LE SECRET MEDICAL
Peut-on encore le protéger ?   (03.03.05)


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MEDECINS / ASSUREURS

1. Les médecins donnent-ils souvent des informations à l’assureur sans en parler à leur patient ?
2. Partager le secret médical avec les assureurs, est-ce toujours dans l’intérêt du patient ?
3. Les assureurs ont-ils le droit, selon la LAMal ou le code pénal, d’avoir accès au diagnostic du malade ?
4.
Les assureurs payent des forfaits hospitaliers ; pourquoi exigent-ils des diagnostics précis sur les patients ?
5. Ne dévoile-t-on pas tout aux assureurs ?
6. Le but des assurances en obtenant un diagnostic détaillé, n’est-il pas de voir quelles factures elles pourraient ne pas rembourser ?
7. Les assureurs ne font-ils pas pression sur les médecins en disant : « Si vous ne nous donnez pas le diagnostic, on ne paie pas » ?
8. Depuis début 2004, les assureurs, avec TarMed, ne demandent-ils pas des diagnostics très précis ?
9. En tant que médecin que pensez-vous du TarMed ?
10. Le TarMed est-il légalement admissible ?
11. Pour maîtriser les coûts de la santé, les assureurs ont-ils vraiment besoin d’informations aussi détaillées que celles transmises par TarMed ?

12. Quels critères utilisent les assureurs pour vérifier l'économicité d'un traitement ?
13. Les assureurs sont-ils là pour contrôler les coûts de la santé, ou pour contrôler les médecins ?
14. En tant qu’assureur, vous avez une double casquette. Comment circule l’information entre l’assurance sociale, l’assurance maladie de base, et l’assurance privée ?
15. L'assureur qui demande au médecin d’être totalement transparent est-il, lui, transparent ?

Question : Les médecins donnent-ils souvent des informations à l’assureur sans en parler à leur patient ?
BR : Oui, je pense qu’il y a du côté des médecins souvent une certaine naïveté. Ils ne se rendent pas compte des problèmes qu’ils peuvent créer. Et puis, c’est vrai que c’est plus facile d’envoyer un rapport qu’on a déjà tapé ou un enregistrement, une lettre de sortie, plutôt que de se donner la peine de refaire un texte ou une réponse. Donc ça peut être des questions de facilité, de simplification ou tout simplement de ne pas réaliser la portée de l’information.


Question : Partager le secret médical avec les assureurs, est-ce toujours dans l’intérêt du patient ?
BR : Bien sûr, puisque c’est l’assurance qui paye. C’est dans l’intérêt du patient, mais ça peut aussi ne pas être dans son intérêt. C’est toute la question de savoir, là aussi, ce même principe de proportionnalité. Je prends un exemple très concret. Quand j’étais chef de service, j’avais formellement interdit aux assistants d’envoyer un rapport de sortie complet à l’assurance. En revanche, ils avaient pour ordre de répondre aux questions précises posées par l’assureur. Parce qu’un rapport de sortie qui est fait pour le médecin praticien et qui est envoyé au patient, contient beaucoup d’autres informations que le malade connaît, dont le médecin connaît le contexte, qui est nécessaire pour la prise en charge, mais qui ne sont absolument pas nécessaire pour l’assurance. Donc il faut que l’assurance se donne la peine de préciser les questions et qu’on puisse répondre au médecin conseil.

TG : Nous les assureurs, on pense quand même que le secret médical, c’est quelque chose de très important et au point de départ de ce secret médical, il y a le patient lui-même. Il est au centre des intérêts et c’est à lui de décider quelles données on donne, ou qu’on ne donne pas. Cela, c’est la base. Si l’assuré ou le patient décide qu’on ne donne rien. A ce moment-là, on a, nous, un peu de peine à lui rembourser les prestations parce qu’on ne peut pas contrôler et assumer notre rôle qui est de contrôler l’efficacité, l’utilité et l’économicité des prestations. L’article 28 de la LPGA dit très clairement que l’assuré doit fournir les éléments gratuitement à l’assureur, qu’il doit autoriser toutes les personnes dans les milieux de la santé à fournir les éléments nécessaires, y compris les médecins. Il y a une exception à cette règle 28 LPGA, c’est quand il y a des dispositions spéciales dans les différentes relations sociales, comme la LAMal ou la LAA, qui dit que les assureurs sociaux ont le droit de demander directement, même sans l’autorisation de l’assuré. Les assureurs peuvent donc demander directement aux médecins, aux hôpitaux, etc, tout ce dont ils ont besoin pour juger le droit de prestation et aussi si le traitement est en lien avec une certaine pathologie. Et la règle dit que ces différents prestataires de soins doivent donner ces informations nécessaires directement à l’administration, et dans des cas exceptionnels, cela passe par le service du médecin conseil.

Question : Les assureurs ont-ils le droit, selon la LAMal ou le code pénal, d’avoir accès au diagnostic du malade ?
MP : Le code pénal réprime la violation du secret professionnel, sauf lorsque le médecin a l’obligation de donner des informations. Elles doivent d’ailleurs résulter d’une loi adoptée par le parlement et non pas d’un règlement adopté par le Conseil fédéral ou un organe exécutif cantonal. Et c’est vrai que les exceptions à la règle du secret médical sont de plus en plus nombreuses. Parce qu’on considère que le secret médical, quand je dis on, ce sont nos parlementaires qui votent des lois, considèrent que le secret médical est finalement une entrave à une bonne gestion des dossiers, à une maîtrise des coûts de la santé. Pour eux, plus l’information est diffusée, plus les profiteurs seront démasqués et plus on pourra maîtriser les coûts de la santé. Ces exceptions résultent de la loi. Parlons de la LAMal qui prévoit effectivement que les fournisseurs de prestations doivent remettre au débiteur une facture détaillée et compréhensible et que le fournisseur doit également transmettre toutes les indications nécessaires pour que l’assureur puisse vérifier le calcul de la rémunération, et le caractère économique de la prestation. C’est l’article 42, alinéa 3 de la LAMal. L’article 42, alinéa 4 précise d’ailleurs que l’assureur peut demander un diagnostic précis ou des informations complémentaires de nature médicale. Donc, il ne les a pas systématiquement. C’est pour ça que je rejoins le médecin, lorsqu’il dit que l’information n’a pas à être systématiquement détaillée. Mais c’est vrai que la loi permet de requérir cette information détaillée selon l’article 42, alinéa 4. Et l’article 42, alinéa 5, lui, prévoit que le fournisseur de prestation est fondé, lorsque les circonstances l’exigent, ou astreint dans tous les cas, si l’assuré le demande, à ne fournir les indications d’ordre médical qu’au médecin conseil de l’assureur. Donc, cela veut dire que lorsqu’on exige un diagnostic plus précis du fournisseur de prestations, prenons le médecin, le médecin peut décider de son propre chef qu’il ne donnera pas cette information à l’assureur. Quand je dis l’assureur, c’est le côté administratif, gestion du dossier.

 


Question : Les assureurs payent des forfaits hospitaliers ; pourquoi exigent-ils des diagnostics précis sur les patients ?

TG : Vous contestez que nous ayons besoin des diagnostics parce qu’on paie des forfaits ? Ces informations, on en a besoin pour différentes raisons. On doit vérifier si la facture est établie d’une manière correcte. Et on doit contrôler cette fameuse adéquation du traitement avec une pathologie donnée.

MP : Vous désirez savoir par exemple si la durée de l’hospitalisation est justifiée ?

TG : C’est une chose. Deuxièmement, on a aussi la mission, ensemble, les médecins et les assureurs, selon l’article 58 de la LAMal, mais c’est quelque chose qui n'est pas encore très avancé et qui est même dans un état très désolant, de travailler sur des programmes de qualité ensemble. Pour faire ça, on a aussi besoin de ces éléments, pour développer ensemble ce programme d’assurance de qualité. Récemment, on était à Berne, en discussion avec des médecins qui nous ont dit : « Donnez-nous les informations et les statistiques, etc, liés aux codes diagnostics, parce que vous êtes les seuls à les avoir ».

MP : Juste un mot, concernant les statistiques. C’est vrai que vous avez une foule de données qui seraient très intéressantes pour pouvoir comprendre de manière fine, les motifs de ces hausses des coûts. Mais vous ne les donnez pas. L’Office fédéral de la statistique ne réussit pas à obtenir de Santésuisse, les données nécessaires pour les publier. Alors, ça, je trouve quand même extraordinaire. Vous avez une tâche d’intérêt public, vous le dites et vous vous en prévalez. Vous réunissez les informations parce que vous prétendez avoir cette tâche, mais quand vous avez des informations, vous ne les faites pas partager.

TG : Là, vous êtes mal orienté. C’est le contraire qui est vrai. Lorsque Santésuisse a une foule de données, on fournit ces données à l’Office fédéral de la statistique . Par contre, si les assureurs, ou d’autres professionnels de la santé pour, par exemple développer des programmes de qualité, n’obtiennent pas les données de l’Office fédéral de la statistique, c’est aussi sous le chapeau de la protection des données.

Commentaire d'une personne dans le public (Dr. Assimacopoulos - médecin et informaticien, spécialiste de l’analyse des données et de la planification des systèmes de santé, Genève)
Les données, on peut les avoir auprès de l’Office fédéral de la statistique pour les données médicales administratives des hôpitaux. C’est anonymisé, elles sont très, très utiles, on fait des choses très intéressantes avec ça, mais il faut les demander. Il y a un contrat à obtenir et ils facturent le prix de l’extraction de la donnée. Par contre, les autres données concernant les soins obligatoires, l’Office fédéral de la statistique ne les a pas. C’est l’Observatoire national de la santé qui les a, qui utilise les données du data pool et je dois dire qu’ils ont fait quelques études de ces données qui sont extrêmement intéressantes, que je me serais attendu à lire chez Santésuisse, mais je les ai lu dans l’Observatoire national.

Question : Ne dévoile-t-on pas tout aux assureurs ?
TG : Ce n’est pas tout à fait ça. Quand on reçoit des informations du bureau médical, ou un autre élément pour faire notre boulot, maintenant on prend des mesures pour protéger le secret médical et la sphère privée. On a mis en place tout un système de droit d’accès. Chez nous non plus, tous nos 1.200 collaborateurs ne voient pas tout. On a des spécialisations et il y a des droits d’accès derrière qui sont bien limités. On a également pour ce qui est très sensible, un staff de 35 médecins conseil avec des collaboratrices et des collaborateurs qui sont rattachés à ces médecins conseil et qui ont, au-delà de leur secret de fonction, un secret médical comme les aides médicales dans les cabinets. Ces mesures-là ont été établies et contrôlées par l’Office fédérale de la santé publique qui est venue chez nous et qui a contrôlé. Et en plus, on figure même sur le site internet de l’AMG (Association des Médecins Genevois), par exemple ici à Genève, qui nous a reconnu comme un parmi ses assureurs qui respectent parfaitement la protection des données. Juste pour vous citer qu’on ne fait pas rien du tout. Cela ne nous est pas complètement égal, ce secret médical.

Question : Le but des assurances en obtenant un diagnostic détaillé, n’est-il pas de voir quelles factures elles pourraient ne pas rembourser ?
TG : J’aimerais très clairement dire que ce n’est pas notre intérêt de ne pas payer. Mais, notre rôle c’est de payer juste. On a un catalogue des prestations dans la LAMal. On a des médicaments qu’il faut prendre en charge, d’autres pas. On a des limitations pour certains traitements et nous devons contrôler. Nous devons contrôler non seulement le tarif et la conformité de la facture au tarif, mais aussi l’efficacité et l’adéquation du traitement selon ce fameux article 32 LAMal. On est obligé d’avoir cette information. Et puis vous payez une prime, vous avez le droit dans une assurance sociale d’être payé et puis de dire : « On ne veut pas être payé, alors ça, c’est un peu fort ».


Question : Les assureurs ne font-ils pas pression sur les médecins en disant : « Si vous ne nous donnez pas le diagnostic, on ne paie pas » ?
TG : Je peux vous parler pour le Groupe Mutuel. Moi, j’ai constaté que les associations faîtières des assureurs maladie ont effectivement émis à un moment donné cette directive-là. Nous, on ne l’a pas appliquée. Quand on n’a pas eu ce diagnostic sur la facture, on l’a quand même payée, parce qu’on ne veut pas que nos clients - parce que les assurés, même s’ils sont des patients sont nos clients - subissent ces petites discussions qu’on a entre professionnels de la santé.

Question : Depuis début 2004, les assureurs, avec TarMed, ne demandent-ils pas des diagnostics très précis ?
TG : Oui, mais c’était déjà comme ça. Avant le code diagnostic TarMed, il y avait déjà un code diagnostic tessinois, il y avait un code diagnostic ICD10 qui est très, très détaillé, et ainsi de suite. Aujourd’hui, nous, on a le droit de demander ce code diagnostic. Je vous donne un exemple. Le Groupe Mutuel a six millions de factures qui sont traitées chaque année. On demande entre 35'000 à 40'000 rapports médicaux par année, ce qui représente moins d’un pourcent. Donc pour six millions de factures, on demande très rarement des rapports médicaux détaillés et le code diagnostic sur les factures sont d’abord des codes tessinois, comme c’était d’ailleurs recommandé par la société suisse de médecine par le secrétaire général des médecins. Ce code n’est pas détaillé. C’est la raison pour laquelle on doit demander les rapports médicaux dans les cas où on a des soucis ou l’obligation de contrôler plus en détail la facture.

Question : En tant que médecin que pensez-vous du TarMed ?
BR : Le TarMed est une nomenclature médicale. Il faut savoir qu’avec la description des actes qui est faite dans le TarMed, on donne un rapport détaillé du patient, qui peut être codé, mais qui est un rapport détaillé de l’affection du patient. Un rapport médical qu’on donne à l’assureur et au service administratif de l’assureur. Et ça part automatiquement. Ce qui me surprend, et qu’il faut quand même relever, c’est que le Préposé fédéral à la protection des données, dans les années 1999-2000 et déjà avant, avait clairement formulé, que la communication systématique des codes diagnostic est en effet non seulement illégal, mais également contraire au principe de proportionnalité. Elle n’est ni nécessaire, ni appropriée aux besoins des caisses maladies. Il était question du feu vert donné par le malade de transmettre l’information, mais là, je crois que très souvent le malade ne se rend pas compte de l’autorisation qu’il donne. Et de la portée que peut avoir un diagnostic ou un élément de son affection.

Question : Le TarMed est-il légalement admissible ?
MP : Alors, le Préposé à la protection des données le dit très justement. Le TarMed, parce qu’il viole le principe de la proportionnalité, mais parce qu’il viole également à mon sens une loi fédérale, est-il légal, lorsqu’il oblige à fournir systématiquement un diagnostic détaillé ? Le passage par le médecin conseil est exigé lorsque le patient le demande, ce qui implique que le patient soit informé. Donc, contrairement à ce que pense l’assureur ici présent, je suis d’avis que l’assureur ne peut pas, sans informer un assuré, envoyer directement des demandes de renseignements à un prestataire de soins. Malheureusement, aujourd’hui nous n’avons pas entre patients et médecins des accords qui obligent les médecins ou les prestataires de soin en général, à informer leur patient de toute demande qui leur arrive des assureurs. Je pense que la transparence y gagnerait beaucoup, parce que souvent des renseignements sont donnés au-delà de ce qui est nécessaire, et souvent des renseignements inexacts parce qu’ils résultent d’une anamnèse prise par le médecin. Et trop souvent encore, c’est illégal selon moi, le patient est mis devant le fait accompli. Il apprend après coup, que l’assureur a demandé directement, quand je dis l’assureur c’est le gestionnaire administratif du dossier, a demandé directement des renseignements à son médecin traitant et les a obtenus, sans même qu’il n’en reçoive une copie, ni de la demande, ni de la réponse.


Question : Pour maîtriser les coûts de la santé, les assureurs ont-ils vraiment besoin d’informations aussi détaillées que celles transmises par TarMed ?

TG : Notre rôle est lié à l’obligation de contrôler, pas seulement le respect d’un tarif comme le TarMed, mais aussi l’efficacité et l’adéquation du traitement, c’est l’article 32 de la LAMal. Et pour faire ça, on a besoin quand même d’un certain nombre de renseignements. Sans ces renseignements on devient un simple payeur. Et ça, ce n’est pas le rôle que la loi a prévu pour les assurances maladie. Les factures doivent, en règle générale, être munies d’un diagnostic. C’est écrit dans la loi, et la facture a le nom du patient, bien sûr, sinon on ne sait pas à qui la payer. Et puis, il y a aussi un diagnostic général qui doit figurer sur la facture. Cela, vous le trouvez dans la LAMal. C’est comme ça.

SR : Est-ce qu’il n’y a pas une contradiction avec le secret médical ?

TG : L’assureur doit garder le secret stipulé dans l’article 33 LPGA, le secret de fonction, et ça colle tout à fait. Dans certains cas par contre, on a besoin d’un diagnostic plus précis. Et là on demande un rapport médical.

BR : Avez-vous besoin de connaître des éléments dont vous n’avez pas besoin ?

TG : Professeur Ruedi, on ne sait pas d’avance ce dont a besoin ou pas.

BR : Là, je ne suis pas d’accord. Parce qu’à ce moment-là, on fait des banques de données avec des foules de données et on ne sait pas pourquoi on va les utiliser par la suite. Et ça, c’est un des gros dangers des banques de données.

TG : Il faut démystifier tout ce secret médical, dans ce contexte-là. Nous, nous avons besoin de la photographie de la situation de l’état médical d’un assuré ou d’un patient, au moment où on rembourse la prestation. On n’a pas besoin de toute l’histoire sur dix ans en arrière.

Question : Quels critères utilisent les assureurs pour vérifier l'économicité d'un traitement ?
TG : Je peux répéter ce que j’ai dit tout à l’heure. Une facture arrive. Il faut l’attribuer à un assuré, il faut après contrôler si elle est conforme au tarif. Ensuite, il faut faire le contrôle d’économicité, pas seulement sur la facture, mais sur l’assuré, sur le cas. Ensuite on collabore avec nos médecins conseil car, si on commence à travailler sur le cas, c’est souvent là qu'on a besoin d’avoir un rapport médical. Cela passe par le médecin conseil. Et avec la collaboration de ces médecins conseil, on arrive à juger de l’économicité du traitement et ainsi contester une certaine partie de la prestation, c'est-à-dire ce qui n'est pas en adéquation entre ce qui nous est facturé et le traitement.

Question : Les assureurs sont-ils là pour contrôler les coûts de la santé, ou pour contrôler les médecins ?
TG : On n’est pas dans un Etat policier. Nous, on doit contrôler les coûts de la santé et concrètement cela passe par le contrôle de 6 millions de factures.

MP : Je voulais rebondir sur la remarque de mon voisin. Je pense qu’effectivement, quand on voit, mais ce n’est pas le débat d’aujourd’hui, que l’on veut supprimer l’obligation de contracter, ce sont bien les médecins que l’on veut mettre au pas, et ce sont bien les médecins et les prestataires de soins en général que l‘on veut contrôler. Ce sont les moutons noirs que l’on veut mettre à l’écart. Et le tout est de savoir qui on va qualifier de mouton noir. Est-ce que ce sont vraiment des médecins qui abusent ? Il y en a certainement, mais ceux-là, vous pouvez les mettre au pas d’une autre façon. Vous pouvez effectivement contrôler leurs factures. Par contre, les médecins qui soutiennent trop leurs patients, en refusant de donner facilement des diagnostics immédiatement, qui font de la réticence d’une manière générale, et bien ce sont ces médecins-là qui vous dérangent. Et ce sont ces médecins-là que vous devriez écarter. Je crois qu’effectivement, les assureurs sont là pour maîtriser les coûts, parce que c’est un rôle qu’on leur donne, mais est-ce qu’ils le font réellement ? Nous souhaiterions avoir un pouvoir politique qui assume ses responsabilités, qui ne se décharge pas systématiquement sur les assureurs. Les assureurs ne sont pas des acteurs neutres dans le domaine de la santé. Ils ont d’autres rôles à défendre, puisqu’ils ont plusieurs casquettes, on vous l’a dit. Et donc, les assureurs continuent à traiter l’assurance de base dans laquelle, je vous le rappelle, ils n’ont pas le droit de faire de bénéfice, parce qu’ils ont un intérêt à le faire. Cet intérêt, il est double. C’est d’abord d’attirer la clientèle pour les assurances complémentaires, sinon ils n’auraient aucun intérêt à continuer à faire de l’assurance de base. Et c’est sans doute aussi, mais nous le saurons, je l’espère bientôt, parce qu’il y a des passerelles comptables entre les assurances privées complémentaires et l’assurance de base qui permet de faire payer des charges à l’assurance de base, puisque de toute façon la facture est payée en fin d’année par l’augmentation des primes.

Question : En tant qu’assureur, vous avez une double casquette. Comment circule l’information entre l’assurance sociale, l’assurance maladie de base, et l’assurance privée ?
TG : Alors, là, il y a effectivement un problème dans la réalité du fonctionnement, dans le sens où même le Conseil fédéral dans son rapport de protection des données qui est sorti le 23 février 2005, reconnaît que c’est une réalité : les assureurs maladie/social ont aussi des assurances complémentaires qui sont gérées dans un dossier commun parce qu’il est lié à l’assuré et qu’il n’y a effectivement pas de possibilité de faire autrement. Il l’a prévu comme ça. Il l’a noté comme ça dans son rapport et en plus il a conclu que ce n’est pas un problème majeur, parce que tous ces gens sont sous le secret médical d’un côté, respectivement sous le secret de fonction de l’autre.

MP : Pour Monsieur le conseiller fédéral Couchepin, il n’y a jamais de problème. Pour lui, sa vie privée est un livre ouvert et donc pour tout le monde ce doit être la même chose. Ce n’est pas parce que le Conseil fédéral constate une réalité, qu’il faut admettre que cette réalité doit être un fait accompli dont on doit se satisfaire. Je pense que, pour revenir à cette question de la nécessité du diagnostic ou de la possibilité offerte aux assureurs d’aller rechercher des informations, qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas et qu’on le regrette, ce sera comme ça. Aujourd’hui, on a des coûts de la santé, une fois n’est pas coutume, je vais venir au secours d’un assureur, qui explosent. On ne peut pas dire que les assureurs doivent payer toutes les factures qu’on leur présente. Personne ici ne saurait l’admettre. Mais, qu’est ce qu’il faut donner comme information à l’assureur ? Et c’est là, évidemment, qu’il y a un problème. L’identité, évidemment puisqu’ils doivent payer les factures, vous l’avez dit avec beaucoup de bon sens. Le problème, c’est la banque de données que l’on va faire avec ce genre d’informations. Parce que si vous examinez la facture, vous voyez le traitement. Lorsque vous estimez que c’est peut-être un peu cher, vous demandez à votre médecin conseil qui demande des renseignements complémentaires. Jusque là, on peut comprendre. Vous voulez vous assurer qu’il n’y a pas un médecin qui profite, ou un patient qui profite. Mais ensuite, qu’allez-vous faire de ces données ? Et ce sont ces banques de données qui posent problèmes, précisément en raison de vos doubles, triples, quadruples casquettes, parce que, comme vous le dites, il y a un dossier avec Monsieur Dupond, avec des cotes assurance privée, perte de gain, invalidité, etc, et lorsque vous avez l’obligation d’intervenir dans le cadre de ces assurances complémentaires, vous allez rechercher les informations nécessaires pour découvrir ce qu’on appelle « une éventuelle réticence ». Vous avez sans doute entendu parler de ce terme barbare. Lorsqu’une personne conclut une police d’assurance, elle doit répondre honnêtement aux questions qui lui sont posées, c’est compréhensible. Et l’assureur, dans la plupart des cas, ne fait aucun examen particulier médical avant d’accepter de couvrir cette personne. Pourquoi ? Parce qu’il suffit d’encaisser les primes, et le jour où un sinistre se réalise, à ce moment-là, l’assureur peut aller rechercher les informations, et s’il se rend compte que l’assuré a caché quelque chose, même de particulièrement banal, au moment de la conclusion de la police, il peut dire qu’il y a réticence, qu’il ne paye rien et en plus qu’il garde les primes qui ont été payées pendant des années, punition prévue dans la loi.

Question : L'assureur qui demande au médecin d’être totalement transparent est-il, lui, transparent ?
TG : Cela, c’est un peu le sujet préféré de Me Poggia. Je peux simplement dire qu’on est contrôlé, on a soumis tous nos comptes à notre autorité de surveillance, qui est l’OFSP à Berne et qu'il n’y a jamais eu de problème.

MP : Je pense simplement qu’une poignée de fonctionnaires ne peut pas contrôler une centaine de caisses dans 23 cantons. Donc, c’est vrai que vous n’avez pas de problèmes parce que ces gens-là n’ont pas intérêt à chercher les problèmes, parce qu’ils seraient trop vite débordés. Il n’y a qu’à regarder toutes les initiatives que l’on voit au niveau parlementaire aujourd’hui, ce sont des initiatives qui visent les patients, en réduisant les prestations, ou les prestataires de soins. On ne s’en prend jamais, ni aux assureurs pour exiger une transparence, ni aux groupes pharmaceutiques pour qu’ils diminuent les prix des médicaments. Non, on va maintenant imposer aux assurés une diminution des médicaments qui seront remboursés. Voilà, donc les assureurs font un travail qui est un travail d’intérêt public parce qu’on les a désignés comme tels, mais ils n’ont pas vocation en tant qu’association privée de défendre l’intérêt public.

     
   
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