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LIMITER
LES COUTS
1.
Faudrait-il faire payer plus cher les personnes âgées
qui coûtent plus cher ?
2. Faut-il offrir des prestations aux personnes
qui se sont exposées à des risques,
. . par exemple l'alcool, ou le tabac
?
3. Pour limiter les coûts, ne pourrait-on
pas favoriser la prévention ?
4. Que penser de la carte de santé
?
5. Faudrait-il retirer directement les primes
maladies des salaires pour diminuer les coûts ?
6. Peut-on responsabiliser les patients en
augmentant de 10 à 20% leur participation aux frais ?
7. Quel pourrait être le rôle
des médecins en réseau ?
8. La suppression de l'obligation de contracter
permettrait-elle de diminuer les coûts ?
9. Faut-il élargir la participation
des citoyens aux décisions concernant la santé ?
10. La Suisse peut-elle réfléchir
toute seule, aujourd'hui, aux solutions pour le système de
santé ?

Question
: Faudrait-il faire payer plus cher les personnes âgées
qui coûtent plus cher ?
PG : L'augmentation
des octogénaires, des nonagénaires et des centenaires
- et il y en aura de plus en plus - est un élément
de coût. J'ai refait des calculs d'après les données
de Santésuisse, et on voit qu'entre la population de 0 à
20 ans, qui coûterait un, la population au-delà de
90 ans coûte à peu près 20 fois plus, par tête.
Donc on voit bien qu'avec le vieillissement, les coûts vont
augmenter et alors les progrès de la médecine vont
poser des choix politiques, c'est évident. Mais alors dire
que c'est un choix adéquat que de faire payer plus ceux qui
coûtent plus, c'est inadmissible. Cela n'est pas là
l'élément que l'on peut mettre en place. D'ailleurs,
le principe de solidarité que voulait le Conseil fédéral
pour la LAMal, c'était que, pour les cotisations des adultes,
le coût serait le même, quel que soit l'âge. Solidarité
entre les âges, comme solidarité entre les sexes puisque
les femmes également coûtent plus cher….Discriminer
les personnes en fonction de l'âge est inadmissible. C'est
stigmatiser les vieux. Certains médecins romands ont proposé
qu'on détache le coût des EMS de l'ensemble des coûts
du système de santé. C'est une solution qu'on peut
envisager, mais jamais je n'accepterai, pour ma part, que l'on augmente
la cotisation des personnes âgées.
GV : C'est effectivement la deuxième proposition de la société
médicale de la Suisse romande : la création d'une
nouvelle manière de financer les soins dus à la perte
d'autonomie des personnes âgées. Il faut distinguer
la perte d'autonomie, qui n'est pas une maladie, mais qui est une
fatalité à prendre en compte, de la maladie. Tout
le monde devient vieux et tout le monde a plus de peine à
marcher. Il faut distinguer cela du traitement des maladies et ainsi
financer le vieillissement, par exemple par la TVA, et garder la
LAMal pour le traitement des maladies. Et à ce moment-là,
il y aurait plus de solidarité entre les générations
et ça contribuerait à soulager les primes des jeunes
assurés.
JPD : Concernant l'augmentation des primes pour les personnes d'un
certain âge, je trouve ça effectivement scandaleux.
En revanche, les financements plus adéquats, plus intelligents
ça on peut les trouver. Je me rappelle quand même que
le Pr.Tschopp avait émis une idée, qui était
ô combien intelligente, mais comme toujours il avait une longueur
d'avance et ce n'est pas bien dans ce pays d'avoir une longueur
d'avance. Il avait proposé un système d'AVS Plus,
qui effectivement subventionnait, non pas ce qui était lié
à la maladie, mais ce qui était lié au vieillissement
que l'on souhaite être le meilleur possible pour les personnes
concernées. Mais alors, c'est une question de financement
qui doit être différent. En revanche, il ne faut pas
pénaliser des gens dans un système qu'on a voulu effectivement
solidaire. La solidarité, prise dans son ensemble, c'est
une chose que je défendrai aussi tout à fait, même
si je suis un assureur et que de temps en temps on aimerait bien
trouver des financements particuliers. Jamais je n'arriverai à
suivre M. Couchepin dans ce domaine.
Question
: Faut-il offrir des prestations aux personnes qui se sont exposées
à des risques, par exemple l'alcool ou le tabac ?
GV : Je crois
que c'est un problème de société. Est-ce que,
dans le fond, une société est d'accord d'accepter
qu'il y ait des marginaux, peut-être même des déviants
? Est-ce que la société est d'accord que certains
fassent des choix de vie qui, parfois, les exposent à tomber
malade ? Je ne crois pas qu'on devient toujours alcoolique par pur
vice, mais qu'il y a tout un tas de circonstances de vie qui nous
font chercher dans l'alcool la solution, au moins temporaire, à
certains problèmes. Je crois que cette question, c'est vraiment
une question qu'il faut poser à la société
dans son ensemble. Est-elle d'accord qu'il y ait des gens qui ne
soient pas comme la moyenne ? Et qu'est-ce qu'il faut faire de ces
gens-là ? Est-ce qu'il faut les parquer dans des réserves
ou bien faut-il tâcher de les intégrer dans la société
? Prenons l'exemple de l'assurance accident obligatoire. Si quelqu'un
a un accident avec une responsabilité totale ou partielle,
l'attitude de la Caisse nationale dans ce domaine, c'est de réduire
éventuellement les prestations de perte de gain, mais jamais
de réduire les prestations de soins. Donc, je crois qu'on
peut s'en inspirer. Mais si vous voulez mon avis de médecin
praticien, je pense que l'idée de solidarité implique
de prendre le marginal par la main, de l'accompagner et donc de
prendre en charge les frais qu'il occasionne. Ce sont des marginaux,
ce n'est jamais la majorité.
JPD : Et par définition, comme ce sont des marginaux, ça
coûte nettement moins cher qu'on ne le croit. Là justement,
de nouveau, on veut mettre l'accent sur des choses qui ne sont pas
des solutions. En revanche, on peut faire quand même de la
prévention et puis on peut avoir des attitudes incitatives.
Par exemple, dans notre société d'assurance, les gens
qui ne fument pas ont droit à deux jours de vacances supplémentaires.
C'est une incitation et je ne vous dis pas qu'on a gagné
sur tous les plans, mais on a eu des résultats positifs concrets.
Voilà peut-être une méthode qu'on peut utiliser.
Question
: Pour limiter les coûts, ne pourrait-on pas favoriser la
prévention ?
GV : La prévention,
c’est un énorme problème. Il y a les influences,
je dirais de manière globale, de la vie d’aujourd’hui,
des impératifs économiques de la vie d’aujourd’hui.
Je peux répondre seulement sur un plan individuel et personnel
sur ce qui se passe dans ma pratique. J’essaye de donner un
message de prévention aux gens qui viennent me voir : sur
le contrôle du poids, sur le tabagisme, sur l’alcool,
etc. Certains y sont sensibles, d’autres moins. Souvent prévenir
des maladies, c’est-à-dire se maintenir en santé,
ça impose un effort et tout le monde n’est pas d’accord
d'en faire. Toute la société pousse au confort, pousse
à la facilité. Alors quand on dit aux gens : "vous
savez, vous devriez perdre du poids et pour ça, vous devriez
monter sur votre vélo, ou trois fois par semaine pendant
20 ou 30 minutes bouger un peu", beaucoup répondent
: "je n’ai pas le temps, je n’aime pas ça",
etc. C’est un problème extrêmement difficile.
Il est vrai dans son principe. Il est juste. Mais dans son application,
on se confronte à la société d’aujourd’hui
qui est une société de confort et d’abondance.
JPD : A propos de la prévention, il y a un article dans la
loi depuis 1996 qui en parle, c’est l’article 19. Et
c'est à cet effet qu'on vous réclame une partie de
vos primes. On la verse à une institution reconnue sur le
plan suisse qui reçoit aujourd’hui pas loin de 20 millions
par année pour faire de la prévention. C’est
zéro dans les faits. Je crois de nouveau qu’il ne faut
pas se leurrer. C’est de nouveau quelque chose qu’on
imagine comme ça, mais il faudrait aller à l’encontre
de ce que les gens ont envie de faire.

Question
: Que penser de la carte de santé ?
GV : Je crois
que je peux être le porte-parole des généralistes
de Suisse romande, dans leur ensemble et peut-être aussi de
la société médicale de la Suisse romande qui
réunit les sociétés cantonales. Parce que la
création d'une carte de santé, c'est une des neuf
propositions que la société médicale de la
Suisse romande a faites l'été dernier au mois de mai.
Elle a publié un manifeste de neuf pistes pour améliorer
l'économicité et la qualité du système
suisse de santé, et une de ces propositions, c'est la sauvegarde
des données médicales, la création d'une carte
de santé pour éviter la répétition de
nombreux examens souvent onéreux et pour améliorer
la rapidité et la qualité de la prise en charge, tout
en veillant bien sûr, au respect absolu de la protection de
la personne. Une carte de santé, c'est simple, c'est une
petite carte de crédit avec une puce, qui porte vos diagnostics,
vos dates d'hospitalisation, les traitements que vous avez eus,
les résultats de vos derniers examens. Vous avez ça
dans la poche, et si vous tombez malade à Winterthur, vous
sortez votre carte de santé. Puis vous allez trouver le médecin.
Il la met dans son lecteur et il voit de quoi vous souffrez. Gain
de temps et économie.
PG : C'est clair que la carte de santé est une solution,
et il est difficile de comprendre pourquoi on ne dispose pas encore
de cet élément, parce que concernant les aspects de
protection des données, on sait comment s'y prendre. Il n'y
a pas de problème majeur, à mon avis. Mais les choses
vont très lentement, particulièrement en Suisse.
JPD : Nous sommes, semble-t-il, tous d'accord sur la carte de santé,
mais rien ne vient. C'est typique de notre pays, c'est très,
très helvétique. On est d'accord, puis quand il faut
faire quelque chose, il y a du blocage un peu partout. Je vais me
permettre de vous donner un exemple, si vous voulez. Tout à
l'heure, j'ai quitté mon épouse qui était sur
un lit d'hôpital. J'ai été la voir, car elle
vient d'être opérée. Quand elle est allée
à l'hôpital, elle avait pris sa formule sanguine avec
elle. Mais à l'hôpital, ils ont refait la formule sanguine.
Cela démarre comme cela. Quand on en parle à certains
médecins, ils sont d'accord. Mais souvent ils mettent en
avant la protection des données, et ça freine. Alors
qu'on exagère beaucoup sur le secret médical, sur
un tas de choses. Je suis pour une protection des données,
mais n'exagérons pas les choses, ou alors admettons qu'il
faudra payer ce que cela coûte.
Question
: Faudrait-il retirer directement les primes maladie des salaires
pour diminuer les coûts ?
PG : Ce n’est
pas parce qu'il y aura un autre mode de financement pour la maladie,
qu’il y aura un frein à une évolution des coûts.
Je crois qu’il faut vraiment séparer les deux choses.
Il est vrai que le système helvétique, pour l’assurance
de base, est particulier. C’est le seul qui est fixé
par tête. Et en conséquence, les personnes qui ont
de faibles revenus, ont un poids important pour payer leurs assurances
maladie, alors que c’est très peu de chose pour les
personnes qui ont des hauts revenus. Donc, pour moi, il faudrait
changer le système de financement. Je crois que là,
il y a une discussion à avoir. Mais il faut la séparer
de l’évolution des coûts du système causée
par le vieillissement de la population, par les progrès de
la médecine, etc. Et on n’a jamais parlé du
personnel, sauf à propos du nombre de personnes occupées
dans le système de santé. Il est évident qu’avec
le vieillissement de la population, il y aura besoin de personnel
supplémentaire, à moins de ne plus vouloir que la
qualité des prestations soit bien assurée. Il faut
bien se rendre compte, juste pour fixer les esprits, que 4% de la
population dépasse l’âge de 80 ans. Entre les
hôpitaux, quelle que soit leur catégorie, et les établissements
médico-sociaux, il y a trois lits sur cinq, soit en gros
60% des lits, occupés par des personnes de plus de 80 ans.
Donc, on voit bien là que les coûts, quel que soit
le mode de financement, continueront à augmenter.
Question
: Peut-on responsabiliser les patients en augmentant de 10 à
20% leur participation aux frais ?
PG : Non, il
n’y a pas vraiment de preuve. Je ne suis pas contre la responsabilisation,
elle est indispensable. Je ne suis pas contre le fait qu’il
y ait une franchise et une participation qui devrait augmenter selon
les propositions du Conseiller fédéral en charge de
la santé. Mais ce qui me gêne beaucoup dans les discussions
présentes, c’est que ce n’est plus un discours
de responsabilisation réelle que l’on pose, c’est
celui d’une culpabilisation. Or, il faut bien se rendre compte
qu’il y a des malades. Et on oublie tout le temps de dire
que les chiffres ne sont pas vraiment précis parce qu’on
n’a pas en Suisse, dans le domaine de la santé, des
statistiques adéquates. C'est ce que j'appelle la maladie
suisse des statistiques. Mais dans quelques études qui ont
été faites par des caisses, environ cinq pour cent
des malades, donc environ un sur vingt, coûte environ la moitié
des dépenses qui passent par le canal de l’assurance
maladie. Donc il y a des personnes qui coûtent extrêmement
cher. Et il faut bien se rendre compte que la franchise étant
la même, je parle de la franchise de base pour les personnes,
la participation est aussi la même. Donc, le poids de la franchise
et de la participation n’est pas le même selon le budget
des personnes, et je crois qu’il faut tenir compte de cet
élément-là. C’est quelque chose qui,
pour certaines personnes, peut les empêcher de recourir au
médecin et cela peut être négatif dans maints
cas.
JPD : Je me porte en faux contre cela. Effectivement, quand on fait
appel aux portes monnaies des gens, ça responsabilise. Encore
faut-il bien responsabiliser et c'est tout le problème. Or
M. Couchepin a des théories en la matière que je ne
peux pas suivre, en tant que spécialiste de la question et
d'après des études que nous avons faites. D'abord
la première responsabilisation, c'est effectivement par un
système de franchise. A un moment donné il faut que
l'individu sache qu'il assume ce qui fait partie de la vie, c'est-à-dire
les petits bobos, les petites choses qui sont normales. Ce n'est
pas parce que tout d'un coup on est malade, qu'on a un rhume ou
une grippe, qu'on est automatiquement à la charge de l'ensemble
de la société. Au même titre qu'on paye des
impôts pour que l'Etat s'occupe des routes, des hôpitaux
et des écoles, l'Etat n'a pas à s'occuper, par exemple,
de fournir le pain et le lait. Donc il faut qu'il y ait cette responsabilisation.
Mais il faut la prendre dans le bon sens. La franchise n'est pas
assez haute, elle devrait être beaucoup plus élevée.
Mais elle devrait s'adresser aux gens qui ont les moyens d'y faire
face. En revanche, les économiquement faibles devraient être
subventionnés pour ne pas avoir à la payer, en tout
ou partie. C'est-à-dire qu'on devrait prendre les choses
en sens contraire. La même chose au niveau de la quote-part
qui passerait de 10 à 20%. 10% c'est trop cher dans certains
cas et c'est insignifiant dans d'autres. Il y a des prestations
qui devraient être différenciées, par exemple
pour une personne souffrant de la sclérose en plaques, il
ne devrait y avoir aucune franchise et aucune participation, surtout
si, en plus, elle est économiquement faible. En revanche,
il faudrait qu'il y ait une participation à 50% dans certains
traitements de physiothérapie, qui sont souvent du fitness
déguisé au frais de la collectivité. Et aujourd'hui
les individus dans une société comme la nôtre,
vous tous, pouvez faire sûrement un plus gros effort à
titre personnel. En revanche, assistons ceux qui ont besoin d'être
assistés.
GV : Une remarque. La franchise concerne l'assuré, celui
qui un jour peut-être sera malade, mais s'il n'est pas malade
tant mieux. Il a une réduction de prime et puis il n'a rien
payé. La participation pénalise les malades et il
y a une confusion là tout à fait claire dans cette
notion de responsabilité. Augmenter la participation ce n'est
pas responsabiliser les gens, c'est pénaliser le fait d'être
malade.
Question
: Quel pourrait être le rôle des médecins en
réseau ?
GV : Il faut
distinguer deux notions. Il faut distinguer la notion du médecin
"gate keeper", c'est-à-dire l'obligation qui existe
dans certains pays, aux Pays-Bas sauf erreur, de passer par le médecin
praticien pour aller s'il le faut ensuite auprès du spécialiste.
Il faut distinguer ça de la notion de réseau dans
une région donnée, où les médecins collaborent
entre eux et se transmettent des informations. Ce sont des structures
qui sont à définir. Elles existent déjà,
de manière informelle, dans beaucoup de régions. Je
le vis personnellement depuis 25 ans dans ma région, où
tous les médecins praticiens du coin se voient une fois par
semaine, le jeudi, échangent leurs informations, boivent
le café ensemble et puis transmettent les dossiers aux collègues
quand le patient change de médecin. Donc c'est une forme
de réseau, et il y en a d'autres. Mais c'est vrai que nous
avons le sentiment que cette transmission des documents médicaux,
la carte de santé sans la carte de santé, vous voyez
ce que je veux dire, est un facteur probablement d'économie.
JPD : Je voulais dire qu'on n'a pas besoin d'aller à l'étranger
pour voir un système de réseau. Il y en a un à
Genève qui est important, il y en a un dans le canton de
Vaud, il y en a un dans le canton de Berne. Cela existe. En revanche,
le réseau de santé, économiquement, n'est pas
efficace. Il n'est pas efficace, parce qu'en particulier il est
fait par des médecins qui soignent indifféremment
des gens qui sont en réseau de santé et des gens qui
ne sont pas en réseau de santé. Ils ne changent pas
leur manière de travailler. Cela revient exactement au même.
Ce qui est économiquement valable, ce sont les circuits fermés
de distribution de soins, les HMO, parce que là on peut avoir
des incidences. Et puis il faut en plus que tous les acteurs soient
concernés par l'aspect financier de la question.
Question
: La suppression de l'obligation de contracter permettrait-elle
de diminuer les coûts?
GV : La suppression
de l’obligation de contracter, c’est un des objectifs
auquel M. Couchepin tient beaucoup. Mais supprimer l’obligation
de contracter, cela a des implications qui nous font, à nous
praticiens, très peur. Ce qui est fondamental dans la pratique
de notre métier et, je crois dans la pratique médicale
en général, c’est la relation qui réunit
le patient à son médecin. C’est ça qui
est porteur d’économie. C’est quand le patient,
qui n’y connaît souvent pas grand-chose ou qui croît
y connaître quelque chose écoute son médecin
et dit : "d’accord, je ferai comme vous avez dit".
Cette relation de confiance est absolument fondamentale. Et garantir
le libre choix du médecin c’est, en fait, garantir
la possibilité d’avoir une relation de qualité
avec le médecin qu’on s’est choisi. On est tous
différents. On a tous des atomes crochus avec celui-ci, ou
avec celle-là. Il faut pouvoir changer si le courant ne passe
pas.
JPD : A propos de la non obligation de contracter, je suis assureur,
et je vous dis tout de suite que je suis contre. Contrairement à
bien d’autres assureurs, je suis contre ce système.
Mais n’ayez pas peur. Le jour où il y aura la non obligation
de contracter, tous les assureurs vont mettre presque tous les médecins
dans leur réseau, pour des questions uniquement concurrentielles.
On vous dira : "venez chez moi, je les ai tous, je suis le
meilleur, venez". Donc n’ayez pas peur de ce genre de
chose, ce n’est pas un problème. Et puis la non obligation
de contracter on peut la mettre de côté. Moi, je crois
qu’il y a beaucoup plus grave aujourd’hui, c’est
le moratoire actuel qui empêche des médecins compétents
de s’installer. C'est plus important encore. Mais la non obligation
de contracter, les assureurs sont vraiment à côté
de la plaque en demandant ce genre de chose. On a d’autres
moyens d’actions. Dans la profession des médecins,
il y a des brebis galeuses, il y en a aussi chez les assureurs.
Il y en a partout. Et c’est vrai dans tous les domaines, dans
tous les systèmes, on est obligé d'agir contre des
gens qui agissent mal. Et il y a d’autres moyens d'agir que
la non obligation de contracter. Mais vous verrez, vraisemblablement
qu’elle n’entrera jamais en vigueur. Et si jamais elle
devait entrer en vigueur, n’en n'ayez pas peur.
PG : Quand on parle de la suppression de l’obligation de contracter,
on imagine que 20% des médecins seraient exclus du marché.
Je m’excuse d’utiliser le mot de marché, mais
c’est ce que disent ceux qui y sont favorables. Et c’est
tout à fait différent de ce que M. Couchepin a dit
récemment, à savoir que ça ne toucherait que
1% des personnes. Mais on est en train de faire une politique contre
les médecins, alors qu’il faudrait faire une politique
avec eux. Je crois que c’est important de le dire clairement,
pour qu’on arrête de nous bassiner avec cette suppression
de l’obligation de contracter.
Question
: Faut-il élargir la participation des citoyens aux décisions
concernant la santé ?
PG : Il faut
l'élargir sans aucun doute. Mais quand on pense à
une réelle participation, d'abord ne seront intéressés
vraiment que ceux qui sont malades ou qui ont des proches qui le
sont. Et je crains les aspects de palabres. Vous savez, auparavant
dans les sociétés d'assurance, il y avait des groupes
régionaux et on réunissait les personnes. Il y avait
une discussion qui s'instaurait. Maintenant c'est terminé,
les gens ne se déplacent plus pour ce genre de choses. Les
associations de patients, je pense que c'est extrêmement utile
qu'elles se constituent. Je pense que, vraiment, il faut que le
débat ait lieu au sein de notre société pour
qu'il y ait des prises de conscience. Mais penser que la seule participation
plus large des citoyens à cette discussion amènera
des économies, je n'y crois pas vraiment. Je crois que, dorénavant,
des aspects de choix politiques ou éthiques vont se poser
de plus en plus. Les progrès de la médecine sont considérables
avec toutes les sciences qui l'accompagnent. Mais une discussion
élargie risque souvent de ne pas s’intéresser
aux problèmes réels, et de ne discuter que des coûts,
du fait que les assureurs font mal leur travail, etc... Je ne crois
guère, si vous voulez, que l'on puisse avancer avec une discussion
générale sur ces problèmes.
GV : Prendre en compte l'avis de l'assuré, je crois que c'est
très important. Je vous rappelle qu'il y a quarante ans les
assurances maladies avaient des sections dans les villages. Dans
mon village de 4'000 habitants il y en avait deux pour la même
assurance. Et qu'est-ce qu'on faisait ? Une fois par année
on réunissait les assurés, c'était l'assemblée
de l'assurance. Alors on se connaît, on discute, on parle
des coûts, etc... Cela s'appelle faire participer l'assuré,
le citoyen. Et c'est déjà lui demander : « est-ce
que vous êtes d'accord de payer plus » etc... ? Et non
seulement ça le fait participer, mais ça le responsabilise
et ça c'est une question qui est trop oubliée. A l'époque,
ça m'est arrivé plusieurs fois, des gens me disaient
: "écoutez, vous m'envoyez la note, je ne veux pas faire
payer mon assurance, je peux prendre ça sur moi, l'assurance
doit me couvrir quand ça sera plus grave". Et ça,
c'est une notion qui a été complètement perdue
dès lors qu'on a voulu introduire des critères économiques
et de la concurrence dans la médecine.
JPD : Moi je vais vous dire, quand j'ai commencé ma carrière
d'assureur, je m'occupais de ça. On avait beaucoup de peine
à réunir plus de dix personnes quand il y en avait
5'000 qui était concernées. C'est vrai que cela a
existé, mais ça été en déliquescence
très rapidement. Et quand on voulait réunir dix personnes
pour discuter de ces problèmes, il n'en venait effectivement
qu'un tout petit nombre, parce qu'il y avait une assiette qui leur
était offerte et qu'on passait un film sur la Swissair. Voilà
pourquoi les gens venaient, c'est parce qu'ils n'avaient pas de
télévision. Aujourd'hui c'est devenu difficile. Avant,
les gens étaient membre, non pas d'une caisse maladie comme
on l'imagine aujourd'hui, ils étaient membres d'une société
de secours mutuelle. Ils y allaient, ils se sentaient concernés,
mais ça c'est du passé. Vous ne pouvez pas ressusciter
les choses…
Question
: La Suisse peut-elle réfléchir toute seule, aujourd'hui,
aux solutions pour le système de santé ?
JPD : Je vous
répondrai qu'on pensait le système de santé,
il y a encore très peu de temps, au niveau simplement cantonal.
Maintenant on commence à le penser sur le plan suisse. Laissons
peut-être faire ce pas, avant de pouvoir résoudre tout
ça. Bien sûr qu'on devra tenir compte, à un
certain moment, d'horizons plus larges que ceux qu'on a eus jusqu'alors.
On est en train de sortir d'un système à 26. Peut-être,
quand on aura déjà fait un système unique,
après on pourra s'inquiéter des autres, qui ne sont
d'ailleurs pas meilleurs.
JCC : Dans quelques années, je dirais 5 à 8 ans, il
nous manquera environ un médecin sur deux à l'hôpital
cantonal et on devra importer des médecins. Où est-ce
qu'on les trouvera ? On ne les trouvera pas en France, parce qu'ils
sont dans la même situation. On ne les trouvera pas dans l'Europe
proche, on les trouvera dans le troisième cercle. Ce seront
des Sri Lankais, ce seront des Ukrainiens, etc. On devra importer
ces gens qui, d'une part ne seront pas culturellement adaptés
à notre population, ça nous coûtera très
cher de les "adapter". Puis d'autre part, ce qui est beaucoup
plus grave, on va priver ces pays de leurs meilleurs médecins
et finalement ils n'y rentreront pas. Il va nous arriver en beaucoup
plus grave ce que nous vivons avec l'importation d'infirmières
françaises. C'est la même chose, nous privons la France
voisine de ses infirmières. Dans mon service, j'ai 90 infirmières,
dont 80 infirmières françaises.
PG : Et le problème se pose aussi entre cantons. Le canton
de Vaud, pour prendre un exemple que j'ai dû traiter il y
a de nombreuses années, le canton de Vaud est très
formateur d'infirmières, alors que Genève ne l'est
pas. Mais les salaires sont plus élevés à Genève
et beaucoup d'infirmières ont été formées
dans les cantons voisins et "importées" à
Genève.
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