PSYCHOTHERAPIES
Fin du remboursement ?   (08.03.07)



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Témoignage & Interview diffusés pendant le débat

Témoignage

Nathalie, 41 ans, réflexologue et professeur de Pilates, Genève

La première société dans laquelle je travaillais a fait faillite, je me suis donc retrouvée du jour au lendemain sans travail. L’homme qui allait être mon futur mari, de son côté, avait eu aussi quelques problèmes. En tant que conjointe je l’ai soutenu et c’est vrai qu’il y a eu pour moi une accumulation de choses. Puis tous les deux on a commencé à travailler dans une nouvelle société, pas dans le même bureau, mais dans la même société.
Lors d’une soirée de boîte, on était tous en discothèque, on dansait, et puis mon patron m’a invitée à danser et m’a embrassée. A partir de là a commencé un harcèlement sexuel assez pénible qui a duré environ 6 mois. C’était terrible, parce que j'avais beau m’habiller comme une nonne tous les jours pour venir au bureau, en essayant de faire le minimum d’effet pour éviter de créer quelques réactions que ce soient, il trouvait toujours le moyen de me mettre en défaut, de me faire sentir que j'étais désirable malgré tout. Ça passait aussi par des remarques désagréables sur mon travail. J’avais beau faire de mon mieux, il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas. Ce qui était très perturbant, c’est que je me sentais à la fois victime et en même temps je me sentais coupable de créer cette situation. Je ne savais plus quoi faire pour éviter ça. Tous les matins j'avais la boule à l’estomac avant de partir travailler. Ce qui était encore plus dérangeant c’est qu’il connaissait mon conjoint, et que je connaissais son épouse. Je refusais ses avances, je lui avais expliqué que je n’étais vraiment pas intéressée et puis malgré ça, il continuait, il continuait, avec des petites réflexions déplacées et sournoises qui me déstabilisaient, qui me perturbaient ... J’en avais parlé à mon conjoint qui évidemment voulait lui régler son compte. Mais à ce moment-là je n’avais pas du tout envie d'entrer dans des situations tellement conflictuelles. Ça a duré 6 mois. Au bout de 6 mois j’ai craqué, je n’en pouvais plus et j’ai donné ma démission. Le management quand ils ont reçu ma démission m’ont demandé pourquoi je voulais quitter la société. Et là de nouveau, je me suis retrouvée dans une situation pénible parce que je n’osais pas dire pourquoi. En plus, lui, à la façon dont il me traitait, m’avait donné l’impression que je ne pouvais me tourner vers personne, que j’étais complètement perdue et que quoique je fasse de toute façon, c’était moi qui allais en faire les frais. Mais quand ils ont vu ma gêne d’expliquer mon départ, comme c’était une société américaine, ils ont vite compris ce qu’il se passait. Donc, ils m’ont très bien indemnisée et je suis partie.
Mais je n’avais pas vu venir, qu’avec toutes ces choses qui s’étaient accumulées au fil des années, j’avais perdu gentiment le goût des choses, je n’avais plus le désir de quoi que ce soit. Je me sentais fatiguée tout le temps, j’avais l’impression que je ne récupérais pas. En me retrouvant à la maison, au chômage tout d’un coup, je n’avais plus rien envie de faire. Je ne m’occupais plus de la maison, je n’allais plus promener le chien. Je n’osais même plus sortir faire les commissions. Et ça, ça a duré 2 mois. Je n'osais plus sortir parce que j’avais vraiment l’impression que tout le monde voyait mon mal-être. Et puis je pleurais tout le temps. A la moindre remarque, désagréable ou non, j'éclatais en sanglots. Je ne pouvais plus communiquer avec mon conjoint, c'était devenu absolument impossible. En plus, je voyais qu'il avait envie de tout faire pour m'aider et que quoiqu’il fasse rien n'y faisait. Moi-même, j'étais dans l’impossibilité de communiquer, et je ne pouvais pas expliquer pourquoi j'étais aussi mal. D’ailleurs, en y repensant, même dans mes rêves je me voyais en train d’essayer de grimper une montagne, et je glissais, je glissais, glissais... J'avais vraiment le sentiment d’aller au plus profond et en plus j’avais la sensation que, malgré mon caractère, j’étais au fond mais je n’arrivais pas à remonter.
Au bout de deux mois je voyais qu’avec ma famille rien ne passait, je ne voyais plus mes amis, je n'avais plus de vie sociale, plus rien, j'avais l’impression vraiment de vivre complètement enfermée dans mon cocon. Même physiquement je commençais à aller mal. J’avais perdu énormément de poids, j’avais des vertiges, je ne dormais plus la nuit ou je dormais dans la journée. J'étais déphasée complètement. Donc, là j’ai décidé de me faire aider aussi bien physiquement que mentalement. J'ai choisi un psychiatre car pour moi c’était vraiment le médecin de la tête. Je sentais la différence entre un psychologue et un psychiatre et j’avais besoin de quelqu’un qui m’aide à intervenir de façon radicale, donc de quelqu’un qui soit aussi un médecin. L’autre facteur c’était aussi que les psychiatres sont remboursés par les assurances parce que je savais que c’était quand même assez cher même à l’époque et que je n’aurais pas eu les moyens de faire une psychothérapie non remboursée, d’autant plus que je ne savais pas du tout non plus ce que j’allais trouver, si ça allait durer ou pas.
Je suis allée chez une psychiatre qui normalement s’occupait d’enfants mais comme elle me l’a dit elle-même, en général elle reçoit les enfants et elle finit par s’occuper des parents. C’était exactement ce qu’il me fallait. Elle m’a proposé différents types de thérapie et on s’est mis d’accord sur une psychothérapie où elle pouvait interagir. Moi, j’avais besoin de quelqu’un qui me redonne confiance, qui m’explique pourquoi j’en étais arrivée à ce stade là, et qui me donne aussi les moyens de m’en sortir. Et puis j'avais simplement aussi besoin de communiquer parce que là je me sentais tellement isolée et tellement seule. J'avais l’impression que j'étais seule au monde et que personne ne me comprenais. Et j'avais aussi besoin de trouver un côté un peu cocon. Elle m’a donné tout ça. On a travaillé le premier mois à raison de deux séances par semaine, une heure chaque séance, et puis après ce n’était plus qu’une fois par semaine. Tout de suite elle m'a dit que chaque séance où je ne viendrais pas me serait facturée. Donc là il y avait une vraie rigueur à suivre car c’est dans la continuité que l’on peut obtenir des résultats. La thérapie a duré 6 mois. Elle a vite eu de l’effet quand même, parce que j’étais au chômage les deux premiers mois où j’étais restée chez moi et le premier mois où j'ai commencé la thérapie. Mais dès le deuxième mois de la psychothérapie, je me suis remise à chercher du travail. Et très vite en fait j’ai retrouvé du travail. Cela m’a aidé aussi, d'autant plus que les rapports avec mon nouveau boss étaient différents. Mais c'est ma psychiatre qui m’a appris à comprendre pourquoi tout ça s’était passé, comment j'en étais arrivée à ce stade là et surtout comment je pouvais m'en sortir.

Remarque du public

Ce qui m’a frappé avec l'exemple de cette dame qui a parlé de façon très vivante de ce qu’elle a vécu, c’est qu’elle a vécu un harcèlement, pas seulement de la part de ce patron, mais aussi d’un système qui croit résoudre les problèmes économiques en licenciant les personnes ou en les mettant sous pression.

(Gus Berti, psychiatre-psychothérapeute à Genève)

Interview

Interview de Mme Maya Züllig – Office Fédéral de la Santé Publique, responsable de la section Prestations Médicales qui a préparé et accompagné les modifications de l’ordonnance.

SR : Pourquoi avoir modifié l’ordonnance sur le remboursement des psychothérapies ?

On a constaté que les conditions ne répondaient plus aux exigences actuelles. Elles avaient été reprises sans modifications depuis 1996 de la vieille loi de la LaMal, c’est-à-dire l'ancienne loi fédérale sur l’assurance maladie. Elles étaient très rigides sur le nombre de séances et aussi sur la durée des séances par semaine, par exemple. La psychothérapie elle-même n’était pas définie et en plus, et pour nous c'était la raison principale pour réagir, c’est qu’on a eu connaissance de grandes variations entre ville et campagne et entre différents groupes de patients.

SR : Quel genre de variations ?

C’est-à-dire que les gens habitant en ville ont beaucoup plus consommé de psychothérapies que les gens qui vivaient à la campagne.

SR : Et un des buts était donc de rétablir l’équilibre ?

Oui exactement, c’était notre but principal.

SR : Ce n'était pas d’induire des économies ?

Non. Dans le processus on a regardé tout le champ en détail avec un groupe de travail et là on a vraiment pu se concentrer sur ces variations. Faire des économies était vraiment un but secondaire.

SR : vous espérez quand même faire des économies ?

On n’est pas contre mais ce n’est vraiment pas le but.

SR : Vous avez parlé du groupe de travail. Comment a-t-il travaillé ce groupe de travail ?

Le premier groupe de travail comprenait des médecins conseil, avec parmi eux des psychiatres. Il était sous la direction de l’Office Fédéral de la Santé Publique. Ces spécialistes ont fait des propositions qui ont été données en consultation à un groupe de professionnels, et à un groupe de patients. On a bien parlé avec tout le monde. Ces propositions ensuite ont été soumises à la Commission Fédérale des Prestations qui conseille le Département de l’Intérieur. Cette commission a proposé quelques modifications comme le groupe des patients et le groupe des professionnels. Et sur la base de toutes ces modifications, on a changé l’ordonnance.

SR : Quelles sont les principales modifications de l’ordonnance ?

Premièrement, maintenant le terme de "psychothérapie" est défini. C’est-à-dire, par exemple, si le traitement principal est à base de médicaments, la psychothérapie d'accompagnement ne sera pas concernée, ou si la psychothérapie n’a pas comme but de traiter une maladie, mais seulement de mieux se connaître, elle ne sera pas prise en charge par l’assurance maladie.

SR : Et pour les psychothérapies reconnues comment cela va-t-il se passer ?

Pour la psychothérapie après la 6ème séance, si on prévoit qu'elle va durer plus de 10 séances, on informe le médecin conseil. On lui envoie un formulaire de notation,qui spécifie la raison, le principe de thérapie et la durée probable.

SR : Et au bout de 40 séances que se passe-t-il ?

Là il faut un rapport comme autrefois, un rapport plus détaillé.

SR : Mais maintenant il faut l'envoyer après 40 séances et pas après 60 comme avant ?

Oui. C’est pour mieux structurer. Comme cela on voit vraiment s'il y a un concept de thérapie. Parce qu’on a eu, dans de rares cas, mais c'est quand même arrivé, des thérapies avec une durée qu’on ne pouvait plus expliquer avec des raisons médicales.

     
     


   
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