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GENERALITES
1.
Qu'elle
est l'incidence des maladies psychiatriques en Suisse ?
2.
A-t-on constaté ces dernières années en Suisse
une augmentation des coûts de la santé liés
aux psychothérapies ?
3. Constate-t-on
une grande différence ville/campagne dans la consommation
de psychothérapies ?
4. Les
psychothérapies sont-elles, selon la LAMal des thérapies
économiques, appropriées et efficaces ?
5. Peut-on comparer l'efficacité de la psychothérapie
seule avec un traitement uniquement médicamenteux ?
6. Pour
les psychiatres, comment faire pour que le système de soins
soit le plus efficace possible ?
7. Qui
compose la Commission Fédérale de Prestations et quel
est son rôle ?
8. Le
titre de psychologue est-il un titre reconnu en Suisse ?
9. Dans quelles conditions en Suisse un psychothérapeute
ou psychologue peut-il être remboursé ?

Question
: Qu’elle est l’incidence des maladies psychiatriques
en Suisse ?
JND : La dernière collation d’études européennes
qui inclut des données suisses, donne des chiffres qui sont
malheureusement assez inquiétants puisqu’on a un chiffre
de 27% de prévalence sur l’année pour les troubles
psychiatriques majeurs. Avec une inégalité manifeste
et particulièrement criante puisque ces 27% correspondent
à 33% chez les femmes et 21% chez les hommes. Donc, une personne
sur quatre présente un trouble psychiatrique majeur pendant
l’année. Et au cours d’une vie on arrive à
un chiffre dans les études américaines de 48%, donc
une personne sur deux.
Question : A-t-on constaté
ces dernières années en Suisse une augmentation des
coûts de la santé liés aux psychothérapies
?
MS : Si je me base sur les chiffres de la caisse maladie Groupe
Mutuel, qui a à Genève 100'000 assurés, il
y a eu en 2003 environ 42'000 mille factures pour un montant de
19 millions de francs. En 2005 on arrivait à 58’000
mille factures pour un montant de 31 millions de francs. Ce sont
les chiffres que j’ai pu obtenir.
JND
: Sauf erreur, entre ces deux dates, il y a eu l'introduction de
la nouvelle tarification Tarmed, ce qui veut dire qu’il y
a eu une augmentation structurelle qui est due à la revalorisation
des prestations psychiatriques et pas une augmentation des coûts
intrinsèques.
MS
: Il y a une augmentation des factures mais il y a aussi une augmentation
des coûts. C’est pour ça que j’ai cité
le nombre de factures aussi, c’est juste.
NN
: Juste pour replacer dans le contexte, le coût de la psychothérapie
ambulatoire par rapport aux coûts totaux de la santé
est de 1.2%.
Question : Constate-t-on une grande
différence ville/campagne dans la consommation de psychothérapies
?
MS : Il
y a une grande différence entre ville et campagne, non seulement
en psychothérapie mais aussi dans d’autres branches
de la médecine. J’ai regardé les chiffres qui
concerne Genève : le nombre de psychiatres est de 280, voire
un peu plus. Et en Valais nous en avons 34. Ces chiffres en disent
beaucoup sur la différence entre la ville et la campagne.
SR
: En modifiant l’ordonnance va-t-on rétablir un équilibre
?
MS
: Cela permettra peut-être de donner un accès plus
facile aux psychothérapies.
JND
: Cela dépend du nombre de médecins installés
et ce n’est pas en modifiant l’ordonnance qu’on
va favoriser l’installation des psychiatres-psychothérapeutes
à la campagne. Ça me paraît assez évident.
D’autre part, il y a probablement un effet inverse qui va
se passer et qu’on constate déjà mais qui risque
d’être aggravé, c’est que les conditions
de la psychiatrie et de la psychothérapie sont vécues
comme peu attractives par nos collègues qui se forment à
la médecine. Le nombre de finalistes médecins qui
se destinent à la psychiatrie, à la psychothérapie,
a passé de 14% en 2000 à 5% en 2005. Je pense que
cette ordonnance ne peut que rendre encore moins attractif ce métier.
Je pense qu’il y a aura non seulement moins de psychiatres-psychothérapeutes
en ville, mais aussi plus du tout de psychiatres-psychothérapeutes
à la campagne.

Question : Les psychothérapies
sont-elles, selon la LAMal des thérapies économiques,
appropriées et efficaces ?
JND : Je crois qu’effectivement, il y a beaucoup de préjugés
malheureux dans ce domaine. Je dirais volontiers que les psychiatres
ne sont pas ceux qui croient le plus à l’efficacité
de leurs traitements pour des raisons historiques. Il y a eu des
milliers d’études qui ont été conduites
ces dernières années, d’abord aux Etats-Unis
et maintenant en Europe sur l’efficacité, l’économicité
et le caractère approprié des psychothérapies.
Tous les travaux ont montré de manière tout à
fait étonnante que les psychothérapies sont parmi
les traitements médicaux les plus efficaces. Quand on prend
un certain nombre d’indices de type épidémiologique
par exemple, le nombre de patients à traiter pour s’assurer
que le patient profite du traitement par rapport à un groupe
contrôle, une psychothérapie se révèle
aussi efficace qu’un pontage coronarien. C’est plus
efficace que le traitement médicamenteux de l’ulcère
gastrique, par exemple. Un des traitements plus efficaces que la
psychothérapie que j’ai pu trouver est l’intervention
en urgence pour un anévrisme de l’aorte.
Question : Peut-on comparer l'efficacité
de la psychothérapie seule avec un traitement uniquement
médicamenteux ?
JND : Alors là on tombe dans le domaine de l’économicité,
l’étude de l’économicité qui est
une étude complexe puisque dans le fond il y a des coûts
directs qui sont liés aux traitements, à ce que les
traitements coûtent. Mais il y a aussi des coûts indirects,
c’est la prévention des jours d’hospitalisation,
c’est le fait que le patient ne rechute pas, c’est l’absentéisme
au travail, etc. De nombreuses études montrent que les psychothérapies,
de manière générale, peuvent être considérées
comme des traitements économiques. Une étude faite
à Genève a démontré qu’un traitement
combiné médicamenteux et psychothérapeutique
de la dépression permettait d’économiser, de
tête, à peu près 3'000 francs par patient. Donc,
il y avait un gain en combinant les deux en termes de prévention
de l’absentéisme et de la prévention des rechutes.
Question : Pour les psychiatres, comment faire
pour que le système de soins soit le plus efficace possible
?
JND : Sur le plan des fonctions que j’assume
au niveau de la formation c’est la qualité de la formation
qu’on donne à nos jeunes collègues dans le domaine
de la psychiatrie et de la psychothérapie. Et puis, pour
vous répondre plus techniquement dans le domaine de la psychothérapie,
on va essayer en contact avec l’Observatoire de la Santé
et l’OFSP, de mettre en application l’idée d’évaluer
les effets de cette ordonnance à travers un système
de registre des psychothérapies qu’on va mettre sur
pied dans le canton de Vaud de manière à pouvoir évaluer
l’évolution des patients au cours d’une psychothérapie.
Aux Etats-Unis et en Angleterre, la pratique des psychothérapies
est déjà contrôlée de différentes
manières avec ces systèmes de registre des psychothérapies,
et notamment la NHS, le système de sécurité
sociale en Angleterre. Ils ont un système assez fin qui leur
permet de voir à peu près les profils de durée
de traitement moyen en fonction du type de trouble. Cela donne une
bonne idée de la répartition des charges moyennes
sur des grands collectifs. C’est quelque chose qui est extrêmement
fiable et j’ai fait un ou deux sondages à Lausanne
et les données qu’on avait, étaient strictement
comparables aux données anglaises. Ce qui veut dire, par
exemple, que du point de vue de la distribution des coûts
qu’on avait à Lausanne, y compris chez les psychothérapeutes-psychanalystes
où on pourrait imaginer parfois avoir des traitements très
longs, on est exactement dans les courbes de durée de traitement
établies en Angleterre ou aux Etats-Unis. Donc, ça
m’a conforté dans l’idée que les pratiques
actuelles étaient banalement comparables à celles
que l’on pouvait observer dans la plupart des pays tels que
l’Angleterre ou les Etats-Unis. L’avantage du système
du registre des psychothérapies c’est qu'on pourrait
dans l’idéal, mais ça pose des questions cliniques
et éthiques majeures, avoir un système d’enregistrement
de l’effet de la psychothérapie sur le patient et se
donner les moyens de donner des feedback aux thérapeutes
sur l’évolution de leur traitement par exemple. Mais
là, on entre dans des domaines complexes à la fois
sur le plan méthodologique, clinique et éthique et
ça implique que les psychothérapeutes puissent accepter
que leur traitement soit évalué de l’extérieur.
MS
: Je voulais juste encore une fois souligner que toute nouvelle
méthode ou prestation qui est discutée au sein de
la Commission Fédérale de Prestation est soumise à
une évaluation. Et cela se pratiquera aussi avec cette nouvelle
ordonnance sur la psychothérapie qui sera évaluée
après un certain temps d’application pour faire le
contrôle de qualité.

Question : Qui compose la Commission
Fédérale de Prestations, et quel est son rôle
?
MS : La Commission Fédérale de Prestations est composée
de 20 membres. Elle est dirigée par le Dr. Indra de l’Office
Fédéral de la Santé Publique, qui est le successeur
du Dr. Brunner. Ces 20 membres comprennent 7 membres de la FMH,
dont 7 médecins, 6 membres de Santé suisse dont 3
médecins conseil, 2 représentants des hôpitaux,
1 représentant des cantons, 1 médecin cantonal, et
les patients sont aussi représentés par 2 personnes,
qui sont, je crois, de l’Organisation Suisse des Patients,
et il y a en plus 1 pharmacien. Donc, c’est une commission
avec une large représentation. Je précise aussi, que
c’est une commission qui a purement un rôle consultatif.
C’est le Département Fédéral de l’Intérieur
qui approuve et prend les décisions.
Question : Le titre de psychologue
est-il un titre reconnu en Suisse ?
JND : Pour se focaliser sur la question des traitements psychothérapeutiques
faisant partie des traitements médicaux remboursés
par l’assurance de base, n’entrent en vigueur que les
psychiatres-psychothérapeutes FMH, les médecins de
premier recours qui ont la reconnaissance de ces prestations, et
les psychologues qui travaillent dans un cadre de psychothérapie
déléguée. Dans ce contexte-là, il est
vrai qu’il existe un certain flou. Sur le plan médical
la formation en psychiatrie-psychothérapie reconnaît
trois écoles, l’Ecole Psychanalytique, l’Ecole
Cognitivo-Comportementale, et l’Ecole Systémique. Ce
choix reste un choix qui correspond aux pratiques des grandes institutions
de psychiatrie publiques et qui n’étaient pas dans
le fond liées à celles qui étaient considérées
et établies comme étant efficaces à cette époque
là, mais il y avait aussi moins de données. La FSP
qui décerne un titre de psychothérapeute-psychologue
FSP avec une formation exigeante reconnaît plus d’écoles
mais qui sont aussi clairement définies et limitées
avec des exigences qui sont aussi extrêmement rigoureuses.
Donc, tant le titre FMH que le titre FSP peuvent être considérés
comme associés à des écoles reconnues et rigoureuses.
Actuellement, les dernières données allemandes qui
ont été publiées en 2006 sur l’efficacité
des traitements, justement dans des travaux menés en lien
avec les assurances, permettent de considérer qu’il
y a quatre écoles qui atteignent un niveau d’efficacité
comparable. Ce sont les écoles psychanalytiques, les écoles
cognitivo-comportementales, systémiques et le mouvement Rodgerien,
les thérapies centrées sur le client, qui ont fait
énormément d’efforts ces dernières années
pour se formaliser. Notamment, il y a tout le mouvement des entretiens
motivationnels qui s’est aussi fait dans le cadre des traitements
de plus longue durée. Et on peut considérer que ces
quatre écoles correspondent à priori et sans trop
discuter aux critères de la LAMal, article 32 sur le caractère
efficace approprié et économique. Maintenant, si on
sort des titres FSP et FMH effectivement alors, il y a à
peu près 500 écoles. Et le terme "psychothérapeute"
n’est pas protégé. Ce qui est protégé
c’est le titre de psychiatre-psychothérapeute FMH et
le titre de psychologue-psychothérapeute FSP.
NN
: Je voulais juste dire qu’au niveau fédéral
il y a la volonté de réglementer un peu ces professions
de la psychologie. Il y a une loi sur les professions de la psychologie,
une loi fédérale qui est en consultation depuis 2005.
C’est une loi qui a été élaborée
avec beaucoup de difficultés, je crois. Elle a été
en consultation et les résultats ont été donnés
en décembre 2006. Un message du Conseil fédéral
et un projet de loi sont prévus pour 2009.
Question : Dans quelles conditions
en Suisse un psychothérapeute ou psychologue peut-il être
remboursé ?
JND : Les psychologues peuvent être remboursés par
l’assurance de base dans le cadre de la psychothérapie
déléguée qui implique qu’ils sont d’une
manière ou d’une autre dans un rapport de dépendance
économique avec le psychiatre et qu’ils travaillent
dans le même cabinet.
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