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Témoignage
& Interview diffusés pendant le débat
Témoignage
Nathalie,
41 ans, réflexologue et professeur de Pilates, Genève
La
première société dans laquelle je travaillais
a fait faillite, je me suis donc retrouvée du jour au lendemain
sans travail. L’homme qui allait être mon futur mari,
de son côté, avait eu aussi quelques problèmes.
En tant que conjointe je l’ai soutenu et c’est vrai
qu’il y a eu pour moi une accumulation de choses. Puis tous
les deux on a commencé à travailler dans une nouvelle
société, pas dans le même bureau, mais dans
la même société.
Lors d’une soirée de boîte, on était tous
en discothèque, on dansait, et puis mon patron m’a
invitée à danser et m’a embrassée. A
partir de là a commencé un harcèlement sexuel
assez pénible qui a duré environ 6 mois. C’était
terrible, parce que j'avais beau m’habiller comme une nonne
tous les jours pour venir au bureau, en essayant de faire le minimum
d’effet pour éviter de créer quelques réactions
que ce soient, il trouvait toujours le moyen de me mettre en défaut,
de me faire sentir que j'étais désirable malgré
tout. Ça passait aussi par des remarques désagréables
sur mon travail. J’avais beau faire de mon mieux, il y avait
toujours quelque chose qui n’allait pas. Ce qui était
très perturbant, c’est que je me sentais à la
fois victime et en même temps je me sentais coupable de créer
cette situation. Je ne savais plus quoi faire pour éviter
ça. Tous les matins j'avais la boule à l’estomac
avant de partir travailler. Ce qui était encore plus dérangeant
c’est qu’il connaissait mon conjoint, et que je connaissais
son épouse. Je refusais ses avances, je lui avais expliqué
que je n’étais vraiment pas intéressée
et puis malgré ça, il continuait, il continuait, avec
des petites réflexions déplacées et sournoises
qui me déstabilisaient, qui me perturbaient ... J’en
avais parlé à mon conjoint qui évidemment voulait
lui régler son compte. Mais à ce moment-là
je n’avais pas du tout envie d'entrer dans des situations
tellement conflictuelles. Ça a duré 6 mois. Au bout
de 6 mois j’ai craqué, je n’en pouvais plus et
j’ai donné ma démission. Le management quand
ils ont reçu ma démission m’ont demandé
pourquoi je voulais quitter la société. Et là
de nouveau, je me suis retrouvée dans une situation pénible
parce que je n’osais pas dire pourquoi. En plus, lui, à
la façon dont il me traitait, m’avait donné
l’impression que je ne pouvais me tourner vers personne, que
j’étais complètement perdue et que quoique je
fasse de toute façon, c’était moi qui allais
en faire les frais. Mais quand ils ont vu ma gêne d’expliquer
mon départ, comme c’était une société
américaine, ils ont vite compris ce qu’il se passait.
Donc, ils m’ont très bien indemnisée et je suis
partie.
Mais je n’avais pas vu venir, qu’avec toutes ces choses
qui s’étaient accumulées au fil des années,
j’avais perdu gentiment le goût des choses, je n’avais
plus le désir de quoi que ce soit. Je me sentais fatiguée
tout le temps, j’avais l’impression que je ne récupérais
pas. En me retrouvant à la maison, au chômage tout
d’un coup, je n’avais plus rien envie de faire. Je ne
m’occupais plus de la maison, je n’allais plus promener
le chien. Je n’osais même plus sortir faire les commissions.
Et ça, ça a duré 2 mois. Je n'osais plus sortir
parce que j’avais vraiment l’impression que tout le
monde voyait mon mal-être. Et puis je pleurais tout le temps.
A la moindre remarque, désagréable ou non, j'éclatais
en sanglots. Je ne pouvais plus communiquer avec mon conjoint, c'était
devenu absolument impossible. En plus, je voyais qu'il avait envie
de tout faire pour m'aider et que quoiqu’il fasse rien n'y
faisait. Moi-même, j'étais dans l’impossibilité
de communiquer, et je ne pouvais pas expliquer pourquoi j'étais
aussi mal. D’ailleurs, en y repensant, même dans mes
rêves je me voyais en train d’essayer de grimper une
montagne, et je glissais, je glissais, glissais... J'avais vraiment
le sentiment d’aller au plus profond et en plus j’avais
la sensation que, malgré mon caractère, j’étais
au fond mais je n’arrivais pas à remonter.
Au bout de deux mois je voyais qu’avec ma famille rien ne
passait, je ne voyais plus mes amis, je n'avais plus de vie sociale,
plus rien, j'avais l’impression vraiment de vivre complètement
enfermée dans mon cocon. Même physiquement je commençais
à aller mal. J’avais perdu énormément
de poids, j’avais des vertiges, je ne dormais plus la nuit
ou je dormais dans la journée. J'étais déphasée
complètement. Donc, là j’ai décidé
de me faire aider aussi bien physiquement que mentalement. J'ai
choisi un psychiatre car pour moi c’était vraiment
le médecin de la tête. Je sentais la différence
entre un psychologue et un psychiatre et j’avais besoin de
quelqu’un qui m’aide à intervenir de façon
radicale, donc de quelqu’un qui soit aussi un médecin.
L’autre facteur c’était aussi que les psychiatres
sont remboursés par les assurances parce que je savais que
c’était quand même assez cher même à
l’époque et que je n’aurais pas eu les moyens
de faire une psychothérapie non remboursée, d’autant
plus que je ne savais pas du tout non plus ce que j’allais
trouver, si ça allait durer ou pas.
Je suis allée chez une psychiatre qui normalement s’occupait
d’enfants mais comme elle me l’a dit elle-même,
en général elle reçoit les enfants et elle
finit par s’occuper des parents. C’était exactement
ce qu’il me fallait. Elle m’a proposé différents
types de thérapie et on s’est mis d’accord sur
une psychothérapie où elle pouvait interagir. Moi,
j’avais besoin de quelqu’un qui me redonne confiance,
qui m’explique pourquoi j’en étais arrivée
à ce stade là, et qui me donne aussi les moyens de
m’en sortir. Et puis j'avais simplement aussi besoin de communiquer
parce que là je me sentais tellement isolée et tellement
seule. J'avais l’impression que j'étais seule au monde
et que personne ne me comprenais. Et j'avais aussi besoin de trouver
un côté un peu cocon. Elle m’a donné tout
ça. On a travaillé le premier mois à raison
de deux séances par semaine, une heure chaque séance,
et puis après ce n’était plus qu’une fois
par semaine. Tout de suite elle m'a dit que chaque séance
où je ne viendrais pas me serait facturée. Donc là
il y avait une vraie rigueur à suivre car c’est dans
la continuité que l’on peut obtenir des résultats.
La thérapie a duré 6 mois. Elle a vite eu de l’effet
quand même, parce que j’étais au chômage
les deux premiers mois où j’étais restée
chez moi et le premier mois où j'ai commencé la thérapie.
Mais dès le deuxième mois de la psychothérapie,
je me suis remise à chercher du travail. Et très vite
en fait j’ai retrouvé du travail. Cela m’a aidé
aussi, d'autant plus que les rapports avec mon nouveau boss étaient
différents. Mais c'est ma psychiatre qui m’a appris
à comprendre pourquoi tout ça s’était
passé, comment j'en étais arrivée à
ce stade là et surtout comment je pouvais m'en sortir.
Remarque
du public
Ce
qui m’a frappé avec l'exemple de cette dame qui a parlé
de façon très vivante de ce qu’elle a vécu,
c’est qu’elle a vécu un harcèlement, pas
seulement de la part de ce patron, mais aussi d’un système
qui croit résoudre les problèmes économiques
en licenciant les personnes ou en les mettant sous pression.
(Gus
Berti, psychiatre-psychothérapeute à Genève)
Interview
Interview
de Mme Maya Züllig – Office Fédéral de
la Santé Publique, responsable de la section Prestations
Médicales qui a préparé et accompagné
les modifications de l’ordonnance.
SR : Pourquoi avoir modifié l’ordonnance sur le remboursement
des psychothérapies ?
On
a constaté que les conditions ne répondaient plus
aux exigences actuelles. Elles avaient été reprises
sans modifications depuis 1996 de la vieille loi de la LaMal, c’est-à-dire
l'ancienne loi fédérale sur l’assurance maladie.
Elles étaient très rigides sur le nombre de séances
et aussi sur la durée des séances par semaine, par
exemple. La psychothérapie elle-même n’était
pas définie et en plus, et pour nous c'était la raison
principale pour réagir, c’est qu’on a eu connaissance
de grandes variations entre ville et campagne et entre différents
groupes de patients.
SR
: Quel genre de variations ?
C’est-à-dire
que les gens habitant en ville ont beaucoup plus consommé
de psychothérapies que les gens qui vivaient à la
campagne.
SR
: Et un des buts était donc de rétablir l’équilibre
?
Oui
exactement, c’était notre but principal.
SR
: Ce n'était pas d’induire des économies ?
Non.
Dans le processus on a regardé tout le champ en détail
avec un groupe de travail et là on a vraiment pu se concentrer
sur ces variations. Faire des économies était vraiment
un but secondaire.
SR
: vous espérez quand même faire des économies
?
On
n’est pas contre mais ce n’est vraiment pas le but.
SR
: Vous avez parlé du groupe de travail. Comment a-t-il travaillé
ce groupe de travail ?
Le
premier groupe de travail comprenait des médecins conseil,
avec parmi eux des psychiatres. Il était sous la direction
de l’Office Fédéral de la Santé Publique.
Ces spécialistes ont fait des propositions qui ont été
données en consultation à un groupe de professionnels,
et à un groupe de patients. On a bien parlé avec tout
le monde. Ces propositions ensuite ont été soumises
à la Commission Fédérale des Prestations qui
conseille le Département de l’Intérieur. Cette
commission a proposé quelques modifications comme le groupe
des patients et le groupe des professionnels. Et sur la base de
toutes ces modifications, on a changé l’ordonnance.
SR
: Quelles sont les principales modifications de l’ordonnance
?
Premièrement,
maintenant le terme de "psychothérapie" est défini.
C’est-à-dire, par exemple, si le traitement principal
est à base de médicaments, la psychothérapie
d'accompagnement ne sera pas concernée, ou si la psychothérapie
n’a pas comme but de traiter une maladie, mais seulement de
mieux se connaître, elle ne sera pas prise en charge par l’assurance
maladie.
SR
: Et pour les psychothérapies reconnues comment cela va-t-il
se passer ?
Pour
la psychothérapie après la 6ème séance,
si on prévoit qu'elle va durer plus de 10 séances,
on informe le médecin conseil. On lui envoie un formulaire
de notation,qui spécifie la raison, le principe de thérapie
et la durée probable.
SR
: Et au bout de 40 séances que se passe-t-il ?
Là
il faut un rapport comme autrefois, un rapport plus détaillé.
SR
: Mais maintenant il faut l'envoyer après 40 séances
et pas après 60 comme avant ?
Oui.
C’est pour mieux structurer. Comme cela on voit vraiment s'il
y a un concept de thérapie. Parce qu’on a eu, dans
de rares cas, mais c'est quand même arrivé, des thérapies
avec une durée qu’on ne pouvait plus expliquer avec
des raisons médicales.
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