SANTE TOUJOURS PLUS CHERE
Quelles limites à la solidarité ?    (04.03.04)


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Interviews diffusées pendant le débat

Premier Interview

Interview de Madame Gilberte Demont, coordinatrice romande du parti UDC (Union Démocratique du Centre) qui a lancé une initiative pour faire baisser les primes de l’assurance de base

La hausse des primes d’assurance maladie est due principalement au gonflement, et même au surgonflement du catalogue des prestations de l’assurance de base. Il n'y a pas eu finalement d'arrêt. Il aurait fallu établir une liste préalablement, ce qui n'a pas été fait et on a gonflé, surgonflé le catalogue des prestations. Nous, on suggère que ce catalogue des prestations de l’assurance de base soit établi préalablement par un organe totalement externe et qui définisse ce qui doit figurer dans ce catalogue.
Comme notre initiative est une initiative constitutionnelle qui définit un cadre et qui ne rentre pas dans les détails, on dit simplement que cet organe devrait être constitué de tous les acteurs concernés par l’assurance maladie, assurés, médecins, prestataires de soins, etc... Ils devraient tous être intégrés dans cet organe. Mais nous ne définissons pas exactement de noms. On définit seulement le cadre.

Concernant le catalogue des prestations, on s’est aperçu qu’il y a des prestations qui ne devraient pas y figurer. Je prends un exemple : la fourniture d’héroïne. C’est un exemple particulier. Tous les assurés payent pour cette fourniture d’héroïne qui concerne vraiment un très faible pourcentage de la population et qui, en même temps, est un élément qui est nuisible à la santé. Donc, quelque part, c’est paradoxal. On ne peut pas mettre ça dans un catalogue de prestations de base d’une assurance maladie. C’est un exemple. Mais pour l’essentiel, on présente un canevas qui dit que tout soin qui est sensé atténuer la douleur, guérir et réintégrer le patient doit être remboursé. Cela fait partie du canevas de base de l’assurance maladie. Ensuite, ceux qui veulent d’autres soins supplémentaires doivent, à ce moment-là, prévoir une assurance complémentaire. Mais pour des maladies comme le diabète, il est clair et évident que tous les soins sont compris dans l’assurance de base. Pour des maladies, je dirais incurables, on n’en discute même pas. On est bien d’accord. Simplement, à l’heure actuelle, il y a par exemple l’homéopathie ou certains soins esthétiques qu’on inclut dans l’assurance de base et qui, à notre avis, devraient être exclus. Mais c’est vrai qu’on est obligé d’être assez vague. Dans une initiative constitutionnelle, on est obligé d’être assez vague, parce que si on disait : notre initiative ne comprendra que la fourniture d’aspirine et de sirop contre la toux, vous imaginez ! Il faut quand même avoir une marge de manœuvre. Les maladies, le domaine de la santé, c’est très vaste, et ça doit quand même pouvoir couvrir tout ce qui touche le patient, donc on ne peut pas vraiment entrer dans les détails. Une initiative constitutionnelle est un cadre.

Il y a aussi un autre élément dans notre initiative. C’est la concurrence, et c’est un élément extrêmement important. Dans l’économie, au moment où on est en concurrence, on entend automatiquement soin du consommateur et baisse des prix. Cela sera exactement la même chose dans le domaine médical. Au moment où il y aura concurrence, on va soigner un peu plus l’individu et les prix vont baisser. Exactement le même effet, le même schéma que dans l’économie. A coup sûr, la concurrence, c’est ça. C’est automatique.


Second Interview

Interview de Monsieur Stéphane Rossini, conseiller national socialiste et professeur dans le domaine de la politique de la santé et de la politique sociale aux universités de Neuchâtel et de Genève

L'évolution de notre mode de vie et du monde du travail, les attentes de la population par rapport à la qualité de la vie et à la qualité de l'état de santé, tous ces phénomènes sont étroitement liés à la culture et au niveau de vie de la population. Et la Suisse est un pays qui a un très haut niveau de vie, par conséquent les attentes sont plus larges. Maintenant, je crois qu'il faut rétablir un certain nombre de règles et qu'il faut redonner un rôle tout particulier au médecin qui doit prescrire le meilleur médicament et la meilleure prestation au meilleur moment. Je crois que, là, il y a véritablement un enjeu dans la manière dont on conçoit la consommation, puisque finalement les coûts de l'assurance maladie ne sont rien d'autres que la répercussion de ce que nous avons consommé. C'est un système de répartition dans le principe de la sécurité sociale. Par conséquent, si on consomme moins, on va payer un petit peu moins et je pense que le médecin a un rôle tout particulier à jouer. C'est lui qui est au cœur de la consommation, il a une position dominante, il faut bien l'admettre. Les patients sont demandeurs, donc il faut véritablement que les médecins puissent avoir une lecture critique et ne pas satisfaire "gratuitement" les demandes des personnes. Je crois qu'il faut vraiment justifier un traitement et justifier la prestation.

SR : En donnant toute la responsabilité au médecin, ne le forcez-vous pas à faire du rationnement implicite ?
Bien évidemment des dangers existent, et ils existent déjà, si on prend, par exemple, la pratique du forfait des établissements médico-sociaux . Ces pratiques de forfait ont généré des réactions très vives, dans le canton de Vaud, sur la problématique du rationnement des soins. Par conséquent, il y a toujours des effets pervers, il y a toujours des dangers. Je crois qu'aujourd'hui, on doit recréer un climat de confiance entre le médecin, l'autorité politique, l'autorité administrative et le patient. On doit être en mesure d'avoir un dialogue constructif. Cela veut dire très concrètement, que l'on pourrait imaginer qu'une carte de santé permette de tracer le parcours médical de la personne, d'observer quelles analyses ont été faites et permette peut-être aussi au médecin de s'exprimer en disant : "de mon point de vue, ce traitement n'est peut-être pas très judicieux", ce qui permettrait d'avoir un deuxième avis médical. Donc une concertation beaucoup plus grande notamment lorsque les traitements sont lourds et très coûteux. Le deuxième avis médical, la carte de santé sont des éléments qu'on pourrait tout à fait introduire. Ce n'est pas simple, il y a des éléments juridiques et aussi des questions éthiques à résoudre dans l'application. En tout cas ces éléments qui, du point de vue de la société, de la gestion des moyens collectifs et des moyens publics sont injectés pour financer les soins de santé devraient être pris en considération.

SR : Vous prônez plus la rationalisation que le rationnement ?
Tout à fait. Je pense que nous avons un potentiel relativement grand de rationalisation dans la structure, c'est-à-dire dans l'offre des prestations. Et je pense que si on revoit le fédéralisme, notamment dans tout ce qui concerne l'offre hospitalière, nous avons la possibilité de maîtriser l'offre et de rationaliser les coûts. Et également sous l'angle de la prise en charge du patient, c'est-à-dire du rôle du médecin, du développement des soins coordonnés, du développement des réseaux, du deuxième avis médical. Et sous l'angle aussi de l'information aux patients, de la prévention, de l'éducation à la santé, on peut aussi agir. On pourrait modifier certains comportements. Mais je crois qu'il faut aussi être lucide et accepter des mesures d'autorité, c'est-à-dire qu'à un moment donné les médecins, les médecins conseil par exemple, osent prendre leurs responsabilités et dire "non, ici on ne financera pas cette prestation ou ce traitement car il ne nous paraît pas adéquat. Et le rapport entre l'importance du traitement, notamment sous l'angle économique, et l'apport en terme de gain pour la santé, ce rapport n'est pas bon et disproportionné. Auquel cas il faut revoir le traitement, voire envisager un autre traitement, ou même ne pas accorder de prestations". Je crois qu'il y a la possibilité de mettre en place des mesures, peut-être plus draconiennes, mais qui resteront, je pense, l'exception.

 


     
     


   
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