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Interviews
diffusées pendant le débat
Premier
Interview
Interview
de Madame Gilberte Demont, coordinatrice romande du parti UDC (Union
Démocratique du Centre) qui a lancé une initiative
pour faire baisser les primes de l’assurance de base
La hausse des primes d’assurance maladie est due principalement
au gonflement, et même au surgonflement du catalogue des prestations
de l’assurance de base. Il n'y a pas eu finalement d'arrêt.
Il aurait fallu établir une liste préalablement, ce
qui n'a pas été fait et on a gonflé, surgonflé
le catalogue des prestations. Nous, on suggère que ce catalogue
des prestations de l’assurance de base soit établi
préalablement par un organe totalement externe et qui définisse
ce qui doit figurer dans ce catalogue.
Comme notre initiative est une initiative constitutionnelle qui
définit un cadre et qui ne rentre pas dans les détails,
on dit simplement que cet organe devrait être constitué
de tous les acteurs concernés par l’assurance maladie,
assurés, médecins, prestataires de soins, etc... Ils
devraient tous être intégrés dans cet organe.
Mais nous ne définissons pas exactement de noms. On définit
seulement le cadre.
Concernant le catalogue des prestations, on s’est aperçu
qu’il y a des prestations qui ne devraient pas y figurer.
Je prends un exemple : la fourniture d’héroïne.
C’est un exemple particulier. Tous les assurés payent
pour cette fourniture d’héroïne qui concerne vraiment
un très faible pourcentage de la population et qui, en même
temps, est un élément qui est nuisible à la
santé. Donc, quelque part, c’est paradoxal. On ne peut
pas mettre ça dans un catalogue de prestations de base d’une
assurance maladie. C’est un exemple. Mais pour l’essentiel,
on présente un canevas qui dit que tout soin qui est sensé
atténuer la douleur, guérir et réintégrer
le patient doit être remboursé. Cela fait partie du
canevas de base de l’assurance maladie. Ensuite, ceux qui
veulent d’autres soins supplémentaires doivent, à
ce moment-là, prévoir une assurance complémentaire.
Mais pour des maladies comme le diabète, il est clair et
évident que tous les soins sont compris dans l’assurance
de base. Pour des maladies, je dirais incurables, on n’en
discute même pas. On est bien d’accord. Simplement,
à l’heure actuelle, il y a par exemple l’homéopathie
ou certains soins esthétiques qu’on inclut dans l’assurance
de base et qui, à notre avis, devraient être exclus.
Mais c’est vrai qu’on est obligé d’être
assez vague. Dans une initiative constitutionnelle, on est obligé
d’être assez vague, parce que si on disait : notre initiative
ne comprendra que la fourniture d’aspirine et de sirop contre
la toux, vous imaginez ! Il faut quand même avoir une marge
de manœuvre. Les maladies, le domaine de la santé, c’est
très vaste, et ça doit quand même pouvoir couvrir
tout ce qui touche le patient, donc on ne peut pas vraiment entrer
dans les détails. Une initiative constitutionnelle est un
cadre.
Il y a aussi un autre élément dans notre initiative.
C’est la concurrence, et c’est un élément
extrêmement important. Dans l’économie, au moment
où on est en concurrence, on entend automatiquement soin
du consommateur et baisse des prix. Cela sera exactement la même
chose dans le domaine médical. Au moment où il y aura
concurrence, on va soigner un peu plus l’individu et les prix
vont baisser. Exactement le même effet, le même schéma
que dans l’économie. A coup sûr, la concurrence,
c’est ça. C’est automatique.
Second Interview
Interview
de Monsieur Stéphane Rossini, conseiller national socialiste
et professeur dans le domaine de la politique de la santé
et de la politique sociale aux universités de Neuchâtel
et de Genève
L'évolution de notre mode de vie et du monde du travail,
les attentes de la population par rapport à la qualité
de la vie et à la qualité de l'état de santé,
tous ces phénomènes sont étroitement liés
à la culture et au niveau de vie de la population. Et la
Suisse est un pays qui a un très haut niveau de vie, par
conséquent les attentes sont plus larges. Maintenant, je
crois qu'il faut rétablir un certain nombre de règles
et qu'il faut redonner un rôle tout particulier au médecin
qui doit prescrire le meilleur médicament et la meilleure
prestation au meilleur moment. Je crois que, là, il y a véritablement
un enjeu dans la manière dont on conçoit la consommation,
puisque finalement les coûts de l'assurance maladie ne sont
rien d'autres que la répercussion de ce que nous avons consommé.
C'est un système de répartition dans le principe de
la sécurité sociale. Par conséquent, si on
consomme moins, on va payer un petit peu moins et je pense que le
médecin a un rôle tout particulier à jouer.
C'est lui qui est au cœur de la consommation, il a une position
dominante, il faut bien l'admettre. Les patients sont demandeurs,
donc il faut véritablement que les médecins puissent
avoir une lecture critique et ne pas satisfaire "gratuitement"
les demandes des personnes. Je crois qu'il faut vraiment justifier
un traitement et justifier la prestation.
SR : En donnant toute la responsabilité au médecin,
ne le forcez-vous pas à faire du rationnement implicite ?
Bien évidemment des dangers existent, et ils existent déjà,
si on prend, par exemple, la pratique du forfait des établissements
médico-sociaux . Ces pratiques de forfait ont généré
des réactions très vives, dans le canton de Vaud,
sur la problématique du rationnement des soins. Par conséquent,
il y a toujours des effets pervers, il y a toujours des dangers.
Je crois qu'aujourd'hui, on doit recréer un climat de confiance
entre le médecin, l'autorité politique, l'autorité
administrative et le patient. On doit être en mesure d'avoir
un dialogue constructif. Cela veut dire très concrètement,
que l'on pourrait imaginer qu'une carte de santé permette
de tracer le parcours médical de la personne, d'observer
quelles analyses ont été faites et permette peut-être
aussi au médecin de s'exprimer en disant : "de mon point
de vue, ce traitement n'est peut-être pas très judicieux",
ce qui permettrait d'avoir un deuxième avis médical.
Donc une concertation beaucoup plus grande notamment lorsque les
traitements sont lourds et très coûteux. Le deuxième
avis médical, la carte de santé sont des éléments
qu'on pourrait tout à fait introduire. Ce n'est pas simple,
il y a des éléments juridiques et aussi des questions
éthiques à résoudre dans l'application. En
tout cas ces éléments qui, du point de vue de la société,
de la gestion des moyens collectifs et des moyens publics sont injectés
pour financer les soins de santé devraient être pris
en considération.
SR : Vous prônez plus la rationalisation que le rationnement
?
Tout à fait. Je pense que nous avons un potentiel relativement
grand de rationalisation dans la structure, c'est-à-dire
dans l'offre des prestations. Et je pense que si on revoit le fédéralisme,
notamment dans tout ce qui concerne l'offre hospitalière,
nous avons la possibilité de maîtriser l'offre et de
rationaliser les coûts. Et également sous l'angle de
la prise en charge du patient, c'est-à-dire du rôle
du médecin, du développement des soins coordonnés,
du développement des réseaux, du deuxième avis
médical. Et sous l'angle aussi de l'information aux patients,
de la prévention, de l'éducation à la santé,
on peut aussi agir. On pourrait modifier certains comportements.
Mais je crois qu'il faut aussi être lucide et accepter des
mesures d'autorité, c'est-à-dire qu'à un moment
donné les médecins, les médecins conseil par
exemple, osent prendre leurs responsabilités et dire "non,
ici on ne financera pas cette prestation ou ce traitement car il
ne nous paraît pas adéquat. Et le rapport entre l'importance
du traitement, notamment sous l'angle économique, et l'apport
en terme de gain pour la santé, ce rapport n'est pas bon
et disproportionné. Auquel cas il faut revoir le traitement,
voire envisager un autre traitement, ou même ne pas accorder
de prestations". Je crois qu'il y a la possibilité de
mettre en place des mesures, peut-être plus draconiennes,
mais qui resteront, je pense, l'exception.
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