et le principal, c'est que quelqu'un vous écoute, vous comprenne, ne vous juge pas, ne vous condamne pas et ne vous donne pas d'ordre : "Il faut faire ceci maintenant". Mais il vous donne une sorte de confiance en vous, et peu à peu les peurs lâchent prise. Donc on ne va pas du jour au lendemain sauter dans le bus, grimper l'Everest ; mais on sait que dans la ville où l’on vit, il y a quelqu'un qui est là, qui est plus fort que vous, plus fort que vos peurs et qui va vous écouter et vous prendre spirituellement dans ses bras, sans connotation. Cela veut dire que quand vous sortez de la séance, vous ressentez de l'espoir, ce qui est très important. Une petite lueur, et après, quand les jours s'égrènent – parce que c'est une consultation par semaine - ça redonne de la force, parce qu'on se dit : "Je vais le voir la semaine prochaine". Et petit à petit, le lien se tisse et puis on arrive à appréhender ses peurs.

SR : Vous avez pris des médicaments ?

Non. Le psychiatre voulait en fait que j'en prenne parce que cela enlève les effets somatiques, donc on peut mieux travailler mentalement, mais j'avais très peur que cela change ma personnalité, et puis j'avais envie de trouver les ressources au fond de moi, pour qu’une fois la thérapie finie, je me dise : "OK, j'y suis arrivée sans artifice médicamenteux". Bon, c'est peut-être ça qui explique que la thérapie a duré quatre ans. Peut-être qu'elle aurait été plus courte ? Peut-être que maintenant, si ça m'arrivait à nouveau, je prendrais un médicament.

SR : Comment allez-vous maintenant ?

Maintenant, je vais bien. Je reste toujours fragile, toujours sensible. Mais la psychothérapie, c'est comme un vaccin. C'est-à-dire qu'un psy vous a donné une dose d'anti-corps pour gérer votre vie. Cela ne veut pas dire qu'on ne va plus être en contact avec la maladie, mais on a fabriqué ses propres défenses, et puis, si j'ai une peur, une pseudo attaque de panique, une angoisse parce que la vie n'est pas facile, je peux gérer.

Second témoignage

Stella, 53 ans, secrétaire à Genève

Cela a commencé il y a dix-sept ans, quand j'étais dans mon pays, en Uruguay. Je n’ai pas compris d'abord ce qui m'arrivait, parce que je me sentais mourir avec des symptômes partout : mal au cœur, à la tête, évanouissements, envies de vomir, plusieurs choses comme ça. Le médecin qui m’a reçue m'a envoyée chez un psychiatre freudien et j'ai commencé une thérapie avec lui. Il me donnait un anxiolytique, mais pas à une très haute dose. Mais j'ai continué à me sentir mal. La thérapie peut-être m'a servi pour d'autres problèmes dans ma vie, mais pas pour les crises de panique et d'angoisse. Après, je suis arrivée en Suisse – cela fait déjà treize ans. J’ai d’abord dû m'installer et j’ai laissé un petit peu de côté ces problèmes, mais j'ai continué à me sentir mal, avec toujours des crises qui allaient et revenaient. J'allais alors à l'hôpital, à la permanence, ou chez mon médecin généraliste. Grâce à lui, j'ai commencé une deuxième thérapie ici, aussi freudienne. Cela n'a pas marché non plus. J'avais d'autres médicaments anti-dépresseurs, mais ça ne marchait pas non plus, parce qu'avec les médicaments et la thérapie, je continuais à aller aussi mal qu'avant. Je prenais des médicaments, mais la crise continuait quand même. Alors je me suis posée des questions et je me suis dit : "Bon stop, je ne fais plus rien". Mais quelque temps après, je me suis dit quand même, peut-être que je devrais essayer une fois de plus, mais avec un autre. Mais avec cet autre thérapeute, cela ne marchait pas non plus. Le troisième, je peux vous dire, qu'en plus que ça ne marchait pas, ça été très court parce que j'ai senti qu'il n'y avait pas de feeling entre lui et moi. Et ça c'est une chose très importante, je trouve, parce qu'on doit avoir confiance en la personne pour pouvoir dire tout ce qu'on a dedans. Je trouvais en plus que lui, peut-être que ce n'était pas le cas, mais pour moi, c'était comme s'il m'agressait quelque part. Alors je lui ai expliqué par lettre pourquoi je voulais arrêter la thérapie. Mais ma situation empirait, parce que cela faisait quinze ans que je vivais ça. Jusqu'à ce qu’il y a deux ans, ou un petit peu plus peut-être, à travers une amie, j'ai vu un article qui annonçait un forum à l'hôpital psychiatrique de Lausanne, justement sur ce thème-là de l’angoisse et de l’attaque de panique. Alors j'ai appelé, je me suis renseignée et j'y suis allée. Durant le mois d'attente avant le forum, c'était comme si je commençais déjà quelque chose pour moi, parce que je m'étais dit : "Comme ça, je ne peux plus vivre, ce n'est plus une vie parce que je ne peux plus rien faire". Alors bon, je suis allée à la conférence. Je me suis vue dans tous les cas qui étaient exposés. C'est vrai qu'il y avait pas mal de monde. Il n'y avait pas seulement les gens malades comme moi, mais la famille, le mari ou les enfants, parce que c'est aussi difficile de vivre avec quelqu'un comme nous, les proches ne savent pas quoi faire. Parfois le mot qu'ils nous disent pour nous aider, ça nous fait plus de mal que de bien et on se fâche avec notre famille et avec nos amis. On se sent impuissant, on ne sait pas quoi faire. Alors là au forum, il y avait un excellent professeur. Et je me suis dit : "Je veux une thérapie avec cet homme-là, parce qu'il a dit que la thérapie comportementale et cognitive était la seule qui marchait dans les cas d’angoisses et d’attaques de panique, que c’était prouvé. Quand la conférence a été finie, je suis allée vers lui et je lui ai dit : "Je veux une thérapie avec vous, parce qu'après presque dix-sept ans de souffrances, je veux le meilleur et, vous, vous êtes le meilleur". Alors, il m'a expliqué que ce n'était pas facile de faire une thérapie, parce que j'habitais à Genève et que lui était à Lausanne. En plus il était très occupé. Mais il a pris le temps de m'envoyer par mail la liste des psychiatres comportementalistes à Genève, et il m'en a même conseillé quelques-uns. J'ai eu de la chance, le premier, ou le deuxième, je ne me souviens pas, m'a dit : "Oui". Et j'ai débuté cette thérapie, où on ne commence pas par se demander si vous étiez un enfant voulu, ou si vous aviez des problèmes avec votre maman quand vous étiez petite. On fait l'inverse, je ne suis pas médecin, mais en tout cas c'est ce que j'ai ressenti. On commence avec ce qui vous arrive aujourd’hui, et on se demande ce qu'on devrait changer pour arriver à ce que vous vous sentiez mieux et pour comprendre votre comportement. Le thérapeute vous explique vraiment comment ça se passe, la maladie, même avec des dessins. Mon médecin m’a dessiné la courbe de la crise de panique, comment elle débute, comment elle commence à monter jusqu'à la partie la plus haute de la crise et comment après elle redescend. Ce sont des explications qui nous aident, parce que quand on est dans la montée de la crise, c'est là qu'on se dit : "Je vais à l'hôpital, j'appelle quelqu'un qui vient me chercher parce que je ne peux pas conduire, et toutes ces choses-là". Et après on croit que c’est parce qu'on est allé à l'hôpital, qu’on est soulagé. Alors que non, c'est la vraie crise qui commence à descendre naturellement avec hôpital, sans hôpital, avec un ami, sans un ami, qu’importe… Et ça, on le comprend grâce à ce style de thérapie. C'est une vraie différence. Je n'avais jamais abordé des choses pareilles dans les autres thérapies. Et aujourd’hui, grâce à la thérapie cognitive et comportementale je peux vous dire que je suis absolument guérie, je suis une autre personne, je découvre le monde autrement, un peu comme quand j'étais petite et que je commençais à découvrir, à marcher. Maintenant, quand je rentre dans un supermarché, je prends le temps de regarder les légumes. Pour les gens, c'est stupide, mais pour moi c'est fantastique. Parfois je vais au supermarché pour acheter une seule chose, je fais tout le tour et je regarde tous les rayons, alors qu'avant, je ne pouvais pas, parce que je remplissais mon chariot à moitié et je sortais vite. Parfois, je n'y allais même pas, je n'achetais pas les choses qu’il me fallait parce que j'avais peur. Et c’est grâce à cette thérapie-là que je suis aujourd'hui comme je suis. Mais c'est vrai que ce n'est pas facile de la choisir. On ne sait pas comment. Dans mon cas, c'était un hasard.

.

 


     
     


   
remonter en haut de page