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PATIENTS
1.
Quel
regard la société porte-t-elle sur les malades atteints
de maladies psychiques ?
2.
L'ancienne
ordonnance répondait-elle aux besoins des patients ?
3.
Les
patients sont-ils inquiets ?
4.
Un
patient confronté à un refus de remboursement de la
part de son assurance, quelles sont ses possibilités de recours
?
5. Est-on
prêt à faire des exceptions et à être
particulièrement généreux quand il s’agit
de psychothérapies pour adolescents ?
6.
Pourrait-on
améliorer les relations avec le médecin conseil ?
7.
Comment
un patient peut-il trouver un thérapeute compétent
?
8.
Comment
le médecin généraliste peut-il aider son patient
à trouver un psychiatre ?

Question
: Quel regard la société porte-t-elle
sur les malades atteints de maladies psychiques ?
NN : Les maladies psychiques sont fréquentes et c’est
vrai qu’on assiste aujourd’hui à une baisse de
tolérance à leur égard. Il y a peut être
deux causes, d’une part la banalisation du discours psychologique.
C’est vrai qu’aujourd’hui la psychologie a envahi
la société, tout le monde se dit avoir été
atteint par une maladie psychique et on pense qu'il suffirait pour
s’en sortir d’une certaine force de caractère.
Par exemple, le conseiller national vaudois UDC M. Fattebert qui
a dit à la radio que la psychothérapie c’était
bon pour les femmes qui avaient la ménopause. Ça dit
bien ce que l’on pense de cette affaire-là. La deuxième
chose, c’est le discours sur la simulation, sur le fait que
beaucoup de gens profiteraient du système. On parle des abus
concernant par exemple l’assurance invalidité et les
rentes qui seraient attribuées pour maladies psychiques à
des personnes qui n’y auraient dans le fond pas droit, qui
simuleraient leur maladie. Et c’est vrai que la particularité
de la maladie psychique c’est de ne pas être visible
au premier coup d’œil et qu’aujourd’hui tout
le monde est expert, ou se croit expert en la matière. Les
gens disent ou affirment : "Je connais une personne qui a une
rente qui ne devrait pas en avoir une", ou "Je connais
une personne qui suit une psychothérapie pour rien".
Donc, le problème c’est qu’on diffuse cette idéologie
que les maladies psychiques ne seraient pas de vraies maladies,
on réduit les prestations et ça ne fera que reporter
les problèmes.
Question : L'ancienne ordonnance
répondait-elle aux besoins des patients ?
NN : A notre connaissance elle répondait aux besoins des
patients mais également des médecins. Il n’y
avait pas eu de problèmes avec cette ordonnance. C’est
vrai qu’on n’a pas très bien compris pour quelle
raison elle avait été modifiée, enfin surtout
la volonté de la modifier aussi rapidement. Mais probablement
qu’elle ne répondait pas aux besoins des assureurs.
JND
: Je vais être extrêmement honnête. Cette ordonnance
était la plus généreuse que je connaisse sur
le plan international. Il faut être clair. A partir de là,
il est vrai que l’on aurait pu imaginer l’améliorer.
Et par exemple, améliorer la transparence des relations avec
les médecins conseil, notamment en systématisant le
rapport après une année, ce qui n’était
pas toujours fait et qui n’était pas toujours demandé.
Mais entre imaginer améliorer l'ordonnance en donnant une
définition de la psychothérapie, et la rapidité
arbitraire de la procédure et ce rapport après 6 séances
qui en plus prend en otage le médecin conseil en en faisant
un partenaire clinique à qui on donne une décision
clinique, je pense qu’il y a un saut qui est absolument inadmissible.
Question : Les patients sont-ils inquiets ?
NN : Tout
le monde est inquiet, oui. L’ordonnance est entrée
en vigueur le 1er janvier 2007. Les personnes qui ont un traitement
qui a commencé précédemment ne sont pas touchées.
D’autre part, les traitements psychiatriques intégrés,
qui concernent les personnes qui ont des maladies chroniques ne
sont pas touchés non plus puisqu’ils n’entrent
pas dans la définition de la psychothérapie. Mais
le problème c’est qu'on ne sait pas exactement ce que
cela va donner. On ne connaît pas encore les conséquences
exactes, mais pour nous ça ne va pas dans le bon sens. Et
les personnes qui ont une fragilité psychique évidemment,
ne sont pas rassurées par ces modifications de législation.
JND
: Ce que je trouve extrêmement délicat et désagréable,
c’est l’ambiguïté de l'OFSP sur le fait
qu’il y ait ou non des objectifs d’économies.
S’il n’y a pas d’objectif d’économies
et qu’il s’agit de clarifier les procédures,
pourquoi pas. Mais à partir du moment où on laisse
entendre que finalement, même comme objectif secondaire, on
prévoit des objectifs d’économies, ça
c’est inadmissible. Et je pense que là, il y a une
ambiguïté politique par rapport à cette mesure
qui n’est pas acceptable.
NN
: Moi, j’ai l’impression que c’est de la communication,
c’est-à-dire que le but était de faire des économies.
Au moment où l’ordonnance a été rendue
publique, le Département a produit un communiqué de
presse dans lequel il mentionnait d’autres arguments, mais
c’est de la communication. On dit que c’est pour notre
bien, qu'on va améliorer les choses et on le répète,
alors que ça n’a rien à voir avec l’objectif
visé.
JND
: On part de l’idée qu’il y a beaucoup de psychothérapies
inappropriées et qu’il y a peut-être des abus
mais personne n’a donné de chiffre et a justifié
le fait qu’il y avait beaucoup d’abus. C’est une
hypothèse qui n’a pas été mise en avant.
A partir de là comment est-ce qu’on peut faire des
économies sans imaginer que des médecins conseil exercent
une pression à la baisse par rapport aux psychothérapies.
Mais en l’occurrence un médecin conseil va, dans l’idéal,
appliquer un raisonnement clinique et il n’a pas de raison
d’appliquer à la baisse le remboursement des prestations
d’assurance s’il suit un raisonnement clinique. Formellement,
cette ordonnance dans l’idéal, ne devrait pas aboutir
à une diminution des coûts. Mais ce qui m’inquiète,
c’est l’ambiguïté du discours politique
par rapport à cette question.
MS
: Je veux abonder dans votre sens. S’il y a un traitement
qui doit être efficace, c’est difficile qu’il
soit toujours aussi économique. C’est clair.
JND
: L’économicité d’un traitement est une
question complexe et il est clair qu’à terme, tous
les traitements coûtent de l’argent. On sait qu’une
très, très grande partie des prestations dépensées
par l’assurance de base le sont par les patients en fin de
vie. J’avais des chiffres dont je ne me souviens plus sur
le fait que les 24 dernières heures de vie représentent
une proportion extrêmement importante des coûts de la
santé. Et en même temps, on ne va pas discuter de l’économicité
des mesures qui sont prises dans les 24 dernières heures
de vie, que ce soit dans le domaine de l’assurance accident
ou dans le domaine de l’assurance maladie. En conséquence,
mettre en rapport la question d’efficacité et d’économicité
débouche de toute façon sur la question politique
des moyens que l’on se donne pour traiter les maladies et
la question du rationnement à terme.

Question : Un patient confronté à
un refus de remboursement de la part de son assurance, quelles sont
ses possibilités de recours ?
MS : Je pense que comme toute prestation qui n’est plus remboursée
par une assurance, le patient a toujours droit de faire un recours
pour recevoir une décision formelle et puis avoir droit à
une explication. Il a les droits juridiques et légaux habituels.
D’abord auprès de la caisse et puis après il
peut recevoir certainement du soutien d'une association de patients.
NN
: Après c’est au tribunal de décider, le Tribunal
Fédéral des Assurances à Lucerne. On a évoqué
cette question s’il y a des interruptions de traitement ou
des traitements écourtés, et qu’un patient par
exemple attente à ces jours. Qui est responsable ? C’est
vrai que probablement l’assureur devra prendre sa part de
responsabilité. Mais, Béatrice Desplands qui est juriste,
dit que le problème c’est qu’il n’y a pas
d’effet suspensif pour un patient qui recevrait par exemple
le refus de poursuite du remboursement de sa psychothérapie
et qui souhaiterait déposer un recours. Il n’y a pas
d’effet suspensif durant la procédure s’il veut
poursuivre sa psychothérapie. Son traitement, il devra le
payer de sa poche jusqu’à la décision.
Question : Est-on prêt à faire
des exceptions et à être particulièrement généreux
quand il s’agit de psychothérapies pour adolescents
?
MS : Je pense qu’il n’y aura pas d’exceptions
particulières. On appliquera le même tarif avec tout
le monde mais je pense que pour les cas très lourds qui demandent
beaucoup de séances, ce sera difficile de la part du médecin
conseil, respectivement du médecin conseil psychiatre, de
mettre une limite à ces séances. Je ne crois pas qu’il
y ait une exception qui doit se faire. Il faudra simplement justifier
une prolongation. Les problèmes de violence chez les adolescents
peuvent être une des raisons de prolonger le traitement psychothérapeutique
au-delà de 40 séances comme c’est demandé
dans l’ordonnance.
NN
: C’est peut-être un détail, mais peut-être
que cela vous intéressera. Dans le projet de la modification
de l’ordonnance, il y avait un petit alinéa qui reprenait
l’ordonnance précédente qui disait : "la
psychothérapie pratiquée en vue de la découverte
ou de la réalisation de soi-même, de la maturation
de la personnalité adulte ou dans tout autre but que le traitement
d’une maladie n’est pas pris en charge". Ils l’avaient
modifié en ajoutant l’adjectif "adulte",
ce qui sous-entendait, qu’une psychothérapie pour la
maturation de la personnalité de jeunes serait prise en charge.
Mais cet alinéa n’apparaît plus dans la version
finale de l’ordonnance. Il n’existe plus. On y avait
vu un point positif et il a disparu.
Remarque
du public
Je voulais dire que j’étais très touchée
par les propos de Mme Nathalie Narbel concernant toutes ces procédures
et les complications qu’elles peuvent poser dans la relation
psychiatre-malade. Je suis spécialisée en psychiatrie
de l’enfant et de l’adolescent et actuellement certains
parents ne veulent plus du tout que je puisse facturer au nom de
leur enfant. Ils se sentent complètement persécutés
par l’idée qu’il faille mettre des diagnostics
au bout de 10 séances. D’autres renoncent carrément
à ce que les soins puissent être prodigués.
Alors maintenant, c’est toute la question de faisabilité
qui me paraît très importante à discuter. On
pourrait éventuellement demander au médecin conseil
de voir les patients, ou bien d’établir quelque chose
de plus chaleureux, de plus normal au niveau de la communication,
pour que ces traitements puissent avoir lieu. Les papiers font peur
et ils font peur évidemment aux personnes les plus fragiles,
les moins nanties, les plus socialement défavorisées.
Ils ne veulent pas que l’on envoie des lettres à des
inconnus, ils se sentent trahis. Et c’est souvent dans ces
cas-là que nous avons l’action la plus préventive
dans notre métier de psychiatre d’enfants et d’adolescents.
Question : Pourrait-on améliorer les
relations avec le médecin conseil ?
MS : J’y accorde beaucoup d’importance
et je souhaite que la relation entre le médecin traitant
et le médecin conseil se fasse le plus souvent possible par
téléphone ou par correspondance. C’est clair
qu’on peut avoir une relation par téléphone
mais, selon l’ordonnance qui est une ordonnance légale,
il faut un écrit. C’est exigé pour que le patient
n’ait pas de surprise. La caisse maladie pourrait dire : "Nous
n’avons jamais vu d’écrit, nous ne savons pas
si vous avez eu un téléphone avec le médecin
traitant, etc.". Donc, il faut l’écrit, c’est
clair. Mais on a fait l’effort de créer un formulaire
dont les données médicales sont séparées
des données administratives et le médecin psychiatre
a aussi une obligation de respecter la protection des données.
Ça c’est clair et net. Et l’Office Fédéral
de la Santé Publique contrôle ça. Et la Commission
de Contrôle de Protection des Données a aussi donné
son accord. On essaie de rassurer les patients sur le fait que la
personne est protégée au maximum.

Question : Comment un patient peut-il trouver
un thérapeute compétent ?
JND : Je pense qu’il y a deux manières simples, même
si elles sont plus vite dites que facilement mises en pratique.
Je pense que si on a un doute ou si on ne sait, pas il faut passer
par son médecin généraliste ou son médecin
de premier recours qui a des réseaux. Les généralistes
travaillent avec des collègues psychiatres-psychothérapeutes.
Certains ont même une formation qui leur permet de faire profiter
leur patient d’un certain nombre d’entretiens de type
psychothérapeutique. Je pense qu’un médecin
généraliste est précisément là
pour pouvoir permettre d’orienter un patient d’une manière
claire. La deuxième, c’est de changer de thérapeute.
Je crois qu'on a peut-être trop longtemps sacralisé
les médecins mais dans le fond c’est une prestation
et un mandat de prestation. On est client, et il s’agit de
donner son avis et puis d’en changer si on n’est pas
content. Il est vrai que comme patient, on est parfois dans une
situation difficile et que l’on ne se sent pas forcément
les moyens ou l’énergie de pouvoir se montrer combatif
sur ce plan-là, raison pour laquelle, je pense que peut-être
la meilleure alternative, c’est de passer par un médecin
de premier recours.
Question : Comment le médecin généraliste
peut-il aider son patient à trouver un psychiatre ?
MS: Cela n’est pas toujours facile en tant que médecin
praticien d’adresser le patient vers un psychiatre surtout
quand on exerce comme moi en Valais où il y a peu de psychiatres.
Cela dépend beaucoup du diagnostic et de l’évolution
de la maladie psychiatrique pour décider d'adresser un malade
à un psychiatre. Mais je pense que la majorité des
patients qui cherchent une psychothérapie s’adressent
directement à un psychiatre. Je pense qu’ils savent
qu’ils ont besoin d’un spécialiste en psychiatrie
pour faire cette thérapie et pas d'un médecin de premier
recours. Je pense que les médecins de premier recours sont
beaucoup court-circuités pour s’adresser directement
au médecin spécialiste en psychiatrie.
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