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MEDECINS
/ PATIENTS
1.
Le dossier médical appartient-il au médecin ou au
patient ?
2
.Le patient a-t-il accès aux notes personnelles du médecin
le concernant ?
3. Comment gérer les dossiers informatiques
des patients dans un hôpital ?
4. Peut-on
anonymiser les données personnelles du patient ?
5. Quels dangers peuvent représenter les bases
de données ?
6. Que penser de la carte santé ?
7. Le patient se rend-il compte de l’importance
de ces données ?

Question
: Le dossier médical appartient-il au médecin ou au
patient ?
MP : Un dossier médical chez un médecin privé,
le patient peut aller le chercher et le prendre, bien sûr.
On lui fera signer une décharge, certainement, mais il a
le droit de le prendre. Il peut aussi en demander des copies, s’il
veut en demander des copies. Alors, qu’il y ait des réticences,
et que certains médecins traînent les pieds, c’est
possible. Mais le droit existe, et on peut le faire appliquer. Le
problème, c’est celui des établissements publics
où là, il y a effectivement des règlements
internes qui prévoient que les dossiers se conservent. Et
là, les difficultés sont plus grandes.
BR
: Mais, entre conserver un dossier et montrer un dossier, il y a
une différence, encore.
MP
: Tout à fait. Mais le simple fait de le conserver, peut
être considéré comme un problème pour
certains patients. Imaginons en particulier le patient psychiatrique,
parce que c’est très lourd d’avoir été
un jour patient psychiatrique, c’est un boulet que l’on
traîne toute sa vie. Donc une personne qui est guérie,
en tout cas qui se considère comme telle, voudrait que l’on
oublie ce passé-là et voudrait récupérer
son dossier. Et bien, vous pouvez toujours essayer d’aller
récupérer le dossier auprès d’une clinique
psychiatrique. On ne vous le donnera pas. On vous en donnera des
copies.
Public
: Je suis surpris quand même. Le médecin ne peut pas
se défaire des pièces qui justifient ce qu’il
a fait. Qu’on parle de copie, ça c’est clair.
Mais qu’il disparaisse de chez le médecin, je ne comprends
pas.
MP
: Donc, vous considérez que c’est normal que le médecin
puisse les conserver ? Dans quel but ?
Public
: Oui, pour prouver ce qu’il a fait.
MP
: Si sa note d’honoraire n’est pas payée, qu’il
puisse justifier avoir reçu le patient, on peut le comprendre.
Personnellement, en tant qu’avocat, si on me demande de venir
chercher le dossier, je le donne à mon client. Je ne garde
pas de copie, si le client veut récupérer intégralement
le dossier. Je garderai mes notes manuscrites, si vous voulez. Mais
ce n’est pas mon dossier. J’entends, le dossier proprement
dit, mon client peut le prendre. S’il veut aussi mes notes
personnelles, en principe, il n’y a pas de raison que je ne
les lui remette pas. Mais personnellement, je préfère
conserver mes notes personnelles, pour avoir une trace de l’activité
que j’ai eue. Mais le dossier médical avec les rapports
d’examens, et tout le reste, un patient doit pouvoir le récupérer
intégralement et en original.
Question : Le patient a-t-il accès aux
notes personnelles du médecin le concernant?
BR : J’ai un petit commentaire concernant cette situation
dans le cadre hospitalier. On en avait longuement discuté
avec M Olivier Guillod, directeur de l’Institut de droit de
la santé à Neuchâtel, pour savoir s’il
y avait des informations qui pouvaient appartenir au médecin
dans un dossier patient. Alors, il est clair qu’on n’est
pas obligé de dire tout ce qu’on ressent. Disons, si
je vous rencontre et que vous ne m’êtes pas sympathique,
je ne suis pas obligé de vous le dire par franchise. On peut
avoir certaines intuitions, ou noter une ou deux petites choses
auxquelles on veut se rattacher, par exemple : « ça
il ne faut pas que j’oublie. ». Donc, il peut y avoir
un minimum d’informations, mais il faut que ce soit extrêmement
restreint, qui appartiennent au médecin seul. Autrement,
tout ce qui est rédigé doit pouvoir être montré,
y compris un diagnostic différentiel.
MP : Juste une précision. Les notes personnelles de l’avocat
et celles du médecin sont deux notions tout à fait
différentes. Les notes personnelles que prend le médecin,
c’est le fruit de sa réflexion. C’est d’abord
l’anamnèse, ce que lui dit le patient. Enduite le diagnostic
qu’il pose, éventuellement le diagnostic différentiel,
les médicaments qu’il décide de prescrire. Je
ne parle même pas des psychiatres où l’essentiel
de son dossier évidemment, c’est ses notes personnelles.
La jurisprudence est très restrictive. Ces notes personnelles-là
font partie du dossier et sont accessibles au patient. Quand l’avocat,
mais qui n’est pas le sujet d’aujourd’hui, prend
des notes, c’est dans le but de faire quelque chose. Soit
d’écrire à une partie adverse, soit de préparer
un mémoire. C’est un support si vous voulez en vue
d’un travail. Ce n’est pas le résultat d’une
réflexion. Quand il a son client devant lui, la note qu’il
prend, c’est ce que lui dit le client, les informations qu’il
reçoit pour ensuite faire son travail. Encore une fois, il
n’y a pas de jurisprudence sur les notes personnelles de l’avocat.
Je considère qu’en principe, on n’a pas à
noter non plus des choses désagréables. Mais il est
possible, et on rejoint ce que disait le médecin, il est
possible que l’on reçoive des informations d’un
tiers. On peut être l’avocat comme le médecin
d’une épouse et recevoir du mari une information. Par
exemple, le mari téléphone et dit : « Elle vous
dit qu’elle va bien, mais elle ne va absolument pas bien.
Elle ne dort pas toutes les nuits. » Alors, est-ce qu’on
va donner ça à l’épouse pour qu’elle
dise : « Ah, tu téléphones dans mon dos à
mon médecin. » Alors, évidemment, ça
c’est le type d’informations qu’on devrait pouvoir
sélectionner.
BR
: A l’Hôpital des Cadolles, les assistants étaient
informés d’emblée que les dossiers devaient
être rédigés de façon qu’ils puissent
être lus par le malade s’il le demandait. Cette demande
est exceptionnelle, si le contact avec le patient est bon. Il faut
le relever. Ensuite, la situation que vous avez signalée,
je l’ai eue une fois à vivre, avec un de vos confrères
qui avait un diagnostic – c’est très, très
vieux, ce qui fait qu’il n’y a plus de secret, je ne
dirai pas le diagnostic d’ailleurs – qu’on pouvait
parfaitement comprendre qu’il ne voulait pas que ça
circule. Et bien, nous avons convenu ensemble que son dossier restait
dans mon bureau. Il savait à quel endroit il était
dans mon bureau. Donc, il savait que sil était hospitalisé
en urgence, il pouvait dire : « Mon dossier se trouve là
» et puis s’il était comateux ou autre chose,
et bien ma foi, il ne pouvait pas le dire. Et il acceptait pleinement
ce risque. C’était un dossier papier, mais cela aurait
fonctionné aussi avec un dossier informatisé que l’on
aurait simplement bloqué.
Question : Comment gérer les dossiers
informatiques des patients dans un hôpital ?
BR
: C’est tout le problème de la confidentialité
des dossiers informatiques. On a deux possibilités. Ou bien
on donne des droits d’accès différenciés
à chaque utilisateur. Le médecin assistant d’une
unité de soin peut accéder aux dossiers des patients
de son unité. Le chef de clinique peut accéder aux
dossiers des unités qu’il supervise. Le chef de service,
un petit peu plus loin. Qu’est-ce qui se passe quand un médecin
est de garde pour l’ensemble de l’hôpital ? Il
faut qu’il ait une autre clef d’accès, pour avoir
accès aux autres dossiers en cas d’urgence. Cela devient
extrêmement difficile de gérer de façon efficace
des accès de cette façon-là sans que cela devienne
trop lourd à l’usage. L’autre possibilité,
c’est celle que nous avons adoptée à Neuchâtel.
C’est d’enregistrer la trace de toute consultation de
dossier médical. Et que les utilisateurs, médecins
et secrétaires, sachent que tout patient, s’il y avait
un litige ou autre, pouvait avoir accès à la liste
de toutes les personnes qui ont eu un œil dans son dossier.
Cela, c’est très, très dissuasif pour les utilisateurs.
On ne va pas regarder ce qu’a la femme de ménage de
sa femme.

Question : Peut-on anonymiser les données
personnelles du patient ?
BR : Je pense que la proposition qu’avait faite Monsieur Assimacoupoulos
( voir sous interview ) avant l’installation du TarMed, qui
a été discutée dans des séminaires où
les assurances étaient aussi représentées,
donne toutes les garanties, et même davantage que ce qu’on
a maintenant. La centrale dont il parle, elle peut être gérée
par des représentants des caisses, des patients, des médecins,
de l’administration. Il peut y avoir un petit pool de personnes
compétentes qui analyse les factures et qui automatiquement
voit ce qu’il en est. Cela permet, en groupant ces différentes
centrales, d’avoir des statistiques globales sur l’ensemble
de la Suisse. D’avoir tous les détails statistiques
qu’on veut, sans pouvoir revenir sur une identité de
malade ou une identité de médecin. C’est faisable.
On a les moyens, on les connaît. Monsieur Assimacopoulos peut
en témoigner. Un tout petit exemple historique qui vaut quand
même la peine d’être mentionné. En 1997,
j’étais à ce moment-là à l’hôpital,
il a été décidé que les hôpitaux
devaient transmettre pour les statistiques fédérales,
toute une série d’informations concernant les patients.
Ces informations, transmises de façon anonyme, concernaient
entre autres les diagnostics. On donnait juste en plus l’année
de naissance, le sexe et le numéro postal. Et bien, la première
chose dont on s’est aperçu, c’est qu’avec
ces trois identifiants, on n’avait pas deux personnes, lorsqu’il
y avait une agglomération de moins de 10'000 habitants. Identification
instantanée possible. Donc, ça, ce n’est pas
de l’anonymat. On a réagi et l’Office fédéral
des statistiques a repris toute la copie et ils ont développé
des algorithmes qui permettaient de faire toutes les statistiques
qu’on voulait,et de suivre même la trajectoire d’un
patient sans pouvoir remonter à son origine, mais savoir
qu’il avait été à trois ou quatre endroits
différents, ce qu’il avait coûté, ou autre,
les diagnostics qui avaient été posés. Tout
ça, c’est techniquement faisable. Alors, je pense qu’avec
des centrales de ce type, on aurait des informations statistiques
beaucoup plus valables, transparentes et anonymes. Et finalement
il n’y aurait pas davantage de monde dans quelques centrales
comme ça que dans toutes les assurances qui font toutes le
même boulot.
TG
: Cette idée de d’anonymiser, voire crypter certaines
données, par exemple chez des cross centers ou d’autres
centrales, avant de transmettre les factures à l’assureur
pour contrôler, c’est une usine à gaz. Je vous
explique comment cela fonctionne dans la pratique. Pour contrôler
les factures, nous les assureurs avons besoin des données
personnelles de l’assuré pour savoir à qui on
doit payer. Après, on doit mettre la facture en relation
avec, par exemple, une ordonnance médicale, une ordonnance
d’un médicament. Souvent aussi, pour pouvoir payer
la facture, nous avons besoin en plus d’un préavis
de notre médecin conseil. Cela pourrait être possible
d’anonymiser les données des patients, mais c’est
administrativement d’une lourdeur… et puis cela demande
une intervention énorme de différentes personnes.
Et je peux vous dire une chose, si vous voulez que les primes augmentent
encore plus, il faut faire ce genre de chose. Ce n’est pas
nécessaire, selon nous, parce que c’est trop compliqué.
Et en plus, le secret médical et le secret de fonction chez
nous assurent la sécurité nécessaire.
Question : Quels dangers peuvent représenter
les bases de données ?
BR : On est en train de créer des bases de données
confidentielles qui sont très, très lourdes et très
dangereuses. On nous dit que chez nous on ne risque rien, qu’on
ne va pas en faire un mauvais usage, ou autre. Ce sont des choses
que j’entends même de la part de certains confrères.
Il n’y a pas de risque chez nous. Non, il n’y a pas
de risques maintenant. C’est fait avec de bonnes intentions
actuellement. Mais on n’est pas à l’abri d’un
dérapage, un jour ou l’autre, politique. On n’est
pas meilleur que dans d’autre pays. Elles peuvent intéresser
des quantités de gens, des industriels ou des politiciens.
Quand tout d’un coup on s’aperçoit que certains
sous-groupes de patients présentent des particularités
au point de vue coût, frais ou autre, ce n’est pas facile
de ne pas réagir.
MP
: Je crois que ces bases de données sont dangereuses, pas
seulement en faisant de la science fiction en se disant qu’elles
peuvent être utilisées par des personnes peu scrupuleuses.
Je crois que lorsqu’un assureur sait où il faut aller
chercher l’information, il va aller la chercher, mais il va
faire les choses très simplement. Lorsqu’un assuré
lui demande une prestation, il lui dira : «Nous avons un doute
quand au bien-fondé de vos prétentions, nous vous
demandons de nous signer un document nous autorisant à aller
dans la banque de données X prendre toutes vos données.
Si vous n’êtes pas d’accord, c’est que vous
avez quelque chose à cacher, donc nous ne vous versons rien
». Que peut faire l’assuré ? Même avec
un beau secret médical qui se trouve dans notre loi, ou il
signe, ou il n’a rien. C’est là où il
y a la force de l’assureur. Donc, si ces banques de données
existent, il faut qu’il y ait une législation claire
qui interdise que l’assuré puisse autoriser quiconque
à accéder à cette banque de données.
Il faut protéger les gens contre eux-mêmes, parce que
les personnes ne pourront pas se protéger contre un assureur
qui posera cette condition.
Question : Que penser de la carte santé
?
BR
: La carte santé est une idée tout à fait défendable.
Tout dépend de ce qu’on met sur cette carte santé.
Si on commence à mettre des données médicales,
à ce moment-là, ça devient très délicat,
parce qu’il faut que cette carte ne puisse pas se substituer
à un dossier. Si elle représente un essai de substitution
du dossier, il faut qu’elle soit parfaitement à jour.
Une information qui manque est aussi dangereuse qu’une information
qui est fausse. Donc, ça veut dire qu’elle prend sa
valeur si tous les médecins ont un cabinet médical
avec une gestion informatique de leurs dossiers qui leur permet
d’introduire les données médicales nécessaires.
Actuellement, on est loin du compte, pour cette forme de carte santé,
car la plupart des cabinets médicaux sont informatisés
pour la facturation, la gestion, mais pour le dossier, beaucoup
moins. L’autre possibilité, c’est de nouveau,
la formule qu’avait proposée Monsieur Assimacopoulos
qui est de dire : « La carte de santé, c’est
un trousseau de clefs qui donne au patient la possibilité
de dire : « J’ouvre telle armoire, ou telle autre »
mais les informations sont gardées là où elles
ont été générées ». C’est
le principe de la carte santé de Genève et c’est
tout à fait valable. C'est-à-dire qu’un patient
va faire des examens radiologiques. Il y a son dossier radiologique
à un endroit, son dossier hospitalier, son dossier chez un
médecin praticien, etc. Et il peut donner le feu vert pour
accéder à ceci ou cela. Prenons un exemple tout bête.
Une jeune fille à dix-huit ans va passer 24 heures dans un
service hospitalier. Elle ne s’en préoccupe pas et
c’est comme ça. Cette information tombe ensuite dans
sa famille, ou ailleurs, que sais-je. Il n’y a pas besoin
de chercher très loin. On a tout de suite des idées.
Il peut y avoir d’autres choses. Il peut y avoir un épisode
psychiatrique. Les malades peuvent avoir envie que telle information
ne figure pas sur leur carte santé. Il peut arriver, ça
c’est un problème qu’on peut discuter avec le
juriste aussi, qu’il demande qu’on raye une information
de leur dossier. Cela m’est arrivé. Un patient, à
qui le médecin avait très honnêtement montré
le rapport de sortie qu’on avait établi, n’était
pas d’accord avec un élément important dans
les diagnostics. On m’a téléphoné, on
a regardé ensemble le dossier, j’étais tout
à fait d’accord avec lui qu’on ne pouvait pas
le formuler comme cela avait été formulé. On
a appelé son dossier sur l’ordinateur, puisqu’on
avait tous les dossiers informatisés. Il a pu voir ce qu’il
en était. On a corrigé, on a réimprimé
et c’était propre.
MP
: Ce n’est pas toujours évident. Là, c’est
parce qu’il y avait une erreur ou une divergence. Essayez
de demander aux Hôpitaux universitaires de Genève,
ou au CHUV, de vous remettre votre dossier, parce que vous considérez
que votre dossier n’a pas à rester là-bas. Vous
voulez l’avoir. Le cas échéant, le garder chez
vous ou le détruire. On ne vous le donnera pas. Donc, on
considère dans les établissements publics, et à
mon avis, sans base légale suffisante, que les dossiers doivent
être conservés dans l’intérêt du
patient. Si le patient décide qu’il prend le risque,
lors d’une nouvelle hospitalisation, que les médecins
qui le reçoivent n’aient pas une pleine connaissance
de ses antécédents, c’est son droit. Et il faut
le respecter.

Question : Le patient se rend-il compte de l’importance
de ces données ?
MP : Pour savoir ce que l’on autorise comme information à
circuler, il faut d’abord avoir accès à cette
information. Alors évidemment, si un médecin demande
à consulter le dossier médical qui se trouve chez
un autre médecin, on peut toujours aller voir dans le dossier
papier, le feuilleter et dire : « C’est bon, vous pouvez
le transmettre ». Lorsque c’est sur un outil informatique,
il faut avoir les moyens d’y accéder. Je pense aux
personnes âgées, ou même moins âgées
qui n’ont tout simplement pas d’ordinateurs. Comment
ces personnes peuvent elles-mêmes aller voir sur leur carte
santé ce qui s’y trouve ? On leur dira : « On
ne met que telle ou telle information ». Encore faut-il pouvoir
être certain que c’est bien le cas. Et lorsqu’on
va autoriser quelqu’un à accéder à cette
carte santé, il faut pouvoir soi-même anticiper en
allant voir quelles informations on laisse circuler. Et effectivement,
donner des droits aux patients, c’est très bien. Mais
il faut aussi leur donner préalablement l’information
nécessaire et les moyens techniques pour les protéger.
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